‹ Architecture monastique (volume 3)Chapitre 50 sur 54 · I. DéTAILS D'ABCHmCTUEE ET D'OAXKMKST · texte numérisé non relu

I. DéTAILS D'ABCHmCTUEE ET D'OAXKMKST

Les détails et la sculpture d'ornement des Byzantins n offrent pas moins que les formes générales de Farchitecture, une physionomie particulière et des compositions caractéristiques de cet art. Les chapiteaux, qui en général, dans tous les styles, sont les parties des édifices où Fétude de la forme et le soin donné à Fexécution déterminent en quelque sorte Faspect

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que doivent avoir tous les autres ornements, présentent ici des types tout nouveaux et qui se montrent dès le règne de Constantin. Les formes élégantes attribuées à Corinthe sont complètement abandonnées; celles de Tordre ionique persistent davantage, mais dénaturées et abâtardies. Les bases des colonnes perdent leur profil attique , pour devenir pesantes d'abord, puis se dénaturer complètement ensuke dans des compositions que nous ferons connaître bientôt et qui n ont plus rien de commun avec les formes grecques et romaines.

Les entablements, qui deviennent fort rares, quittent les proportions établies par Tantiquité, pour ne présenter, sous le règne de Justinien, que des profils capricieux; ils sont remplacés, dans les siècles suivants, par de simples couronnements en biseaux.

Les dispositions pesantes, dépourvues de feuillages saillants , qu'on voit paraître dans le chapiteau byzantin dès les premiers essais de TarC chrétien grec , ne pouvaient provenir que d'une influence étrangère au sol de la Grèce , si riche encore à cette époque en modèles remarquables de Tarchitecture antique. Les Perses, en lutte alors avec les empereurs d*Orient, en contact continuel avec la chrétienté asiatique sous les Sassanides, paraissent avoir donné naissance à ces formes nouvelles des chapiteaux : en e£Fet, si Ion examine ceux qui restent encore à Chiras et à Ispahan, ainsi que les monuments de cette époque de Tart des Perses du bas-empire que dessinèrent en 1 84 1 les artistes explorateurs envoyés par le Gouvernement français dans ces contrées ^ on y reconnaît en même temps les dernières traces de Fart antique et les formes pesantes et cubiques adoptées généralement par les Byzantins. (Voir le chapiteau sassanide à la page suivante, n"" qSi.)

' Voyage en Perte àe MM. (MtietiFiêMidin, iSix,

INSTRDCTIONS. — II. &6

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L'Occident, trop éloigné de ce pays pour éprouver la même infiuence, resta pendant plusieurs siècles, ainsi que nous l'avons démontré précédemment, dans la voie tracée par rantiquité.

Constantin, construisant dans sa nouvelle capitale la basilique des Saints- Apôtres, se plaça dans la route nouvelle qu'indiquait alors l'Asie. On peut s'en convaincre en examinant quelques chapiteaux qui proviennent de ce temple et qu'on voit encore aujourd'hui auprès de la mosquée de Mahomet II, élevée sur son emplacement; ces fragments précieux, dans lesquels on retrouve encore les derniers souvenirs de l'art antique, affectent la forme cubique, dont les Byzantins n'abandonnèrent plus les dispositions principales.

N' 35a. Chapiteau de l'église des Saints-Apôtres, à Comlanlinnple.

D'autres témoins de celte influence élrangère se voient à

Venise, sur les deux piliers de l'église construite à Tyr par l'évéque Paulin , et transportés à la place Saint-Marc comme nn trophée des victoires de la république en Asie.

^' a;>3. Chapiteau de l'^se de Tyr.

Cette direction donnée ans formes architectoniques du chapiteau, dès les premiers siècles chrétiens en Orient, suivit sans interruption son cours. Sous Justinien , les églises de Sergius et de Bacchus, du Théotocos, de Sainte-Sophie à Constantinople , de Saint-Démétrius et de Sainte-Sophie à Salonique , de Saint-Vital à Ravenne, de l'éyêque Eufrasiùs à Parenzo, furent ornées dans le même système. Dès le jv* siècle, ces mêmes chapiteaux cubiques iPurent sunnontés d'ui^ lourd coui-onnement affectant la même forme qu'euJt; 11 avait pour but de leur faire porter les retombées des arcs. On voit déjà poindre cette disposition nouvelle à des édi6ces construits par Constantin. Au vi' siècle, ce système avait pris un développement général, comme on le voit aux trois chapiteaux du Théotocos à Constantinople et qui sont gravés aux n"* a54, 355 et :i56, sur les pages suivantes, et à celui qui est reproduit au n" :i63 comme un exemple de l'ordre ionique. En Occident ces couronnements furent adoptés dans les édifices élevés sous

l'inflaence byzantine et y reçurent des proportions plus eia-

gérées encore qu'en Orient, comme on peut le ycâr aux églises

de Saint-Vital de Ravenne et de Saint-Étienne-le-Rond , à

Rome.

