‹ Architecture monastique (volume 3)Chapitre 6 sur 54 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

dispositions ingénieuses, commodes, économiques, avaient été conçues pour cette seconde partie des monastères; la charité n avait rien épargné pour donna* un abri convenable aux hôtes, aux pèlerins et aux pauvres; les infirmeries s'y élevaient vastes et aérées; la jeunesse laïque ainsi que le jeune clei^ trouvaient des écoles saines et commodes; lartiste et l'industriel y eurent des ateliers bien disposés et garnis des ustensiles nécessaires; le médecin, la» griculteur, virent toutes les plantes utiles se reproduire dans les jardins.

Les Normands et les Sarrasins apportèrent un temps d'arrêt à cette activité créatrice, en renouvelant, sous les successeurs de Gharlemagne, les maux causés, durant les premiers siècles de l'éghse, par les invasions des barbares; la vie des cloîtres devint, comme dans l'origine, un refuge contre ces calamités publiques. Les religieux se multiplièrent plus que jamais, et ce fait peut seul expliquer les innombrables reconstructions de monastères et les fondations non moins fréquentes qui» lorsque la paix fut rendue à l'Europe, donnèrent à la société monastique une vigueur nouvelle et plus de puissance encore que par le passé. L'avenir promettant alors plus de sécurité, on construisit sur des plans beaucoup plus vastes. De nombreux monastères, ainsi que leurs é^ses, avaient été originairement établis en bois et en matériaux peu durables, on employa la pierre pour éviter les incendies et afin de rendre les restaurations moins fréquentes. Alors s'élevèrent les belles abbayes d'architecture romane dont nous admirons encore les ruines : les ordres de Gîteaux, de Cluny, multiplièrent par centaines leurs maisons

LNTRODUCTION. xv

secondaires; les belles églises de Jumiéges, de l'Abbayeaux-Hommes, de rAbbaye-aux-Dames à Gaen, de Cluny, de iSaint-Vanne, de Fleury, datent de cette époque de renouvellement ; on en garantit la durée par des fortifications.

La période ogivale développa d une manière plus brillante encore les églises abbatiales, qui , par leur étendue, leur élévation, le luxe de la structure et de la décoration, luttèrent avec plus dune cathédrale. Les abbayes de Corbie, de Fontenelle, de Saint-Ouen de Rouen, de Saint- Jean-des-Vignes à Soissons, de Saint-Bertin à Saint-Omer, et tant d autres, ont laissé dassez belles ruines pour qu on puisse juger encore de leur importance passée.

Au xvi^ siècle , la réforme arrêta , dans quelques contrées de l'Europe , les grandes constructions monastiques; mais TËspagne, l'Italie et d autres pays préservés de son influence, virent encore s'élever de vastes maisons religieuses, dans lesquelles le luxe et Tétendue ne le cédèrent en rien à celles des âges précédents ; il sufiit de citer la chartreuse de Pavie et TËscurial. Le calme qui se rétablit plus tard dans Téghse permit de continuer les grands travaux interrompus ou d en créer de nouveaux : Anne d'Autriche fit élever à Paris le Val-de^râce , et Tordre des Jésuites particulièrement construisit, dans un style d'architecture qui lui est propre, de nombreuses maisons, remarquables par la richesse et l'étendue. Ce iîit un dernier jet qui se prolongea jusqu'à ce qu'en France la révolution de 1789 eût anéanti l'institution monastique : le coup qui lui fiit porté ici retentit dans le monde chrétien, et depuis lors on compte peu de fondations nouvelles de quelque valeur.

Page 1