‹ Architecture MonastiqueChapitre 34 sur 81 · D. TABLES KT SIÈGES · texte numérisé non relu

D. TABLES KT SIÈGES

La distribution des tables et des sièges dans les réfcctoire.s demandait à être faite d’une manière commode et qui permît de placer tout le monde sans confusion et suivant les grades de chacun. On voit dès les temps les plus reculés que l’abbé ou le prieur avait une table séparée, placée ordinairement vers une extrémité de la salle; les hôtes de qualité dînaient auprès de lui '. Son siège, porté par une estrade quelquefois fort élevée, était surmonté d’un dais ^JasiumJ construit avec le siège lui-même, comme nous en voyons des exemples dans nos musées, ou formant un baldaquin appuyé contre le mur. C’était devant ce dais que, pendant trois jours de suite, on plaçait les portions de nourriture des moines morts, pour les distribuer aux pauvres. .Auprès du siège de l’abbé était un timbre , pour indiquer le moment de la prière. Ce timbre était nommé cymbale.

La table des hôtes se plaçait quelquefois à part; dans le plan de Saint-Gall, elle est vi.s-à-vis la porte d’entrée, en avant de la tribune du lecteur.

Los tables des moines faisaient le tour du réfectoire; les bancs, appuyés contre les murs, y étaient ordinairement fixés pour éviter le désordre. Derrière ces bancs un lambris en menuiserie permettait de s’appuyer contre le mur sans souffrir du froid de la pierre.

' Règle de saint Benoit.

Un religieux était muttre de la labié et en suncillait le service. I.e chanibricr fournissait les nappes de table.

U. nREssoiB, DKESSADeiiiait , DieecTOKivti . àbaccs, tobbcma.

Le réfectoire contenait, en général, des meubles destinés à tléposer les vases après le service de la table : • Fecit renovaro direcloriuni in refectorio... Dressaderium ubi va.sa rcponiintur ad niensa> iiiinisteriuni. • (Ducange.) Le plan du réfectoire de Saint-Gall montre, près de la porte de la cuisine, un carré auprès duquel on lit Toregma; c’était un meuble destiné à contenir des vases; on pouvait v placer aussi la coupe de grâce, dans laquelle les religieux buvaient, après les grâces, en la faisant circuler autour de la table; cette coupe, étant ordinairement en métal ciselé ou repoussé, expliquerait l’usage ici du mot toregma qu’emploie Cicéron pour exprimer les vases précieux fabriqués de la sorte.

I,e réfectoire pouvait être dépourvu de ces meubles à déposer les vases; on voit sur le plan du prieuré de Cantorbéry, publié dans la première partie, page a8, qu’entre le réfectoire et la cuisine éUiient pratiquées deux ouvertures : l’une servant à passer les mets, • fcncsira ubi fercula administrantur, » ■fautre par laquelle on rendait les assiettes sales pour les faire laver, « fenestra per quam cjiciuntnr scutellæ ad lavandum. •

CflSINE, COOt'/iVV.

Les cuisines des maisons religieuses, })lacëes auprès des réfectoires, étaient des constructions d'une certaine importance et d’une disposition particulière. Elles étaient construites sans bois, et par conséquent toujours voûtées, et d’une grande élévation. On ignore comment étaient celles des premiers siècles de la mouarcliic, mais le plan de Saint-Gall com-

...etgilized by-Coogle

AUCHITECTURE MONASTIQUE.

mena’ à éclairer cette question pour la période carlovingienne. Plusieurs cuisines y sont figurées : celle dos moines, la plus importante, celles de rinfirmerie, des novices, des hôtes et de l’abbé. En général, ce sont des pièces isolées, de forme carrée, et voûtées. F^e foyer et les fourneaux occupeul le centre {Jbmax, saper areas). Aux quatre angles on a tracé sur le plan de petits cercles qui doivent représenter les cheminées, si on les comj)are à une indication semblable qui se trouve adossée au chaulToir du monastère et près de laquelle sont écrits ces mots : evaporatio fami. Nous ferons connaître, plus loin, des cuisines dont 'les dispositions analogues ne laissent aucun doute à l'égard de la place qu’occupaient les cbeminées aux xir, xm" et XIV' siècles, et qui peuvent confirmer la disposition de celles-ci.

Deux cui.sincs sont tracées sur le plan de Cantorbéry (voir la I" partie) : l’uue est celle de rinfirmcrie, elle paraît avoir été construite sur un plan circulaire, un dôme la surmonte, une espèce de colonne qui s’élève contre la paroi axtéricure est la cheminée. L’autre cuisine, celle des moines, est plus importante que la précédente: elle est carrée, un comble aigu s’élève au-dessus; aux angles, quatre colonnes percées au sommet figurent les cheminées; une construction semi-circulaire en forme d’abside est appuyée sur l’une dns faces de la cuisine et représente peut-être un four. Des eaux abondantes étaient conduites à cette dépendance du monastère pour le service journalier.

La collection des abbayes bénédictines de France, publiée sous le titre de Monasticon Gallicanam, fait connaître la forme de plusieurs cuisines qui paraissent fort anciennes; chacune d’elles est qualifiée dans fouvrage de calina (uitiqua. La première en date paraît être celle du monastère de Marmoutier

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iMajui Monaslcnum), fondé auprès de Tours par saiul Martin; elle était entièrement voûtée, avait la forme d’une bouteille; le.s cheminées étaient rangées sur trois lones parallèles, se rapprochantde plus en plus du sommet. Le centre de la voûte servait aussi de débouché à la fumée.

N" 5ommel de la cuiüîne de Mamioulier

La cuisine de .Marmoutier, dont le sommet seulement se voit dans le Monasücon, paraît avoir été construite à l’époque romane; la France en possède une très-remarquable de la période de transition, c’est celle qui se voit à Fontevrault et qui doit dater de la fondation de l’abbaye par Robert d’Arbrissel; elle est située à l’extrémité du réfectoire, et s’y relie par une porte pratiquée dans l’une des huit absides qui forment le contour extérieur. (Voir les planches n“‘ 4g6 et 4g8.) On a donné à cette construction curieuse des destinations plus erronées les unes que les autres. En la comparant aux dessins gravés n“ 5oo -et suivants, on ne peut douter de fintention du constructeur d'en faire la cuisine du grand Moiitier, au réfectoire duquel on l’a jointe; et même l’immense étendue de ce réfectoire, qui dépasse, contre l’ordinaire, les limites de l'une des faces du cloître, doit faire penser (|ue les religieuses

ARCHITECTLBE MONASTIQUE. 351

des trois maisons renfermées à Fonlevraidt dans une même enceinte y prenaient leurs repas.

N* ^96. Pian du réfecioia* cl de ta cuisine de Foiilevnmii

Les colonneltes extérieures et les inurs-butants qu’elles ornent, les arcs aigus qui se mêlent aux voûtes intérieures, indiquent l’àge de cette cuisine. (Voir le n* 497-)

N* hyj- Cuiiioc de Fonlevrauit

La fumcc sortait par le sommet du toit pyramidal en pierre qui surmonte la construction, puis par des tuyaux dont on voit encore les traces dans les voûtes. Le plan est remarquable par ses huit absides ornées de colonncttcs et enveloppant la partie centrale, qui devait contenir les fourneaux.

N* ^(>8. Ptan de la cuisine de FnnievniuU

I ue belle clieininée de cuisine appartenant aux Templiers .se voyait en Bretagne^ il y a peu d’années; elle datait du xm' siècle.

La cuisine de l’abbaye de Saint-Père de Chartres était circulaire, des contre-forts en soutenaient les murs; au centre du toit s’élevait un attique portant toutes les cheminées, au nombre de sept.

N' 5oo. (luisine de rabbaye de Saint-Père de Chartres

Le monastère de Notre-Dame de Pont-Levoy, près Blois, possédait une cuisine qui avait beaucoup d’analope avec la

iNSntUCTIOKS. — lit. /l'i

INSTRUCTIONS

précédente, si ce n’est que le plan était un octogone; les cheminées s’élevaient sur le comble pyramidal qui surnàontait l’attique; ces deux cuisines seinblcnl, d’après les dessins, dater du XIV* siècle.

V Soi <liii»inr' du monailèrc de Notre-Dame <le Ponl-Levoy.

Enfin, le Monasticon l'ait connaître la forme de la cuisine de l’abliayc de Saint-Ouen de Rouen. Le bâtiment était rectangulaire, de grandes fenêtres en plein cintre l’éclairaient dans la partie haute; à chaque angle s’élevait une cheminée cylindrique établie sur une petite pyramide; la cheminée centrale, de forme prisiuatique , surmontait le comble principal. Les constructions du monastère datant du xv' siècle, on doit croire que cette cuisine était de la même époque, ou peut-être de la renaissance ; en effet les quatre fenêtres figurées sur les diverses faces apparentes, dans la gravure de fouvrage qui la reproduit, sont toutes terminées en plein cintre à leur sommet; les dessins gravés dans le Monasticon ayant été généralement assez bien exécutés, on doit admettre que cette construction n’était pas de style gothique.

