‹ Architecture monastique (volume 3)Chapitre 32 sur 54 · Portes Sainles · texte numérisé non relu

Portes Sainles

Pendant une partie de la cérémonie, le voile restant baissé

et la porte Sainte fermée, les acolytes qui se tenaient auprès recevaient du sanctuaire les ordres nécessaires à Tensemble de la cérémonie, par de petites ouvertures pratiquées en réseau dans le chancel. Ces détails curieux se voient dans le chœur de l'ancienne église monastique de Saint - Clément , dont la planche 1 2 5 reproduit Tancien ciborium accompagné , au premier plan , de deux tablettes de marbre perforées pour Tusage que nous venons d'indiquer.

La clôture placée en avant du sanctuaire s'étendait ordinairement jusque dans les bas-côtés de l'église, comme on le voit à la basilique de Saint-Clément, disposition qui ne pouvait se présenter que dans les édifices sans transsept. Des portes pratiquées dans ce septum prolongé permettaient d'arriver aux petites absides sans passer par le chœur.

Dans les grandes basiliques à transsept, l'arc triomphal complétant avec la clôture la partie antérieure du sanctuaire, on le décorait avec tout le luxe de l'architecture. D'immenses colonnes en marbres précieux supportaient l'arcade, comme on le voit aux églises de Saint-Paul hors les murs, de Saint- Jean-de-Latran , de Sainte-Marie-Majeure et du Transtevère, à Rome. Au-dessus de l'arc, des sujets en mosaïque d'émail sur fond d'or faisaient suite à l'ornementation de la nef principale, s'harmonisaient avec le voile brodé suspendu au cintre, et préparaient l'œil aux décorations plus brillantes encore du sanctuaire et de l'abside.

On montait au sol du sanctuaire par plusieurs marches, qui étaient indifféremment en arrière du septum, comme à l'église de Saint-Clément, ou en avant, ainsi qu'on le voit sur le plan de l'abbaye de Saint-Gall ; dans ce dernier cas, la marche supérieure portait la clôture. De ce point, le riche pavé du sanctuaire s'étendait à l'orient jusqu'à l'abside, puis occupait toute

la largeur du lieu saint. Sous le pape Adrien I", une partie du sol du sanctuaire de la basilique du Vatican fut couverte de lames d'argent.

Dans les églises ordinaires, les décorations latérales du sanctuaire n'ofiraient rien de particulier, puisqu'il était formé aux dépens du fond de la nef principale. Dans une basilique à transsept, au contraire, une grande partie de la nef transversale formait son ensemble; on ornait les parois de cette nef des plus riches tableaux en mosaïques, de voiles brodés suspendus dans les arcades et aux fenêtres.

uRUBLKs nn .lAKCTUAinE.

Autel, altare, sacra mensa, sacrificatorium. — L'autel, meuble principal, occupait le milieu du sanctuaire et s'élevait sur plusieurs marches. Dans l'église latine, il pouvait être simultanément table sainte ou de l'Eucharistie, et tombeau du martyr auquel était consacrée la basilique. Les restes mortels du saint occupaient le dessous de la sainte table, directement dans un sarcophage qui la portait, ou dans le nuuiyrium, situé plus bas sous le sanctuaire; dans ce cas l'autel n'était plus que la table sainte : nous en donnons deux exemples aux numéros 1 3 !} et 12 4-

N* 133. Autel table, à l'abbatiale de Saint-Vincent aui Trois fontaines.

Originairement il n'y avait qu'un autel dans les basiliques latines; mais bientôt on en dressa plusieurs: saint Germain en consacra quatre différents dans l'église abbatiale de Saint- Vincent, à Paris, au milieu du vi" siècle.

, Les autels de l'Occident étaient en pierre ou en marbre, comme les sarcopbages des catacombes qu'ils rappelaient; on employa plus d'une fois des tombeaux païens en matières précieuses et décorés de sculptures pour en faire des autels : on en voit dans un grand nombre d'églises de l'Italie. Les chrétiens firent eux-mêmes des sarcophages qu'ils couvrirent de sculptures sacrées : l'église de Saint- François, à Pérouse, en montre un exemple curieux.

