I. AvaDt-nef
ATBIOH.
A. Phjale.
FONTAINE, Urrpf ^téL^Yf ^ LAVACBVM.
Une fontaine destinée aux ablutions recommandées aux chrétiens avant d'entrer dans l'église s'élevait devant la façade et dans l'intérieur de l'enceinte sacrée, comme celle que les Occidentaux plaçaient au milieu de Yatrium. Constantin en fit une devant la basilique des Saints- Apôtres ; Eusèbe la nomme BasHicœ lavacrum ^ Justinien en donna une à l'église de Sainte- Sophie; elle était en jaspe, un jet d'eau s'élevait au milieu. Une autre fontaine destinée aux prêtres se composait de douze lions et de douze daims en marbre lançant de l'eau dans des coquilles. Devant la basilique de Saint-Démétrius à Salonique on voit encore une fontaine byzantine composée de huit colonnes supportant des arcades ; au milieu est une grande cuve de marbre blanc sculpté. Le voyageur Clavijo décrit l'église de Saint-Jean à Constantinople; il dit : « Et contre la porte par où l'on entre au corps de l'église, il y a une belle fontaine sous un dôme porté par huit colonnes, etc. » Cette forme présentant un édicuie surmonté d'une voûte fut celle que les Byzantins adoptèrent de préférence; la vue du Rossicon, monastère de rAthos» qui a été donnée p. 33, pi. 20, présente une phiale ainsi disposée; nous y joignons celles du Zographe et à'Iviron, autres monastères du mont Athos, aux n°' i56 et iSy, p. 2^2. •^ La phiale du couvent de la Sainte-Laure, au même lieu, est décorée, à l'intérieur de sa coupole, de peintures relatives aux merveilles historiques de l'eau : on y voit flotter Moïse enfant, la mer s'entr ouvrant pour laisser passer les Hébreux, l'eau sortant du rocher sous la baguette de Moïse, puis guérissant les lépreux; saint Jean y baptise Jésus, enfin l'eau sainte rajeunit ceux qui la puisent ^.
' Eusèbe, liv. m , c. l.
' Annales arckéologiqa^ » mars 18&6. Didron, p. iA3.
INSTRUCTIONS. II. 3l
N" i56 et 157. Phiales du Zograpbe et d'iviron.
Le plan de la petite église de Navarin, que nous donnons à la page 24o, planche i55, présente dans Yatrium une phiale d'ablution en A ; elle est hexagone. Dans Yarea de l'église de Modon, publiée, comme celle-ci, par la commission de Morée, sont deux bassins d'ablution de forme carrée*. (Voir la planche i54, page 2 38.)
Les Turcs imitèrent lesphialesdesByzantins: toutes les coui-s de leurs mosquées en contiennent une. La plus riche et la plus analogue à celles dont nous donnons ici les dessins, que nous ayons recueillie en Orient, se voit à la mosquée d'Akhmet à Constantinople.
n^PTISTEIlK.
Les chrétiens d'Orient eurent, ainsi que les Occidentaux,
' Corouiiision de Mor^e, Modon.
ARCHITECTUBë MONASTIQUE. .i243
dea baptistères kolés devant; letirs églises ; ils les établirent, CQmm6=^Àdus , sur *utt plan circulaire d'abord, dans la pensée, satts doute, desappeler la mer d'airain du temple^ Jàrusalem. MÉb^reur Justinien fit. établir auprès de l'égttBë -de- Sainte- Sophie un édifice isolé destiné à donner le baptême; Paul le silenciaire et l'auteur grec anonyme en parlent ainsi : «Justinien, avant -inachèvement de Sainte-Sophie, fit faire un petit ^difice circulaire surmonté d*une coupole dorée; il était consacfé à saint Jean , précurseur du Christ, et fut appelé le Baptistère^î» Le, lUxe apporté à la décoration de ces monuments ne le cédait pas a celui qai ornait les basiliques; la coupole dorée que nous venons'de mentionner au baptistère de Sainte-Sophie en serait déjà une preuve suffisante, si l'auteur qui^e décrit niajoutait -que l'empereur y fit placer des portes en bfonze incrasféeflk d'or et d'ivoire. - ^*
, Gonzalez Clavijo, décrivant Té^ise de Saint-George à Constatttinople, dit : «Et devant îa porte dé l'église, en dehors, il y a un bassin pour baptiser, bien grand et beau , et au-dessus un dôme porté sur huit colonnes de marbre blanc, taillé à toutes manières de 'figures ^ » D'Agincourt a publié d'après un ménologe grec du ix*" ou du x® siècle, conservé à ïa bibliothèque du Vatican, une peinture sur laquelle on voit im baptistère by^ntin offrant une gratide analogie avec ceux des Latins que nous avons reproduits à la page 102, n"*' 61 'et 63..
