I.NSTIII’CTIÛNS. III
INSTRUCTIONS
temple d’or consacré à la mère de Dieu, dans la ville d'Anlioclie, par Constantin le Grand.
Les historiens disent d’abord que la frise située entre les deux étages des arcades intérieures, par conséquent au-dessus de celles du rez-de-chaussée, contenait une inscription en mosaïque rouge [epltjrammn sinopide scriptum), rappelant le nom et les titres du fondateur; elle était en vers et se terminait par CCS mots : karolvs PRtNCEPS.
La voûte centrale ou coupole qui couvrait la plus haute construction du temple était en mosaïque et représentait, dans la zone principale, un ciel d’or parsemé d’étoiles rouges; au milieu, et vis-à-vis l'entrée de l’édifice, était figuré le Christ assis; un nimbe crucifère ornait sa tète; de la main gauche il tenait un livre, de la droite levée il donnait la bénédiction. Une longue tunique ( talaris) couvrait la totalité du corps; un pahidamentiim rouge fixé par une fibule en pierreries était placé par-dessus. Sur une zone lumineuse partant du sommet de la voûte et répandant des rayons autour de la tête du Christ, étaient figurés deux anges tenant des livres ouverts et SC groupant auprès des épaules de leur roi. Une sphère était tracée autour du trône; elle contenait plusieurs cercles colorés : le plus près du Christ était blanc, le .second bleu turquin, le troisième vert de mer, le quatrième violet, etc.
Dans la région située aiwlessous du Christ étaient figurés douze vieillards vêtus de blanc, portant à la main des couronnes d’or, qu’ils lui présentaient, après s’être levé-sde leurs sièges. Charlemagne avait sans doute voulu représenter ici les douze apôtres, bien que, pour composer cette décoration de la voûte de .sou église, il se fût inspiré du quatrième chapitre de l’Apocalypse, c[ui est ainsi conçu: t Sedes posita erat in cœlo, et supra sedem sedens, et qui sedebat similis erat
aspnctu lapidisjaspidisclsartlinis, et iris eralin circuitu sedis, similis visioni sniaragdinæ, et in circuitu sedis sedilia vigiiiti quatuor, et super llironos viginti quatuor seniorcs sedenles circumamicti vestimentis albis, et in capitibus eorum corona? aure:e... qui procedebanl ante ibronuni, cl adorabant viventem in sæcula sæculorum, et inittebant coronas suas ante tbronuiu, dicentes : Dignus es, Domine Deus noster, accipen; gloriam . . . « Au-dessous dosvicillanls, dans la frise inférieure, était tracé le monogramme du Christ. Cette voûte, curieuse et unique dans le Nord, existait encore au xvii' siècle; Ciainpini l’a fait graver dans .son ouvrage, à la planche 4i.
Du sommet de la voûte pendait une vaste couronne d'or, qui fut remplacée par celle qui s'y voit aujourd'hui, ouvrage remarquable d'orfévrcric en cuivre doré orné d'émail. Au-dessous de cette couronne, au centre de l’octogone, un caveau particulier avait été construit pour servir de sépulture à Charlemagne, qui y fut enseveli le jour même de sa mort; on éleva au-dessus de ce caveau un arc doré (arcits deaiiratus), qui ne pouvait être qu’une espèce de ciborium. Anasta.se se sert souvent du mot areas pour exprimer la décoration qui surmontait les autels et qu’ailleiirs il nomme ciborium : sous cet arc, porté sans doute par des colonnes, fut placée une figure de l’empereur (cum imaijine) accompagnée d’une inscription ainsi conçue :
Sub hoc conditorio situm est corpns Caroli magni algue orlodoxi imperaioris, gui regnum Francoram nobdilcr et per annos XLVJI féliciter tenait. Decessit septuagenarius anno Dni DCCC XfV. indici. VII calend. jebmarii.