ARCniTKCTURE MONASTIQUE.

N* 5oi. Cuisina de rnbbave dcSainl-Ouen de Roupn.

On voit, dans l’ouvrage anglais intitulé léfusfa monumenta , une curieuse représentation de la cuisine de l'abbaye de Glastonbury; on a détruit à Paris, il y a peu d’années, celle des Célestins; cette cheminée remarquable était en briques; la souche formait une construction importante, surmontée, sur chacune de ses faces, d’un pignon qui couronnait une ouverture carrée destinée à servir d’issue à la fumée. On lit dans D. Martenne un détail relatif à la cheminée de la cuisine du monastère de Noirlac : «Elle est double, dit-il, et s’avance jusqu'au milieu de la salle'. • Au moyen ége, c^mme de nos jours, on avisait à se préserver des effets que le vent produit sur la fumée en la rabattant dans les tuyaux. A Stan ton-Harcourt on avait placé des volets en tôle au-dessus des cheminées de la cuisine ; on les tenait fermés ou ouverts, selon la direction du vent.

La cuisine des monastères grecs présente souvent les mêmes dispositions que dans ceux de l’Occident; celui du mont Athos qu’on nomme Rossicon, et dont une gravure est ’ Dom Marlenne , Voy. UtL 1. 1 , p. 3S.

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jointe à la premièrc partie, page 3a, ofl'rc une cuisine octogone; un lanternon circulaire surmonte le toit, le tuyau fie cheminée termine la construction.

.Ainsi qu’on l’a vu en examinant les l’éfcctoire.s, les prescriplions relatives à la nourriture maigre pouvant être modifiées par des e.xceptions, on établit à cet effet, dans certains monastères, deux cuisines, l’une pour le gras, l’autre pour le maigre; on en voyait un exemple à l’abbaye de Saint-Claude, nommée précédemment Sainl-Oyand '.

l 11 cuisinier devait s’occuper du dîner des religieux; il avait la surveillance des boucheries et pêcheries qui dépendaient du monastère; des sous-cuisiniers l’aidaient dans ses fonctions. Dom Doublet dit, dans son Histoire de l’abbaye de Saint-Denis, qu’il avait sous scs ordres un amiral ou inspecteur des pêcheries et des chasses, pour faire obsen crics droits de la maison sur les rivières et dans les garennes, faire faucher les prés, curer les ruisseaux et les canaux, etc.

l ,'hi'bdomadarius cocjuina: surveillait jiendani une semaine le service de la cuisine; tous les religieux, à l’exception du cclh’rier, lorsqu’il était très-occupé, devaient tour à tour exercer cf'tte surveillance: ■ Fraires sibi invicem serviant, ut nullus excu.setiir a coquina; officio. Si major congregatio fuerit, cellerarius excusetur a coquina. » Dans quelques monastères, particulièrement à l’abbaye de Saint-Père de Chartresi on avait un cellerierde la cuisine, cellerurius coqainœ, remplissant les fonctions de chef d’office’.

rOUR BASAI..

Les religieux possédaient ordinairement en dehors de l’ab-

Bulletin du Comité dei> arU. tseplembre et octobre 1849- * Coriuiaire de l'abbavc de Sainl*Pere, Gut^rard, p. I. 7.

AnCllITECTURE MONASTIQUE, baye un four banal de grande dimension , où les habitants des lieux qui dépendaient de leur juridiction faisaient cuire leur pain, moyennant rétribution. Pour éviter qu’on pût s’y .soustraire, ils ne permettaient dans les maisons particulières de leurs serfs qu’un petit fourneau d’une aune dé tour pour cuire des tartes, des flans et autres menues pâtisseries.

CEl.UEn, CELI.A, CEI.L4RWM, PEIS'VS, PROMPTVARIVM.

Les celliers ou magasins des provisions de toute espèce étaient généralement situés sur l’iinc des faces du cloître; ils s’étendaient sur toute sa longueur et comportaient quelquefois plusieurs étages; dans les monastères pou importants, ils se réduisaient à des souterrains. Le plan de Saint-Gall fait voir un immense cellier dans lequel sont rangées de grandes et de petites tonnes : majores tannw, minores tunnte; c’était la cella vinaria. On devait y renfermer aussi la cervoise, boisson ordinaire des moines, comme on le verra plus loin à l’e.xamen des lieux où elle .se fabriquait. Le cellier de Saint-Gall était surmonté d'un magasin de vivres, car on y lit cette légende : Infra cellarium, supra lardarium et alinrum necessariorum n’posilio.

.Au IX* siècle, Ansegise construisait un cellier à l’abbaye de Fontenellc : «Refectorium etiain fabricavit cum adjuncto cellario. • (Chronique de Fontenellc.)

Les maisons de Saint-Jean-de-Latran, à Paris, récemment détruites, de Sainte-Geneviève, dos Bernardins, dans la même ville, |x).s.sédaienl de vastes salles voûtées en plein cintre ou en arcs aigus, et qui devaient être des celliers. Les caractères qui distinguent les styles roman et gothique se reconnaissent facilement, malgré la simplicité ordinaire de ces vastes constructions.

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N* 5o3. Plan du cellier des Bernardins.

L’abbaye de Datallia montre le cellier à l’buile, ceUa olearia. C’est une salle autour de laquelle sont rangées des amphores sur un gradin en pierre. Dans le Nord, l’huile était renfermée dans un réservoir spécial. Indépendamment du cellier, il y avait le recept, qui devait être un magasin de réserve.

N* 5o4> Plan du relier à l’huile de rahbuye de BataUia

Le cellcrier, cellerarius, plus tard le procureur, avait .soin du cellier et veillait à la nourriture en général.

CIIAUFIOIR, CAMI,\ATA, CALEt'ACTORIVM , PYRALE.

Le chaiiQbir des monastères était une grande salie cliauflee, située sur une des faces du cloître et dans laquelle, durant la mauvaise saison, les religieux passaient le temps qu’ils ne consacraient pas aux prières du chœur. Cette salle se nommait dans les premiers siècles de l’Eglise, caminaUt, calefaclorium, pyrale; on voit dans la Chronique de Fontenellc que ces salles devaient leur origine aux fondateurs des plus anciennes maisons religieuses, puisqu’au vni” siècle Gervold, abbédeSaint-VVandrille, réédifiait le cbaulfoir de l’abbaye. Le plan de Saint- Gall en présente plusieurs exemples : i® le grand cbaulfoir commun situé .sous les dortoirs; 2° les chaulfoirs secondaires particulièrement consacrés soit à l’inlirmerie,soit à l’habitation des novices. Dans chacune de ces salles, quelle qu’en soit l’étendue, on remarque vers une extrémité la cheminée (enmimw), et vers l’autre, les tuyaux par lesquels sortait la fumée (evaporatio Jami)i Cette distance établie entre les deux ouvertures extrêmes du calorifère indique que la fumée et le calorique parcouraient un grand espace, soit sous le sol, comme cela SC pratiquait dans les bypocaustes des Romains, soit dans de longs tuyaux de métal situés à une certaine hauteur dans la pièce. Le plan fait connaître aussi que le feu s’allumait en dehors du chaulfoir et que la fumée .sortait par une construction isolée et de forme carrée, comme les cheminées de nos usines. Un petit hypocauste particulier avait été construit sous la cellule de saint Bernard, à Clairvaux; il était sous son lit, et se composait d’une grande pierre percée de trous, sous laquelle on allumait un brasier qui chaulTait toute la chambre. (Doit! Martenne, Voy. lût. Clairvaux.) Du cbaulfoir on allait

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diroctmncnt, par une galerie couverte, au balneatoriam, ainsi qu’aux latrines communes.

L’abbé et les olTicicrs du monastère pouvaient avoir des feux particuliers. On tenait quelquefois le rbapiire dans le cliaulîbir; la discipline y était sus|)cndue au-dessus de la cheminée. On lit dans Kckhard ; » Riant lié au pilier de la pvrale, il fut cruellement battu avec des baguettes. »

DORTOIB, /KJfl.U/rOfi/t'.M.