An moyen âge, le baptistère des Grecs prit, comme en Occident, plusieurs formes, et le polygone piré^alut; on en voit encore un exemple dans la ville de Trébisonde sur la mer Noire; il est entièrement décoré de peintures à, l'intérieur. A l'époque, sans doute, de la chute de l'empire grec /on renonça au baptistère apparent ; le vase destinera la cérémonie fut
• Clavijo, hc. cit. '•
244 INSTROCTIOÎiS.
réduit et fabriqué en cuivre : de nos jours il est porté par les prêtres dans la maison du catéchumène; Femploi des caves baptismales en métal remonte à l'antiquité chrétienne : nous avons indiqué précédemment celle du baptistère de Gonsfutin à Rome, qui était en argent; la fille du roi Sapor fut baptisée dans une conque en même matière.
B. PLANS DES i^GLISES.
r* disposition. — Aux premiers siècles de TÉglise , les Occidentaux possédaient, en présence même du paganisme, des lieux destinés à leurs réunions religieuses ^ ; ils c(Hnmencèrent à y créer leur architecture sacrée , en pliant à leurs convenaiices l'art des anciens, comme on l'a vu dans les précédents chapitres. En Orient il en fut de même, et là, comme en Italie, c*était avec leurs deniers qu'ils élevaient des temples^ : ainsi furent construites les églises de Nicomédie, de Néocésarée et tant d'autres, ce que la petite basilique des premiers siècles chrétiens, découverte àD'jémilah parla commission scientifique d'Algérie, confirme par les nombreuses inscriptions en mosaïque répandues dans les compartiments de son pavé, et qui portent les noms de ceux qui contribuèrent à son édification. Nous reproduisons, à la page suivante, une partie de ce beau pavé qui, par le style de sa composition , par celui des ornements qui l'encadrent, indique évidemment que la construction de Tédifice est antérieure au règne de Constantin , et probablement aussi à l'époque des persécutions contre les chrétiens. La commission d'Algérie l'a fait connaître d'une manière complète en publiant des détails en grand et coloriés.
' Lampridius, Vita Alexandn Sever. p. 129.
* S. Gregor. Nyssen.
N* 168. Mosaïque de l'^tise de Djémilali.
■:^ ::<êk' y-m:.
Les emplacements qu'occupaient les églises aux lieux les plus apparents de ces villes , devan|:ies palais des empereurs et des préfets ^^indiquelit asàfez qu'elles étaient con^truit^ avec luxe et* sur des proportions étendues^. JSlles ^tafiaMH; disposées d'abord comme les basiliques latines; le bois jouait un grand rôle dans leur construction , car, dans là premii^reMes tro» villes que nous venons de citer, Dioclétien et Galeriiis , craignant de causer un incendie général en bjcûlant Téglis^ se contentèrent de la démolir^. La basilique dé Dj^milçh a été retrouvée sous des monceaux de cendres et' de chàrJbon indiquant quelle était couverte en bois, comme toutes celles de l'Occident ; et lorsque Constantin , donhantia liberté à TÉgiise, transporta le siège de l'empire à Byzance, leSjÉ'eAiérs temples qu'il éleva en Orient furent imités encore désl;fasiliques païennes et des synagogues : l'empereur, consacrant dans sa nouvelle capitale une église à la sagesse divine , la fit construire^ sur un plan allongé; elle fut incendiée dans une sédition du cirque; les nefs étaient couvertes en bois'^. Celle de Saint-Jean-5tudius, qui se voit encore à Constantinople, est ainsi disposée. Les grandes églises de Salonique, de Bethléem, du mont Sinaï« sont distribuées delà sorte, et les Grecs modernes reviennent à cette forme pour les temples qu'ils élèvent dans leurs villes renaissantes.
' Lactani. De moribiis persecutor. n** 12.
