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Des celte époque la décoration intérieure des réfectoires olfrait beaucoup de luxe : on lit dans la chronique de Fontenelle que l’abbé Ansegise, au commencement du ix' siècle, construisit le réfectoire et l'orna de peiqtures remarquables, « re- Iccturium eliani fabricavit, variisque picturis decorare fccit a Madaluifo, egregio pictore Camcraccnsi (de Cambrai).» I.e même abbé cliargea ce peintre de décorer les réfectoires des abbayes de Luxeuil et de Sainl-Germain-de-Flaix.
On trouve encore en Grèce des réfectoires avec absides peintes. M. Didron a cité dans les Annales arebéologiques celui du Météore, mona.stère de la Tbessalie, dans lequel on voit une abside décorée d’une peinture représentant la Vierge Pt l’enfant Jésus.
Les sujets les plus étendus furent entrepris pour décorer les murs des réfectoires, et les peintres les plus habiles se livrèrent à ces Iravau.x. Le célèbre tableau de la Cène, par Léonard de Vinci, occupe tout le mur extrême du réfectoire de Saint- Dominique, à Milan; celui de l’abbaye de Saint-Michel, à Anvers, offre une suite complète de tableaux immenses s’étendant depuis les voûtes jusqu’au sol et couvrant toutes les ]>arois.
Le dessin du prieuré de Cantorbéry n’indique pas quelle était la distribution du réfectoire, parce que c’est un plan en relief qui ne présente que les formes extérieures. Cette salle occupait la même place qu'à Saint-Gall. Au xiT siècle, les réfectoires, peu différents de ceux qui viennent d’être examinés, étaient décorés d’arcs en plein cintre, simples ou entrelacés, comme on en voit des restes à Saint-Wandrille. Le caractère des détails d'architecture avait trop d’analogie avec celui des diverses parties des monuments religieux delà même période, pour que nous répétions ici ce qui a été dit à cet égard dans
les prùcédenles instructions. Déjà l’ouverture circulaire ou rose décorait les pignons construits aux extrémités de ces salles; on en voyait un exemple à Moissac dans le siècle dernier. Cette rose se reproduisait quelquefois aussi sur toute l'étendue des faces latérales, en remplacement des baies allongées; nous en donnons un type tiré du Monasticon Gallicanam.
N* Face du réfrctoire de rablkijc de N. I). de SaiHC-Majcui'C
Le XIII' siècle, qui nous a laissé quel([ucs grands réfectoires, nous fait connaître quel était le luxe apjxirté dans la construction et le décorde ces parties importantes des monastères. Doin Félibien, dans son Histoii'c de l’abbaye de Saint-Denis, décrit ainsi celui qu’on y voyait: «Le réfectoire mérite d’étre
• considéré comme l’un des plus beaux et des plus légers qui
• se voyent dans le goût gothique. Il a dans œuvre cent
• trentc-SLx pieds de long sur quarante de large; la voûte, « haute d’environ trente-quatre pieds, est soutenue par six co-
• lonnes dont le diamètre n’est que de onze pouces. •
Le réfectoire du prieuré de Saint-Martin-des-Champs, à Paris, est trop célèbre pour que nous n’en fassions pas con-
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naître le plan et les principales dispositions 11 est éloigné de l’église, pour les raisons indiquées précédemment; sa forme est très-allongée : il a dix mètres de largeur sur quarante-cinq de long. Sept colonnes isolées et d'une grande légèreté le divisent eu deux nefs dans sa longueur.
N* AH6. Vue intérieure du réfectoire de Saint-Miirtin-de&<Cliainp«.
Le plan ci-joiut, n" 4^7, et la vue perspective n" 486, indiquent scs belles dispositions, et la hardiesse des voûtes qui reposent sur les colonnes placées dans l’axe d’une part, et de l’autre sur celles qui sont engagées dans les murs latéraux.
' Voir U Stalblique de ParU, prieuré do Saint-Martinodes-Cbflmps.
AHCHITECTURK MONASTIQUE.
M* 4^7- Pl^n du rclecloire du prieuré de SaînUMarlin-do54jha}i)|>s
L’architecture extérieure est remarquable; le pigiiuii, soutenu par des contre-forts, est décoré de longues fenêtres et de deux roses richement ornées de sculptures. (Voir la Statistique monumentale de Paris et la planche 48g.)