Suivant la règle de saint Benoît, les moines devaient coucher dans une même salle et sur des lits séparés: « Monacbi singuli per singula lecta dormiant; si potest fieri, omnes in iino loco dormiant. » Les dortoirs des abbayes et autres maisons religieuses étaient donc au nonibre des constructions les plus importantes. Il y en avait un en forme de croix à l’abbaye de l’Aine, diocèse de Cambrai, (loj. littér. p. 208, t. I.) M. de Caumont a cité, dans son Cours d’antiquités monumentales, les pa.ssages de la Chronique de Fonlenelle qui font connaître tous les soins qu’apporta Ansegisc, abbé en 82 3, dans la construction d’un magnifique dortoir de deux cent huit pieds de long sur vingt-sept de large cl soixante-quatre de haut : «pra-claruni dormitorium construi jussit. • Au milieu, une pièce en saillie, et qui probablement était un oratoire, avait un riche pavé en mosaïque, un plafond peint et de belles boiseries. Ce dortoir fut remplacé par celui que fit construire Herlève, femme de Robert de Normandie; il avait trentecinq pieds de haut sur cent vingt de longueur; il a été détruit en 1671. Le même Ansegise fit peindre par Madalulphe de Cambrai les dortoirs des abbayes de Luxeuil et de Saint- Germain de Flaix. < Dormitorium nobilissimis picluris decorari jussit. " (D’Achéry etMabillon, VitaS. Ansey.) LepapePaschal 1"

fil peindre des portraits de saints dans les dortoirs du monastère de Sainte-Agnès à Roine'. Le plan de Sainl-Gall fait voir la disposition d’un grand dortoir, situé à l’orient du cloître; son exlréniilé s’appuie, selon l’usage à peu près général, contre le chœur de l’église, les moines devant se lever la nuit à certaines fêtes, et tous les jours de grand malin pour aller chanter matines. Ce dortoir était établi au premier étage; au-dessus probablement en était un semblable. Au rez-de-chaussée, le chaufToir, construit dans toute fétenduc de la galerie orientale du cloître, entretenait, la chaleur dans les dortoirs placés audessus. Les mêmes précautions ont été prises pour les différents dortoirs secondaires tracés sur ce plan et distribués dans l’infirmerie, la maison des novices, celles des pèlerins et des hôtes. La disposition des lits, indiquée sur le même plan, est curieuse: groupés deux à deux et côte à côte dans les trumeaux qui séparent les fenêtres du dortoir, ils occupent tout le circuit de la salle®; un double rang de lits, disposés de même deux à deux, suit toute l’étendue de l’axe du dortoir, mais ils sont situés vis-à-vis les fenêtres, sans doute pour faciliter la ventilation.

Dans les plus anciens monastères, l’abbé couchait dans le dortoir; son lit était placé au milieu, contre le mur; auprès de lui était un timbre ou une cloche pour éveiller les religieux®. Le lit du prieur était établi de même dans une place spéciale. Lorsque le monastère ne présentait pas une maison particulière aux novices, iis couchaient au dortoir commun dans

^MubîHoii, Am. ord. S. Bcned. t. U.

* Ln régie voulait qu'ils fussent éloignés d'une coudée (i pied i/a) les uns des autres. et placés près des fenêtres de ma-

nière h penucitre aux moines de lire lors* qu'ils ctaicot couebés.

* Ducange , v. Dormitonum . « In codem .

conclavi crant multi IccÜ, in cujus mediû Icclus erat abbalis. a

lASnOCtlONS. — > III-

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de petites pièces formées par des cloisons et éclairées seulement par la porte. Les lits des nîoines devaient être sans rideaux ni perches à suspendre les habits (pcilket). L’époque de l’architecture romane présentait, comme la précédente, de beaux exemples de dortoirs : celui de l’abhaye de Jumiégc avait deux cent quatre-vingt-dix pieds de long sur cinquante de large; celui de Saint-Denis avait deux cents pieds. En général ces dortoirs n’étaient pas plafonnés, et la charpente y était apparente. Celui de Sylvacane était voûté.

N* 5o5. Coup« du dortoir de SyivacAmr.

A cette époque, le cellerier seul avait une chambre à part : « iNullus frater habeat camcrani separalam iiec curani alicujus caméra* , excepto cellerario. • (Ducange.) Les abbés et les abbesses avaient souvent leur cellule au dortoir commun'. Saint Louis, qui affectionnait l’abbaye de Royaumont, s’était fait

' T><mi Marlenne, t. 1, partie H. p. 56.

établir une chambre à coucher clans le dortoir des religieux. ( Voy. litt. t. I, p. i53.)

Malgré les anciennes règles, confirmées par Justinien et le pape Benoît XII, qui voulaient que les moines n’eussent pas de chambres ou de cellules séparées, • non per separatas caméras, vel per cellas, » dans un grand nombre de monastères plus modernes, le dortoir lut divisé eu cellules, chaque religieux ayant la sienne. Fdles furent originairement .séparées les unes des autres par des cloisons construites en treillis très-serré, remplacées plus tard par des cloisons hourdées; dans ce dernier cas, la porte de la cellule était percée d’un judas ouvrant de l’extérieur et sans serrure, afin que du dehors on pût toujours voir ce qui se passait dans la chambre. Cette disposition nouvelle oITrait sur les dortoirs communs de grands avantages pour le silence, la retraite et la lecture. Une tablette était fixée au-dessous de la fenêtre de la cellule pour placer les livres. • Quantum ad caméras dansas, abbas quantum poterit tolcrabit, dum tamen ostia camerarum, saltem pro tertia parte, de trdeis existant, ita quod infra caineram vider! posait, nulla corlina seu alio ohstaculo repeignante. » (Ducange.)

N* 5o6. Dortoir à ccHuIcs du prieuré de Sainl-Marün-dcs-CHainps.

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Des lampes brûlaient toute la nuit dans le dortoir'; ces lampes se composaient de godets creusés dans une pierre, riiuilc y était distribuée pour porter de.s mèches. On se sentait aussi d’une boule de cire contenant une mèche; par le déchet de la cire on jugeait de l’heure qu’il était.

On voit encore au lycée Napoléon, à Paris, les restes des beaux dortoirs construits au commencement du xiii' siècle pour l’abbaye de Sainte-Geneviève : les fenêtres sont en arcs aigus de premier style. Ils s’étendaient sur les faces orientale et méridionale du cloître. Les dortoirs de l’abbaye de Saint- Germain-des-Prés, construits en layS par l’abbé Gérard, étaient c.élèbrcs; ils avaient douze mètres de largeur : une partie existe dans les maisons situées rue Neuve -de -l’Abbaye. Au xtv' siècle on construisit l’immense dortoir des Bernardins, à Paris; il est situé au-dessus du réfectoire. Par un escalier d’une construction remarquable on descendait de ce dortoir à l’église. Les abbayes cisterciennes présentent toujours un escalier pratiqué dans le bras méridional du Iranssept pour eommuniquer du dortoir au chœur.

Le chambellenc, chambrier, camerarius, avait soin de la literie des moines, et en général de tout le mobilier du monastère.

Les moines montaient dans le jour au dortoir pour faire la méridienne, et pour changer de chaussures avant et après les prières; ils couchaient tout vêtus, vestiti dormiant. (Règle de .saint Benoît. ) Dans les grands froids, lorsque l’eau de la fontaine située dans le cloître était gelée, ils allaient au dortoir pour se laver les pieds et les mains avec de l’eau chaude qu’on y portail pour ce service.

' «CamlcU jugiter in eadeui ceiJa ardcal usque mane. • (Kègle de saint Benoit.) Le mot caniiela signifie ici tout luminaire, et non chandelle.

Tl^oogle

LATRINES, NECESSMIU.

Généralement auprès des dortoirs s’élevait une construction isolée, dans laquelle étaient placées les latrines; un passage couvert y conduisait. Les règles voulaient que ces bâtiments fu.ssent isolés et divisés de telle sorte que le religieux qui s’y trouvait ne pût être aperçu. Dans le plan de Saint-Gall, le bâtiment est carré; une série de sièges [sedilia) occupe la partie méridionale de la pièce, qui est très-vaste; à l’angle oriental est figufée la lampe, lucerna, qui brûlait toute la nuit. On lit dans le couloir d’arrivée : exitas ad necessariam. Des latrines ont été figurées dans le plan de Saint-Gall, auprès de tous les édifices isolés qui entourent les lieux réguliers, infiriuerie, maisons des novices, des hôtes, écoles, maisons de l’abbé, des médecins, etc. Ces necessaria sont construits en dehors des maisons et s’y relient par un passage couvert.

On remarque le necessariam dans le plan du prieuré de Gautorbéry, par Eadwin : c’e.sl un bâtiment considérable, entièrement isolé et peu distant du dortoir, sans communication couverte. Les sièges paraissent avoir été construits dans toute la longueur du bâtiment sous un appentis ou aile, dont le toit était placé au-dessous des fenêtres élevées qui éclairaient la salle principale. Le toit de cet édifice est orné d’animaux chimériques à ses deux extrémités.

Les gravures publiées par dom Bouillart, dans son Histoire de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, d’après de vieux dessins, font voir la disposition des latrines. Elles avaient la forme d’une grande tour isolée, dont le plan était un parallélogramme; on y allait des dortoirs par un pont couvert. Cette construction existe encore en partie dans une maison de la rue Jacob. Au XIV' siècle les communs de l’abbaye de Batalha furent établis

sur rleu\ rangs, dans une salle retirée, voisine du petit cloître.