* Apud omncs Graecos pariter et barbaros ante persecuiionem quis numerum
occlcsiarum in singulis urbibus, quis illustres populorum coacursus in aedibus sacris cumulate possii dcscribere ? Quo factum est ut priscis sedificiis jam non content! , in singulis urbibus spatiosas ab ipsis fundanientis extruerent ecclesias. (Eusè1)et Hist, ecclésiasL liv. VIII, CI.)
' Lactant. loc. cit.
/FAis forma dromica fuit : hpofiiHÔv dictum videtur a stadiis cursoriis f qiuB in majorem longitudinem quam latiiudinem porriguntur. (Codinus, Ducript, Smcîœ St^hkt.)
Nous devons mentioDoèr ici quelques différences qui distinguent certaixtas basîliqtK& de l>'Orient de ceUes qu'on élevait dhns nos contrées-» celle de D'jémilah, qui, en raison du beau styie de ses mosaïques*»' doit être antérieure au règne de Constaotitr,, et a dû être bIS!klé^ pendant les {persécutions de l'Église, est dépoorvuedes porciUes extérieur et mtérieur;'rentrée est latéràle^'la clôture du sanctuaire- était une haute construction solide 'Contre laquelle veaatent s'appuyer les architraves des colonnes :- c'était une véritable cella dans l'édifice même. On n'y voit aucune trace de sacristieui d'abside.
ti° I 5g. Han de U basilique de Djétailah.
f. ■ ' '-'.- ' '- ■■-■ 'h > kL-'-t,
Les temjfdes de Salonique piratent, en générd up. porche extérieur, ou exo-^rtha]^ et hQ portit|ue intérieur, éso-nar-
theX) ce quon ne voyait pas aux basiliques d*Occident, qui n'avaient ordinairement que Tun ou Taulre. Nous avons recueilli à Athènes le plan d'une basilique en ruine, dans laquelle les colonnes qui séparent ordinairement les nefs étaient remplacées par des murs longitudinaux ; on y avait pratiqué des portes de communication et des fenétre3f de sorte que les trois nefs formaient pour ainsi dire autant d'églises distinctes sons un même toit« Ces salles latérales et closes étaient peut-être destinées aux femmes : on voit ainsi une nef particulière servant de gyneconitis à la kapnicarea d'Athènes,
N° 160. Basilique à Athènes.
Mais bientôt, et dès le règne de Constantin , des idées nouvelles firent modifier, en Orient, la forme des édifices sacrés : durant une période assez longue on les éleva sur des plans circulaires ou en polygones. La Syrie donna l'exemple lorsque l'empereur et Hélène sa mère y firent élever des temples sur les lieux les plus célèbres par la vie du Christ. La douzième année de son règne , Constantin en fit construire d'analogues dans une partie des provinces orientales de l'empire*; Rome
^ Euseb. De œdijlc. a Constantino constractis.
même eut les siens ^ Nous chercherons quelle fut l'origine de cette innovation et l'influence qu elle dut exercer sur l'architecture chrétienne de l'Orient^ qui , de ce moment , se caractérisa et prit une physionomie particulière, due à l'emploi général des dômes et des voûtes , en remplacement des toits et des plafonds des Latins, immense pas dans la voie de progrès que se traçait déjà l'architecture chrétienne. On verra plus loin qu'une partie du symbolisme qui se développa dans nos temples, ainsi que de nombreuses formes adoptées dans les détails de la décoration architecturale de l'Occident, sont dues à l'art byzantin, que nous nous proposons d'examiner ici.
Sainte Hélène fonda sur le mont des Oliviers, à Jérusalem, la grande église de l'Ascension , à l'endroit même où la tradition voulait que le Christ eût quitté la terre. Ce monument était circulaire, comme l'indiquent les récits des auteurs et le plan dessiné sur des tablettes de cire, au vu® siècle, par l'évêque Arculfe , et gravé dans les Annales des Bénédictins ^. Sur le sol étaient précieusement conservées , sous un immense
* Les élises de Sainte-Constance et des sakits Marcellin et Pieire. (Torre Pignaitam.)