N* iih- Chapiteau de l'égliw du Tliéotoo».

Lorsque les successeurs de Constantin élevèrent sur TAtfaos, au pied du Parnasse et dans d'autres parties de Tempire. de nombreux monastères, dont plusieurs sont encore debout, ces chapiteaux cubiques furent reproduits avec quelques modifications, apportées par le caprice des artistes. On en voit qui n'offrent d'autre forme que celle d'une pyramide tronquée dont la base occupe la partie supérieure; une légère courbure les relie à l'astragale de la colonne. Nous en avons recueilli de nombreux exemples à Constantinople, à Athènes, puis en Islrie et à Venise , contrées où ils pénétrèrent d'abord avant de se répandre en Occident.

N" abb et 356. Chapiteaux à l'égliM du Hiéotocoi.

N" a57 et 35S. Chapiteaux à la Kapnicaria d'Athinea.

Sous la période GonstantiaieiiDe, les palmettes antiques, les flenroDs, les feuilles d'acanthe, se répandent encoFe sur les lourdes surfaces planes ou couines du chapiteau byzantid. Arrive^t'Ofl an siècle de Jnstinien , le feuillage qui orne ces surfaces prend un autre caractère: il devient aigu , sans relief; les feuilles écourtées ne présentent guère que trois folioles appliquées^ aux parois de la corbeille; sur les parties saillantes elles se développent dans des entre-lacs. A Sainte-Sc^hie , le milieu du chapiteau présente des demi-sphères évidées se*lon des dessins variés ; ailleurs ce sont de grandes croix grecques, des monogrammes qui occupant cette place. Lorsque,

INSTBUCTiONS.

vers la décadence de l'art byzantin, la pyramide renversée devient la seule forme en usage , elle est ornée soit par des lignes croisées renfermant de maigres feuillages dans ^eurs intervalles, soit par des chevrons brisés el parallèles, soitenfin par des panneaux ou des cercles saillants.

N" aBg, a6o, a6i et 163. Chapiteaax byzantins.

Les formes qu'on vient de suivre dans toutes leurs phases chronologiques étaient substituées , par les Byzantins, au chapiteau corinthien; ils y conservèrent en quelque sorte ses proportions élevées. Quand leur intention fut de rappeler l'ordre ionique, il&lc dénaturèrent moins que le précédent : on voit k l'étage sup^eur de l'église de Sergius et Bacchus, à ConslantinofJe, de ces cliapiteaux dans lesquels les formes antiques ont peu varié : de larges fçuilles aiguës s'échappent. du sommet des volutes pourdécorer la partie antérieure; un couronnement disproportionné et présentant l'aspçcl d'une pyramide renver-

sée, surmonte ce chapiteau. I/église de Saint-Marc de Venise, dont l'ensemble et les détails ont été calqués sur l'art byzantin, offre deux exemptes de ionique plus abâtardi que celui dont Justinien fit décwer l'église de Serçius. {Voir la pi. 3oi.)

N* 363. Chapiteau ionique k l'église de Sei^us et Bacchui.

Les bases de colonnes sont fréquemment imitées de celles de l'antiquité d'une manière presque identique. Dans certains édifices les architectes orientaux ont composé des bases d'une forme toute particulière et dont l'invention leur appartient entièrement On en voit  la façade de l'église du Tbéotocos dont le profil singulier ne peut s'indiquer que par un dessin. (Voir le a" 264.)

N* 96a. Bsae des colonnes de l'égUse du Théolocos.

Justinien fit exécuter, à l'élise de Sergius un entablement complet, l'un des derniers qu'ait produits l'architecture

byzantine, puisque, partout ailleurs, l'arc en plein cintre fut substitué à l'architrave. Dans cet exemple curieux, la corniche, ornée de modillons et de dentïcules, est, ainsi que la frise, dans des proportions peu différentes de celles qu'offrait l'art antique, mais l'architrave y est d'une épaisseur démesurée : un tore énorme en fait le couronnement, des oves renversés, des denticules sans grâce et une torsade inutile en surchargent la partie antérieure.

