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PLANS DES ÉGLISES

l" dinposition. — La société mona.stique des provinces moyennes el septentrionales de l’Occident avait adopté d’a- Ixird la plupart des principes établis par les constitutions apostoliques pour la construction des églises, mais les distances du centre, puis les siècles, apportèrent peu à peu des modifications successives qui préparaient une révolution dans l’art sacré. Les' contrées méridionales de l’Rurope, plus voisines de la capitale catliolique et de son inllncnce, évitèrent longtemps ces innovations; Home les écarta toujours, parce qu’elle était la gardienne naturelle des principes rondamentaiix.

Kn France , on reconnaît le germe des modifications qui devaient être apportées un jour au plan de la basilique latine, dès le VI' siècle, lorsque saint Germain dirigeait, à Paris, la construction de l’église abbatiale de Saint-Vincent. .Ainsi, les premiers temples chrétiens ne contenaient qu’un autel . le saint évêque en fit élever quatre, un à cbacune des branches de la croix sur laquelle avait été tracé le plan de sa basilique; il ajouta, en outre, deux chapelles à l’Occident : l’une dédiée à saint Pierre, l’autre à saint Symphoricn ‘.

Le plan de l’abbatiale de Saint-Gall, gravé à la planche i 5, 1" partie, démontre que deux .siècles plus tard les autels étaient déjà très-multipliés dans les églises du Nord ; ce plan en fait voir trois, placés dans l’axe de la nef principale, et quatre dans chacun des collatéraux; de plus, une chapelle semi-circulaire, en forme d’abside, et dédiée à saint Pierre, est tracée à l’occident de féglise, au lieu occupé ordinairement dans les basiliques par la porte principale ou medtana.

' HiHûit (U> Saini'Germain tles Prés , p«r Hom Bouiliart, p) i(3.

INSTHUCTIONS.

Dom Guéraiigrr, dans i'iiistoiiv de l’abbaye de Solt-ines, fait obsener que, dès l’origine de la société monastique, un grand nombre d’abbayes étaient fondées sous les vocables dç saint Pierre et de saint Paul. Cette double dédicace ne fut-elle pas la cause de la disposition des plans d’églises à contre-abside, dans le but de placer convenablement les «leux autels des apôtres? et cette disposition s’est renouvelée dans un grand nombre d’églises voisines duHbiii, lorsqu’on renonçaà imiter le plan des basiliques latines. Cette innovation permettait de placer les autels des doux apôtres sur deux points de l’édifice qu’on rendait alors aussi honorables l’un que l’autre; rêlui de saint Paul occupait fabside de l’Orieiit, comme on le voit au plan de Saint-Gall, vers la contrée qui fut le théâtre de ses grands travaux a|>ostoliques ; celle d’Occident était dédiée à saint Pierre, comme fondateur du trône pontifical dans celte «lernière partie du monde chrétien. (Voir le plan de féglise de •Saint-Gall, pl. i5, I" partie.) Ces consécrations s’étendirent jusqu’aux portes des abbayes, comme on le voit sur le plan de Moissac, gravé à la planche lo, I" partie, et cette pensée paraît ne s’être pas bornée à l’enceinte des monastères : une chapelle dédiée à saint Pierre s’élevait à l’occident de l’ahbaye de Saint-Germain-des-Prés, dans un clos qui lui appartenait, aujourd'hui rue des Saints-Pères, par corruption.

F.n examinant plus haut les parvis sacrés, on a vu que celui de Saint-Gall était tracé sur un plan .semi-circulaire, fonne motiv«;e parla contre-abside; le m«‘me plan montre à l'orient un second parvis entièrement découvert et de même forme que le premier; disposition nouvelle ilont on ne retrouve aucun exemple dans les basiliques latines, et qui avait pour but d’éloigner toute circulation des abonls de l’abside orientale, en l’entourant d’un terrain sacré qui pût recevoir les

Bigni?»;

•oogle

AUC H ITECTU RE M ON A ST IQU E.

eaux du sanctuaire après le saint sacrifice. On aura plus loin la preuve tpie ce parvis se reprofluisit dans plus d’une abbatiale romane.

Le sanctuaire de l'église de Saiut-Gall est autrement dis- |X)SP que celui des basiliques latines, dans lesquelles la grande abside s’ouvrait sur la nef transversale; ici un espace quailrangulairc situé entre ces deux parties importantes du tenqjle donne plus de place pour le service de l’autel; on a reconnu précédemment des dispositions analogues dans les anciennes églises byzantines ; l’Orient put avoir de l’influence sur cette forme nouvelle des sanctuaires du Nord; l’église carlovingicnne de Saiut-Généroux montre un développement piu.s grand de cette idée; on y remarque, comme chez les Grecs, le prolongement des bus-côtés au delà du transept, et quatre arcades avec ou sans colonnes, pour dégager le sanctuaire, sur ses parties latérales; le prochain examen des développements que prit le plan roman fera reconnaître, qu’on étendit cette innovation beaucoup plus que ne l’indiquent ces premiers es.sais carlovingiens. (Voir le plan de .Saint-Généroux, n” Saa.) 11 est probable que chez les Occidentaux des contrées moyennes et septentrionales, ce prolongement des bas-côtes au delà îles transepts, imité des -églises byzantines, ou peutêtre imaginé chez nous, avait pour but de faciliter l’accès des sacristies, placées encore dans les petites absides latérale.-, comme elles l’étaient dans les basiliques latines, et comme elles le .sont de nos jours dans les temples chrétiens de l’Orient. Le plan de l’église de Saint-Généroux, placé à la page suivante, n° 3î2, montre aussi, comme les édifices byzantins, des arcades de communication entre le sanctuaire et ces sacristies latérales établies dans les absides secondaires.

INSTllUCTlO.NS.

N* .^32. PUn de Tépli&c de Sam(-Géncroux

L’avant -cliœur qui, à Saint -Gall, était situé devant le chorus psallcnlinm , et qui a été signalé à la page i83 de la première partie comme contenant l'ambon, était inusité dans les liasiliques primitives, ainsi que sa double porte; enfin la place donnée à la cuve baptismale, sur l’axe de la grande nel, le petit chœur tracé ,à l’occident, et le presbyteriam de la contre abside complètent la série d'innovations qui distinguent le plan carlovingien qui nous occupe, de tous ceux des basiliques latines. Nous avons fait connaître, aux pages 187, ao/i, •J 1 4 de la première partie , les rapports que cette abbatiale présentait d'ailleurs avec les premiers temples chrétiens.

A H€ 1 1 1 l ECT l H E M ü N A STI 0 U E.

On voit donc que, sous la période carlovingienne, le parvis oriental, le développenient donné au sanctuaire, i’avant-clieeur et son ambon uniijuc, la double porte établie dans le chancel pour placer au milieu l’aulcl du Christ en croix, le petit cbœur et la contre-abside, situes à l’occident, enfin le parvis semicirculaire, étaient des dispositions qu’on ne jwut attribuer qu’au nord de l’Europe, puisqu’il ne s’en voit aucun exemple dans les basiliques de forme latine existant encore sur une partie du sol de l'Italie, et qui avaient été reproduites généralement dans le monde cbrclien , d’après les prescriptions apostoliques. Il résulte de ces faits que l’art septentrional tendait à introduire des idées nouvelles, tpii peu A peu se développèrent et conduisirent à changer complètement la distribution des temples.

2* disposition. — Ou a remarqué aux pages i6i et suivantes de la première partie, que le. clocher u’avail pas de place déterminée dans les basiliques latines, parce qu’il était d’invention postérieure au tracé de leur plan et à la construction de la plupart des églises primitives; il devint, dans les temples des contiées septentrionales, un nouvel élément aux dispositions qui les faisaient différer de ceux de l'Italie et du midi de l'Europe; et comme les religieux du Nord construisirent de noudircuses abbatiales à l’épocjue où l’on ne pouvait plits se passer du clocher, ils cberclièreut à le faire entrer dans la composition de leurs plans sans nuire à la symétrie.

Lorsqu’on examine la distribution des églises romanes du nord de l’Europe les mieux caractérisées, on y trouve la forme de la croix latine bien déterminée par des transepts saillants; aux points de réunion des ailes avec la nef principale et le sanctuaire, .se présentent ordinairement quatre piliers .solide; ’et portant un pareil nombre d’arcades, dis|x)sition inconnue

INSTnDCIlO.XS. III.

dans les hasiliques latines, oii les transepts et le centre de la croix sont contenus dans une seule et même constructiou transversale. Le but de celle innovation romane était de faire porter sur ces (pialre piliers, surmontés d’arcades en tous sens, une tour plus élevée que le reste de l’édifice et qui avait jK)ur destination l'établissement des cloches au-<lessusdu sanctuaire, sur la croix, au point précisément où les Byzantins construisaient le dôme principal de leurs églises; ces quatre arcs, portant une tour élevée, originairement quadrangulaire, et quelquefois surmontée à l’intérieur d’une voûte portée par des pendentifs, semblent être une imitation modifiée du sanctuaire grec, qui, ainsi qu’on l’a remaixpié dans les précédentes éludes de l’art byzantin, était toujours disposé de la sorte, ce que confirme Frocopc dans sa description de l’église des saints Apôtres rétablie par Justinien'; au be.soin de placer les cloches sur un point culminant pour les faire entendre, dulse joindre, dans le Nord comme en Orient, celui d’indiquer au loin la place de l’autel et le Iriompbc du Christ.

Tbéodulphe,abl)éde Pleury,au commencement du ix'siècle, fit terminer, en 806, à Germigny-des- Prés (Loiret) , une église qui existe encore en grande partie, et qui démontre qu’alors déjà on disposait le plan de ces édifices de la làçon cpii vienf d’être indiquée, de manière à faire porter à la partie centrale de la croix une haute tourcamie, servant de clocher. (Voir le plan n‘ 3’iiP.)

' • Redæ liner desiguAla^ Aunt du», qua* roediaa invicern sceant, coitmiiatiii; in formant cruci». . . in commis&ura liarum tiitparum tilHusque ferc medium obtinenle.

condituQ] inaugurfltumque e«l »ancluarium « IVocope, Ædif- a Jusîimuno tamu (. Il .

* Ce plan eal extrait de la Revue de raixliilecture . dirigée ptir M. C. Dalv. vol. viii, pl. 10-

AKCllITKCTUriE MONASTIQUE.