* Actasanct. ord, sanct. Bened, m* siècle, p. 2. t In loto monte Oliveti nuUus alius locus ahior esse videtur illo , de quo Dominus ad cœlos adscendisse traditur, ubi grandis ecdesia stat rotunda, temas per circuitum cameratas habens porticus desuper tectas. Cujus nddicet rotundœ ecclesis inteiior domus sine tecto et sine caméra, ad cœlum sub aère iiado aperta patet, in cujus orientali parte altare sub angusto prolectum tecto constructum extat. Ideo itaque interior illa domus camerom supra collocatam non habet, ut de illo loco in quo postremum divina institerent vestigia, cum in cœlum Dominus in nube sublevatus est, via semper aperta et ad œthcra cœlorum directa oculis in eodem
loco exorantium pateat in loco vestigiorum Domini, area grandis per circuitum
rota desuper explanata coUocata est in cujus medietate non parva patet pertusura,
per quam desuper apertam , vestigia pedum Domini plane et lucide impressa in pulvere demonstrantur. ...» etc. Le voyageur décrit ensuite les lampes qui sont tracées sur sou plan, et qui éclairaient jour et nuit les vestiges des pas du Seigneur, ainsi que la ville de Jérusalem, à travers les fenêtres vitrées devant lesquelles on les avait fait suspendre. (Voir la Revue d'architecture, année i85i. A. J/enoir.
INSTRUCTIONS. II. 3a
teaimen en broDze , les dernières empreintes des pieds du Christ Cet édifice, entiièrement ouvert à son sommet, comme les temples hypèthres des anciens, laissait voir la voûte céleste, et, comme le dit l'évéque de Jérusalem Cyrille ', ■ c'était la porte par laquelle le Sauveur s'était élevé au cid. »
K* 161. Plan de l'églbe de l'Ascension à Jénualem.
Ce triomphe du Christ dans la voûte éthérée, ce temple circulaire qui encadrait le lieu même où la tradition plaçait ce triomphe, durent produire sur les imaginations orientales ud effet si neuf, si saisissant, que dès lors tous les temples chrétiens de ces régions s'élevèrent sur des plans analogues, et conçus de manière à porter un dôme immense sur lequel la peinture ou la mosaïque figurèrent le Christ triomphant entouré des anges. Le dôme de l'église de Saint-George à Constantinopie offrait la représentation de Jésus-Christ quand il monta au cieP. La belle mosaïque byzantine exécutée à Salonique , dans le dôme de l'église de Sainte-Sophie, représente la
' CyriH. m Cahcham. là-
' Ruj Gooulei de Clavîjo, Rmtu d'anshiltctun, 18Â1. par C. T)aiy, 170-
figure colossale de Jésus dans une gloire soutenue par deux anges^ aux ailes déployées; on lit, au-dessous, ces mots en caractères grecs : a Hommes de Galilée.. ... ce Jésus qui, en vous quittant, s'est élevé dans le ciel, viendra de la même sorte que vous l'y avez vu monter ^ »
De nombreux temples circulaires ou en polygone s'élevèrent donc de ce moment dans tout l'empire oriental; les plus célèbres étaient : l'église de la Vierge, dans la vallée de Josaphat^ ; le Temple d'or, à Antiocbe, dédié aussi à la Vierge^; l'église de FAscension, sur le mont des Oliviers. On voit encore à Salonique l'église de Saint-George, construite par Constantin, l'une de celles qu'il éleva dans tout l'empire^ (voir la pi. 162). A Rome , les églises de Sainte-Constance et des saints Marcellin et Pierre [Torre Pignattara) furent construites de même par l'empereur. Jusqu'aux premières années du règne de Justinien, des temples ainsi conçus furent élevés dans la capitale de l'empire, comme l'indiquent les descriptions de Procope^ et d'anciens voyageurs^. Cet auteur cite les églises monastiques de Saint- Jean èv È€SàfjLù) et de Sainte-Marie Péribolique, que Clavijo décrit ainsi : « Le corps de l'église de Saint-Jean est comme une grande salle ronde, et au-dessus un dôme très- élevé, etc. Le corps de l'église de Sainte-Marie Péribolique est une salle ronde et haute. » Saint Arculfe cite plusieurs églises circulaires
' Balletin du comité des Arts, i848, 5' n^ Description de M. Ç. Texier.
* Acta sanct. ord. sanct. Bened. m* siècle, part. a.
^ Eusèbe, liv. III, c. l. c Templum aureum; interius vero basilicam ipsam ad summam aitihidinem erexit, figura quidem octaedri constructam , plurimis vero circoniquaque cobicuiis et exhaedris , et tam subterraneis locis quam solariis circumdatam. » Abulpharega, p. 85 de THistoire univerftjiilot uStruxit Antiochae templum octogonum, nomine Beatœ Virginis .»
