‹ Architecture monastique (volume 3)Chapitre 42 sur 54 · G. FAÇADES · texte numérisé non relu

G. FAÇADES

i" disposition. — Les transformations qu'on vient de suivre en examinant les plans des églises orientales durent influer sur la marche qui fut suivie lorsqu'on éleva les façades; en eflPet, Constantin ayant construit d'abord des basiliques semblables à celles de l'Occident, elles s'offrirent sous le même aspect que celles que nous avons fait connaître en étudiant les formes de l'architecture latine, c'est ce qu'on observe à la basilique de saint Jean Studius à Constantinople , à celle de Saint-Démétrius et à l'Eski-Djouma de Salonique, puis à un grand nombre de petites basiliques répandues dans tout l'empire d'Orient. Mais lorsque l'empereur éleva les églises circulaires ou en polygone dont nous venons de tracer les plans , l'architecture extérieure de ces édifices dut offrir des dispositions fort différentes , par le fait même de ce changement de formes. Les nouveaux plans imposèrent nécessairement, au sommet des édifices, la construction de vastes coupoles, dont les formes n'étaient pas nouvelles sans doute ; le tope de l'Asie , le tholus des Grecs, le Panthéon de Rome, la coupole Sassanide , étaient des exemples antérieurs, mais dès son origine, le dôme byzantin offrit avec ses devanciers une différence notable. La coupole devant offrir, à l'intérieur, une peinture de l'ascension du Christ, et ne pouvant, par conséquent, s'ouvrir à son sommet comme celle du Panthéon d' Agrippa, on l'éclaira par des fenêtres établies à sa base pour donner du jour au sujet peint qui en avait motivé la construction. Ces fenêtres, dont l'église de Saint-George, à Salonique, et celle des saints Marcellin et Pierre à Rome, élevées par Constantin, ont été pourvues, ne

s'opposèrent pas, dans rorigine, à ce que ces premiers édifices byzantins eussent encore une physionomie antique.

Ainsi, révise des saints Marcellin et Pierre, auprès de Rome (Torre Pignatarra), Tun des édifices sacrés du temps de Constantin, surmontés de coupoles apparentes dont on connaisse la disposition, présentait un dôme surbaissé comme les faisaient les Romains ; une corniche couronnant les murs verticaux y limitait le segment sphérique à sa base, et c'était audessous de cette corniche que s ouvraient les fenêtres destinées à éclairer la voûte. La description que fait Eusèbe de régfise des Saints - Apôtres élevée à Byzance par Constantin indique clairement qu une partie de Tédifice était surmontée de terrasses, ce qui ne pouvait avoir lieu qu'autour de la coupole, puisque le reste de l'édifice était couvert en charpente.

Les premières applications qui furent faites aux édifices chrétiens de l'Orient, d'une voûte sphérique au point central, eurent donc comme résultat , à l'extérieur, de présenter : i ** un dôme surbaissé ; 2** des couronnements horizontaux portant terrasse autour de ce dôme ; 3** des fenêtres en œil-de-bœuf ou de forme ordinaire pratiquées dans les murs cylindriques enveloppant la salle ronde surmontée de la coupole. Les nefs et autres constructions accessoires élevées à la manière des Latins venaient s'appuyer contre cette construction cylindrique (le plan de l'église du Saint-Sépulcre tracé au vu* siècle par saint Arculfe ne peut laisser aucun doute à cet égard) ; et de cette alliance de constructions de forme latine et de la rotonde sur* montée d'un dôme, dut résulter pour les façades un mélange d'art antique et de style des églises primitives.

Les premiers moines de l'Orient durent construire et décorer les façades de leurs oratoires ou chapelles à peu près comme le firent ceux des provinces occidentales de l'empire. D'an-

ciennes petites églises disposées comme celles dea Latins t qui se voient dans plusieurs contrées de la Grèce , et particuJiérementdans TÂttique et la Morée, peuvent donner une idée do style que devaient avoir ces premiers essais des reli^eux; mais lorsque, sous Constantin, le symbole de Ta^ensiondu Christ fut un dôme dominant les églises , ils pensèrent à imiter, dans des proportions restreintes, il est vrai, ce qui se faisait alors sur les grands temples de la chrétienté orientale. L*Égypte et la Nubie nous ont conservé quelques-uns de ces dômes qu élevèrent les moines sur les monuments antiques dont ils firent leurs églises dès Torigine. Dans ces contrées, plus qu ailleurs, la disette des bois de construction dut leur faire adopter de bonne heure ces voûtes sphériques. Entrés dans cette voie par imitation ou par nécessité, ils s'y maintinrent, et suivirent l'impulsion qui dirigeait alors Fart oriental dans une route nouvelle.