N° 365. EnUblement de l'élise de Sergius et Baccliu^.

Après Justinien, presque toutes les moulures de couronnement se convertirent en lourds biseaux surmontés d'un épais carré; la sculpture décora quelquefois leur partie biaise : on en voit un exemple à la clôture sacrée de l'église de la panagia Nicodimo d'Athènes; celle de Salnte-Theodosia , à Gonstantinople, présente, à l'extérieur, une de ces moulurés ornée d'une longue inscription grecque formée de lettres en saillie; enfin ces mêmes couronnements, qui furent fréquemment imités en Occident, du vni* au xii" siècle, présentent souvent, en Grèce, des ornements peints destinés à les enrichir : on en voit au Gatholicon et à la panagia Nicodimo d'Athènes. (Voir à la page suivante, sous les n" 366, 267, 268, 269, les quatre exemj^es de couronnements qui viennent d'être indiqués. )

N* a66. Couronnement de la Panagia NicodioaQ.

N* 367. Couronnement en biseau à l'église de Sainle-Théodoaia.

N' 368. Couronnement peint au CaUiolio

N° afig. Couronnemeat peint h la Panagia Nicodimo.

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Les architectes byzantins ont fréquemment employé, pour décoFçr leurs édifices religieux, de laides panneaux de marbre blanc, sculptés en relief et présentant d'ingénieux enlacements

INSmCCTIONS. — II.

de lignes droites et courbes^ auxquelles se joignent des croix, des rosaces, et qu^quefois des sculptures d*anîmaux vrais ou chimériques; placés au-dessous des fenêtres, des arcades, à l'appui des balustfades, et sur plusieurs points des édifices où ils pouvaient être utiles pour le service ou niéme pour la simple ornementation, ces panneaux, ordinairement conçus et exécutés avec goût, sont d'un bon effet par le style sévère qui les caractérise , et par la sage réserve avec laquelle on en a fait usage.

ti" 270, 371, 37a. Panneaux sculptCs dans diverses églises byianlines.

La sculpture d'ornement employée pour décorer les murailles, les pilastres, et enfin toute autre partie que les moulures ou les chapiteaux, est fort rare en Orient, sans doute par le fait des iconoclastes et des Turcs. Cette sculpture suivit une marche analogue à celle qui vient d'être examinée : elle imita d'abord presque servilement l'art grec, sauf quelques formes emblématiques créées dès l'origine par des artistes chrétiens;

on peut en juger par les pilastres de Téglise de Tyr placés aujourd'hui à Venise auprès de l'élise de Saint-Marc.

N* 373. Pilâ*tre de l'église de Tjr.

Dès le règne de Justinien, les compositions des sculpteurs, tout en restant, à l'égard de quelques détails, dans la voie tracée par l'antiquité , commencèrent à prendre une physionomie rude cl sans souplesse dans l'exécution; du x' au xii' siècle, elles devinrent tout à fait harbares, ce dont on peut se convaincre en examinant les divers panneaux sculptés qui se voient sur la façade du Catholicon d'Athènes. ( Voir la planche 180.)

K. CONSTRUCTION BÏZ&NTINB.

Les premières églises de l'Oriept paraissent avoir été généralement construites avec de la hrique : le temple de Saint- George à Saloniquev fende par Constantin et de forme circulaire, rËski-Djouma> basilique qui se voit dans la même

ville et qui est à peu près cootemporaine , sont établis avec cette matière sans mélange. Mais sous Justinien, qui avait employé aussi la brique seule à la grande église de Saiote-Sophie de Constantinople, le modlon se mêla à la terre cuite dans les grandes constructions religieuses : c'est ce qu'on observe au ÔeoT^KOfToC Aiëbv, à Movi^T^s^^eipa;, au Pantocrator, * à Constantinople {voir les pi. 176, 177 et 178), aux églises des Saints-Apôtres et de Sainte-Sophie à Salonique, à celle du Sauveur à Mésembria.

N* 374. Partie latérale de l'é^se de Mésembria.

Sous les successeurs de Justinien le système de maçonnerie changea peu jtisqu aux ix* et x* siècles , durant lesqu^ on voit paraître Yopas reticulatam à l'église de VLovit t^« X*^**-

N* 375. ConstnictiDa réticnléc k Uavi) rifç x/^pae-

Puis on mêla aux moellons des briques appareillées en losanges, en méandres, ce qui s'observe à la panagia Nicodîmo d'Athènes,

N* 376. Détail de construction à la Panagia Nicodimo.