' Bulletin da comité des ArU, i848, 5' n\ Ch. Texier.
^ L^é^ise monastique de Saint- Jean ev ÈiUfi^. Procop. De œdificOs, iib, I, c. Vfii.
' Ruy Gon2. de Clavijo , Rev. d'archit, iSàî. CônstantiMph en iéOS, par M. Mérimée.
dans la même ville de Constantinople^ Nous avons recueilli à Athènes le plan d'une église octogone à exèdres dédiée aux Apôtres, el conçue dans la première pensée byzantine.
N* 163. Église de S*-George à Salonique. N* i63. Eglise des Saints-Apdlres k Athènef.
2* disposition. — Les chrétiens orientaux reconnurent bientôt combien un édifice entièrement circulaire ou en polygone était incomplet pour réunir la foule des fidèles d'une manière commode, car on voit Constantin lui-même y apporter des modifications : en efiet, ce prince, élevant un temple [œdem) sur le tombeau de Jésus-Christ, lui donna la forme circulaire, mais il y ajouta une basilique [basilicam) : les expressions d*Eusèbe ne laissent aucun doute à cet égard ^; le plan dessiné par saint Arculfe, au vii^ siècle, indique cette construction accessoire^; c'est encore aujourd'hui la disposition de l'église du Saint- Sépulcre. (Voir le plan de saint Arculfe, n*" i64.)
' ■ Ejusdem civitatis roiunda mirae magnitudinis lapidea ecciesia, etc. • ( Voyage de taini Arcuffe, Ann. G. S. Bened. m' siècle, p. a.)
* Euseb. in Oratione de laudibas Constantini , c. ix : «Inprovincia Palcstina, apud civitatem quae Hebraeorum regia quondam fuit sedes, in ipso urbis meditullio, ad loctmi Dominict scpulcri, basilicam immensœ amplitadinis , et œdem sacram in honorem sancte Crucis omni magnificenttaî génère exornavit. ■
' Voyage de saint Aivalfe, Act. S. 0. S. B. m' siècle, a* p.
N* iG4- Plan de l'élise du Sûnt-Sipidcre , à Jénisidein, tnd par saint ArcuUe.
Plus tard, l'empereur, construisant à Constantinople le célèbre temple des Saints-Apôtres , dans lequel il fit préparer sa sépulture, lui donna, selon Grégoire de Naziance ' etProcope', la forme d'une croix latine; il surmonta le sanctuaire d'un dôme, comme le fait entendre Eusèbe, qui décrit ce monument; enfin le topographe anonyme de Constantinople dit que la nef était couverte en bois. Il résulte de tous ces faits réunis que cette église, construite dans son ensemble sur les données des grandes basiliques latines, présentait avec elles cette différence qu'un dôme s'élevait au centre de la croix, au- dessus du sanctuaire, pour rappeler le temple circulaire de l'Ascension à Jérusalem, et le triomphe du Christ. On voit encore à Salonique une église sous le vocable de Saint-ÉHe, et qui par sa disposition est analogue à celle des Saints-Apôtres; elle forme
' &MJiiitffi AnaslMia, c«nnen ix, t. U, p. 79.
' Procop. De tgiijieut Jatiiiti4att. p. i3, l'catiHime ainsi : >HiDc inde procuirentia transversi spatii latera inler se tequalta sunt; spatii vero in directum port«cd pan iOa qiUB TOfpt ad Occidentem altowu niperal qnaDtam lalî* est ot Ggunm cnieù efficiat •
une croix latine; quatre piliers voisins du sanctuaire portent une coupole élevée ^
L'adjonction du dôme à la basilique fut une cause de progrès pour l'art des Byzantins; placée au centre de la croix, la coupole nécessita la construction de quatre piliers épais pour la porter, on relia entre eux ces piliers par des arcs doubleaux et des pendentifs pour compléter les moyens de support direct; le poids du dôme conduisit à voûter les transepts, puis la nef principale , pour offrir contre les poussées une force suffisante et une liaison intime entre toutes les parties ; et ce besoin supprima les colonnades continues de la basilique latine. L'abandon des charpentes et des plafonds employés dans les églises d'Occident fut la conséquence de ces innovations obligées.