N* 607, Plan (les latrint>ft de BaUÜm

Dans les monastères peu importants, les latrines s'établissaient en encorbellement sur les murailles extérieures, comme on le fait quelquefois sur les enceintes militaires. On lit dans les usages de Ctleaux *, que les religieux en entrant dans ces lieux tiraient leur capuchon sur leur visage, afin de u'être pas reconnus. Les cellules où étaient les sièges n’étaient pas fermées ou ne l’étaient qu’<à moitié de leur hauteur.

Lorsqu’un ruisseau passait assez près des lieux réguliers pour qu'on pût en tirer parti, on construisait les latrines audessus de son cours, afin d’éviter l’établissement d’une fosse et les inconvénients qui y sont attachés ; c’est ainsi que se présentent les communs dans les ruines de l'abbaye de Maubuisson, aupi-ès de Pontoise. Fréquemment, sans doute, on

' L’$a» Cxiterc. port 1, c. 73» p 17a.

•Ciigitized

pratiqua uii courant factice par des canaux souterrains ou à ciel ouvert, afin d'obtenir les mêmes avantages.

-N* 5oS. Plan «Jets latriiu’^ de Maubuisson.

. V KST I A ! ï\ K » KES TiA RIVM .

Le vestiaire était une dépendance iniporlanle dan.s les abbayes où les moines étaient nombreux ; indépendamment des vêtements ordinaires, on y renfermait tous ceux qui leur servaient dans les grandes cérémonies, les processions intérieures ou extérieures; il contenait les approvisionnements de cbaussures, etc. etc. Un grand emplacement était nécessaire pour serrer, de manière à ce qu’ils ne fussent pas détériorés, tous ces détails de l’habillement. On peut juger de l'importance du vestiaire dans les grandes communautés religieuses par le plan de l’abbaye de Saint-Gall, qui findique au-dessus du réfectoire et dans toute son étendue; or le réfectoire était la plus grande salle des monastères. Nous mentionnons ici le vestiaire, afin qu’on puisse s’assurer, dans l’étude des abbayes anciennes, de la place qu’une dépendance aussi considérable pouvait occuper

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dans la dislribulion générale de l’édifice; afin aussi qu’on retrouve, s’il est possible, les moyens employés au moyen âge pour renfermer un aussi grand nombre de vêlements, qu'il fallait retirer, sans confusion, de ce local lorsque tout le personnel avait besoin de se préparer à paraître en public. C’était là aussi qu’on faisait réparer les vieux vêtements lorsque les moines en recevaient de neufs.» Accipientes nova, vetera semper reddant. • (Règle de saint Benoît.) Dans quelques maisons religieuses, les moines pouvaient garder leurs vêtements dans leur cellule, mais c’étaient des cas exceptionnels, et loi-squ’un vestiaire commun manquait dans le monastère.

Le chambrier, camerarius, clianbellenc , devait pourvoir à la chaussure et à riiabillcmcnt des moines, froc, robe, hoqueton, bas de chausses et, pour l’hiver, escafignons de drap (D. Guéranger, Abbaye de Solesmcs, p. 63), leur fournir des rasoirs, des ciseaux, du linge de toilette. (Ducango.)

BAINS, BAI.NEATOmUM.

Les bains, si nécessaires à la santé et répandus à profusion dans les grandes villes romaines, ne pouvaient cire oubliés dans les monastères de quelque étendue. On voit dans le plan de Saint-Gall plusieurs constructions alfeclécs aux bains. L’une est pour les religieux, balnealoriani, d'autres sont réservées particulièrement à fabbé, aux malades et aux novices. La règle de .saint Benoît s’exprime ainsi à l’égard des bains : • Balneorum ususinfirmisquotiescxpeditolfcratur, senibiis autem cl maxime juvenibus tardius concedatur. » Les bains n’oll'raient, en général, dans les monastères, que les dispositions du balneam, ou bain privé des Romains; nous n’y retrouvons rien des dispositions des (/icmic, bains publics; peut-être cependant en existait-

il des e.xemples, car on verra plus loin que les malades étrangers y étaient quelquefois admis.

Le bain général de l’abbaye est Gguré sur le plan de Saint- Gall dans une construction spéciale, reliée au chaufToir par un passage couvert; il se compose de deux salles entourées de bancs. Dans la première est un bassin carré ou piscine, c’est le frigidarium , dans lequel on se déshabillait; la seconde .salle devait être une étuve : deux cercles qui y sont figurés étaient sans doute les poêles pour former la vapeur d’eau. On y faisait aussi la lessive, car on y lit ces mots : lavandi locns. Ce bain ofl're beaucoup de rapports avec ceux qu’on voit en Orient, dans les maisons des riches particuliers. Les bains de l'infirmerie et de la maison des novices se composent chacun d’une seule pièce, dans laquelle sont réunis le bassin carré, ou piscine, et les poêles à vapeur; on y voit aussi des bancs dans diverses positions ; ces deux bains sont sous le même toit que les cuisines particulières aux malades et aux novices, probablement pour faciliter le chauffage et le service. Le bain de l’abbé est une petite pièce carrée placée dans les dépendances de sa maison; on n’y a figuré aucun détail relatif à son usage.

Au vu'' siècle le monastère de Ligugé, fondé par saint Martin, donna naissance, par un de ses disciples, à une célèbre abbaye du midi de la France; ce disciple, saint Savin, qu’il ne faut pas confondre avec celui des bords de la Gartempe, se retira dans les Pyrénées, sur le penchant d’une montagne; il y bâtit une cellule et plus tard un petit hospice pour les voyageurs. Après sa mort, saint Savin fut enterré dans la vallée de Lavedan, et sur son tombeau fut construite l’abbaye qui porte son nom. Détruite par les Sarrasins, reconstruite par Cliarlcmagne et Louis le Débonnaire, détruite de nouveau par les Normands, elle fut rétablie au x' siècle par Raimond, comte de Bigorre.

mSTHOCTIOSS. -T- III.

INSTRUCTIONS

Une clause remarquable de la donation du comte porte que les religieux entretiendront des bains publics ; • Mansioncs ad balneanduin competentes semper in eodem loco conservent. »

L’usage des bains pris hors du monastère par les religieux, et les bains d'eau minérale pouvaient être du nombre, était lorl rare et n’était accordé qu’avec une extrême difficulté. Si le monastère ne possédait pas un bain |>our les habitants et que la ville en eût de publics, on pouvait en faire usage lorsque le besoin s’en faisait sentir; mais alors il est probable qu’on agissait comme le font quelquefois aujourd’hui les Orientaux, on louait l'établissement de bain tout entier pour le temps nécessaire aux religieux.

BIBLIOTHÈQUE, HIBUOTIIECA.

On a vu, dans les chapitres relatifs aux basiliques latines des premiers siècles (Impartie, page 1 1 1), que la petite abside située à l’extrémité de la nef latérale du nord était destinée à renfermer les livres et les diplômes, usage conservé encore de nos jours dans quelques églises de la Grèce et de l’Asie Mineure; ce fut l’origine des bibliothèques dans les monastères. Dès les premiers siècles de la monarchie, les livres se répandirent au point qu’il fallait déjà des bibliothèques dans les maisons religieuses; on lit ces mots dans Sidoine Apollinaire [Epist. lib. IV) ; «Hoc dat cespite membra Claudianus (de «Vienne, Isère). Triplex bibliotheca quo magistro romana, • attica, christiana fulsil : quam totam monaebus virente in

« ævo .sécréta bibit institutione L’établis.sement des écoles

dans les abbayes, leur généralisation, exigée par Charlemagne, durent contribuer aussi à multiplier les manuscrits. Ce prince avait fait établir de nombreuses bibliothèques. On lit dans le Voyage du moine Bernard en Terre sainte, en 870, qu’il vil

à Jérusalem une bibliothèque construite par les soins de Charlemagne. € L’bi et bibliothccam ingentis expcnsæ coiiipegerat. • [Act. S. O. S. B. ni' siècle, Bened. 11 pap.)

Situées généralement à un étage supérieur pour éviter l’humidité, les bibliothèques n’ont pas été exprimées sur les plans de Saint-Gall et de Cantorbéry. Cependant, comme le premier de CCS plans donne la forme du scriplortum et que la légende indique la bibliothèque au-dessus, supra bibliotheca, on a une idée exacte de sa forme et de scs dimensions. On y arrivait par un escalier situé sous la colonnade du presbytère, introilus in bibliolhecam super crlptam supcrius. Cette communication entre le sanctuaire et la bibliothèque indique sufTisaniment qu’elle était appuyée contre le mur de l’église. Le côté du nord avait été choisi de préférence à tout autre, pour éviter les insectes destructeurs. La bibliothèque de l’ancienne église de Saint-Pierre de Borne était construite de même au nord du transsept. L’emplacement des bibliothèques n’était pas toujours le même : Ansegise, abbé de Fontenelle en 8a3, fit de grandes constructions dans son abbaye; il éleva une bibliothèque auprès du réfectoire '. Les livres étaient placés sur des rayons, comme on le fait aujourd’hui.

Au monastère de Vatopedi, sur le mont .Athos, la bibliothèque est située au-dessus du nartbex de l’église; le hlonasticon gallicanum en fait voir plusieurs qui sont placées indiffél'em ment dans les bâtiments réguliers ou plus loin du centre.

