‹ Architecture monastique (volume 3)Chapitre 4 sur 54 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

tioDS leur restaient pour faire aller la maison. De la quarantième à la cinquantième année on les nommait les anciens [seniores) ; ils étaient excusés du service du cellier, de Taumônerie, de la cuisine. A cinquante ans ils devenaient sempectœK On leur donnait une chambre à Tinfirmerie, un jeune serviteur, puis un junior pour compagnon. Libres de circuler partout dans la maison, on avait pour eux tous les égards dus à l'âge mur et à la vieillesse.

L'abbé logeait à la maison abbatiale, séparée ordinairement des autres édifices de l'abbaye , et construite quelquefois avec tant de luxe que c'était un véritable palais; un jardin y était toujours annexé. Les enfants et les jeunes religieux étaient logés au noviciat; tous les autres moines, excepté les vieillards et les infirmes, habitaient les lieux réguliers. De nombreux serviteurs, attachés à la maison, avaient leurs chambrées dans les bâtiments de dépendances auprès desquels ils étaient nécessaires pour les travaux pénibles : ainsi, à la boulangerie, à la brasserie, aux ateliers divers, dans les écuries et les étables. Les monastères étant généralement entourés de fortifications pour leur défense, en temps de guerre , on pouvait au besoin loger des hommes d'armes dans l'intérieur de l'enceinte.

Certaines fonctions exigeant des connaissances spéciales, qu'il n'était pas toujours donné à un habitant de la maison religieuse de posséder entièrement, étaient remphes par des laïques : ainsi, bien que la médecine fût étudiée au moyen âge par les moines , on devait avoir quelquefois des

^ «In régula Sancti Benedicli, c. a 7, dicuntur seniores sapientes fratres, maxime qui quinquaginta annos in ordine exagérant. ■ (Ducange.)

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médecins non religieux domiciliés dans le monastère; le plan de Saint-Gall fait voir leur maison et leur jardin. A Fabbaye de Saint-Père de Chartres on avait im célerier de la cuisine , celerarius coquinœ, qui était laïque et faisait les fonctions de chef dofiBice^ Certaines sciences étaient professées par des laïques.

L'instruction que les moines donnaient à la jeunesse, rhospitalité qu'ils accordaient indistinctement à tout catholique qui la leur demandait, riche ou pauvre, noble ou roturier, étaient deux causes qui faisaient entrer journellement des laïques dans Tenceinte des monastères; mais les bâtiments qui étaient destinés aux écoles, aux hôtes et aux pèlerins étaient placés, dans le plan général de la maison, de telle manière que les étrangers ne conununiquaient point avec les lieux réguhers réservés aux moines. Les mêmes précautions étaient prises à l'occasion de la justice de fabbé : la salle d'audience était située dans la première cour du monastère, afin de tenir à distance des moines, les accusés, les témoins, les avocats, tous laïques qu'on ne pouvait admettre au centre de la maison. L'église, ordinairement ouverte au public , aux heures de prières , pendant la messe et aux fêtes solennelles, était le lieu où les fidèles se trouvaient en communion avec les religieux; mais là encore le jubé, les clôtures du chœur et des bas-côtés formaient des séparations infranchissables.

Dans les monastères de femmes, les précautions étaient plus rigoureuses encore sur toutes les parties des bâtiments, pour éviter les relations avec le dehors; dans l'église, le

* Cartulaire de Saint-Père de Chartres, p. Sgo, SgS. (M. Goérard.)

mSTRDCTlONS. — II. B

chœur était disposé de telle sorte qu'on ne pouvait même entrevoir les religieuses.

, La principale occupation des solitaires était le travail manuel : ils faisaient des sandales, des paniers et des nattes, cultivaient un coin de terre pour avoir quelques légumes. Lorsque les cellules se groupèrent de manière à former des hameaux et des villages, origine des monastères^ les travaux devinrent plus importants, particulièrement pour la culture, qui, faite en commun, ofiBrait des résultats réels; plus tard les maisons construites pour la vie commune renfermèrent tout ce qui était indispensable pour fagriculture et rhorticulture. Le travail étant recommandé comme exercice et comme moyen le plus estimable dassurer la subsistance des frères , Tenceinte des grands monastères contenait tous les métiers nécessaires à la confection des habits, des vases sacrés, des ustensiles de la maison, des constructions monastiques, etc. etc. On allait porter le superflu aux marchés des grandes villes pour subvenir aux besoins de la conununauté. La sainteté des ouvriers pouvait augmenter la valeur intrinsèque des ouvrages.

A côté des atehers des artisans s'élevaient ceux des artistes qui préparaient la régénération de fart : on y étudiait Tarchitecture, la peinture, la musique, la sculpture, la ciselure, la mosaïque, la calligraphie, le travail d'ivoire, la monture des pierres précieuses, la reliure, et toutes les branches de fornementation. Une grandepartie de ces arts entrait dans l'éducation monastique des plus nobles et des plus saints personnages.

Enfin, les travaux littéraires remplissaient dignement la

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vie des esprits d'élite , lorsqu'ils avaient satisfait aux devoirs de la religion et de leurs charges, ou qu'ils avaient pris quelque repos par un travail manuel de leur choix. Les archives , les bibliothèques , devenaient alors nécessaires. Pierre le Vénérable s'adresse sur ces travaux à un religieux. Après lui avoir recommandé la prière et de longues méditations , il s'exprime ainsi : « Que le travail des mains accompagne donc ce que je viens de dire, afin que l'intelligence, fatiguée des choses spirituelles , et ramenée par le poids de la chair, des choses les plus hautes aux choses d'en bas, ne se tourne point aux vanités humaines, mais aux exercices

corporels les plus salutaires Si tu ne peux planter

des arbres, arroser des récoltes ou t'occuper d'autres travaux des champs, au lieu de mettre la main à la charrue, prends une plume , au lieu de labourer, grave sur des pages les lettres divines, et sème sur le papier la parole de Dieu. Quand la moisson sera mûre, je veux dire le livra achevé, que les fruits multipliés de la sainte nourriture nourrissent les lecteurs, et que le pain céleste apaise la faim mortelle de l'âme. Ainsi tu pourras devenir le prédicateur muet du verbe divin ...» On sait quels immenses travaux sont dus aux Bénédictins, aux Jésuites et à d'autres religieux.

Lorsque la vie monastique fut bien établie, et les bâtiments destinés à la mettre en pratique, distribués avec méthode et de manière à o£Prir des garanties d'ordre et de discipline, les rois\ qui avaient déjà porté leur attention sur

' Ch3debert visita saint Eosicius, qui vivait dans un ancien dolmen, au delà de la Loire; cinq siècles plus tard, saint Bruno, retiré dans une caverne de TApennin, recevait le même honneur de Roger de Sicile. (Bollandistes , V» de smt Bruno, 6 octobre.)

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