3' disposition. — Constantin avait adopté d'abord , en Orient, la forme latine, plus tard le cercle et le polygone; enfin il avait formé un ensemble réunissant ces combinaisons, et en avait constitué , ainsi qu'on vient de le voir, un nouveau plan d'église byzantine; ses successeurs apportèrent dans les formes une modification notable : la croix latine ou à longue branche fut abandonnée pour faire place à la croix grecque, dont les quatre parties sont égales; le symbolisme dut en être la première cause : la combinaison de quatre gamma, lettre de l'alphabet grec donnant le chiffre trois, formait une croix grecque qu'on nommait gammada, et qui rappelait la Trinité. L'ancienne église construite autour du puits de la Samaritaine à Sichem, et qui fut dessinée par saint Arculfe au vu*" siècle, était disposée de la sorte. (Voir les n*"* i65 et 166.) Ainsi, le dôme et la croix à branches égales, caractères distinctifs du temple chrétien de l'Orient, étaient deux symboles de foi, intimement liés l'un à l'autre.
' Bull du comité des Arts, i8â8 , 5' n^ M. Ch. Texier.
N** i65. Gammada.
ir
N*" 166. .Plan' de Téglise construite au-dessus du puits de la Samaritaine,
tracé par saint Arculfe.
Le style byzantin devenant l'art particulier aux Grecs schismatiques, la modification du plan parut sans doute nécessaire pour l'exprimer. L'architecture d'Orient, après les essais de Constantin et de ses successeurs, prit, sous le règne de Justinien, la physionomie qui la distingue complètement de celle des chrétiens occidentaux. Ce dernier prince ayant construit des monastères sur toute l'étendue de l'empire, depuis Carthage ^ jusqu'à la mer Noire, de l'Asie Mineure à l'Adriatique, le système nouveau y prévalut.
On remarque d'abord, en examinant le plan des églises
' Vrocop. Bell Vand, II, a6.
construites au commencement de ce règne, que la partie centrale, surmontée de la coupole, est très-développée comparativement au reste de l'édifice : la cause en est dans le souvenir récent encore des temples circulaires ou en polygone de Constantin et d'Hélène, qui eurent pour première origine celui de l'Ascension, à Jérusalem. L'église de Saint-Vital » àRavenne\ et celle qu'on nomme la petite Sainte-Sophie » à Constantinople, jointe originairement à une maison religieuse, sont dans ce cas : la première s'élève sur un polygone rappelant le temple de la Vierge, à Antioche ^; les bas-côtés ne sont que d'étroites galeries. Le plan de la petite Sainte-Sophie, consacrée à Sergius et à Bacchus , et dont la construction précéda celle du grand temple de Constantinople chrétienne, offre déjà des dispositions transitoires qui permettent de suivre les progrès de l'art byzantin. Comme à l'église de Saint -Vital de Ravenne, la partie centrale est très-de veloppée , le polygone se retrouve dans la partie externe des piliers du dôme, des exèdres se courbent aux dépens des galeries latérales; mais déjà les murs qui enveloppent l'édifice forment un plan carré plus convenable qu'un polygone : amélioration importante pour la stabilité des constructions et pour leur aspect extérieur. Le nartliex devient une salle longue occupant toute la largeur du temple, et s'ouvrant seulement par quelques arcades. (Voir le plan à la page suivante n° 167.) Quant à la croix^ grecque elle est exprimée dans le plan par les quatre ouvertures principales placées aux points cardinaux, c'est-à-dire : 1** à l'entrée de la nef circulaire, 2*" au fond, vers l'abside, 3** et 4*" vers les galeries latérales.
'" Voir plus loin le plan au chapitre relatif à Tinfluencc byzantine en Occident. * Euseb. fec. cit.
N* 167. Église de Sergius el Bacchus, k G>n8taiitiiiople.
Ce plan servit de base aux auteurs de celui de la grande église de Sainte-Sophie, qui n'en est qu'un développement; en efiFet , ce dernier présente d'abord à l'extérieur une masse carrée sur laquelle, à l'orient, l'abside forme une saillie semicirculaire; aux quatre angles sont tracées des salles irrégulières dans lesquelles pénètrent des exèdres : jusqu'ici l'analogie est complète. La nef de Sainte-Sophie est oblongue; elle porte une coupole centrale et deux demi- coupoles : là existe une différence qui est produite par la grande extension donnée dans le plan à deux salles carrées décorées de colonnes, et qui établissent à l'intérieur de l'édifice la forme d'une croix grecque. Sur le nouveau pian comme sur le premier, les narthex sont des salles longues occupant toute la largeur de l'édifice, disposition qui devint générale, comme on peut le voir sur le plan de l'église de Sainte-Sophie , placé à la page suivante, et sur les petits plans d'églises monastiques ou cléricales gravées aux n~ 169, 170 et 171*
1N8TEUCT10118. — II. 33
N* 168. Plan de Téglise de Sainte^Sophie.