L’abbaye de Sainte-Geneviève, à Paris, avait une belle bibliotlièque; clic occupait toute la partie supérieure des bâtiments réguliers, et avait la forme d’une croix, disposition trèsfavorable. Le cardinal de la Rochefoucauld la fit restaurer et décorer comme on la voit encore aujourd’hui; au centre de

' Chronique de Fontenelle.

INSTRUCTIONS

la croix, il fit élever un dôme qu’on orna d'une peinture à fresque l'epré.sentant saint Augustin entouré de livres. Mallieurcuscnicnt ce précieux local, le seul de ce genre qu’il y ait encore en France, va disparaître pour faire place à des dispositions nouvelles.

Ce n’est guère que pour des bibliothèques du xv' siècle qu’on trouve des descriptions, des dessins ou des monuments qui puissent donner une idée de la manière dont elles étaient construites et décorées : la bibliothèque des moines gris, à Londres, avait cent vingt-neuf pieds de longueur sur trente et un de large; celle de Wels était éclairée par vingt- cinq fenêtres de chaque côté. Dans le Monasticon angUcanum, on a reproduit quelques bibliothèques. Généralement l’extrémité était éclairée par une immense fenêtre enrichie de meneaux et probablement de verrières, peintes en grisailles, afin que la lumière pénétrât abondamment dans la salle -sans qu’une trop grande variété de tons de verres vînt nuire aux lecteurs.

Deux bibliothèques anciennes, mais non monastiques, conservées jusqu’à nous en France, peuvent faire connaître comment étaient celles des maisons religieuses : l’une se voit à l’Ecole polytechnique de Paris, établie dans l'ancien collège de Navarre, fautre à Noyon. La première fut construite sous Charles Vlll, par Jean Itaulin, grand maître du collège; c’est un bâtiment allongé, terminé à ses extrémités par deux pignons. L’étage inférieur, éclairé par de grandes baies, était la salle des Actes; la bibliothèque, située au premier, présente une suite nombreuse de fenêtres fort étroites; les livres étaient placés dans des armoires surmontées de pupitres et rangées verticalement aux trumeaux des croisées, ce qui explique leur grand nombre. Cet édifice, pour lequel le roi donna a4o livres tournois, fut terminé en 1496.

N* S09. Pignon de la bibliotlièque de Navarre.

N* 5 10. BiblioUièquc de Noyon.

La bibliothèque n 'était pas toujours placée par les moines *

dans une construction établie exprès; l'abbaye de Morlac avait

la sienne dans un clocher. (Voy. litt. t, I, p. i38.) • ^

Les livres des bibliothèques étaient généralement enebaî- r

nés, afin qu'ils ne pussent être emportés; ce fut la condition

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qu’imposa le cardinal Michel Dubcc, lorsqu’au xiv' siècle il donna sa bibliolhèque aux Grands-Carmes de Paris.

La bibliolhèque était confiée à la garde du chantre : • Biblioihecaeritsiibcantoriscuslotlia. • [Ms. Colt. Claud. B.vi, f. 191.)

la Septuagésime, on faisait l’inventaire de tous les livres.

Quelques monastères où l’on s’occupait de l’antiquité présentaient, auprès de leurs bibliothèques, des cabinets d’objets d’art comme on en trouve chez de riches particuliers; on voyait de ces collections précieuses pour l’étude à l’abbaye de Saint- Germain-des-Prés et chez les Génovélins de Paris. Ces derniers avaient aussi réuni des curiosités de plusieurs genres, par e.xcinpie, en histoire naturelle, en armes précieuses recueillies dans des voyages; on y remarquait encore un plan en relief de la ville de Rome, une horloge rcmarquahle cons- Iruite par Oroze l’iné pour le cardinal de Lorraine, etc. etc.

SALI.E DES COPIES, SCRIPToniVM, DOMVS A\TIQCARIORVM.

(Ducange.)

Chaque grande abhaye avait une ou plusieurs .salles, voisines de la bibliothèque ou placées dans le cloître, et qu’on nommait scriptorium; il y en avait douze à Hirschau. Dans ces salles étaient installés les copistes, ordinairement au nombre de douze, et séparés les uns des autres par de légères cloisons pour empêcher les distractions qui auraient pu nuire à l’exactitude des copies. Le plan de l’abbaye de Saint-Gall présente un scriptorium situé auprès du sanctuaire de l’église, au nord; cette salle, de forme carrée, est divisée dans son pourtour par des cloisons qui établissent des retraites indépendantes les unes des autres; dans chacune de ces divi.sions .se plaçait un copiste de manuscrits. Au-dessus du scriptorium,

ARCI1ITF.CTURK MONASTIQUE. 375

connue l'indique une légende, était située la bibliothèque.

• .A Clairvaux, dit doin Martenne, il y avait, dans le petit cloître, douze ou quinze petites cellules tout d’un rang, où les religieux écrivaient autrefois des livres; c’est pourquoi on les appelle les à-riloires.» (Voyage lilt. t. 1, p. loa.)

Une bénédiction sj^éciale avait lieu pour le scriptorium. Les scribes monastiques étaient choisis par l’abbé. M. Astlc pense que les antiquani étaient des scribes employés dans les monastères à faire de nouvelles copies de vieux livres, soit pour l’usage intérieur, soit pour vendre au dehors; l’opinion de Ducange est que ces scribes particuliers réparaient et recopiaient les livres vieillis et hors de service, en opposition avec les hbrarii, qui en faisaient de neufs. Les antiguarii travaillaient dans une pièce spéciale nommée domiu antiquariontm.

Le chantre, pnteentor, avait la garde du sceau; il fournissait aux moines qui écrivaient et peignaient les manuscrits tous les objets dont ils avaient besoin.

.xnCRIYES ET r.ilARTIEnS, DO.WPS CIIAHTARVV.

L’origine des archives et chartiers est la même que celle des bibliothèques; l’abside septentrionale des basiliques latines renferma primitivement les chartes et diplômes, aussi bien que les livres sacrés. 11 est probable que durant toute la période mérovingienne elles furent conservées à cette place, comme on le voit encore en Orient, mais plus tard les donations royales et particulières devenant nombreuses et les monastères augmentant eu.x-mêmes leurs territoires par des acquisitions, les archives s’étendirent, et il fallut leur trouver un local plus vaste et mieux clos. Trois dispositions différentes furent prises à l’égard de cet emplacement. La plus ancienne

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lucatlon d'archives que l’on trouve se rapporte à l’abbave de Fonlenolle: Ansegise les plaça au-dessus du porche de l'église et fil construire une salle à cet effet. « Denique in medio porticusdonium cbartariim constituit. » (Chronique de Foiilenelle.)

A l’époque romane, la même place fut choisie pour les archives de la célèbre abbaye de Cluny, dans la tour septentrionale de la façade. Pari.s possède un exemple analogue datant de la périorle gothique : on voit à Saint-Germain-l’Auxerrois, au-dessus du porche de la façade principale, une pièce carrée, ornée encore aujourd’hui des armoires anciennes qui contenaient les chartes et autres litres de propriété.

La mèmè pensée de mettre les archives sous la protection du temple se modifia dans d’autres lieux; elles furent fréquemment placées au-dessus de la sacristie, et là peut-être étaient-elles plus en sûreté qu’au-dessus du porche de l’église, parce quelles se trouvaient plus éloignées de l’enccinle extérieure, plus rapprochées du centre de la maison religieuse. Les Archives du royaume prirent naissance dans une salle construite au-dessus de la .sacristie de la Sainte-Chapelle du palais de saint Louis, à Paris; celte sacristie accolée à l’église en reproduisait les dispositions architecturales. Le collège de Beauvais, situé dans le quartier de rUniversilé, offre un exemple analogue à celui de la Sainte-Chapelle, quant à la disposition des archives de la maison; la construction date du XIV' siècle. 11 est probable que le château de Viiicennes, qui présente auprès de sa chapelle une sacristie semblable à celle que nous venons de signaler, avait aussi scs archives dans une salle qui est située au premier étage; ce serait un exemple de la renaissance. Enfin , l’idée de placer ce dépôt précieux au centre même des enceintes et des autres constructions, pour le mettre à l'abri du feu eide toute autre atteinte, fut nettement

exprimée dans certains monastères. On voit dans les ruines de l'abhaye de Vaux-de-Cernay, auprès de Chevreiise, les restes d'une tour isolée qui contenait les archives; dans les anciennesdispositionsdu prieuré de Saint-Martin-des-Chaïups, dont nous avons publié tous les détails dans la Statistique de Paris, était une tour très-élevée et .solidement construite au centre du monastère pour renCermer les chartes. (Voir p. 3a, pl. 19 de la 1" partie.)

N* 5i 1. Tour des archives au prieuré de Saiiit*MartiD-dM^hàiBps.

Un frère était maître et gardien des chartes.