N* 3a3. Plan de l’églUe de Gennignv.

Le plan de cet édifice, qiie nous reproduisons ici, fait voir que la nef est moderne: elle remplace celle de Théodulphe, qui fut détruite par un incendie, vers le \* siècle. Toute la jMfriie orientale du temple est ancienne; elle forme dan.s son ensemble un carré, sur trois côtés duquel s’appuient des ab- .sides. Le milieu du carré est occupé par quatre piliers, qui portent le clocher central.

Cette innovation devait en amener d’autres, car déjà ce sanctuaire ou ce diœur Isolé entre les quatre piliers du centre

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•28 INSTRICTIONS.

et permettant de circuler dan.s les f^alerics qui rcnlourcnt, les trois cliapcdlcs en absides placées de manière à devenir indépendantes les unes des autres, et toutes facilement accessibles, oiïraient d'immenses avantages sur la <listribution de la basilique latine, dans laquelle il n’y avait pas de circulation possible. L’art du Nord, en se développant, profila largement de ces données premières, et bientôt les religieux qui tracèrent les plans des églises romanes s’enhardirent dans cette voie d’améliorations, et créèrent des dispositions plus commodes pour tous les besoins du culte et inicu.x combinées que par le passé.

.Mais d’où vint dans l’Europe moyenne ou septentrionale, et à cette époque, l’influence byzantine qui put contribuer à placer les religieux constructeurs du Nord dans cette voie nouvelle? Vers l’année 8o4, Charlemagne faisait terminer à Aix-la-Cbapelle, sa capitale, l'église de .son palais, qui existe encore de nos jours et qu’il avait commencée en 798; l’empereur, en élevant cet édifice qu'il con.sacra A la Vierge, eut le désir d’imiter Constantin, qui construisit la première église importante dédiée à la mère de Dieu, le temple d’Or d’Anliocbe; aidé des artistes italicn.s et des riches matériaux que lui envoya le paj» .Adrien 1", il s’inspira de l’église de Saint-Vital de Ravenne, qui rappelait, à beaucoup d’égards, le temple de Constantin. (Voir, à la l"* partie, les plans des églises d’Aix et de Ravenne, aux pages s8a et ,385, comparés à la de.scription que fait Eusèbe du temple d’Or d’Anlioclie, page î5i.) L'édifice de Charlemagne, imité do deux monuments byzantins, offre au centre huit piliers isolés, portant une haute construction surmontée de la coupole; une large circulation s’établit autour de ces piliers, et, s’il est permis de comparer à un polygone un carré offrant les mêmes conditions, 1" d'isolement.

AuciiiTECTi kp: monastique. 2<t

vt" tle circulation autour, 3" de réunion par des arcs, /t” de points d’appui d'une construction élevée, il y a certaineiiient analogie entre la disposition du plan de Charlemagne et celle (ju’adopta Théodulplie à la inênic époipie; ajoutons qu’à l’égard du sanctuaire, les By/,aiitins avaient suivi précisément la même marche tpie celle que nous traçons ici chez les Occidentaux, en transformant le cercle ou le polygone en un carré (|u’ils surmontèrent de pendentifs. Le moine Létalde, qui écrivait au x' siècle, dit que Théodulplie fit construire l’église de Germigny à l’imitation de celle d’Aix-la-Chapelle, ■! hasilicaui, " miri operis, instar vidclicet cjus qua.' Aquis est condita, ;odi- » licavit in villa quæ dicitur Germanicus'. • Cette comparaison, (jue plus loin on verra s’étendre à d’autres parties des deux édifices, ne nous révélerait-elle pas l’origine et la date de la disposition centrale adoptée généralement dans le Nord depuis cette époque, pour porter le clocher sur la croix? principe qui .servit bientôt de hase à la construction de la plupart des églises romanes de cette contrée. La nef de (iharlemagne, élevée en forme de tour, au centre de son église, en aurait donné l’idée, ce qui pouvait suffire pour amener le progrès que nous signalons.

L’église de Saint-Martin d’Angers, qui, par la nature de .sa construction en briques mêlées au moellon, suivant l’usage romain, et par sa fondation attribuée à l’inipératrice Herniengarde, est un édifice d’une époque peu distante de celle à laquelle Tbéodulphc éleva le sien , offre , au centre de la croix , quatre piliers renforcés de colonnes engagées après la construction primitive, afin de présenter plus de résistance au poids de la tour, qu’on y ajouta pour satisfaire aux idées nouvelles.

' Balu7.e, Mt$c. I. I. Mnbillon, Catalogue des abbés de h'ieury. Act. ord. S. H. aecl. X, pag. 598.

INSTHUCTIONS.

N* 33/1- Plan (le IVplise de Soint-Martin d‘Ang^r«.

C’est sur des dispositions analogues que sc présentent les plans de la plupart des églises romanes anciennes des départements septentrionaux de la France, et particulièrement de la Normandie et du Beauvoisis; toutes celles de l’Angleterre sont conçues de la sorte, et la façade de l’église en bois d’Hitterdal qui est gravée à la plancbe 3a5 démontre que ces clochers établis au centiv des églises romanes furent admis jusque dans la Norwége.

M. P. Mérimée, décrivant l'église de Saint-Savin (voir le plan n" 3-jG) , fait observer, page q. <|ue les piliers placés au centre <les transepts et destinés à soutenir la coupole et le cloclier central, ayant une très-forte saillie sur l’alignement des colonnes de la nef, le chœur est masqué en grande partie au

AHCHITFCTMIE MONASTIOrK.

spectalPiir onü'anl dans l'église; l’auleur explique la grande saillie de ces piliers par la timidité ordinaire aux premiers architectes de répotjue romane. Eu cH’et, vers ioî3, lorsque lut (Xtimnencée la construction de l’abbatiale de Saint-Savin , la disposition centrale des transepts, dont on vient de voir des exemples dans les contnks moyennes et septentrionales, était une nouveauté pour rAquitainc. 11 sullit de porter les yeux sur le plan de l'église rie Saint-Savin pour se convaincre de cette vérité, par la forme et l'épaisseur des piliers du centre, par leur peu d’harmonie avec les nefs, le choeur et les tran.scpts.

N" 3^5. KaçAiie TéglÎAC on bois d'ifilterdAl (Norwégo )

AHCHITECTLIRE MONASTIQUE.

l/ab.spiice de cette disposition dans le midi de l'Europe , durant l'époque carlovingienne, sulEit pour en fixer l'origine dans le Nord. C’e.st aussi la niêiiie période de l'art chrétien qui vil remplacer fréquemment dans les nefs les colonnes monolithes, en pierre ou en marbre, invariablement employées dans les églises latines, par des piliers carrés coiistruils en plusieui's assises, comme en faisaient les Byzantins; on en voit aux églises de Germigny-des-Prés, de Saint-Martin d'Angers, de la Ba.sse-Olùivre à Beauvais, à la vieille abbatiale de Saint-Front, ainsi que dans un grand nombre d'édifices romans primitifs de la Fiance; bientôt aussi au plan carré de ces piliers vinrent s’ajouler, dans les nefs, des colonnes engagées, disposition (|ui put avoir son origine dans le besoin <pii s'était fait .sentir d'abord de consolider les quatre supports de la tour centrale, ainsi qu’on en voit un exemple, qui est un remaniement, a l'église de Saint-Martin d'Angers, pl. .3ï4.

I,es édifices que nous venons de citer suffisent pour indiquer la voie d’innovation dans laquelle se placèrent de bonne beure les religieux constructeurs des contrées septentrionales de l'Europe; dans le .Midi, au contraire, le plan latin fut conservé presque intact, lors même que l’art roman s’y était transplanté' dans son aspect plastique ; c’est ce qu’on observe, rlans l’Ilalie du Nord, .à l’abbatiale de Saint-Zénon de Vérone, à l’église de Saint- Ambroise de Milan, au monastère de San- -Miniato, à Florence; dans les régions moyennes, aux belles églises de Sainle-.Marie et de Saint-l’ierre de Toscanella; dans le royaume des Deux-Siciles, à Trani, à Bilonto, etc. Toutefois, dans les plans de quelques-uns des édifices que nous citons ici, des colonnes engagées viennent renforcer les piliers voisins du .sanctuaire, soit par simple imitation de ce qui se faisait dans le Nord, mais sans but, puisque le clocher central ne

ISSTBCCTIONS. III.

INSTKUCTIONS.

surmonle pas ces églises, soit pour porter d’une manière plus stable qu’on ne le faisait antérieurement dans les basiliques latines, le poids de l’arc triomphal, auquel se joint, dans quelques cas exceptionnels, celui de deux grands cintres se dirigeant vers l’abside, ce qu’on voit à l’église de Saint-Pierre de Toscanella, n“ 327.

N* 397. IHftn de de ^in(*Pierre de Toscanella.

Cluchrn isoli^.

Katimml

d'babilaiinn.

Porto du Parti».

AHCHITECTIHK MONASTIQliK.

V 3a8. PUn de Pé^lse de San-Miniaiu.

A. B. PilicTt formct

de coloooi's pftmagvrii pour souienir lei trc« du i'lM>*ur «I de la nef.

3" disfiositinn. — line église non monastique, celle de Vignory, construite au x' siècle, est le plus ancien exemple qu’on puisse citer des dispositions qui, avant l’an looo, furent la conséquence des essais qu’on vient de suivre ; elle est donnée ici pour cond)ler la lacune que nous laissent à cet égard les temples des maisons religieuses, marche que nous avons dû suivre déjà plus d’une fois. Cet édifice, situé dans la Haute- Marne, montre d’abord, au centre de la croix, un carré parfait, établi entre six piliers renforcés de colonnes; au delà de ce centre, le sanctuaire s’isole des constructions adjacentes;

INSTRUCTIONS

des cotonnes et de.s piliers enveloppent sou contour; une galerie annulaire formant la continuation des bas-efttés permet de circuler dans la partie orientale du temple, et donne un accès facile à trois chapelles semi-circulaires placées à l'abside, pour former la disposition nommée chorea par l’abbe Guillaume III, dans ses Us et coutumes de l'abbaye de Saint- Germain-des-Prés.

N* Plan île l'^gHsc de Vignorv.