N° mU- Autel tombeau, à Saint-Frftnçois de Pérouse.

Enfin, on fit des autels en bois, en métaux précieux et couverts de ciselures: dans ce cas, une pierre incrustée sur la

table supérieure contenait la relique et était consacrée; le reste se bénissait seulement.

L'ornementation de Tautel était ordinairement en rapport avec la richesse du temple : ainsi, dans l'antique et modeste abbatiale de Saint-Quinin de Vaison, il est simplement orné de Falpha et de l'oméga des premiers chrétiens; dans les brillantes basiliques de Rome, s'il ne devait son éclat à une matière précieuse qui le composait, ou à de la sculpture qui couvrait ses parois, la mosaïque, la peinture, le mettaient en harmonie avec le temple. On lit dans Anastase avec quel luxe les empereurs et les papes, depuis Constantin et Sylvestre, ornèrent les autels des basiliques: l'argent, le vermeil et Ter pur étaient prodigués pour faire des devants d'autel; il est probable qu'alors , comme plus tard , ces décorations étaient mobiles et se plaçaient seulement lors des fêtes solennelles.

Ciborium , propidatorium , umbracnlum , tegimen altaris. — Aux angles de l'autel s'élevaient quatre colonnes, réunies à leurs sommets par des architraves ou des arcs; un simple plafond, un toit ou une coupole surmontaient l'édicule : cet ensemble formait ce que les auteurs nomment ciborium^. Les mosaïques de Ravenne en montrent un qui est seulement plafonné; on en voit dans les manuscrits et sur les mosaïques de Venise qui sont couronnés d'une voûte^; celui de l'église monastique de Saint-Clément porte des frontons comme un édicule antique : il date du ix*' siècle. Le dessin gravé sur la planche n"* 125 en fait voir l'ensemble tel qu'il est encore aujourd'hui , nous y avons rétabli l'autel et l'ouverture on fencstra de la confession, d'après les gravures de Ciampini.

' Anastase le Bibl. Vies des papes. — Du Gange, Gloss. — Macr. Hierolexicon. Voir les planches 1 1 8 et 121.

N* 135. Cîborium de )a basilique de Saint-Clément.

Des rideaux placés entre les colonDes permettaient de masquer l'autel et l'officiant pendant une partie de la cérémonie religieuse, et faisaient de l'ensemble du ciboriam un véritable tabernacle, qui pouvait avoir son origine dans le saint des saints dont Moïse environna l'arcbe dans le désert; il en offrait la disposition et les divers éléments. Peut-être aussi était-ce une reproduction des Memoriœ, petits édiculgs composés de quatre colonnes surmontées d'un toit, que les premiers chrétiens élevèrent d'abord sur la sépulture des martyrs

ensevelis hors des catacombes, ce qui fut fait pour saint Pierre et pour saint PauP. Ces édicules, enveloppés ou repixxluits plus tard dans les basiliques , auraient formé le citor/am. Celte décoration de tombeau était usitée chez les anciens, ainsi qu'on le voit sur les vases grecs, et comme Tindique Pausanias: «Les Sicyoniens, dit- il, élèvent sur leurs tombeaux « quatre colonnes qui soutiennent un toit en forme d^ailes dé- « ployées et penchées, comme la couverture de nos temple8^ » Au centre de la voûte ou du plafond du ciborium était fixée une chaîne qui servait à suspendre une colombe en métal dans laquelle on renfermait les saintes hosties, ce qui, selon quelques auteurs, fut l'origine du nom ciborium, de sacro cibo, donné à l'édicule; on en cherche aussi l'étymologie dans k forme en coupe renversée de la coupole qui surmontait quelquefois l'ensemble du petit monument^. Lorsqu'on cessa de suspendre en Occident les saintes hosties, la chatne porta une lampe, comme on le voit dans les peintures du porche de l'église monastique de Saint-Laurent hors les murs. A la basilique de Saint-Clément on trouve encore la chaîne de suspension, et les anneaux des voiles placés entre les colonnes. Ces voiles étaient de précieux tissus, comme l'indique Anastase, pallia auro texta; il cite ceux que le pape Benoît II fit placer au vii^ siècle aux ciboria des basiliques de Saint-Valenlin sur la voie Flaminienne et à l'église de la Vierge-aux-Martyrs, ainsi que les lambrequins ornés de clous dorés auxquels ces rideaux étaient suspendus \