Un autre surveillait le greffe et le registre matricule de la maison.

Les religieux chargeaient quelquefois la sculpture ou la peinture de transmettre leurs droits de propriété ou certains privilèges : lorsque Pépin donna la terre de Palaiseau et ses dépendances à l’abbaye de Saint-Gcrmain-des-Prés, à l'occasion de la translation des reliques du saint patron, les moines firent sculpter sur la pierre une croix entourée d’une inscription latine indiquant la donation faite par le roi; on y lisait ces mots :

Ilic pausante sancto Germano in die translationis , dédit ei Heir Pipinus jiscam Palatiolum cam appendiliis sais omnibus.

11ST11CCT10115. — III.

INSTHUCTIONS.

N* 5n. Pierre à Saint^Germam-des-Prés.

CliaHcmagnp avait fait de nombreuses donations aux moines de Saint-Vincent cl Saint-Anaslase, auprès de lîome; l'avanlporche de ce monastère contient encore une peinture qui paraît dater de la fin du xn' siècle, époque à laquelle la maison lut donnée aux Cisterciens. On a représenté sur celte peinture tous les châteaux et propriétés qui appartenaient aux religieux. Le nom de chaque localité est tracé au-<lessous de sa configuration. Dans la région moyenne de la peinture sont peints d’uii côté, le pape Léon 111 et Charlemagne, de l'autre l'abbé et les frères convers déroulant une charte au-dessus d'une représentation du monastère; on lit sur ce papier les mots suivants :

ARCHITECTURE ^fONASTI0UE. 379

Concedi et donavi ecclesiœ taœ Ancidoniam cuincasiris istis auc~ torilale appUcnnda.

5i3. Pcinlurc à labbuyc de Saint- Vincent.

Enfin, les religieux conservaient par la sculpture les faits importants relatifs à leurs privilèges: on voyait sur la façade septentrionale de l’église des Graiids-Auguslins , à Paris, auprès de l’abside, un bas-relief rappelant l’amende honorable (]ue firent en présence des religieux, Jean Bayart, sergent à verge, Gillet, Roland et Guillaume de Besançon, qui avaient tii-é violemment du couvent le frère Aymery et tué Pierre de Gougis, autre religieux. Ce bas-relief, conservé au Musée des monuments français, se voit à l’école des Beaux-.Arts.

Le prévôt gardait les clefs des archives et du trésor des chartes.

Les ordres religieux et militaires de Saint-Jean-de-Jérusalem et du Temple eurent des archives d'une autre nature que celles que nous venons d’indiquer. Les moines chevaliers, après avoir acquis de grandes richesses par la guerre, par des legs, fruits de la protection qu’ils accordaient aux pèlerins et aux peuples chrétiens d’Orient, curent les premiers l’idée de les

INSTRUCTIONS

tourner au profit général et au leur, en établissant le crédit par <lcs banques et des lettres de cbange sur l'Europe et sur l'Asie; ils devinrent les trésoriers des grands Etats; en 1 146, ils acquittèrent la rançon de Louis Vil. [Hist. de France, t. IV, |). 010.) Henri I" d'Angleterre et Jean sans Terre déposèrent le trésor public dans la maison du temple de Clarkcnville, à Londres; en 1 23a , comme nous l’apprend .Matthieu Paris', ils recevaient en dépôt la fortune des particuliers; en 12(19, saint Louis les chargeait de payements considérables, » et seront payez ces deniers chacun an à Paris, au Temple t En Espagne les frères collecteurs recueillaient les recettes de l'Etal et la dixme de Saladin, destinée aux expéditions d'Orient; les trésors en espèces ou en papier qu'ils réunirent entre leurs mains, et qui furent la cause de leur perle, les obligeaient à construire dans leurs maisons chefs d'ordre, des dépôts analogues à ceux que nous voyons dans nos banques publiques, mais les usages dn temps leur firent donner la forme de donjons, de tours fortifiées; c’est ainsi qu’était conçue la tour du Temple, à Paris, et peut-être faut-il voir la même pensée présidant à la création de la tour de Saint-.Ican-de-Latran ou de Jérusalem, récemment détruite avec les restes de cette maison militaire, dans le quartier de rUnivcrsilé; placée au centre du monastère, auprès du cloître, elle était surmontée de créneaux, et sa décoration intérieure était trop riche pour être celle d’une simple tour de défense; la partie souterraine, très-solidement construite, pouvait contenir les valcni-s en espèces, dans les salles au-dessus on aurait placé les valeui's en papier et autres pièces de nature à être consci-vées. En démolissant cette tour ou y a trouvé plusieurs liasses de parchemins.

' Matlh. Paris, p. 361.

* /a aitx croûiu^i, p. i43.

N* 5ià. Plan de b tour de Sainl'Jean de'Lalran.

N* 5i5. Cou|)e do la tour de Samt-Jean«de>LHtraji.

ÉCOLt EXTÉRIEUTIE, SCHOLA CÀNONWAt CLBHICAUS.

Dans l'antiquité, des écoles furent établies auprès de certains temples; les Juifs en curent à proximité de leurs synagogues; dès les premiers siècles de l’Eglise, l’éducation de la jeunesse fut considérée comme l’un des devoirs les plus importants de l’état ecclésiastique; les anciens conciles enjoignirent aux prêtres des villes et des campagnes de s’occuper de l’ins-

ta

382 INSTRUCTIONS

Iruction; on connaît des litres de donation, ad dncendum pue-

riim

En 780, Charlemagne fonda dans tous les cliapitrcs et les inonaslères des écoles de grammaire, d’arithmétique et de toutes les sciences alors connues. Ces écoles furent florissantes particulièrement jusqu’au xii' siècle, époque à laquelle les collèges cl les universités commencèrent à prendre leur place.

Les principaux monastères avaient en dehors dos lieux réguliers une école pour les jeunes séculiers, clercs et laïques. On voit dans le plan de Saint-Call les distributions principales d'uii de ces établissements d'instruction publique. L’édifice est situé au nord de l’église pour éviter les relations avec le mo- ■ nastère, construit au inidi^.

Un vestibule conduit à deux grandes salles voûtées, placées au centre cl séparées par un mur; elles étaient destinées aux récréations, domus vacationis. Cette division de l’édifice en deux parties égales par un mur rappelle ce qui se fait de nos jours dans les écoles communales pour .séparer les .sexes. Ici le but était problahleinent de distinguer les degrés d’étude, peut-être aussi était-ce jx)ur diviser les enfants selon le rang qu’occupaient les parents dans le monde. Autour des salles de récréation sont distribuées les classes, au nombre de douze; on y lit.

Hic mansiuncalw scolasticoram ; une table occupe le centre de cbacune d’elles. Ces classes, rangées ainsi autour des pièces centrales, rappellent les graiules écoles de la Turquie et de la Perse, contièes où l’on rencontre à chaque pas des dispositions analogues à celles qu’on prenait en Occident au moyen âge.

■Au nord de l’école, un second vestibule conduit aux latrines.

' Dom Mari. l. I, p. 1 1 , pari. II.

* « Exira monaslerium in adjacenù œdificio, cui (amen pneeranl cennbi(ae, • (Ziegel* baucr,p. 190.)

Pendanl la belle saison, les enfants jouaient probablement autour de l’édifice, car il est séparé des constructions voisines par des baies, et auprès de celle qui est établie vers féglise on lit ces mots:

It.¥c quoque scpla premuDt discentis vota juvenlæ.

Une entrée à féglise, commune aux botes et aux écoliers, est établie auprès du parvis : « Hic bospes vol tcmpli tecta subibit : disceiitis scolæ pulchra juventa simul. • Enfin, vis-à-\ds fécolc et contre le mur latéral du temple est l’habitation du chef des études, mansio capilis scholœ; ce sont deux chambres allongées : la première, entourée de bancs et cbaulfée, communique avec une chapelle du bas-côté du nord; la seconde est une pièce réservée; on y lit : ejusdem secretum. Ces écoles de l’abbaye de Saint-Call étaient au nombre des plus célèbres'.

Les grands monastères de la France renfermaient aussi des écoles; plusieurs meme étaient assez renommées pour attirer les étudiants de l’étranger. On connaît la célébrité de l'école de Saint-Victor, à Paris, au xn' siècle.

Les écoles extérieures ou cléricales avaient ordinairement des professeurs tirés du monastère lui-même, et dans le cas où ceux-ci n’étaient pas assez instruits dans une brauebe de connaissances, on y recevait des professeurs laïques.

On nommait grandes écoles, scholœ majores, celles qui, aux abbayes de Saint-Gall, d’Ilirschau, de Saint-Victor, etc. présentaient de nombreux professeurs et toutes les branches de l'instruction. Les petites écoles, scholœ minores, étaient établies auprès des monastères peu importants et ne devaient pourvoir qu’à une instruction limitée".

' Ziegelb. p. aot).

* Jd«m, t. 1, p. 189.

INSTRUCTIONS

ÉCOLES INTÉnlEUHES.