ARCHITRCTUKE MONASTIQUE. 37

On rrconnaît facilement ici l’amélioration des ébauches tracées à Germigiiy et à Saint-Généroux : comme dans le premier de ces édifices, le chœur s’isole entre des piliers pouvant porter la tour centrale; comme dans le second, les bas-côtés se prolongent au delà des transepts; mais cette idée se complète par l'isolement du sanctuaire, pour établir une communication entre toutes les parties; enfin les trois chapelles <le Germigny sont reportées à l'abside afin d’orienter leurs autels d’une manière conforme aux prescriptions apostoliques. Ces nouvelles disposilion.s .sont celles qu’on adopta généralement au XI' siècle.

Ainsi fesprit novateur qu’on vient de reconnaître conduisit : 1° à chercher une place plus convenable que l’axe des nefs pour élever les chapelles et les autels des .saints nombreux qu’on honorait dans les églises abbatiales du Nord: on choisit le pourtour du chœur comme le lieu le plus noble de l'édifice; 2“ à isoler le sanctuaire en prolongeant les galeries des bas-côtés au delà des transepts, et ,à permellre ainsi à la foule des fidèles de s’approcher de l’autel principal , de circuler autour du chœur, et de faire le tour de l'église intérieurement; de passer d’une nef latérale dans l’autre, sans traverser celle du milieu; la marche des processions put déterminer encore à prendre ce nouveau parti dans la distribution générale des plans.

Ces améliorations furent adoptées dans toutes les églises du Nord, et Rome même, qui n’avait pas dévié du plan latin qu’elle con.serva jusqu’au xv' siècle, vit établir cette galerie de circulation à la basilique de Saint-Jcan-dc-Latran, lorsque fabsidc, endommagée par un incendie au xiii' siècle, fut rétablie, sous le pape Martin IV, comme on la voit aujourd’hui. (Voir le plan à la page suivante, n° 33o.)

INST h LC Tl UN s.

N* .H3o. PUn <lü la basilique <lc Saint-Joan-de*(^trar)

Les tours, que les abbayes de Centula et de Saiut-Gail nous montrent comme annexées plutôt au parvis qu’au temple lui-même, firent partie ensuite de la conception particulière du plan de l'église; s’il n’y en avait qu’une, elle était placée devant la porte principale, comme on la voit aux abbatiales d’Ainay, à Lyon, de Saint -Germain -des- Prés, à Paris, de Saint-Savin, de Saint-lknoît-sur-Loirc, etc.; dans ce cas, sa base formait le porche de l’église. Plus fréquemment deux tours Hanquèrent les angles de la façade occidentale; elles sont ainsi disposées aux abbatiales de Jumiéges, de Saint-Georges de

ARCIIITF.CTLIRK MON ASTIOFF. M

Boclierville, de Tourmis, etc. Si elles prenaient une grande saillie .sur la façade, un porche était établi entre leurs bases; dans le cas contraire, elles formaient à l'intérieur du temple un vestibule eu .avant de la nef principale. Ces deux tours n'excluaient pas ordinairement la grande, <pii surmontait la croisée du chœur; les trois derniers édifices mentionnés ici en sont des exemples. Le clocher unique ou double à la façaile occidentale admettait aussi ceux qui pouvaient trouver place sur quelque autre |X)int du plau, et fréquemment les moines en élevaient aux environs du .sanctuaire, afin <pi'on pOTt sonner plus facilement les cloches pendant les cérémonies. On voyait de CCS clochers aux abbayes de Saint-Germain-des-Prés, de Saint-Benott-sur-Loire, de Cluny, etc. Indépendamment de ces dispositions plus habituelles, d’autres clochers moins importants s'élevaient auprès de fahside: on en rencontre sur les bords du Rhin; enfin on en élevait quelquefois de très-légers aux transepts, au sommet de la façade et au-dessus de l'abside; fabhaye de Cluny en était pourvue au point qu’on avait porté au nombre de sept la totalité de ses tours, peut-être pour rappeler les .sept églises, idée qui aurait été empruntée aux chrétiens grecs , car ils désignaient par le mot cXxA>;<Tiat chacun des dômes particuliers qui surmontaient un même temple. (Voir le dessin de Cluny, page 7a , 1"' partie.)

Toutes ces innovations, dues aux religieux du Nord, ne furent point adoptées dans le midi de fEurope. La plupart des abbatiales delà France méridionale, de l’Espagne, de l’Italie, tout en .se décorant alors dans un style roman plus ou moins caractérisé , conservèrent, à peu de chose près, les distributions antérieures, et leurs clochers s’élevèrent encore généralement comme dans le style latin , de manière à rester isolé» des constructions de l’église. C’est ainsi que les deux tours se présen-

INSTHUCTIONS.

/jO

Ipiil dans le plan général du parvis du Saint-Pierre de Toseanella, gravé à la planclic 3a 7; celle de l'église de Sainte- Marie de la même ville s’élève à qticltpies mètres en avant et dans l’axe de la porte principale.

Les plans du xi' siècle montrent en dehors des églises, .sur Itiute l’étendue des nefs latérales, et en regard des piliers intérieurs, de solides contre-forts destinés à maintenir la poussée de.s voûtes en pierre qui remplaçaient la charpente; les absides, les chapelles groupées autour du sanctuaire, furent aussi consolidées de la sorte, dans le même but, et quelques églises de cette période présentent déjà des exemples d’arcsboutants, non enœre développés, il est vrai, comme ils le furent plus lard, mais olTrant le rudiment de ceu.v qui s’élevèrent sur toutes les absides et dans l’étendue des nefs, lorsque l’architecture chrétienne prit le nouveau caractère que lui imprima l’emploi général de l'arc aigu. On verra plus loin, lorsque nous examinerons les absides romanes, comment on disposa d’abord les piliers-l)outants destinés .à maintenir la poussée de la grande voûte qui surmontait le fond du chœur, et dont l’élévation, toujours croissante, nécessitait de solides appuis.

4‘ disposition. — La pensée qui fil établir de nombreuses cbapelles autour du sanctuaire des églises romanes, eu porta plus lard sur les transepts, vers leur face orientale, ce qui donna aux plans une physionomie nouvelle, en faisant de chacun des bras de la croix un petit temple particulier en quelque sorte, avec un ou plusieurs autels placés dans des sanctuaires; les abbatiales de Saint-Betioît-sur-Loire, de Sainl-Remy à Reims, de Saint-Hilaire-le-Grand à Poitiers, de Saint-Savin, deCluny et la plupart de celles de l’Auvergne, en sont des exemples. (\ oir les plans de ces églises aux n°* 3a6, 33 1, 33a, 333.)

INSTRUCTIONS

Afin de multiplier les ehapclles, qui avaient été disposées contre le mur oriental des transepts de l’église, et dont plii- ■sieurs exemples sont donnés par les plans des abbatiales de Saint-Savin, n° 3a6, et de Saint-Remy à Reims, n’ 33i , on établit à la base du sanctuaire, au delà du chœur, un second rang de transepts moins importants que les premiers, et reproduisant, de chaque côté de féglisc, une ou plusieurs de ces chapelles particulières. 11 résulta de cette innovation que le plan général prit la forme d’une croix archiépiscopale, ce qui, à l’extérieur, apporta une certaine confusion dans l'ensemble des constructions orientales de fédifice, mais, à l’intérieur, eut l’avantage de multiplier la surface. On remarque au plan de. fabbatiale de Cluny que deux de ces nouvelles chapelles étaient situées dans l’axe des doubles collatéraux. (Voir le plan de Cluny à la page suivante, au n“ 33a.) La même observation se fait au plan de l’abbatiale de .Saint-Ililaire-le-Grand , gravé à la planche 333, bien qu'il n’y ait qu’un seul transept et une seule chapelle de chaque côté; cette disposition, qui n’était pas générale, comme on le voit au plan de l’abbatiale de Saint- Savin n° 3a6, avait pour but de faire apercevoir ces chapelles secondaires dès farrivée dans le temple.

Des églises monastiques oflraient une abside à l’extrémité de chacun de leurs transepts, comme l’oratoire de Saint-Saturnin en fournit déjà la preuve; le plan de l’abbatiale de Cluny offre des absides au nord et au midi de .sa seconde nef transversale; les belles églises romanes de Tournay , dcNoyon, démontrent, bien qu’elles soient des cathédrales , que cette disposition fut plus d’une fois adoptée aux xi' et xii' siècles; on peut donc croire que plus d’une église de monastère dut être ainsi décorée de ces absides, dont les temples chrétiens de l’Orient offrent encore de nombreux exemples mentionnés dans la pre-

ARCIIITFXTUKK MONASTIQUE. 43

mièrc partie de ce travail, aux chapitres qui concernent l’architecture byzantine.

N* 33a. t’iati de l’iibbatiale du Clunjr.

Ln développement particulier et très-rarement en usage fut donné, par exception, à quelques plans des grands édifices romans; l’abbatiale de Saint-Hilaire-le-Grand en offrait un exemple : les bas-côtés étant doubles, comme à Cluny, ôn leur adjoignit d’étroites galeries de circulation, entre la nef et le.s

hk " INSTRUCTIONS.

collairraux, en doublant les piliers principaux -'du vaisseau central.

.N* 333. I']<n de l’abbaliale de Saint*ilUaire>}e-Grand.

5' disposition — Certains ordres , comme nous l’avons dit en commençant, curent des églises distribuées d'une manière

— Digife^d-b^tjCoogle

particulière et plus conforme que les autres à leurs besoins ou à une pensée dominante. Les Cisterciens, qui, dès le xii* siècle, fondèrent plus de six cents abbayes en France ou à l’èlranger, donnèrent généralement à leurs églises une disposition qui se distingue par la présence de quatre chapelles placées latéralement au sanctuaire et sur la même ligne que lui, les entrées de ces chapelles donnant dans les transepts. Le chevet carré s’éclaira par trois baies et un ocil-dc-boeuf au-dessus ; l’économie de la construction , la simplicité des formes les guidèrent sans doute dans le choix de celte distribution. On sait combien la règle de Cîteaux était opposée au luxe qui se déployait dans les églises des Bénédictins et des autres ordres religieux; en supprimant toute décoration superflue, elle dut aussi conduire les Cisterciens constructeurs à chercher des combinaisons architecturales qui permissent de simplifierles moyens employés généralement alors, et ce serait vers l’abside et le pourtour du chœur, où les formes multiples, les courbes nombreuses, les voûtes habilement combinées, entraînaient à des dépen.s<’s considérables, qu’ils cberclièrenl une simpHrication en harmonie avec leur règle sévère. L’escalier conduisant au dortoir fut établi à l’angle d’un transept et déboucha directement dans le temple. On voit encore en France des exemples de ces églises à Fontenet, près Montbard en Bourgogne, à Noirtac, près Saint-.Amand en Berri; elles ont été fondées par saint Bernard. Un monastère complet, qui date de ii47 et appartenait à cet ordre, existe encore dans le midi de la France: c’est l’abbaye de Sylvacanc, dont nous reproduisons le plan général à la page suivante, au n“ 334. L’église, disp>osée 'comme celles des maisons religieuses indiquées plus haut, est en harmonie avec la grande simplicité qui règne dans l’ensemble du plan de ce monastère.