* Euseb. Hist. eccles. lib. III, cap. xxv, p. 68. t Nam sive in Vaticanum, ùve ad Osliensem viam pergere libct , occurrent libi trophaea corum qui ecclesiam illam fiindaverunt. ■ — David Leroy, Forme des temples, 176/1.

' Paus. Voyage d'Achaîe, liv. VII, p. 2i5; Voyage de Corinthe, p. 33o. ' Voir les planches 1 1 8 et 121.

* Anast Vita Benedict. II, p. 81. « Item in ecdesia Beati Valentini, via

Le ciborium fut d'abord fort simple, comme on le voit sur la mosaïque deRavenne, exécutée en 45 1 sous Texarchat de Néon [Neone Ravennatensi prœsule) ; la matière répondait aussi à cette simplicité: le pape Sergius, en 687, renouvelait celui de l'église de Sainte-Suzanne, à Rome, qui avait été d'abord en bois a quod ante ligneum fuerat^ » 11 y en eut en bronze : HonoriusP%en 626, faisait exécuter ainsi celui de l'église de Sainte- Agnès et lui donnait des dimensions remarquables, mirœ magnitadinis^. L'argent fut employé aussi dans l'exécution de ces édicules : le même Honorius I" en plaçait un ainsi fabriqué dans la basilique de Saint-Pancrace; il pesait 287 livres, «ciborium super altare ex argento quod pens. lib. 287^. » Enfin, le pape Adrien P"^ remplaçait par un ciborium de vermeil, qui pesait deux mille sept cent quatre livres et un quart, celui que le pape saint Grégoire le Grand avait fait élever dans l'église de Saint-Pierre, en 690, et qui était en argent, «ex argento puro cum columnis suis^. »

Ces monuments en métal précieux n'existent plus depuis longtemps : c'est le sort de toutes ces fausses applications à l'arclntecture. Les ciboria en marbre ont seuls survécu : nous donnons, pi. ] 2 5, un dessin de celui de l'église de Saint-Clément, pour faire connaître les formes anciennes; on çn voit un remarquable à l'église de Saint-Georges au Vélabre; les villes de Terracine, deNaples, de Pérouse, en possèdent qui datent des x® et

coopertorium super altare, cum clavis et fistellis, et in circuitu palergium cbrysoclavum preciosissimum , et in ecclesia Beats Marise ad Martyres , aliud coopertorium porphjreticum , cum cruce et gemmolis quatuor chrysoclavos et in circuitu palergium de holoserico. >

' Ânast. Vita Sergii

" Idem, Vita Honorii, I, p. 65.

' Idem, Vita Honorii, I, p. 88.

* Idem, Vita Sancti Gregorii, p. 6a.

XI"" siècles; ceux des églises de Sainte- Marie au Transtevère , de Saint-Laurent hors les murs, à Rome, sont des années i i4â et ii52;ilyen a un à Téglise de Saint -Pierre de Corneto qui porte une date de la fin du xii"" siècle. Dans tous les ciboria que nous citons ici, les principes de Tarchitecture latine se sont maintenus comme dans les basiliques.

Tables. — Deux tables accompagnaient quelquefois lautel, Tune nommée mensa propositionis , recevait les eulogies , le vin de proposition, avant qu'ils fussent consacrés; sur Tautre, on posait tout ce qui était nécessaire à la célébration de Toffice divin. On voit une de ces tables à l'église de Saint-Clément; il y en a deux à celle des saints Nérée et Achillée.