A l’article des cloîtres, nous avons fait connaître les dispositions qui étaient prises pour instruire les novices dans les monastères. Des salles lambrissées étaient disposées vers un des côtés du cloître, et la galerie sur laquelle étaient ouvertes ces pièces consacrées à l'étude servait elle-même d’école ou de lieu de récréation pour les novices. Les Clunistes et les Cisterciens nommaient aaditorium le lieu où se faisaient les leçons aux novices'. Indépendamment des écoles établies dans le but d’instruire la jeunesse, certains monastères en contenaient d’un autre genre et qui étaient destinées aux exercices des religieux eux-mêmes : on vient de détruire à Paris, dans l’enceinte des Jacobins de la rue Saint-Jacques, les écoles de Saint-Thomas, reconstruites au xvi' siècle, et remplaçant celles qui avaient été élevées sous saint Louis; dans ces écoles, les frères s’exerçaieutaux prédications publiques, qu’ilsétaient appelés par leur institution à faire entendre au loin. La salle d’étude était décorée à l’intérieur de seize consoles portant les statues des prédicateurs les plus célèbres; l’architecture extérieure de cette école était simple et de bon goût; démolie pour faciliter le prolongement de la rue de Ci uny, l’admiiiislration municipale avait fait espérer quelle serait reconstruite après l’alignement établi, et dans ce but avait fait numéroter les matériaux. Le plan est reproduit au n" 5i6, d’après la Statistique monumentale de Paris, dans laquelle l’ensemble et les détails ont été gravés avant la démolition.

A. Chaire pour les exercices de prédication,

B. C. D. Consoles portant les statues des prédicateurs célèlires.

' •Aaditorium App^Uabant OiintJicen»es et Cislercienses monarhi, et a)ii, locum in quo conveniebant monarbi, qu(»d in eo eatteiit achoic monacbics, ibique prxceploreü dcKrerenl, disdpuli aiidirenl magtiilroa docentes. » (Ducango.)

!S* Si 6. Pian de» écoltis dr Sninl*Tiiomas

Le nuigislvr scholaris, scliolœ, scltolarum, apjjelc aussi le scoliastc, l’écolàtre, le théologal, avait la direction de l'école et la charge d'enseigner les lettres et les sciences; il lisait les leçons à matines, à la messe, et était aidé dans scs fonctions par des sous-niattres. Pépin et Charlemagne firent venir de Grèce des professeurs pour apprendre la littérature grecque aux moines

MAISON ABBATIAI-E, ÀVLA, OOMVS, PALATIVM.

L'origine des maisons abbatiales est une simple cellule, ' Hed. fiut. tetlét. lib. VI, c. 9.

IMSTfldCTlOK» *^111. H49

INSTRUCTIONS

comme celle des moines cénobites. Sulpice Sévère nous apprend qvic .saint Martin, dans le monastère de Ligugé, babilail lui-inêiiie une cellule construite avec dc.s branches d’arbres; devenu évêque de Tours, sa demeure n’y fut pas moins humble ainsi que dans le Monaslcriim Majus, qu’il fonda à Marmoutier. ,\vant 1 i3o, date présumée du dessin du moine Eadwin, le prieur de Cantorbéry logeait dans une cellule: elle est figurée auprès de l’infirmerie, comme une petite construction isolée; on y lit: caméra prions vêtus. Au xii' siècle, l'abbé Suger, après l’exécution des grands travaux entrepris à Tabbayc de Saint- Denis, qu’il avait enrichie de tant de trésors de tous genres, n’avait pas d’autre habitation abbatiale qu’une cellule isolée qu’il avait fait construire auprès de l’église. Dom Félibien la décrit ainsi, page 180: • L’abbé Suger s’était fait bâtir depuis quelques années (en j i45) une petite cellule proche de l’église. . . Cet appartement, le .seul qu’il fit construire pour son propre usage, avait à peine dix pieds de 'large sur quinze de long, etc. » .Malgré ces exemples d'humilité donnés à sept siècles l’un de l’autre par ces deux grandes lumières de l’ordre monastique, la maison de l’abbé ou du prieur était, dans les grands monastères, une construction importante établie à part et entièrement séparée des autres habitations des religieux. Cette disposition avait pour but de loger l’abbé d’une manière convenable h sa dignité et de l’entourer du respect qui lui était dû. Un jardin réservé y était anne.xé. La mai.son abbatiale était ordinairement voisine de l'église, dans laquelle l'abbé entrait par une porte particulière; celte habitation était assez considérable pour avoir, dès le vm' siècle, la qualification de palais, palalium. (/innales de Saint-Gnll, 720.)

Un siècle plus tard, l’abbé Ansegise construisait celle de l’abbaye de Fonlenelle sur de grandes proportions, et la déco-

AHCIIITKCTÜRE MONASTIQUE, rail d’une salle à cheminée: ■ Præterea niJijoreiii quani vocaiit domuin icdificari pnecepit cuin caméra et caminata. » (Chronique de Fontcnelle.)

A la même époque, l’auteur du plan de Sainl-Gall dessinait la maison abbatiale de ce monastère : reliée à l'église, du côté du nord, par un couloir couvert, elle offre deux parties distinctes, l’une pourrhabilalion de l’abbé, et de forme carrée, l’autre pour les dépendances. Le premier bâtiment contient deux grandes pièces: la mansio abbatis, séjourbabituel de l’abbé, et entourée de bancs, sedilia; ou la chauffait par une cheminée, caminata. Auprès de la porte sont figurés deux lorecjmata, probablement deux dressoirs pour le service. La seconde pièce était la chambre à coucher; on y remarque plusieurs lits, auprès sont des latrines; un grenier [solarium) et des chambres occupent le premier, étage de ce principal corps de logis. Des portiques semblables à ceux des cloîtres forment des promenoirs de chaque côté des deux pièces principales, à l’orient et à l’occident.

Les dépendances se composent d’une cuisine, d'un cellier et (f une salle de bain. Les chambres des serviteuiTs sont ligurées à l’orient de ces constructions et ne s’ouvraient qu’en dehors, directement et sans vestiliule.

La nouvelle maison du prieur de Cantorbéry, au/a nova, était au xii' siècle lrès-im|X)rtante, à en juger par le plan du moine Kadwin. On y remarque deux étages de portiques, et dans le vestibule une fontaine jaillissante ou lavalorium, semblable à celles qu’on établissait dans les cloîtres.

L’ancienne maison abbatiale de Pontigny, auprès d’ .Auxerre, consistait seulement en quatre petites chambres semblables aux cellules des religieux; dans fune d’elles était établie une cheminée.

Dans les siècles suivants, les maisons abbatiales deviiireiit (le véritables palais renfermant de vastes salles, une chapelle particulière' et toutes les commodités qu’on réunissait alors dans une grande habitation; les façades étaient décorées avçc tout le luxe do l’architecture en usage aux diverses périodes du moyen âge. Il nous sulhra de citer la belle maison abbatiale de Saint-Oucn, à Rouen, qui a été publiée dans un grand nombre de recueils de gravures et qui datait du xv' siècle; celle de l'abbaye de Saint-Germain-des-Pres, conservée en partie jusqu’il nos jours, et qui date de 1 586, lorsque (ibarles I”, cardinal de Rourbon, dirigeait l’abbaye. Sauvai, dans scs Mémoires, dit <|ue ce palais remarquable était enrichi d'un portique et, du côté du jardin, d'une galerie ou longue et large serre entourée de tètes de cerfs admirables pour leur singularité". Les ebangements que le canlinal de Furslemberg fit à ce palais pendant qu’il était abbé le rendirent beaucoup plus magnilique encore, et il passa pour un des plus beaux qu’on connût’. Le logis abbatial de Vé/.elai était si remarquable qu’on l’appelait le château. (I). M. t. I, P- )

I.e plus fréquemment l’habitation de l’abbé était située au sud-est de l’église, à peu de distance de l’abside; une entix'c particulière lui permettait d’arriver commodément à l’église.

Les jardins qui accompagnaient la maison de l’abbé étaient disposés avec soin; souvent des terrasses élevées laissaient voir les campagnes environnantes par-de.ssus les murs de l'encÆinle.

* Voy. hu. t. I, f>. 5g.

* Don) BoatlUrt, Hulotre t'abbaye de Satril-Germam‘Je$-Pfde, p. igs.

* Idem, p. aoi

Diqttecxj by Wnrigle

AliCFlITECTtRE MONASTIQUE.

INFIRMERIE, NOSOCOMIUM , NOSniiOCHIVM , C.T.ROCtmiVM.

Dos l'orlgino de la vie commune, on dut songer à établir (les infirmeries dans le lieu du monastère ou de ses environs qui semblait le plus favorable pour le rétablissement des malades, et pour conserver la santé des vieillards; ce double motif avait fait créer deux espèces d'infirmeries: fune nommée nnsoromium, nosodochlum, dans laquelle on traitait les frères atteints de maladie; fautre, que Ducange nomme ^erocomium*, était riiospice des religieux sympectœ, qui, ayant atteint un âge très-avancé, ne pouvaient plus se passer de soins particuliers én raison de îeurs infirmités.