Et pour démontrer qu’en pays étranger la même pensée. présidait h la disposition des églises de l'ordre de Cîteaux, nous donnons ici le plan de celle du monastère cistercien de Saint- Vincent-Saint- Anastase, auprès de Rome, et dans lequel on retrouve la même forme qu’aux églises précédemment notées.

N* 335. Pian de l'abbalialc do Sai»l-Vinc«nt auprét do Rome.

Quelques rares abbatiales de Citeaux présentent des exceptions à cette règle. MM. de Montalembert et F. de Verneilh en notent plusieurs. [Balletin mon. 17' vol. p. i3o, et drrèif. byzantine en France , p. s i.1.)

De nombreuses églises de Florence et de Rome, construites au XV* et au xvi* siècle , furent disposées comme celles de 1 ordre de Cîteaux, bien qu’elles n’eussent rien de commun avec lui; ce fut sans doute aussi par économie que les architectes firent femploi de cette distribution simple.

INSTRUCTIONS

FAÇADrS.

Les façades occidentales des églises romanes se divisent en plusieurs classes :

1° Façades dépourvues de clochers;

a° Façades accompagnées de clochers cylindriques;

3° Façades dont le milieu est occupé par une seule tour carrée ;

4“ Façades comportant deux tours carrées.

i" façades sans tours. — Les façades principales, élevées sur les plans dont on vient de suivre les modilications successives, pendant et après la période carlovingienne, durent, particulièrement dans le Nord, prendre une physionomie autre que celle qui avait été adoptée d’abord pour les basiliques latines. L’introduction de voûtes dans la construction des édifices religieux de cette époque, en remplacement des plafonds latins, innovation bien établie par la vieille abbatiale de Saint- Front, par les églises de Germigny-des-Prés, de Saint-Philibert de Tournus, ainsi que par les textes qui, en appuyant sur la présence de ces voûtes, constatent que c’était une nouveauté; cette introduction, disons-nous, dut contribuer à modifier les parties hautes des façades, à faire donner aux pignons une inclinaison plus grande que par le passé; la charpente, qui ne cessa d’être employée chez nous pour couvrir les édifices, devant se combiner avec la courbe en berceau produite par l’extradossement de ces voûtes. Les quatre pignons qui, à l'église de Germigny, accompagnent le clocber central en venant s’y appuyer pour couvrir les quatre voûtes élevées à l’intérieur, sur les galeries, indiquent assez que le système de sur-élévation des pignons put être motivé par la présence de ces voûtes à l’intérieur.

ARCmTF,CTU{\E MONASTIQIE. h9

En rxainiiiant, dans la première partie, les façades bysianliues surmontées de pignons el dont deux exemples, la Kapiiicaréa et le Catholicon à Atlicnes, sont tracés aux pages 27 1 et 272 , on a pu entrevoir rinflucncc que les voûtes intérieures exercèrent sur l'inclinaison des toits; déjà dans ces deux monuments ils sont plus élevés que ceux de rarcliilecturc antique.

Une autre cause des modifications apportées dans le Nord à la forme des pignons fut le besoin de donner aux eaux et aux neiges un écoulement plus facile; peut-être déjà dans nos contrées avait-on senti, antérieurement à l’époque qui nous occupe, la nécessité de modifier, à cet égard, les pentes adoptées ]iar l’arcbitecturc antique, née sous un ciel plus sec. Nous puiserons dans la décoration même de quelques-uns des monuments chrétiens qui nous i-estcnt, une nouvelle preuve de cette modification qui s'opérait alors dans la forme des frontons ou pignons des édifices sacrés, et qui ne cessa plus de se produire ju.squ’à ce que l’art antique eut repris le dessus à l’époque de la renaissance: le baptistère de Saint-Jean, à Poitiers, qui est attribué au vi'ou au vu" siècle, el par conséquent peu antérieur à la période que nous étudions,' peut faire connaître quelle était alors la tendance de l’architecture. On y remarque, sur les diverses façades, de nombreux frontons employés pour les décorer; tous, quelle que soit la place qu’ils occupent, présentent une inclinaison considérable. Or, ces frontons de décoration ne peuvent, comme tous ceux qu’employèrent en pareille circonstance les Grecs el les Romains, avoir été établis ainsi, que pour figurer finclinaison de toits particuliers protégeant par leur saillie, soit des fenêtres, soit des ornements; c’est dans ce dernier but qu’ont été placés ceux qui s’observent sur plusieurs points de cet édifice. (Voir 11“ 336.)

IMSTItUCTtONS. — III. 7

INSTRliCTIONS.

S* Fmnlon dccorant les laruiU's du Laplr^krc de Siiut Jpiiu.

La façade dp l'alrium de l’église monastique à Lorsch, construite en 776, auprès d’IIcidelhcrg, se compose d’un rezde-cliaussée dans lequel sotit pratiquées trois arcades; dos colonnes engagées décoreut cet étage, au-dessus duquel s’élève un premier orné de nombreux pilastres (voirla façade pl. n" 4 1 , p. (>9, 1™ partie) ; les petits chapiteaux ioniques dont sont couronnés CCS derniers membres de l’architecture supportent tous, deux à deux, les rampants saillants de frontons très-aigus, qui n'ont pu être établis que pour décorer et protéger des fenêtres cintrées qui sont pratiquées au-dessous d’eux.

Lue abbatiale qu’on p<mt classer dans la même période carlovingienne, celle de Sainl-Généroux (Deu.x -Sèvres), présente sur ses deux façades latérales, entre les cintres ornés de fretles encadrant les fenêtres, des frontons aigus portant des moulures saillantes qui, ainsi qu’au baptistère de Saint-Jean à Poitiers et h la façade de l’atrium de Lorsch, indiquent la tendance à élever les toits de couverture. Ces frontons se reproduisent, dans le même édifice, sur la façade orientale, auprès de l’abside; ils y offrent les mêmes caractères que ceux qui .se voient sur les faces latérales, et dont un exemple est tracé à la page suivante, au u“ .1.^7.

ARCIIITECTIR!': MONASTIQUE.

N’ 357. Fronton sur ics façades de Tcglise do Sainl-Génoroux.

Des preuves plus directes encore de la tendance à élever, dès la période carlovingieiine, les toits de couverture et les murs qui les supportaient vers leurs extrémités, sont olFertes par le pignon et le porche de la vieille abbatiale de .Saint- Front à Périgueux, décrite et restaurée par M. F. de Verneilb, A qui nous empruntons la planche gravée sous le n" .S.Î8, extraite de son bel ouvrage sur l’arcbilecture byzantine en France, ainsi que par les églises de Savenières, de la Basse- Œuvre à Beauvais, etc. et par l’oratoire de Pont-en- Auge, n” 3i3. Le baptistère de Poitiers, tout en présentant sur ses façades les frontons aigus, dont un est reproduit à la planche 336, était couvert à la manière antique, ainsi qu'on l’observe sur ses pignons construits au vu' siècle; cet édifice indiquerait l'une des limites de l’emploi des couvertures peu élevées.

INSTRUCTIONS

V 338. F't^çndc de In vieille abbaliale de Saiiil-Frrjiil.

La presque totalité des églises construites dans le nord de la France, en Angleterre, en .Mleniagne, etc. sous rinfluence romane, et qui, si elles ne datent pas des premiers essais, ont certainement reproduit les formes anterieures, sont ainsi surmontées d’un fronton aigu, ce qui est, du reste, en parfaite iiarmonie avec les formes pesantes de rensoniblc et des details; ce serait une preuve de l’origine .septentrionale de celle

AI\CH1TECTUUR MONASTIQL’E. 53

arcliilecUu’c. Nous devons loulefois signaler deux exceptions: on voit aux abbatiales de Sainl-tiermain-dcs-l’rés à Paris et de Jiimiégc <lcs traces de combles peu élevés.

Le sommet des façades romanes exécutées au xi' siècle est souvent surmonté d'une croix découpée en pierre et de proportion pesante; la zone située au-dessous du pignon contient une ou plusieurs fenêtres dont, plus loin, s'expliquera la présence; la partie inférieure de l’édifice contient une large porte cintrée dont l’archivolte est formée de lourdes et pesantes moulures, plates ou saillantes, portées par des colonnetles ; les bas-côtés sont exprimés, sur la façade, par des murs dont le sommet s’incline suivant la pente des toits latéraux ; deux portes, moins importantes que celle du milieu, y sont fréquemment pratiquées pour donner entrée aux nefs secondaires.

Quelques façades romanes étaient surmontées de créneaux pour la défense ; on en voit à celles d'Elnc et de Cornella de Confient, département des Pyrénée.s-Orien laies, n” 34a.

Dans les parties méridionales de l’Europe moyenne, puis en Italie, en Espagne, l’art roman se présente sous l'aspect d’une importation étrangère éloignée de son sol natal ; il s’y lie à tous les souvenirs du style latin , de l’antique même : le pignon supérieur y prend la pente peu marquée des constructions romaines; les portes gardent fréquenunent des projmrtions élevées, et leur ornementation a été inspirée de celle de l’art païen; le porche latin, orné de colonnes, se reproduit devant une ou plusieurs des portes de la façade, tantôt assez saillant pour admettre les fidèles, tantôt dans un but de simple décoration. Les anciennes abbatiales de Saint-Gilles, en France, de Sainl-Zénon, à \érouc, les églises de Saint - Pierre, de Sainlc-.Marie, à Toscanella, etc. présentent une ou plusieurs des dispositions indiquées ici. (Voir n"‘ SSg et 344.)

INSTFaCTIONS

N* 339. Purle de l'abbaiiale de Sainl*Zenon

T 7T..T.TMJgE!