Il est probable que les églises monastiques construites dans les premières années du règne de Justinien ofiraient de l'analogie avec celles que nous venons d'examiner : malheureusement elles ont été, comme celles des périodes antérieures, renouvelées pour la plupart à diverses époques, et les types primitifs disparurent pour faire place aux modifications qu'apporta chaque âge.
4* disposition. — Le règne de Justinien, si brillant pour Tarchitecture chrétienne, avait produit cependant, en raison de la nouveauté du style byzantin, des plans encore imparfaits; après lui les empereurs fondèrent de nombreuses églises monastiques ou cléricales : ces édifices furent distribués avec une connaissance plus approfondie des besoins du culte; de meilleures proportions s'établirent entre les diverses parties ; les irrégularités qu'on remarque dans les précédentes églises disparurent pour faire place à une symétrie bien entendue, basée sur la bonne construction ; puis on supprima les exèdres décorés de colonnes qui contribuaient à rompre la régularité
intérieure. Les sacristies , placées dans Taxe des nefs latérales ou près du sanctuaire, se terminèrent, à lorient, par de petites absides saillantes ou prises dans l'épaisseur des murs, et conser* vaut par leurs proportions une physionomie particulière à l'Orient.
N* i6g. Catholîcon, h Athènes. N° 170. Panagia Nicodimo, à Athènes.
Ce fut dans cette voie d'amélioration que furent dirigées les constructions religieuses des Grecs pendant toute la période qui sépare le règne de Justinien de la prise de Constantinople par les Turcs, au milieu du xv'' siècle; les églises de la plupart des monastères s'élevèrent ainsi disposées, et généralement par la main des religieux. Nous n'avons pu donner ici qu'un
aperçu rapide de la grande variété que présentent les plans des églises monastiques de l'Orient, qui, bien que conçues dans un même système, oflPrent toujours entre elles des différences notables qui indiquent la fécondité de conception des Orientaux; et lors même que les conquêtes qui suivirent les croisades placèrent une partie de l'empire grec sous la dépendance de princes de l'Occident, ce système de distribution se reproduisit dans des églises de monastères évidemment élevées sous leur puissance; il suffit de visiter celles de la Vierge à Mistra auprès de Sparte , et de Daphni , sur la route d'Eleusis. Dans ce dernier monastère, qui appartint aux bénédictins, l'église, con-
trairement à l'usage adopté dans tous ceux de rOrientt nest point isolée , et le dottre qui s*appuie contre une de ses &ces latérales » comme on le faisait en Occident, dénote que la maison religieuse a été reconstruite, sinon fondée, par les Vénitiens ou les princes français d'Athènes ; Téglisë , dont le porche a la formelatine, est néanmoins distribuée suivant le système oriental.
N* 171. Monastère de DaphnL
L'église du monastère de la Vierge, à Mistra, située auprès de l'enceinte de la maison religieuse, s'appuie contre une colline; le grand porche du nord, décoré de colonnes, et construit dans le système occidental, servait d'entrée aux hommes; les femmes arrivaient au gyneconitis, ou tribune du premier étage, par les escaliers pratiqués sur la colline.
N* 17a. Église monastique de la Vierge, à Hlstra.
Dans tes derniers siècles, les chrétiens grecs ont renoncé généralement à disposer leurs élises comme le faisaient les Byzantins, et sont revenus de préférence au plan de la basilique latine; est-ce parce qu'ils ont reconnu la supériorité des formes allongées pour réunir un grand nombre de fidèles, ou en raison des rapprochements qui furent tentés entre les églises grecque et romaine? Est-ce aussi pour éviter l'imitation des mosquées, qui, depuis les conquêtes des Turcs, nont cessé d'être construites comme des églises byzantines? Cette dernière hypothèse est admissible, car, pour tout ce qui concerne la décoration peinte ou sculptée de leurs temples, les Grecs sont encore aujourd'hui dans la voie tracée durant les premiers siècles du moyen âge en Orient : l'architecture serait restée
dans la même direclion, si quelque raison puissante n'y avait fait renoncer.