XII INTRODUCTION
les ascètes , fondèrent de nombreux monastères , les considérant comme de saintes colonies utiles à leurs royaumes ; on en vit même qui ne dédaignèrent pas de figurer en tête de la liste des moines, et de prendre ïe titre d*abbé: les rois de France étaient abbés de Saint-Hilaire-le-Grand à Poitiers; en 838, Louis le Débonnaire paraît sur la liste des religieux de Saint-Denis^ :
Incipiunt nomina Monachoram de monasterio Sancti DionysiL
Hludovicus imperator.
Item Hludovicus rex.
Item Hilduinus abbas.
Item Hludovicus abbas.
Guntherius monachus, etc.
Les plus célèbres maisons de femmes étaient aussi de fondation royale, et depuis sainte Clotilde , des reines furent abbesses, prieures ou simples religieuses de plusieurs monastères. Ainsi la reine sainte Bathilde fit reconstruire l'abbaye de Chelles, fondée par Clotilde, et s y retira lors de son veuvage. Sonichilde, femme de Charles-Martel, y mourut; Gisèle, sœur de Charlemagne, en fut abbesse en 855^. Sainte Radegonde, fondant le monastère de Sainte-Croix à Poitiers, y mit sa sœur Agnès comme première abbesse, et y mourut en Sgo.
L'église ne contribua pas moins que les rois à encoura-
' Histinn de Vabh^e de SaUt-Denis, par D. Félibien, pièces justificatives, p. 58. ' Hiitowt da^ocèie de Paris , par 1* abbé Lebeof , tom. VI.
INTRODUCTION. xiii
ger la vie monastique : les évèques s'empressèrent d'attirer dans leurs diocèses ceux qui la professaient pour former les écoles célèbres en doctrine et en sainteté, qui devaient fournir des hommes capables de gouverner les églises du royaume. Ces causes de prospérité expliquent le développement que prit en France et en Europe une si grande institution. En Orient les résultats obtenus par Tassociation placée sous Tégide religieuse furent moins grands que chez nous, en raison, comme ie fait observer Montesquieu , de ce que les moines s y mêlèrent trop aux afiaires de Tétat, et par de continuelles controverses agitèrent l'empire ; nous chercherons cependant jusque dans les monastères de la Grèce et de rÉgypte quelques formes traditionnelles , conservées là plus qu'ailleurs, pour expliquer plusieurs de celles qui fiirent en usage dans, les maisons religieuses des contrées occidentales.
Après les fondations monastiques établies par les saints évèques « après celles que Ton dut à la munificence des premiers rois chrétiens, parurent celles des princes, des prélats» des particuliers mêmes, puis chaque maison rehgieuse eut la faculté de se multiplier dUe-même par des colonies, den envoyer dans les pays étrangers^ dans les contrées les plus lointaines, et cette activité monastique couvrit le monde chrétien d'édifices nouveaux, de constructions immenses, auxquelles la religion., la charité, les besoins ordinaires de la vie , avaient tour à tour imprimé des caractères variés et distincts qui constituaient un art complet. Ainsi la grandeur et la majesté du temple n avaient rien de com^ mun. avec le style des édifices consacrés à Thabitation ; des