A la même époque aussi on plaçait des tuiles dans les joints verticaux des pierres ou des moellons. Du reste, à cet égard il n'y a rien d'absolu, les systèmes ayant varié en Orient, comme chez nous, selon les lieux et en raison des matériaux présentés par le sol: toutefois, les indications données ici sont établies sur des observations appuyées de dessins.

Plusieurs des églises byzantines de l'Attique et de la Marée sont construites avec de la pierre en grand appareil; à Athènes, on a même employé le marbre pour les revêtements extérieurs du Catholicon , et dans cette ville, ces riches matériaux doiveût provenir, pour la plupart, d'édifices antiques; on en a Une preuve suffisante par les beaux fragments de l'art grec ancien, qui se mêlent aux assises des quatre façades de ce petit édifice chrétien , et qui y sont même disposés avec goût.

La plupart des clochers qui furent ajoutés aux édifices by« zantins, sans doute vers Tépoque des conquêtes vénitiennes et françaises, sont construits en grand appareil. On en voit ainsi à l'église de Saint-Taxiarque d'Athènes, aux monastères de Daphni, sur la route d'Eleusis, et de la Vierge à Mistra. Dans la plupart des monuments que nous venons de passer en revue, les arcs des voûtes, des portes ou des fenêtres, présentent de la brique tantôt seule , tantôt alternée avec la pierre ou le moellon, quels que soient d'ailleurs l'âge ou l'importance du monument.

La construction des coupoles, qui jouent un si grand rôle dans l'architecture byzantine qu'elles sont un de ses caractères distinctifs, demanda beaucoup de soin , particulièrement lorsqu'on les établit sur un grand diamètre. Sans doute les premières, comme celle de Saint-George à Salonique, construites sur des murailles d'une grande épaisseur (à l'église de Saint-George elles ont six mètres cinquante-cinq centimètres) pouvaient s'établir, à l'instar de celles des Romains, avec des blocages mêlés à des décharges ou à des arêtiers en briques; mais lorsqu'on voulut les soutenir sur des pendentif, puis évider leur grand cercle horizontal par de nombreuses fenêtres, il fallut aviser à des moyens de construction o£Prant simultanément la solidité et la légèreté. On sait quels furent les matériaux employés par les architectes de l'église de Sainte - Sophie : ils firent exécuter à Rhodes des briques si légères, que douze d'entre elles ne pesaient pas plus qu'une brique ordinaire; elles furent disposées par assises régulières. Dixsept ans après son achèvement, cette voûte fiit en partie renversée par un tremblement de terre et rétablie avec des briques de Rhodes : c'est la même qu'on voit aujourd'hui. L'architecte byzantin qui construisit, sous Justinien , l'église de Saint-

Vital à Ravenne, employa pour la grande voûte un système di£Pérent du précédent; il fit £Bd)riquer des amphores en terre cuite qui furent placées bout à bout, de manière à faire entrer le col de Tune dans la partie basse de Fautre, la presque totalité du vase restant vide; elles furent posées verticalement depuis la naissance de la coupole jusqu au niveau du sommet des fenêtres qui éclairent cette voûte; puis,. à partir de ce point, on les coucha horizontalement et en spirale Fune dans Fautre jusqu au sommet de la partie sphérique. Cette coupole légère n*a sou£Pert aucune atteinte du temps depuis le règne de Justinien.

La plupart des voûtes sphériques qui se voient encore aujourd'hui dans les églises monastiques ou autres de FOrient, sont trop peu étendues pour qu on ait cherché, pour les consr truire, des procédés particuliers comme ceux que nous venons d'indiquer; elles sont généralement composées de moellons bloqués dans un mortier solide , comme nous avons pu nous en convaincre à celle de la panagia Nicodimo d'Athènes, qui est cependant une des grandes coupoles qu'on rencontre dans les é^ses byzantines postérieures au règne de Justinien. Cette voûte, entamée par les boulets, à Fépoque du dernier siège d'Athènes, durant la guerre de Findépendance , pouvait être examinée facilement lors de notre passage dans cette ville.

Le bois était exclu, en général, des constructions des Byzantins; il résulte cependant de la description que fait Clavijo, de Fég^ise de Sainte-Marie de Blacheme, qu'ils employèrent quelquefois cette matière pour exécuter de grandes voûtes; ce voyageur s'exprimait ainsi en i4o3 : t Quant au ciel de la grande nef, il était encore plus riche, fait de bois avec de curieux caissons et assemblages, et tout le ciel, caissons et solives , dorés de fin or, etc. *

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