2* disposition, — Après le règne de Constantin, le schisme de rÉglise grecque se dessinant de jour en jour d'une manière plus nette, l'architecture chrétienne de l'Orient s'éloigna de plus en plus des formes adoptées par l'Eglise latine ; les couvertures en bois furent abandonnées pour faire place à des voûtes solides; on renonça aux pignons et aux frontons nécessités par ces charpentes ; les terrasses , voisines d'abord de la coupole, s'étendirent bientôt sur la totalité des édifices qui, de ce moment, ne furent plus couronnés, au sommet de leurs façades, que par des corniches horizontales, exprimant au dehors les terrasses qui surmontaient l'ensemble ; un dôme unique dominait ces constructions carrées. C'est ainsi que se présente f église monastique de Sergius et Bacchus à Constantinople , qui fut construite au commencement du règne de Jùstinien ; on voit dans la même viUe et à Athènes deux temples chré-

tiens qui peuvent faire juger de laspect que devaient présenter ces édifices cubiques: i'un est situé dans le quartier des bains de la capitale de l'empire, le second est la panagia Nicodimo, à l'orient d'Athènes, vers le mont Hymette.

N° 173. Fa^de d'église au quartier des bains, à Constanlinopie.

La première de ces deux églises, gravée au n" 173, et dont nous ignorons le vocable, parait d'une construction ancienne, bien que postérieure à la seconde période de l'art byzantin, ce qu'indique la forme du dôme. Toutefois on y a conservé, comme dans l'exemple suivant, les dispositions cubiques adoptées pendant les deux siècles qui s'écoulèrent entre le règne de Constantin et celui de Justinien.

La panagia Nicodimo, gravée au n" 174, est d'une époque

moios anàenne que le précédent édifice, ce qui est indiqaé dairement par la forme contournée de son dôme , et les nombreuses fenêtres géminées qui sont pratiquées sur ses façades.

N* 174. Fa^e de la Paangia Nicodimo, à iVtfaètMS.

3' disposition. — Lorsque Justinien fit rétablir l'église de Sainte-Sophie, détruite par les Mettons du cirque, des dispositions nouvelles furent prises pour construire et décorer ce vaste édifice; elles imprimèrent à l'art byzantin une marche qui n'avait pas encore été suivie.

Déjà, dans ce monument, on entrevoit l'idée de multiplier les dômes, ce qu'on fit dans les monastères du mont Athos, et ce dont la ville de Constantinople présente de nombreux exemples : ce fut «n des caractères de celte troisième pério^ie. On remarque aussi à l'église de Sainte-Sophie une autre pensée des architectes, celle de faire usage de l'extradossement des voûtes pour porter directement les tuiles ou les plombs de couverture, et par ce moyen éviter les charpentes.

N* 175. Église de SaJnte-Sopbie, Ji Constantinople.

Ces deux innovations conduisirent à des formes toutes nouvelles pour l'aspect général des façades : 1° la coupole principale restant, comme dans l'origine, au centre de la croix, on en groupa de plus petites autour de sa base. Ainsi , à l'église du Pantocrator, à Constantinople, des dômes secondaires surmontent les transepts et la partie antérieure de la nef; à celle de Sainte-Tliéodosia de la même ville, de petites coupoles s'élèvent aux quatre angles du monument. Dans les monastères du mont Athos on a varié aussi la place qu'occupent ces constructioos supérieures des églises : les dômes, fréquemment au nombre de sept ou de neuf, ysont ordinairement consacrés à des saints, sauf celui du centre de l'édifice, toujours réservé au Tout-Puissant 3° A cette époque , les Grecs en établissant les constructions des nefs et des transepts, les surmontèrent de voûtes cylindriques extradossées et directement couvertes à l'extérieur de tuiles ou de métal ; il en résulta que le sommet des façades présenta des

formes courbes aux points où les Latins élevaient des pignons

aigus.

Ce système de construction s'étendant des grandes nefs aux collatéraux, au narthex, aux chapelles secondaires, tout Tédi- (ice prit un aspect particulier, dans lequel la ligne droite, horizontale ou biaise, fut bannie des parties hautes , et les courbes des cintres, se dégageant, indiquèrent à l'extérieur toutes les voûtes de l'édifice. Nous citons comme exemples les façades des églises du Pantocrator, de Mow^ trjç yépas, de Tkeotocos ton Liban , à Constaatinople ; elles présentent tous les développements de ce système d'architecture religieuse; et lorsqu'en 996 les Vénitiens construisirent leur basilique de Saint-Marc, ce fui dans cette voie qu'ils rétablirent, parce qu'alors, en Orient, ces dispositions étaient en pleine faveur.

N* 176. Façide da PaDlocrator, àConslaolîoople.

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