Ce temple fut considéré comme le plus beau (ju’il y eût alors dans toutes les Gaules, et il était tout naturel qu’on s’en inspirât, comme on le verra bientôt; en effet l’auteur anonyme
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du Calaloguo des abbés de Fleury, qui décril l’église deGerniigny-des-Prés, s’exprime ainsi : • Æmulalus in boc facto magnum Karolum, qui ea tempesUte .\qui.sgrani palatio tanti decoris .■edificavcral ecclesiam, ut in omni Gallia nullam babebat similem. Verum memoratus princep.s, illudquod feccrat teinpium, Scæ Dei genitricis Maria? sub honore præcepil. At vero Tbeodulpbus »
La décoration du chœur de l'église de Germigny était due en partie à l’application de mo.saiques en émail. Le texte déjà cité dit ijositivemcnt qu’on en voyait dans la partie basse du clocher qui surmonte le chœur: on y lit; « Porro in matherio tiirris, de qua signa pendebant, buju.sccmodi inseruit versus argentco colore expressos :
lInT io honore Dei Theodiilpluis lempla sacravi
Qiiæ dutn quisqiiis ades, oro, mémento mei. »
Cette inscription , exécutée en argent , ne pouvait l'étre qu’avec des cubes argentés, à la manière byzantine, comme une partie de celle qui se voit encore dans l’abside orientale; de plus il fallut lui faire un fond d’émail, et l’on ne peut admettre que cette frise portant la dédicace fût sans quelque accompagnement de décor. Pour que ces vers, qui rappelaient la consécration par Théodulphe, pussent se lire facilement, ils avaient dû être placés au-<lessus des arcs inférieurs, entre les deux étages de cintres; c’était précisément à cette place qu’était tracée, aussi en vers, l’inscription qui rappelait la fondation de l’église d’Aix-la-Chapelle par Charlemagne, et qui se terminait par ces mots : Karolus princeps. La place donnée à la dédicace du temple de Germigny par Théodulphe était donc aussi un point de ressemblance avec l'autre édifice.
Les parties hautes de la tour centrale de l’église de Ger-
AUCIüTECTUnE MON ASTIQUE, inigny, qui complètent l’ensemble du chœur, comme la haute nef d’Ai.\-la-Chapellc constitue le .complément du centre de l’édifice, .sont éclairées, sur chacune des quatre faces, par une fenêtre; c’est là que se voient les jlores gypseï ou stucs ornés que mentionne le texte déjà cité; ils contrihuaient à la décoration de la tour et purent s’étendre au delà des encadrements <le ces baies; nous les comparerons plus loin à ceux de Cividale del Frioul, dans lesquels des perles en verre de couleur cl des fonds en même matière, donnés à la sculpture d’ornement, indiquent as.sez f harmonie ipi’on savait étaldir alors entre les stucs ornés et les mosaïques dont on faisait encore usage dans la décoration des temples.
2' disposition. — Lorsqu’au xi' siècle le nouvel arrangement du chœur, ébauché par Théodulphe à Germigny, et modifié, ainsi que nous l’avons indiqué précédemment, eut prévalu sur les dispositions anciennes, l'emploi des mosaïques n’élail plus en usage, au moins dans les régions moyennes de fEurope; la peinture murale, moins dispendieuse et plus à la portée des religieux, après les désastres des i.x' cl x* siècles, fut généralement appliquée à la décoration du chœur des églises; la sculpture vint s’y joindre, plus brillante ordinairement dans celle région de fédifice que dans les nefs; elle y fut motivée par la multiplicité des colonnes engagées, des colonncttcs placées dans les pendentifs et sur les régions internes des tours centrales, dont elles ornaient les fenêtres. Le chœur commençait alors à se relier au .sanctuaire, on les enveloppait fun et l’autre de colonnes qui les isolaient de la circulation nouvellement pratiquée dans le pourtour; elles amenaient, sur ce point, tout le luxe de la décoration. Le septum ou clôture, devenu plus que jamais indispen.sablc pour protéger celle partie réservée du temple, contribuait aussi, par ses ornements, à l’en-
INSTRUCnONS.
senil)lf! décoratif. Au xii' siècle celle propension à enrichir le ciiœur par tous les moyens tpie fournissaient les arts prit plus dcdéveloppeinenl encore que parle passé;des slalues appuyées contre les colonnes du pouiioiir ajoutaient à la magnificence de la décoration murale; on en voyait à l’abhayc de Clunv : elles étaient accompagnées d’attributs, d’armoiries et de tout ce que le luxe pouvait y joindre.