La règle de saint Benoît prescrit rétablissement d’une salle

à part pour les malades, • sit cella super se députa ta’ Cette

.salle était construite comme un dortoir; dans un grand nombre de monastères cette disposition fut longtemps maintenue. Les Cisterciens, qui, plus que d’autres religieux, furent rigoureux observateurs des anciennes règles, ne construisirent pas autrement leurs infirmeries; le plus bel exemple qui ait survécu est la grande salle dite des morts à Ourscamp, abbaye cistercienne fondée par saint Bernard en i i3o, auprès de Noyon. Cette salle, éloignée de l’église et des lieux réguliers, dans une position qui était sans doute convenable aux malades, a cent trente pieds de longueur sur trente-cinq de large; elle se divise en trois nefs : celle du milieu est de vingt pieds. Seize colonnes surmontées de chapiteaux octogones divisent les nefs

' «G^rocomium Certe lo monatileniB domicilia aenibus et iiüimiis destinata

ettiüasc, culligerc est ex régula sanctimonialium canonice rivenliura.» (Chap. xxtit. Ducange, 111* Tol. p. 667. éd. )

* Dom Calmel, c. 35, p. 558 et seq.

INSTUUCTJONS.

et portent des voûtes ogivales à nervures arrondies. Au-dessous de chaque fenêtre des travées on voit encore une piscine pour le service des malades, dont les lits étaient rangés devant les trumeaux; contrôle pignon du midi, à rinlérieur, sont les traces d'une grande cheminée, nécessaire dans ce genre d’édifice. Ce même pignon méridional soutenïtit, à l’extérieur, des cuisines particulières pour le service de l’inGnnerie. Dom Martenne signale plusieurs constructions analogues à celle-ci dans des monastères cisterciens; scs descriptions ne peuvent laisser aucun doute sur la destination de la salle des morts à Ourscamp.

La pratique fit reconnaître les inconvénients d’une seule salle pour soigner toutes les maladies dillércntes (|ui pouvaient se présenter dans une nombreuse réiiiiion d’hommes; on songea de bonne heure à séparer les diverses alTectioiis comme nous le faisons aujourd’hui, ou au moins à avoir des salles particulières pour les maladies graves; c’est ce qu’on reconnaît dés le IX* siècle dans le plan de l’abbaye de Saint-Gall. L’infirmerie est située derrière l’église auprès de la maison des novices, dont elle reproduit en partie les dispositions : un cloître occupe le centre de l’infirmerie; un puits est au milieu du préau, dans l’enceinte duquel on lit ces mots : h'ratribus injinnis panier locas iste parelur.

L’entrée de la maison des malades, située au couchant, est figurée par un couloir qui longe la chapelle placée au midi du cloître, sous le même toit que celle des novices, dont elle est séparée par un mur transversal. A gauche de l’entrée est une salle, ramera ou antenosodochium , dans laquelle se faisaient ordinairement les consultations: 'sa place semble l’indiquer; plus loin est le réfectoire. Sur la face septentrionale du cloître on voit la chambre du chef infirmier, domus magislri; auprès de

lui on plaçait les malades atteints d'afTections graves, locus valde inftrmorum; à l’est un vaste dortoir commun pour les maladies ordinaires, dormitorium , un cliauflbir, pyralis, muni d’un calorifère cl d’un tuyau pour la fumée, exitus Jumi; enfin des latrines, complètent la distribution de l’infirmerie.

Paris présente les restes d’une infirmerie de monastère, c’est celle des Jacobins de la rue Saint-Jacques, située sur la rue des Grès; elle est peu ancienne; elle avait été divisée en chambres particulières avec ebeminées. La promenade étant néce.ssaire aux moines qui étaient à l’infirmerie, on construisait ordinairement une galerie fermée, pour qu’ils pussent y prendre de l’exercice; un jardin particulier était établi dans le même but.

N* 517. Plan l’infinncnc clci Jacobins.

Certains monastères importants possédaient une succursale à leur infirmerie: c'était une maison de campagne destinée au rétablissement des malades. On y construisait, sur des proportions restreintes, des lieux réguliers et une chapelle pour que les religieux malades ne se relâchassent point dans leur observance. L’abbaye de Saint-Denis en avait une à la maison de Seine, vers les rives du fleuve, loin du bruit de la ville cl

INSTRUCTIONS

près des pi-oiiicnades'. Gérard do .Moret, abbe de Saint-Germain-dcs-l’rés auxni' siècle, en fit construire une à Vaugirard, qui prit son nom de cet abbé; ce lieu se nommait antérieurement \alboilron’.

[,ors{ju'une abbaye, par la possession de reliques on d'une source minérale dans lesquelles les malades avaient confiance, attirait la foule des laïques auprès de son enceinte, on y bâtissait un hôpital, quelquefois deux,: l’un pour les hommes, l'autre pour les femmes, l/abbaye de Saint-Antoine en Dauphiné était dans ce cas, à l’occasion du mal de Saint-Antoine qui s’y guérissait^. Hécipro(}uement, il arrivait dans maintes localités qu’un hôpital d’origine laïque, établi sur un point favorable à la guérison de certaines maladies, ou propre à recevoir des pauvres, des pèlerins, etc. était érigé en prieuré ou en abbaye; nous citerons le célèbre hôpital d’Aiibrac en Rouergue*. Enfin certains hospices civils étaient dirigés par des diacres; on les nommait diaconies, diaconiœ. Les veuves, les orphelins, les vieillards du pays, y étaient logés et nourris par eu.v; on y joignait des oratoires et des chapelles’. L’infirmier, infirmarius, custos infirmoram, nosocomiarius , avait à sa charge les religieux malades et devait leur fournir une partie de ce qui était nécessaire; l’abbé était tenu du surplus.

l.’infimiicr lavait les corps des moines défunts, apres les avoir fait porter en céi-émonic au lavaloriiim du cloître, où les frères s’assemblaient comme au chœur pour réciter les prières des morts avant les cérémonies de l’église.

‘ Ilistoirt de VaMaye de Saint‘l}cfnit clom l>oui)lct, clam Fclibten-

' Uisfoirt de Vabhajre de Saini-Germain’dei Près ^ par dom Bouiliart

* D. MarientiQ, Va/, litt t. 1, p- a6o.

‘ L‘ancieti hôpital d'Aahrac (Aveyron), par Tabbc îktuiquet. i845

* Ducange. ■ Diaconis dicunlur loc« in '{uibu» per (li*icoRos regiaiiarioti pau^»efe.«>

vidus' , pupUli, propris re|ncnis aicliantur » ,

M.AISON DKS MÉDECINS, PH.\BM.4CIE, ARMARIVM /•/C.WE.VTOfiü.M.

Les travaux dVEgulius, de Cunstautin Daniascènc, de .luannitius, et de tant d’autres l’eligioux qui ont écrit sur la médecine, sullisent pour démontrer combien ils étaient versés dans sa théorie et sa pratique; l’école de Salerne, la plus célèbre du moyen 5ge, avait pris naissance dans une abbaye de bénédictins; elle était déjà llorissante au xi“ siècle; son origine doit remonter plus haut. 11 devient donc intéressant de retrouver, dans les monastères, comment y étaient logés les médecins, quelles étaient les précautions prises pour les entourer de tout ce qui pouvait être utile à leurs malades et au développement de leurs connaissances. Le plan de Sainl-Gall nous fait connaître quelles étaient ces dispositions au commencement du tx' siècle, et il est d’autant plus précieux de les y trouver que Grimald, abbé de ce monastère de 84i à 87 a, contribua lui -même au développement de l’art médical et le fit étudier avec succès par des moines, sous sa direction, Walal’rid Strabo lui dédia en 84g son poème sur les vertus des plantes, intitulé Ilortulus. En i i3t, l’exercice de la médecine fut défendu aux moines par un concile; en i i5o, Lucas, patriarche de Constantinople, la défendit aux moines orientaux. Auprès de l'infirmerie des moines, à l’angle nord-est de l’abbaye de Saint-Gall, le dessinateur a tracé une habitation particulière pour les médecins, afin qu’ils fussent journellement auprès des religieux malades. Cette maison se compose d’une première salle carrée, au centre de laquelle est figuré un foyer ou une table; on y lit : Damas mediconxm. A l’est elle donne entrée dans une pièce longue, située sur le jardin bo-

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iNSTnuciiuna. — ni.

INSTRUCTIONS

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taniqiie et chauffée par un poêle; c’est la salle du inédcciii en chef. Au nord, une pharmacie, armarium pùjmentoram, communique par une porte à la pièce d’entrée; à l’ouest de la maison et sur toute son étendue est une salle particulière réservée aux malades atteints d’afl'ections graves, et qui se trouvaient ainsi sous la surveillance continuelle des médecins. On y lit : Cubiculum vaUe inftrnumim.

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