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V Façftde »ep(enlriuruile du rêfecloire de Sain('MArtin-de» Cliamps
Les façades latéi-ales sont ornées de roses évidées et de longues baies géminées; elles sont ouvertes sous de grands arcs aigus qui relient deux à deux les contre-forts de soutien; la façade du nord, oppp.sée au cloître, est reproduite au n“ 488.
A l'intérieur, une belle tribune, enrichie encore aujourd'hui de peintures et de dorures dans les riches feuillage.» (|ui la décorent, est située vers l’extrémité orientale, à peu de distance de la place qu'occupait la table des prieurs; les sculptures peintes, les roses das pignons, le style général de l'arcbitecturc, indiquent la plus grande habileté dans les artistes qui contribuèrent à son exécution ; ce réfectoire remarquable est attribué à Pierre de Montereau, qui avait fait construire aussi celui de l'abbaye de Saint-Gcrmain-des-Prés, dont les vitraux étaient célèbres ; on y voyait une belle statue peinte et dorée de Childebert, fondateur de ce monastère. (Voir la Statistique de Paris.)
A K C m T E f . r L K li Vl ( ) N A s T I Q t K
\* 48<). l'ifiiiuii du ii.dwloite du prieuré de Sainl-Martiu des-Cliaïup»
Paris rcnièrmc aussi, parmi les ruiues des Bernardins, un réfectoire du xiv' siècle, qui , moins riche que celui de Saint- Martin-des-Champs, présente cependant Beaucoup d'intérêt par son immense élendue, par le nond)re considérable de colonnes qui le divisent en trois nefs, enfin par les belles constructions souterraines qui le supportent'. Le plan est gravé à la page suivante, n" 4go.
On voit à l’abbaye royale d’Alcobaça, en Portugal, a quinze lieues de Lisbonne, un beau réfectoire divisé, comme celui des Bernardins, en trois nefs par deux rangées de colonnes en pierre. J. Murphy, qui en donne la description, dit qu'il a quatre-vingt-douze pieds de longueur sur soi.xante-huit de large. Au fond de la salle, oh siège le prieur, se trouvent deux grands tableaux dont l’un représente la Cène, et l’autre le Christ avec ses deux disciples d’Emmaûs.
' \ oir ia Staliitliquc de Paris . collège des Bemardia»
INSmUCTiONS. -X III.
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N” 490- Pian du r^fei Inire des Bemardiii.i.
Quelques réfectoires, à l'iDstar de certaines églises, étaient couverts en bois, soit que la dépense des voûtes en pierres eût arrêté les premiers constructeurs, soit qu’après une destruction elles eussent été ainsi rétablies. On en voit un exemple à l'abbaye de Fontcnelle ou de Saint-Wandrille.’
La forme généralement adoptée pour les réfectoires de l'Occident était le parallélogramme allonge, et tous ceux que nous venons do signaler à toutes les époques sont dans ce cas;
AHCHITECTURE MONASTI0«JK- 33'J
■nais cetlR disposition, qui était la plus convenable, ne lut pas rigoureusement la seule adoptée. Le couvent de Saintc-Marii' in Vallicella, à Rome, en contient un qui est de forme ovale; peut-être n’esl-il pas le seul qui diflere autant des premiers.
N* 4n ' ■ réfectoire du monattère de Seinlc MArie in Vallîrelhi
AR»E<.T01Jie D'IilVEP.
Dans les grands monastères on avait un réfectoire d’hiver, indépendant de celui que nous venons de décrire; doni Mar-
3'i0 INSTnUCTlONS.
lenrie en cite à l'ahbayc de Sainl-Bcrtin à Saint-Omer, à la
(iharité-sur-Loirc
wîFECTmRE ne Enu,oQVE.
Les conversations particulières étaient interdites au réfectoire, et les lectures à haute voix s’y faisaient pendant toute la durée des repas, pour s’opposer aux colloques. Certains monastères renfermaient un réfectoire particulier, où il était permis de parler: on le nommait le réfectoire du colloque. Dom Martenne, en décrivant l’ahhaye de l'Aine, au diocèse de Cambrai, s’exprime ainsi : «11 y a trois réfectoires : l’un poulie maigre, l’autre pour le gras, cl l’autre où il est permis de parler. Car pour les deux autres, jxiur le dortoir, pour les cloîtres, on y garde toujours un silence inviolable®. • Le même auteur indique un réfectoire du colloque à l’abbaye ci.stercienne de Magdendal, auprès de Sainl-Tron’.