MEcni.iis DI' r:iiui:( a.
lu/c/.v. — Des autels étaient placés dans le chœur; on les nommait conventuels, allaria convenlmilia. (Du Cange, Allare iVM'cnlmle f/iiorf est Inira cliori septa.)
Stalles. — 1,’ahbatiale de Sainl-Gail, que plus d’un détail peut faire considérer comme placée dans la voie de transition <pii s’opérait entre le style latin et le roman, fait voir des stalles, placées en travers de l’axe du chœur. Cette dis-
jKisition, contraire aux premiers usages (voir à la page 188. I" partie), ne paraît pas avoir été conservée. On les appliqua généralement, au moyen âge, contre les parois latérales du chancel qui entourait le chœur, fréquemment même le dossier de e.es stalles forma la seule clôture qu'il y eût entre les colonnes. Aux églises romanes de Toscanella les hancs du chœur sont en pierre, et des fragments antiques se mêlent à leur construction. Le bois devint dans la .suite la seule matière qu’on employa dans la construction de ces sièges, et, pour celte raison, ils ont généralement disparu de nos églises romanes. L’église de Ratzburg, en Allemagne, conserve encore des fragments, hors de service, d’une suite de stalles i-omanc.s, remarqu.ables par leur stvlc et la sculpture qui les décore; c’est le seul exemple qui soit connu aujourd’hui. (Voir le n° 38o.)
ARCHITF.CTUKK MONASTIQUE,
N* 38o Slnlln de ri.'gll»e île nalibur);.
Lcctrum, Aquila, Lutrin. — On lit dans Grégoire de Tours, à l’articlo de saint Cyprien de Carthage, ces mots : «Cyprianus beatissiinus Carlliaginensis et antistes et martyr
iii cujus basilica t'iualügius iii quo libru supra posilu cautatur et legitur.. . ‘ » Ce meuble cité par Grégoire servait simultanément h la lecture et au cbanl; c’était donc le lutrin de la primitive église, ce qui est confirmé par l’inscription gravée sur le Icclorium de l'ancienne basilique de Saint-Pierre de Rome et citée par Mabillnn :
Scandite ranlanles Domino Duiniminique legcnles,
Ex alto |>0|Hilis verba sii|K'i'iia joncnl’.
(Voir la 1” partie, pages 189 et 190.) Lorsqu’on renonça, vers l’époque earlovingienne, à placer ce meuble de grande dimension dans le chnnir et qu’il lut remplacé, pour les lectures, par de simples pupitres placés au cbancel, comme on le voit au plan de l’abbaye de Soint-Gall, on dut songer aussi à établir un pupitre isolé pour les chants religieux; le chœur de l’oratoire de Gividale del Frioul en possède un en marbre placé sur une colonne de granit. C’est bien la transition de l'ana- Inijius monumental au lutrin mobile qui fut exécuté en métal ou en' bois durant le moyen âge. (Voir ce lutrin à la pl. 3i4-) On a vu dans la première partie, page 34 1, que l’aigle de saint .lean sert rréquemiuent de support au pupitre des anciennes chaires; cet emblème remonte aux premiers temps du christianisme : il est déjà dans les ]ieintures des catacombes. (Voy. Homa sublerranca, t. Il, page 4ôi.) Cet aigle fut reproduit au sommet de la colonne qui portait le lutrin; on l’exécuta généralement en cuivre, et sur ses ailes ouvertes un léger pupitre en fer servit à maintenir le livre. L’aigle devint si ordinaire dans la composition de ce meuble qu’on lui donna le nom (Yaquilu, «aquila, lectrum seu analogium in modum aquilæ
* Grégoire de Tour», Ghria martymm, lib. I. p.
* V«iera analeita. Mabillon , p. 35^, Pari», i 7)3.