Dccomtion. — L’eiisembic de la décoratiou des laçades, à l'epoque transitoire, était basé, à en juger par celles de l'atrium de Lorscli et de Saint-Généroux, sur un appareil riche et varie, (|ui, pour celle raison, a dû rester apparent, puis sur des incrustements réguliers, formés en damiers ou autres combinaisons géométriques. Les nombreux frontons qui se voient aux deux façades citées ici auraient aussi participé alors à la décoration générale, et le baptistère de Poitiers indiquerait un des ])oints de départ de cette école. Les chapelles coiilemj)oraiuos élevées à Savenicres, à Pont-en-Auge, ollrent dans le galbe de leuis pignons, des triangles exécutés en opus rciiculatum, ou eu terre cuite. (Voir la planche n“ 3i3.) La petite église de Monlmille, en Beauvoisis (voir n" 34o), érigée au XI' siècle, montre sur sa façade occidentale un dernier souvenir de ces frontons carlovingicns; enfin ne peut-on attribuer à la même idée, et comme l'abus qu’on en aurait fait, la dé-

coralion en losanges qui se remarque sur toute la lacade de la vieille église de Saint-Front à Périgueux, n° .338?

3,'io el 34i. Façailc et lU-Uil h .Moiiliuilii-

(Certaines cérémonies eurent de l'inlluence sur la décoration arcliitecluralc des façades romanes, en motivant des dispositions particulières; celle qui dut en exercer une plus directe que les autres, |)uisqu’elle se passait en dehors ries églises, devant les portes, avait lieu le dimanche des Rameaux: on lit dans les anciens cérémoniaiix que ce jour la procession allait au cimetière, avec le saint sacrement, à un autel disposé au pied de la croix pour le recevoir; retournant à l'église, après les prières d’usage, elle en trouvait les portes fermées. .Alors des musiciens placés à une fenêtre située entre les tours, au-dessus du portail principal, chantaient Gloria, laus, etc. puis Israël es ta rex, etc.'; le célébrant, après avoir répondu Omnipotens , etc. frappait trois fois les portes de l'église avec la hampe de la croix en chantant AuolUtc portas; des clercs

* • Jaiiuîs cluulis, inusici a fenc»lra media inlcr hiir^, cAiilniil Oioni « . i-u « (CVrrmoniale t.esoricnie, p. aoi.pars IV.)

INSTIUCTIO.NS.

places dans l'église répondaient a trois reprises Quts «/ isle? puis ils ouvraient à ces versets Dominns fortis, etc. Dominns virluliim, etc. dits par le célébrant, et la proces.sion entrait.

Celte cérémonie, qui rappelait l'arrivée triomphante de Jésus dans Jérusalem , le jour des palmes, obligeait nécessairement à établir au moins une fenêtre au-dessus de la porte principale pour y placer les musiciens; elle snlTisait dans les lieux où il n‘v avait qu’un clergé peu nombreux.

N' Façade do l'abhallale d’Hiie

Mais dans les grandes abbayes on dut percer plusieurs lenètres, puis on les rapprocha les unes des autres pour donner de l'unité h la musique. On en voit trois ainsi rapprochées sur la laçade de l'ancien prieuré de Bury, gravée à la planche J/i.J; les trumeaux de séparation des fenêtres se déco-

ARCHITECTURE MONASTIQUE, rèrenl ensuite de colonnes engagées ou de pilastres, ce qui donna l’idée de figurer une longue galerie sur toute la largeur de la façade, en n’ouvrant de ces arcades que celles qui élaîenl nécessaires pour placer les musiciens; on verra plus loin, à l’article des porches, que l’abbaye de Cluny offrait celle disposition.

N* 3/^5, Fa^dc de l'égUsc du prieuré de Burv.

Enfin on substitua parfois à ces fenêtres multiples, à ces arcs figurés, une véritable galerie à colonnes, dans laquelle on pouvait circuler et réunir un grand nombre de chantres. (Voir la planche 344, a la page suivante.)

IK-STBCCtlOXS. III, 8

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INSTRUCTIONS

IS* Galerie au-dessus de la porte, à Tosranelia

Dans certaines maisons religieuses, la galerie, rappelée par (les ouvertures feintes accompagnant la fenêtre centrale, se doubla dans la hauteur de la baie, formant ainsi deux étages d’arcades décorées de statues ; cette disposition , assez peu conimiine, se présente à la façade de l’ancienne église abbatiale de Notre-Dame de Poitiers, sur laquelle la fenêtre, qui seule est accessible, a été pratiquée dans des dimensions assez étendues pour qu’à l’époque de la cérémonie des Haincau.x elle pût contenir de nombreux musiciens, (^'oir au n" 345.)

l’eile serait l’origine de cette décoration en série d’arcades qui accompagne généralement les façades romanes.

DÎgitizëdtoÿT^JOgle

ARClIlTECTLiRE MONASTIOliE.

N* 345. Façade de Notre-Dame de Poilier».

Une autre pensée a pu se joindre à celle qui vient d’étre indiquée comme point de départ de ce système décoratif : ce serait le désir de donner à l’entrée des temples l’aspect d’une ])orte de ville antique, et de la surmonter comme elle d’une galerie. Cette disposition de la porte et de la double tour qui l’accompagnait dans la suite, rappelait ainsi l'entrée de la ville sainte par laquelle était arrivé le Christ le jour des Rameaux. La Jérusalem céleste était toujours présente à l'esprit des moines architectes. Une galerie figurée se voit déjà sur la façade de l’antique abbatiale de Saint-Front. (Voir la pl. 338.) Dans des localités où une simple fenêtre suffisait, la galerie fut tracée, comme un souvenir, au sommet de la façade et

quelquefois même jusque dans le galbe du pignon, n° 346.

N* 34c. Pignon de IVgÜBC de Tlitn (NormAodie).

Au monastère de San-Miniato, à Florence, la galerie occupe le sommet; elle est figurée par des marbres incrustés.

N” 347- Pignon de l'ègli.se abbatiale de San>Mitiia(o.

La décoration architecturale des façades i-omanes se compléta par une symbolique et une iconographie beaucoup plus développée qu’elle ne favail été dans les deux styles anterieurs : les églises de la période transitoire qui se voient à Pont-en-Auge, n°3i3, et à Savenières, ont au milieu de leuis irontons des triangles qui ne pouvaient être que des symboles delà Trinité. A fancienne abbatiale de Saint -Front, 11“ 338, à la Basse-CM'iuvrede Beauvais, édifices contemporains, ils sont remplacés par des croix en relief on en inlaille; au

ARCIIITECTliRE MONASTIQUE.

XI' siècle, la sculpture figurail à celte place le Christ eu croix (voir la façaile de Montiuille, ii” 34o), ou triomphant dans une gloire (voir, ii” 345, l’abbatiale de Notre-Dame de Poitiei’s); les abbatiales de Saint-Gilles, de Notre-Dame de Poitiers, de Moissac, etc. .sont décorées en outre de ligures d’anges , d’apôtres, d’évangélistes et de leurs attributs, des vertus et des vices, des paraboles, des histoires de l’Ancien et du Nouveau Testament, enfin des légendes particulières et locales, le tout loriuautun vaste système d’instruction religieuse, et de guides du chrétien.

La peinture contribuait aussi à la décoration extérieure des églises monastiques: la façade latérale de l’abbatiale de Saint- Reiuy, 4 Reims, présente une porte romane sur laquelle on voit des restes de coloration; toute la façade de l'église de Sainte-Sophie de Padoue a été peinte; celle de Sainte-Marie de To.scanella, n“ 344, offre des arabesques et les restes de deux grandes figures de saint Pierre et de saint Paul.

Les façades occidentales des églises romanes étaient originairement dépourvues de tours; elles présentaient à cet égard la plus grande analogie avec les basiliques latines, qui, ainsi que nous l’avons dit en traitant de l’architecture de ces premiers édifices chrétiens, n’en possédaient pas, i“ en raison de leur imitation d’édifices antérieurs à l’invention des cloches; 2"parce que leur construction en colonnes grêles, portant des murailles légères et des plafonds, n’admcllait pas l’adjonction de tours pesantes. On les plaça à des distances plus ou moins grandes des églises, en avant, auprès ou même en arrière. (Voir pages i6i et suivantes de la première partie.)

Le plan de l’abbatiale de Saint-Gall présente deux tours à l’occident; le parvis do l’abbaye de Gentula en possédait sur chacune de ses trois portes, mais, placées ainsi en avant de

INSTHUCTIO.NS.

l’église, portaient-elles des cloches? rien ne l’indique dans les

légendes du plan; on y lit; « Ad universa super inspicienda

• allare sancti Michaelis in sumniitate altare sancti Gabrie-

» lis archangeli in fasligio. » Ces tours avancées avaient-elles d’autre destination que de contenir les autels des archanges auprès du parvis, Paradims, et vers le ciel, où avait eu lieu leur victoire sur le dragon? ne rappelaient-elles pas, en portant ainsi ces autels, l’apparition de saint Michel en occident sur le mont Gargano en 4g3, et au mont Saint-Michel en 706?

La chapelle de Ponl-en-Augc (Calvados) , les églises de Gerinigny-dcs-l’rés, construite par Théodulphe, de Saint-Martin d’Angers, élevée par Herinengarde, sont dépourvues de clochers à leur façade occidentale. On lit dans le premier livre des Miracles de saint Denis, qu’en 776 Charlemagne faisait élever une tour unique à fahhatiale de Saint-Denis'. Le premier des édifices que notis venons de citer en possède une auprès du choeur; sur les deux autres elle s’élèveau centre de la croix. On peut déduire de ces divers exemples contemporains que, lors delà première construction des tours, et particulièrement dans les régions moyennes et septentrionales, on n’en éleva qu’une, ce qui fit chercher à la placer d’une manière convenable à faspect général , en la fai.sant porter sur le centre de la croix. L'introduction récente alors des cloches dans nos contrées ne peut faire admettre qu’à la fin du viii” siècle ou dans les premières années du ix' on ait songé à en placer un grand nombre dans plusieurs tours.

A l'instar du dôme byMntin, le clocher central soutenait, vers .sa hase, la toiture de la nef principale, celles du sanctuaire et des transepts; simple d’abord comme ceux des oratoires de Fontenclle, n“ 3 1 2, de Querqueville, n° 348, de Germigny-des-

' A/tr. iancU Dion>sü, Hb. 1, C. XtV.