RÉFECTOIBE POCB I.F. GRAS, HlSÉBIConDE , M ISCmtOHDI.1. ( ülICBngl'.)
Une autre espèce de réfectoire pouvait se trouver dans un monastère, on le nommait la miséricorde. C’était une salle contenant des tables et un dressoir, et dans laquelle il était permis de manger de la chair. Un pa.ssagc curieux d’un manuscrit de la bibliothèque Cottonicnne indique d’une manière précise cet usage .singulier ; • Que tous moines et frères de ce monastère prennent leur nourriture entièrement dans le lieu nommé la miséricorde les jours où iis mangent de la chair, et tous les autres jours dans le réfectoire »
' Dom Martenne. Voyage littéraire, l. I , p. 37.
* Ibid. p. 309. 3* partie.
* Ibid, p, 300. 3* partie.
' M». Coll. Cleop. Ë. IV r. 33.
ARCIIlTECTUni-; MONASTIQUE. 3<il
Dom Martonne dit qu’à l’abbaye de Saiiil-Wast il y avait un réfectoire pour le gras. Il ajoute que ce réfectoiivî n’était pas aussi grand que celui où l’on mangeait maigre, mais qn’ii était voûté et très-beau. ■
On nommait aussi miséricordes les distributions extraordinaires de nourriture, vêtements et objets de literie. linlin une pièce séparée était destinée à recevoir, pendant le repas, les reiigicu.x qui, pour une faute grave, avaient encouru de l’abbè l’excommunication; cette punition n’entraînait pas toujours la pri.son; alors leurs frères les évitaient et ils ne pouvaient prendre leur nourriture au réfectoire commun.
Les religieux avaient soin tour à tour du réfectoire et veillaient an serv’icc journalier.
B. TRIOUNE DE LECTCRE.
La règle de Saint-Benoît impose la lecture pendant le repas des moines. « Mensæ fralrum edentium lectio dee.sse non débet. » Aussi voit-on dès le ix' siècle une tribune établie dans le réfectoire de l’abbaye de Saint-Gall; elle est située vis-à-vis la porte d’entrée , au milieu d’une des grandes faces. De là le lecteur pouvait être entendu de toutes les parties de la salle, d’autant plus qu’on choisissait parmi les moines ceux qui par leur belle voix pouvaient fixer l’attention de leurs frères : • Fratres autem per ordinem non legant, sed qui ••edificent audientes. » (Règle de saint Benoît.) Dans ce plan la tribune de lecture semble avoir été plutôt un meuble en bois, comme dans les monastères orientaux , qu’une construction en pierre appartenant à l’architecture même du réfectoire. Les tribunes construites pendant la période romane paraissent avoir été fort .simples, mais celles de l’architecture gothique prirent un développement remarquable; il nous suffira de citer la belle tri-
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bune construite au réfectoire de Saint- Marlin-des-Cliamps à Paris, par P. de Monteroau, et qui existe encore. Elle forme à l’extérieur, ainsi que l'escalier qui y conduit, une saillie exprimée à la planche 488.
N* â93. Hnn de U tribune de lecture, à Saini-Martin-dcs-Ch«mp»
La place occupée par le lecteur, faisant saillie à l’extérieur, forme dans le réfectoire une ouverture vaste, décorée de colonnes et de chapiteaux portant les moulures de l’arc aigu-, le devant fait un balcon dont l’appui découpé à jour est porté par une console ornée de riches feuillages. Une voûte décorée de nervures, et peinte comme tout le reste, surmonte la place qu'occupait le lecteur. (Voir la planche 4g3.)
L’escalier qui conduit à cette tribune est très-ingénieusement construit dans l'épaisseur du mur; une galerie évidéc, que forment des colonnettes placées sur les marches, éclaire l’escalier dans toute sa longueur ; un arc rampant qui la surmonte décharge le poids du mur supérieur.
Ces tribunes de lecture n’étaient pas toujours construites avec l’édifice, on les faisait quelquefois en bois comme des chaires d’église; celle qui se voit dans le réfectoire de la
Sainle-Laure, au mont Alhos, est faite de la soi te; un dôme la surmonte comme tous les meubles orientaux.