V n c 1 1 1 T KCT U a k m o n a s i' i q i: e.
alas cxpansas habonlis';» aussi, dans les Us el coutumes de l’abbaye de Saint-Gennain-des-Prés, l’abbé (iuillaumc ne se sert-il pas d’autre expression pour désigner le lutrin du clueur. On le dora, on le décora d’émaux, de peintures, ainsi que son pied’. Villars de llonuecourt, architecte du xiii' siècle, qui nous a laissé un album de dessins, avijourd’bui la Bibliothèque impériale (S. G., latin, i io4), fait voir au folio 7 recto, et au folio 32 verso, des dessins d'aigles et de lutrins. L’un d’eux fait connaître un mécanisme au moyeu duquel on faisait tourner la tête de l'oiseau vers le diacre, lorsqu’il lisait l’évangile; il suHisait de tirer une licellc pour faire jouer la machine.
Lampes, phares, couronnes, roues. — Depuis l'origine de l’Eglise, des lampes étaient su.spendues dans le chœur et dans le sanctuaire. Grégoire de Tours en parle quand, à propos d'une égli.se de l’Auvergne, il dit qu’une alouette passant dans le sanctuaire, par-dessous le voile, faillit éteindre la lampe. Déjà, avant cet auteur, on avait donné un grand développement au luminaire des temples, en réunissant sur des couronnes de métal, comme en avaient les anciens, un grand nombre de lampes ou de cierges. U'ensemhlc prit les noms de phare, de roue ; on lit dans Anastase que le pape Sylvestre fit faire un phare d’or pur; que sous le pa|>e Adrien I" on en exécuta un qui avait la forme d'une croix: on y plaçait 1370 cierges. Le même auteur dit qiie Grégoire IV donna une couronne en argent, ornée de douze dauphins, à l’église de .Saint-George au Vélabre. Nous avons cité précédemment le phare d’or qui était suspendu à la voûte du dôme d'Ais-la-
‘ Du Cange, au mot
' Aijuihm varo in medio chon oMmirantittm taetn freqnenU deattt'afutn , rtaa'ari fteirntu, {Du Cango, au mol Aiftah.)
lîisTRücTions. — • m.
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Cliapellc, et celui qui le remplace aujourd’hui est le plus bel exemple de ce genre de couronne qui ait survécu depuis la lin du XII' siècle, époque à laquelle on l’a exécutée; il se compose d'un grand cercle doré et émaillé, portant une inscription et seiüC tours rondes ou carrées, entre chacune desquelles il y a place pour trois cierges. Léon d’Ostie, dans sa Chronique du mont Gassin, dit de l’ahbé Didier : « Il fit faire lin phare ou une grande couronne d'argent du poids de cent livres, d’où s’élevaient douze petites tourelles; trente-six lampes y étaient .suspendues. • On voit dans une peinture du x' siècle, qui représente Augustin, évêque de (iantorhéry, figuré dans son église, et que 1\. de Spallart a publiée', deux roues avec tourelles. Un dessin du xvi' siècle, exécuté par Sellier, graveur, et déposé aux manuscrits de la Bibliotlièque impériale, représente le phare de l’ahhaye de Saint-Remy, à Reims; il porte aussi douze tourelles et indique la généralité de cette décoration ; quatre-vingt-seize chandeliers y étaient joints. Une immense couronne eu bronze, en or et en argent, d’un travail plus précieux que la matière, se voyait au milieu du chd-ur de fahbatialc de Cluny". La cathédrale de Paris avait deux loues qui portaient chacune cent cierges; il y en avait une très-belle à la cathédrale de Bayeux; elle avait seize pieds de haut .sur dix-huit de diamètre. Saint Bernard reproche en ces termes le lu.xe de ces ornements aux religieux de Cluny : • Puis on expose dans les églises, non plus seulement des couronnes précieuses, mais des roues entourées de lampes ardentes, plus éclatantes encore par l’éclat des pierreries. »
' Tableau historique do5 coutumes, des nueunt. etc. pl. du 4* cahier (Robert de Spallart, Vienne).
' Bibt, Clun. col. i368. LU.
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