ARCIIITKCTURE MONASTIQUE.

N* .3^8. Vue üc l'oraloirc de QuerqucviUc.

Prés, ce clocher central se décora ensuite d’un ou de plusieurs étages d’arcades, ainsi qu'on le voit dans les dessins des abbayes de Cluny et de Toiirnus, planches 43 et 5 1 de la première partie; puis, renonçant aux dispositions carrées, les religieux constructeurs lui donnèrent des formes prismatiques; on en voit deux ainsi disposés, planche 43 de la première partie. Enfin il devint cylindrique comme le tambour du dôme byzantin. La tour de Cruat (vallée du Rhône) présente cette forme très-complète; le clocher de l'abbatiale de Saint-Front, à Périgueux, n’oITre le cylindre qu’à son sommet.

2* Tours rondes. — Lorsqu’on étudiant l’architecture byzauline eu Occident, nous avons joint à nos observations un plan de l’église de Saint-Vital de Ravenne, au numéro î8.3, on a pu remarquer à sa façade deux tours cylindriques, placées aux

INSTHLCTIONS.

lih

facps lafi'ralcs du porche; l'église de la Vierge, construite dans la même ville par saint Ecciésius, conserve encore un campanile circulaire; quelques autres exemples se retrouvent dans la même contrée ; il est donc prohable que c'est de l'Italie du Nord que pénétrèrent les tours cylindriques dans les prtiviiices moyennes de l’Europe. (Voirl" partie, page i6i.) On en voit d’analogues aux églises d’Aix-la-Chapcllo, de Saint-Bénigne à Dijon, édifices que nous avons dû citer dans la première partie, pages 384 et 887, comme des inspirations du' style orientai.

L’adjonction des clochers construits suivant la forme ronde, aux façades des églises de monastères, daterait du ix' siècle, flans le Nord, quelques documents semblent le confirmer: ainsi, la gravure publiée par Paul Petau, d’après une ancienne peinture de manuscrit, et qui représente une vue de l'abbaye de Ccniahi (Saint-Riquicr, voir la pl. 16 de la première partie), les églises romanes du prieuré de Bury, et des abbayes de (’.harroux et de Notre-Dame de Poitiers offrent de ces tours; celles de ces deux derniers édifices peuvent être plutôt consitlérées comme des tourelles ; portées sur des contre-forts ou des faisceaux de colonnes, elles s’élèvent, aux angles des façades, comme des écbauguettes militaires, et pourraient se rattacher ainsi à fidéc exprimée plus haut, de figurer l’entrée fortifiée de la Jéru.salem céleste. (Voir les planches 11“' 343 et 345.) L’église du prieuré de Bury, dont la façade est gravée au n” 343, et une partie du plan au n” 34g, n’exprimerait qu'incomplétcment fidéc de fortification, puisqu’on n’v voit qu'une tour; de noudjreuses abbatiales du midi de la France ne présentent aussi qu’une tour carrée; le Nord au contraire, plus avancé, en admit généralement deux.

N* 349- de ta parlic orctilenlale de TégUse de Durv.

3" Tour carrée à la façade. — La tour quadrangulaire élevée au centre de la croix de l’église, comme on en voit un exemple du IX' siècle, à Germigny-des-Prés, put faire juger bientôt que son plan carré était préférable au cercle pour contenir des cloches, et la reporter sur la façade était facile; aussi viton fréquemment, dès la fin du x' siècle ou le commencement du XI', un clocher carré s’élever, dans le Nord, à l’occident des églises; on ne saurait dire si d’abord il fut placé à l’un des angles, ou devant la porte et en saillie, pour former un porche de sa partie inférieure, comme aux abbayes de Saint-licnoîtsur-Loire, de Saint-Savin, de Saint-Gcrmain-des-Prés, etc.; où s’il s’éleva, en premier lieu, sur la porte elle-même et au même plan que la façade, ce qui donnait à l’édifice un vestibule intérieur, comme aux abbatiales d’Ainay ', de Moissac, etc. Il est probable que, chez les moines, la pensée la plus

' Voir le plan ii la page ao, pl. i3. 1'* partie.

INSTBCCTION9. ^ HI.

INSTRUCTIONS

ancienne est celle qui plaça aux façades un seul clocher carré, parce que, dans l’origine, on ne dut avoir qu’une sonnerie, et que la iiiulliplication des cloches ne pouvait élre que la conséquence d’un pcrfeclionncinent de l’art du fondeur. Le surcroît de dépenses qu’entraînait la construction de plusieurs tours ne pouvait être motivé que par le besoin diaugmenter le nombre des cloches, et leur multiplication n’avait d’intérêt que lors- (ju’on savait en varier les sons; alors la plus simple idée d’esthétique et de symétrie archilecltirale aura fait placer celte unique tour au milieu de la façadd.

Doubles tours. — Enfin, quand l’art roman fut complètement développé, d’iimueuses tours carrées s’élevèrent à chacun des angles de la façade, assex éloignées l’une de l’autre pour laisser voir le pignon ou fronton supérieur, la rose ou les fenêtres cintrées qui éclairaient la nef principale. Elles reçurent souvent entre leurs bases un porche établi, comme à Juiniéges, dans une grande construction .saillante, s’élevant d’un ou de plusieurs étages, ou formé, comme dans nos provinces de l’Est, d’une colonnade rappelant le porche des I.atins. Plus fréquemment encore les clochers s’élevaient au même plan que le mur de face, la porte principale de l’église restant à découvert et les ouvertures latérales se pratiqu.ant dans les hases des clochers; on les voit ainsi aux façades romanes des Abbayes de Saint-Georges de Bochcrville, de Tournus, etc.

.Autels des arclianrjes. Le culte de saint Michel remonte, en Orient, au règne de Constantin; la nouvelle capitale fut mise sous sa protection. La Bithynie prétendait l’avoir invoqué dès l’épo(|uc de Dioclétien; Justinien lui éleva six basiliques. L’apparition de cet archange au mont Gargano, sur les bords de l’Adriatique, en 4q3, eut un grand retentissement en Occident, Nous avons fait voir, à la page i6i de la première partie.

ARCIHTECTLRK MONASTlQUi: . rj7

que les Grecs placèrent les autels <les archanges au sommet de tours jointes à leurs monastères; chez nous, on trouve le même usage à une époque fort ancienne. Sans remonter plus haut que la période qui nous occupe, on voit qu’tà l’abhaye de Cenlula (Saint-Uiquier), le parvis carré qui précédait l’église présentait trois portes surmontées de tours consacrées aux archanges: «Ipsa ïiiomia, quæ vocantur paradisus, turrita mole « surgentia, trihus altariis consccrata sont; videlicet in porta oc- < cidentali altarc .sancti Michaelis, in porta australi allare saucti t Gahrielis; in porta autem scptcntrionali altare sancti Raphae- » lis...' » Le plan derahbayedc Saint-Gall, posiérieuraux travaux qu’Angilhert fil exécuter à Centula , fait voir aussi , en avant du parvis, deux tours contenant à leur .sommet les autels des archanges Michel et Gabriel (voir la planche i5, première partie). Ce culte se réduisit généralement à celui de saint Michel, chef de l'armée céleste et conducteur des âmes : pcul-être doit-on y voir la cause de la construction d’une seule tour à l’entrée d’un grand nombre d’abbatiales du xi* siècle.

La chapelle de Saint-Michel, placée originairement au sommet d'une des hautes tours élevées auprès du parvis, fut établie ensuite généralement au premier étage : deux tours romanes font voir des traces de chapelles de Saint-Michel; elles sont à Brioude et à'Saint-Quenlin; celle qui décore la façade occidentale de l’abbaye de Saint-Gcrmain-des-l’rés à Paris en possédait aussi : on lit dans les Us et coutumes de ce monastère, par l’abbé Guillaume III, que le jour de la fête de l’archange on célébrait une messe le matin à son autel : • Ad altare • B. Michaelis in magna turri : » on l’encensait après la grand'mes.se : • incensabunt altare B. Michaelis in majori turri’. •

' Apod P. Pefatt, de ^iithardo, Carol. -Uo^. nepote, brete Syntai^ma, p. 8.

* Usas et eontueU rmutait. S. Germ. à D. Bouillart, pièce* juilif. p. 167.

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F.a grande four qui précède l'abhalialc de Sainl-Benoîl-surl.üirc, el dont un dessin sera donné plus loin, h l’article des porches, c.st allrihuée par Jaiidol à l’abhé Gaulin qui la fit construii'e en ioa6; il lui donna le nom de Tour Saint-Michel, pai'cc qu'une chapelle consacrée à l’archange était établie au premier étage. Toute la partie supérieure de la tour a été détruite, mais on en reconnaît l’existence par la disposition des piliers intérieurs, qui sont plus forts que ceux du périmètre, afin de supporter une haute construction; les parties les plus élevées de la tour devaient, dans leur largeur, se réduire aux dimensions établies par le pian des piliers du centre de ce porche remarquable. (Voir plus loin, à l’article des Porches.)

Ce culte des archanges, établi dans de hautes constructions aériennes, autour du paradisus, put être le premier et principal but des tours, comme semble l’indiquer la disposition des parvis de Centula et de Sainl-Gall, où elles étaient fort éloignées de l’église et ne contenaient peut-être p.as de cloches; quant à la persistance du culte de saint Michel dans une des tours occidentales reliées à l’église, elle était duc à ses fonctions de conducteur des âmes, ce qui aurait contribué à consci ver son culte auprès du parvis, fiéquemment destiné à la sépulture (voir la première partie, page 99). En Orient, puis à l’abbaye de Montmartre et à f église de Saint-Benoît à Paris, nous avons vu .des ossuaires établis, soit dans les tours, soit dans les hauts combles qui les avoisinent; le clocher de la petite église de Bagneux, auprès de Paris, est couvert à l’intérieur d’inscriptions funéraires.

Les clochers romans contenaient des peintures à l’intérieur pour la décoration de ces chaj)elies des archanges, lesquelles, vers le xi' siècle, étaient généralement placées de manière à présenter une ouverture sur la nef pour y former tribune.