Les basiliques latines ne présentent pas, auprès des autels, des piscines établies dans la construction même de Tédifice, comme on les fit au moyen âge, pour verser Fèau après le sacrifice de la messe; on se servait d'un bassin portatif pour donner à laver au prêtre officiant, l'eau était portée ensuite au dehors. L'armoire aux saintes huiles et celle qui contenait des objets faisant partie du trésor paraissent être aussi des créations du moyen âge qui lurent placées dans le sanctuaire. Ionque les petites absides latérales des basiliques furent supprimées ou se convertirent en chapelles du rond point.

ABSIDE. TR1BV.\AL, PRESBYTEUtCii .

Au fond du sanctuaire se développait l'abside, de forme généralement semi-circulaire et la seule partie du temple qui fût surmontée d'une voûte : c'était le prœsbyterium, le ckons sacerdohim, lieu où se réunissait le clergé. Le mur courbe situé au-dessous de la voûte fut, dès l'origine, décoré avec beaucoup de luxe. Constantin orna de marbres et de porphyres Fabside

de la basilique de Sainte-Laurent,- < in basilica Sancti Laurentii construxit absydam et eioruavit marmoribus , porphyretîcis, etcJ • Celle de Saint-Georges au Vélabre comporte des marbres encadrés par des pilastres d'un très-bon goût, décoration en usage dans les édifices païens des beaux siècles : il suffit de citer ces deux exemples anciens. Ailleurs, ce mur courbe fut orné par la mosaïque ou la peinture : c est ainsi aux basiliques de Saint-Clément et de Torcello'^; les douze apôtres y sont figurés debout et sur de grandes proportions. Dans Téglise des saints Nérée et Achillée, on a peint le pape Grégoire le Grand assisté du Saint-Esprit et prononçant au milieu d'une grande réunion de cardinaux et d'évêques sa xxviii*' homélie : c'est un souvenir locaP. Ces grands tableaux courbes sont généralement exécutés au-dessus d'un lambris en marbre , et de riches ornements les encadrent. Rarement on voit des fenêtres dans l'abside des basiliques; celles de Parenzo, de Sainte-Marie de Canedo à Pola, en Istrie, de Saint-Apollinaire de Ravenne, et quelques autres en possèdent; elles sont placées au-dessous de la voûte. A ces fenêtres étaient suspendus des voiles précieux, ainsi qu'à celles qui étaient pratiquées dans toute l'étendue de la nef transversale, dans les basiliques à transsepts; il est probable aussi qu'on suspendait, pour les cérémonies, des tapis dans la courbe de Tabside, devant les placages de marbre qui couvraient ses parois. On lit dans l'histoire de Grégoire IV par Anastase, que ce pape fit placer vingt-quatre voiles dans le prœsbyterium de la basilique de Saint-Paul hors les murs, « vêla quae pendent in prœsby terio , numéro vigenti quatuor*. »>

^ Anast. Vitm Sjlvestri.

* Voir la pi. ia6.

^ Voir la pi. i3o.

* Anast. Vita Grtgorii IV» p. a43.

Une corniche en marbre sépare quelquefois le mur courbe de la voûte qu'il porte, puis sur cette conque ou d^i^ se développe un grand sujet religieux , le plus important de l'édifice : le Christ ou sa mère y sont presque toujours représentés triomphants au milieu des anges, des apôtres ou de saints personnages; quelquefois c'est le patron de Téglise qui occupe lui-même le centre du tableau, et qu'entourent, soit les compagnons de son martyre, soit les fondateurs du temple. Des palmiers, des cerfs, des agneaux, se groupent au milieu des figures. Ailleurs c'est la croix qui brille sur le fond doré de la mosaïque : elle est placée au sommet d'un trône où repose l'agneau de l'apocalypse; des figures allégoriques, de riches enroulements de feuillages l'environnent ^

Le mur qui forme le fond de la basilique et encadre l'abside offre aussi des peintures en mosaïque. On y a représenté généralement les attributs des évangélistes, la Jérusalem céleste, les prophètes, le saint patron ou le fondateur de Tédifice.

Page 1