ARCIIITKCTUUK MONASTIQUE. «>J

Quelquefois même, comme àCluny, celle chapelle était suspendue sur un encorbellement intérieur, à l’instar des orgue.s de nos jours. On voit un exemple de cc.s peintures dans le clocher de l'abbatiale de Sainl-Savin en Poitou, ainsi que dans les lours*de Brioude et de Saint-Quentin. Lorsqu'à la première période romane, les orgues furent introduites dans les églises, on les plaça auprès de ces tribunes, en communication avec elles; des peintures et des statues représentant les anges se reliaient à la décoration de ces instruments, et semblaient faire participer aux grands effets de la musique sacrée l’ensemble ou une partie de la cour céleste.

Les tours servaient quelquefois de dépôt au.v archives des monastères : l’une de celles qui, à la grande abbaye de Cluny, étaient situées en avant du porche immense placé devant l’abbatiale, et dont il sera parlé plus loin, avait été disposée dans ce but, elle était au nord; celle du midi contenait le siège de la justicede l’abbé;les destinations appliquées à ces deux tours de Cluny étaient exceptionnelles, des bâtiments particuliers s’élevant d’ordinaire dans les maisons rcligieu.scs pour ces divers services. En général, on donnait un nom particulier à chaque tour.

Dès la période romane, les clochers doubles élevés sur la façade occidentale des églises d’abbayes, des paroisses et autres temples, présentaient fréquemment des formes et des proportions dissemblables qui rompaient fharmonie de l’cnscmblc ; l’abbaye de Jumiége en oll’re un exemple, et ses deux tours semblent cependant fort anciennes et contemporaines; comment expliquer cette anomalie singulière et si peu conforme à toutes les lois de la symétrie? On a dit que les cathédrales seules avaient le droit d’avoir deux tours semblables, mais la plupart de nos cathédrales gothiques sè trouvent dans le même

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ras (|ue les alibatiales et les paroisses; à Chartres, à .\mipns, à Rouen , à Strasbourg, à Paris, et dans la presque totalité de nos grandes villes, ces monuments sont précédés de tours dis.semblables. Un artiste distingué, \I. J. Jollivet, qui depuis longtemps s’occupe d’un travail consciencieux sur l’abbaye de luiniége, pense que le plus complet des deux clochers pourrait être un symbolederEgli.se triomphante; on lui aurait opposé une tour moindre pour figurer l’ancienne loi ; mais en général, aux édifices à clochers dissemblables, c’est celui du nord qui a le plus d'importance, et préci.sément ce côté est plus ordinairement consacré aux repré.senlations iconographiques de fAiicicn Testament. 11 n’y aurait donc pas lieu d'admettre cette hypothèse; nous en hasardons une: on a pu remarquer pn'-cédemment que les tours uniques élevées au milieu des façades des églises de Brioiidc, de Saint-Savin, de Saint-Germaindcs-Prés,on’raient une très-grande importance par leurs dimensions, par les flèches aériennes qui les surmontaient, et qu’elles reçurent dans leurs étages les autels de l’archange saint Michel; n’aurait-on pas conservé, lorsqu’on établit deux tours ,à l’occident des façades, une plus grande hauteur, une flèche immense, une décoration plus brillante, à celle de ce’s tours qui contenait l’autel du chef de l’armée céleste, du peseur des âmes, pour la faire distinguer au loin de celle qui n’était qu’une annexe néces.saire, dans la plupart des cas, à la disposition générale du plan à foccident de l’église, et à la solidité même de la façade parle contre-poids quelle faisait à l’autre tour.

Quelques clochers romans, placés à la façade des abbatiales recevaient une destination militaire; on en voit à Elnc, à Saint- Martin deCanigou, à Arles (Pyrénées), à Saint-Denis, etc. qui sont surmontés de créneaux; celui de l'abhayc de Saint-Savin porte les traces d’un pont-levis.

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ARCIIITECTURR MON ASTIQUi:.

N* 35o. Tour de Tabballaio dcSaiDt-Soviii.

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Décoration. — Nous avons indiqué, p.tge loi des premières Instructions du comité des arts, quelles étaient les principales dispositions prises aux xT et xiT siècles pour décorer les clocliers, nous n’y ajouterons que quelques mots : les arcades, ordinairement au nombre de deux et déformé allongée qu’on remarque dans la partie supérieure des tours de la période romane, remontent à la première invention de ces tours, car celle qui est jointe à l’église carlovingienne de Vieux-Pont-en-Auge (arrondissement de Lisieux), et, comme elle, a été construite en moellons et en briques alternés, est surmontée de longues arcades, L’étage supérieur fut ajouté à l’époque romane, mais les moulures et autres détails qui accompagnent l’étage intermédiaire sont dans un style encore assez voisin de Part antique pour indiquer l’âge de cette tour et des longues arcades qui la «lécorent. (Voir la planche 3 1 3.)

Les moines des premiers siècles divisaient le temps, comme les peuples de l'antiquité, au moyen de clepsydres, de sabliers, et de cadrans solaires; en Orient, ils dressaient des tables horaires dont les données astronomiques avaient été fixées à C.onstanlinoplc vers le v' siècle; on en a trouvé une en Nubie dans le temple de Tcfali, l’ancienne Tapbis, converti en église par des religieux. Lorsqu’ils étaient dépourvus de ces moyens, ils se réglaient, pour les matines, sur le chant du coq, ou avaient des veilleurs de nuit qui étaient guidés par le degré de combustion d'un cierge. Depuis le xi' siècle, une des tours des abbayes fut destinée à porter une horloge.

On attribue à Gerbert, archevêque de Reims, puis de Ravenne, et pape sous le nom de .Silvestre 11 , mort en ioo3, l’invention des horloges à roues. Les Cisterciens, dès l’origine de leur ordre, possédaient des horloges à sonneries, car il est dit, au chapitre xxi de leurs usages, qu’on ne fera pas sonner les

cloches, meme pour l'horloge, depuis la messe du jeudi saint jusqu’à celle du samedi suivant (année 1120).

L’emploi des horloges à sonneries ne fit pas abandonner les cadrans solaires. Versés dans les sciences nialhéinatiqiies cl dans l’astronomie, les religieux tracèrent sur les lieux les plus apparents des monastères de nombreux gnomons, plus ingénieux les uns que les autres, et il est peu de ruines de mai- •sons rcligieu.ses qui n’en olfrenl des restes qu’il serait intéressant de recueillir.

rOBClIES.

Les premières églises de monaslèi'cs romans, dépourvues de tours à l’occident, avaient quelquefois un porche; il était composé d’un petit b<àtiment particulier, appuyé contre la façade, devant la porte. Cette construction peu élevée, surmontée d’un toit en appentis ou à double égout, était consolidée par des contre-forts; une portç fort simple s’ouvrait sur le mur de face : c’est ainsi qu’est le porche du vieux .Saint-Front. (Voir la planche 338.) Ailleurs il était ouvert dans toutes .ses faces, les arcs s’élevant sur de nombreuses colonuettes. (Voir à la page suivante, la planche 35 1, qui contient le plan, la face principale et une partie de la face latérale du porche de l’église de Civry, département de fVonne.)

fancicnne et célèbre abbatiale romane de Saint-Gilles, le porche, peu saillant, s’étend sur toute la façade et forme une décoration remarquable par la richesse de ses sculptures, par les nombreuses colonnes qui accompagneul les portes, par la variété et la brillante exécution des chapiteaux qui les surmontent. C’est le plus bel exemple qui nous soit resté du luxe qu’on apportait dans l’ornementation de celle partie des façades.

USTXOCTIOSS. — III

lu

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N* 35i. Porche de de Civry.

La disposition des clochers avait, ainsi qu’il a été déjà remarqué, de l'inQucnce sur celle des porches qui précédaient l’église : la tour unique, située au milieu de la façade, pouvait olîrir à sa base une salle voûtée, ouverte sur les trois faces libres, et formant ainsi un porche peu étendu, disposé en carré; l’abbatiale de Saiiit-Savin en offre un exemple. Dans certaines circonstauccs, il était seulement ouvert sur la façade occidentale par une large arcade, d’étroites fenêtres féclairant sur les côtés. Ce genre de portique prenait, au contraire, des proportions très-vastes dans certaines abbayes fort importantes, bien qu’il ne portât qu’un clocher unique au-dessus de ses voûtes : tel est celui qui existe encore: sur la façade de l’abbatiale de Saint-Bcnoît-sur-Loire ou Fleury. Il se compose

~T~OîgffîTetîrte7-tn . jgU

AKCHITECTLRE MONASTIQUE.

<ie (rois nefs pariillèles; les quatre piliers du cenlre, plus forts que les autres, sont disposés de manière à soutenir la grande tour, depuis longtemps détruite.

N* 35a. Porclip <lc &ainl>Bt'noit>«ur-t..oire.

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une large arcade, leur muranlérleur portant un (oit en appentis, dont ia charpente était apparente à rintéricur. Une voûte couvrait quelquefois ce genre de portique. A l’abbaye de.Iuiniége, il présente une légère saillie en avant des tours, et sur sa voûte s’élèvent deux étages d(^ constructions, auxquels on monte par l’escalier d’un des clochers. Enfin ces porches pouvaient présenter, sur leur façade, plusieurs colonnes portant des arcs et formant un portique ouvert. Telle est la disposition de ceux des abbatiales de l’Est de la France.

A Cluny, le porche était, en quelque sorte, un premier temple précédant l’èdificc principal : cette construction avait cent dix pieds de profondeur, se divisait en une nef centrale et deux collatéraux éclairés par vingt-deux verrières; la voûte s'élevait à cent pieds du sol. quoi .servaient ces portiques immenses? On a pensé qu’ils étaient élevés dans le but de contenir les serviteurs des abbayes, puis la multitude des campagnes, l’église restant aux religieux et aux fidèles de distinction; on y a vu aussi un souvenir du porche delà primitive Eglise sous lequel se tenaient les pénitents'; enfin, dans quelques abbayes, on les nommait les Catéchumènes, ce qui a fait penser que dans ces portiques on administrait le baptême aux serfs des maisons religieuses; l’abbatiale de Véxelay en olfrc un exemple.

Aucune de ces explications n'est satisfaisante, surtout pour l’époque à laquelle lurent construits ces vastes portiques, et lorsqu’on n’avait plus les mêmes besoins que dans la primitive Eglise; la présence des porches très-étendus, devant les façades de certaines abbatiales, ne pourrait-elle s’expliquer par une des grandes cérémonies religieuses, par celle même qui nous a permis plus haut d’indiquer le but des galeries qui décorent

* \oy. liltér. 1. 1, p. 53. Dom Martenne.

ARCHITKCTLHK MONASTIOIE

les façades? On lit dans les céi-émoniaux que, le diinanclic des ilamcaiix, la procession, revenant du cimetière, stationnait devant l'église jusqu à ce que les portes lui fussent ouvertes; puis il est dit que si, à cause de l'intempérie delà saison, la procession ne peut se faire hors de l’église, clic aura lieu à l'intérieur, avec une station préparée devant la croix, sous le porche ou dans la nef; le Gloria, laus, etc. sera chanté devant la porte du chœur, qui sera fermée. Si propler acris inclementiam processio ficri non possil extra ecclesiam,fiet iniraillam, cum statloneante crucem inporticu,vel in navi prœparalam .. Gloria, laus, etc. cantaiur ad clansam chori januam.

Les abbayes puissantes, comme Cluny, Fleury, Vézelay, construisant leurs églises sur de vastes terrains, où elles n’étaient gênées par aucun obstacle, durent tenir à posséder des portiques assez vastes pour réunir les processions, les faire stationner à couvert devant un autel préparé afin de recevoir le saint sacrement, lorsque le mauvais temps ne permettait pas d’aller jusqu’au cimetière; après cette station, elles pouvaient attendre rouverture des portes de l’église, et se développer d’une manière convenable. Ajoutons qu'aux processions de ces puissantes abbayes assistaient toujours de hauts personnages, souvent des souverains, quelquefois des papes, et qu’en raison précisément de la présence des princes laïques ou de l’Église et des souverains pontifes, on auia eu là, plus qu’ailleurs, le désir de donner à la grande cérémonie qui rappelait l'entrée du Christ à Jérusalem toute la pompe convenable, et de ne pas éluder, en cas de mauvais temps, ce qu’elle avait do plus important comme fête commémorative, l’ouverture des {wrtes extérieures, accompagnée des chants et des vereels dont nous avons donné le détail précédemment, aux pages 55 et 56.

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N* •’iSS. Plfln (lu porcliD dp Clunv

Le porche immense qui précédait l'abbaliale de Cluny, et qui avait été construit après elle, présentait au fond, et assez près de la porte de i'égli.se, vers la gauche, uu autel qui dut être celui de la station du Saint- Sacrement. Une série d'arcades occupait, au-dessus de l’entrée de l’abbatiale, toute la largeur du porche : celles du milieu, au nombre de trois, étaient ouvertes pour placer les musiciens. Le but du porche s’explique donc par ces dispositions intérieures, que nous empruntons tant au récit détaillé qu’en lait M. Lorain dans son Histoire de l’abbaye de Cluny, page 8i, qu’aux vues intérieures publiées à la fin du siècle dernier par Labordc et Guettard dans leur grand ouvrage sur la France. (Voir la planche

VRCIIITECTüKli MONASTIQUE.

N* Vue inicrieurc du porche de Cluny.

Si les paroisses, les cathédrales ellcs-uiêmcs n’avaient pas généralement de vastes porches pour remplir le même but, c’est qu’au moyen âge, dans les villes, les habitations s'aggloméraient autour des églises au point d’y laisser à peine un élrqil parvis; où aurait -ou trouvé l’espace nécessaire pour

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construire fie teks portiques? Les abbayes secondaires n’élaient pus assez l icites pour en entreprendre la construction ; enfin les cérénioniaux donnaient le moyen de s’en passer en faisant station dans la nef.

Dans cerlaines contrées, le porebe était noninié le Galilée; on le surmontait d'un clocher ou d’un campanile; une cloche particulière était destinée à prévenir à rintéricur du monastère qu’une personne à laquelle l'entrée de la maison religieuse était interdite, avait à s’entretenir avec un religieux qu’on faisait prévenir. C’était sous le porche que se réfugiaient d’abord les criminels qui demandaient l’asile; ils passaient le bras dans ranneau de la porte principale de l’église, et ne pouvaient en être arrachés sans qu’on s’exposât à l’excommunication. • Hic stclit maÿnus mist lit-on au-dessus de la porte d’une église de Cologne.

Au xii' siècle les porches devinrent rares, et furent remplacés par un portail à voussures très-renfoncées qu’on reproduisit, aux grandes égli.ses, en avant de chacune des portes latérales; cette innovation, qui ménageait la place, fut adoptée durant les siècles suivants, sauf quelques exceptions.

Au bas de la façade de quelques églises de monastères on plaçait les étalons des mesures d’étendue et de capacité en usage dans le pays qui était sous la juridiction de l’abbé. Dom Félibicn, historien de l’abbaye de Saint-Denis, dit que de son temps on voyait encore au bas de l’église les mesures anciennement établies pour la police *. L’abbé Lebeuf, décrivant le prieuré d’Argenteuil, nous fait connaître qu’à l’entrée de l'église était placée une pierre dans laquelle on avait taillé des cavités rondes pour servir de règle aux mesures de capacité

* Dom Fülibtcn, Hûtoirt de Vabbaye de Sain(-Deni$ , p. 53A-

* Lebt'uf, //f/loire i/tt Jiocwf Pffn/. — Argeoleuil.

’y oogle

roiiTEs.

Sous le porche, ou dans le fond du portail renfoncé qui en tint lieu dans de nombreuses éf^lises, était placée la porte principale, nommée basilica et mcdiana par \nastase. Celles qui correspondaient à chacune des nefs latérales étaient de même sous le portique, s'il s'étendait devant toute la façade; plus tard elles curent chacune, comme celle du milieu, un portail particulier. Tant que dura en Occident farcliitecture adoptée d'abord par l’église latine, les portes furent disjxjsées à la romaine, c'està-dire conqmsées de chambranles on marbre surmontés d'une Irise et d'une corniche, mais l’art roman vint modifier ces formes, empruntées aux temples du pagani.sme, et substitua les cintres aux architraves; toutefois on renonça rarement à l’emploi d'un linteau pour surmonter le vide et supporter la construction placée entre l’arc et l'ouverture.

Les anciens édifices chrétiims qui peuvent être placés, par leurs dispositions générales et le système de leur construction, sur la limite transitoire qui s’établit entre l'architecture latine et celle qu’on nomme romane, présentent dans leur appareil une certaine analogie avec la maçonnerie antique; la brique s’y mêle encore au moellon, plus rare, il est vrai, et moins bien fabriquée, mais cette analogie, qu’on remarque particulièrement à la crypte souterraine de Saint-Laurent do Grenoble, aux églises de Savenicrcs, de la iiasse-OLuvre .à Beauvais, et plus encore à Saint-Martin d’Angers, devait admettre, comme dans l’antiquité, l’emploi de stucs pour couvrir cette maçonnerie, qui ne pouvait rester apparente. Nous donnons à la page suivante, sous le u“ 355, la porte de l’église de Saint- Martin d’Angers; elle fait voir à nu celle maçonnerie empruntée des Romains et qui dut être recouverte par des enduits.

IXSTBCCnORS. — III.

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N* 3f)5. Porle de r<^glUedc Sftinl*Martin d’Angers.

Il est probable qu’autoiir des portes ainsi maçonnées et qu'on observe à tous les édifices qui viennent d’être cités, puis autour de celles des uoinbreuse.s constructions en bois qu'on faisait alors dans les monastères, et dont nous avons cité des exemples dans la première partie, les religieux du Nord firent, au moyen de calibres, des encadrements auxquels, par la nature même de ce genre de décoration, ils donnèrent des profils vigoureu.x et d'une étendue .suHisante |Kiur que cette application put êti-e durable. On en voit des exemples aux fenêtres du clocber de Germigny-des-Prèset dans la crypte de .Saint-Laurent de Grenoble: c’était ce que les auteurs contemporains nomment gypseï, stucs. De ces profils en piètre ou en totit autre enduit, poussés dans un calibre comme nous les faisons aujourd’hui, et qui tous ont disparu des portes romanes primitives qui nous sont connues, seraient nés ces larges et riches encadrements qui, lorsque l’architecture romane prit son développement complet, donnèrent aux portes des édifices religieux cet aspect grave, si convenable à l’entrée des temples de cette période de l’art.

A ces profils d'encadrement, d’abord sinqdes et formés de

"^vCitTOgle

deux ou trois Ixiguettes de dimension.s différentes, puis plus multipliées et accompagnées de moulures diverses, quand l’art SC développa, se mêlèrent bientôt des ornements sculptés qui étaient aussi des reproductions d(»s premiers essais ou //ore.v gypsei. Nous examinerons plus loin la marche que suivirent ces ornements. Enfin des colonnes variées de proportions, des cliapiteau.x et des bases de toutes formes, vinrent enrichir ces portes , à la décoration de.squelles se joignirent encore la statuaire, les bas-reliefs, les arabesques et la peinture. Ces indications sulTisent pour tracer la voie daus laquelle se placèrent les religieux, tout en se renlerinant dans une sphère de créations originales. Les contrées méridionales de l’Europe, au contraire, toujours sous l’influence des souvenirs de l’antiquité et des modèles qui avaient survécu, adoptèrent quelques dispositions romanes des portes, mais les enricbiient toujours par (les ornements et des profils dans lesquels les Ibrmes païennes laissaient peu de place aux innovations septentrionales. Nous renvoyons aux premières Instructions du comité des arts, pour ce qui concerne la dispo-sition et le décor de CCS portes, pages l\o et suivantes.

CI,ÔTt»E I>RS PORTES.

Les vantaux qui servaient à clore les portes des églises romanes étaient généralement en bois; dans le Nord, on les construisait avec des planches solides, clouées sur des châssis qui restaient apparents à rintérieur du temple; de longues pentures en fer, fixées .sur les planches, s’oppo.saient à ce que les variations de la température extérieure amenassent la disjonction des joints. On voit de ces pentures qui se sont conservées à plus d’un édifice roman.

INSTRICTIONS.

N' 356. Penture^ de r<rgii»e de Givry.

Quelquefois, lorsque cel arl prit son plus grand développement, les portes en bois furent composées de nombreux panneaux encadrés de moulures sculptées, comme les exécutaient les anciens; on en trouve un magnifique exemple à une porte située vers l’abside de l’église de Sainte-Marie du Capitole, à Cologne'.

C’était probablement dans la meme disposition qu’était celle <le f abbatiale de Saiut-Zénon à Vérone, puisqu’elle lut brûlée en 1 1 6o.

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