ANNO DNI. M^CLX CONBVSTA E PORTA SCI ZE NONIS. XV“... E MADII
Le bois reçut aussi, dans la composition des portes d’églises romanes, des applications de bas-reliefs et de moulures en bronze. C’est ainsi que sont fabriqués les vantaux de la porte occidentale de l’église monastique de Saint-Zénon, qui remplace aujourd’hui la première; on y voit des bas-reliefs dun style ancien provenant sans doute de celle-ci.
* Voir publicAtion de» église» du lUiin , par M. S. de fktissere- ’ Mnffd MVS. VER. p. i83.
ARCHITKCTURF MONASTIOL'E,
Enfui le bronze fui employé seul pour la fabrication de certaines portes d’églises romanes; on devait alors les fondre par des procédés analogues à ceux qui sont mis en pratique de nos jours. On lit dans fHi.sloire de l'abbaye de Saint-Denis', que déjià, au ix' siècle, on établissait de ces portes, cl que, de plus, des bas-reliefs les décoraient: un religieux nommé Airard, ayatit donné une porte pour l’église abbatiale, y était figuré l’ofl’ranl au saint piatron. L’abbé -Siigcr avait fait restaurer et mettre en place celle ancicuuc porte, à la façade qu’il venait de reconstruire; il en fit faire deux uoiivelles, une pour feutrée principale de l’église, une pour le second bas-côté. Elles étaient en bronze comme la premierc; celle du milieu repré.senlait, en demi relief, l’iiisloire delà passion, de la résurrection cl de fascension de Jésus-Cbrisl. Ces ouvrages de fonte furent entièrement dorés.
rESÊTBE.S.
Les façades romanes pré.scntenl quelquefois une rose ou fenêtre circulaire, c’est Yoculus des Latins; ceux-ci semblent v avoir attaché une idée symbolique on faccompagnanl d’un cercle dans lequel était, d’ordiuaire, une figure en buste ou assise représentant lo Christ, exécuté en mosaïque. Le style roman y attacha aussi une idée de symbole : les églises de Saint-Gabriel, de Toscanella, etc. présentent les attributs de.s évangélistes sculptés auprès de 1’ock/«s; ils forment sans doute ici le complément de la pensée qui s’y rattachait, et dont on jxeut voir la confirmation dans les sceaux de Nonvich’ et du prieuré de Boxgrave, qui montrent le Christ dans l’ocu/ns de l’égli.se. (Voir les n”‘ Sây et 358.)
' Dom Fèlibicn» Ilût, de tnbhftYe de Saint-Denis, p. 17^.
* Monast. angUc. I. IV,
INSTRUCTIONS
N* 357. Hose de l'é|;lisc de Sainle*Marie de To^canella.
Les fenêlre.s romanes sont généralement cintrées par le haut comme celles des deux styles précédents. Quelques exceptions
N* 358. Sceau du prieuré de Dotgrave.
à ccttc règle se présenlenl, mais ellc.s sont fort rares; la première péricxlc (le cette nouvelle architecture les montre de petites (liniensions, peu multipliées dans un même édifice, et placées à une grande hauteur dans les nefs secondaires ainsi (jue dans la nef du milieu; elles sont généralement évasées à l’intérieur plutôt qu’au dehors. Les Instructions du comité des arts, publiées précédemment, sur l’architecture du xi' siècle jusqu’au XVI', ont fait connaître les principales dispositions des fenêtres romanes, page 67.
La décoration des fenêtres des premiers édifices romans qui s’élevèrent durant la période carlovingienne eut sans doute une meme origine que celle des portes. L’appareil mêlé de brit}U(‘s s’étendant, comme ou le voit aux rares églises de cette époque, jusqu’aux fenêtres, on les encadra de moulures en stucs, fjypsei, pour masquer cette maçonnerie, ain.si que l’avaient fait les Romains; cl les formes grossies qu’on y remarque résultèrent des procédés qu’on employa pour l’exécution, tant par les causes déjà données précédemment à l’occasion des baies d’entrée, que par une propension à porter sur l’ensemble des édifices une fermeté mâle et vigoureuse, en harinonic avec les idées sociales de l’époque: la décoration des fenêtres de l’égli.se de Germigny-des-Prés, e.xécutéc en stuc, indique jiarfaitcmeut cette tendance de l’art. Dans des temps plus heureux, la pierre remplaçant le bois et les maçonneries en blocages, puis la décoration en stuc devenant plus rare, parce que des sculpteurs habiles purent- la remplacer par le travail durable du ciseau, les formes des moulures et des ornements restèrent dans la voie qui leur avait été tracée par le maniement plus facile des calibres et de l’ébauchoir. (\’oir à la page suivante, au n' dôq, la gravure des stucs ou gypsei de l’église de Germigny-des- Prés, extraite de la Revue d’architecture.)
INSTRUCTIONS
N* 359- Gypseï de l'église de Cermigny.
Déjà l'art romain dégénéré avait été conduit à un alourdissement des formes ]>ar l'oubli des proportions fines. Nous avons donné une idée de cette propension en examinant les Flores gypsei de l’oratoire de Cividalc-del-Frioul. L’art roman, marchant dans cette voie déjà préparée, ne se fit plus, comme les précédents styles chrétiens, l'imitateur des formes antiques; il créa tout à nouveau pour harmoniser les détails nécessaires à la décoration architecturale avec l'aspect d'enscmhlcqui naissait alore sous la main des moines architectes. Cette harmonicu.se nouveauté et l’aspect vraiment religieux qui y domine
firent rie rarcliitcclure romane la première qui ait été empreinte de l’inspiration clirélienne.
ct.orrnE Dt>
Les Latins et les Byzantins fermaient les fenêtres de leurs églises avec des treillis de pierre ou de marbre. (Voir les pages i33 et 3oi de la première partie.) Grégoire de Tours nous apprend qu'en France le bois reraplat-ail ces matières. Le verre blanc ou coloré y était fixé de manière à former de véritables vitraux de couleur, dès les premiers siècles chrétiens, comme ou le voit par les récits de Prudence, de Fortunat, de Procopc, déjà cités. Dans les Gaules, la fabrication du verre était trèsrépandue dès le temps de Pline (Pline, c. xxxvi, S G6); l’art de la vitrerie de couleur y était développé, et déjà au ix' siècle la peinture sur verre était assez avancée pour donner des verrières aux églises, M. Kmeric-David a cité' l'iiistorien de l’abbaye de Saint-Bénigne de Dijon, qui signalait en loôa , époque à laquelle il écrivait, un très-ancien vitrail de l’église de ce monastère, représentant le martyre de sainte Pascbasic. 11 avait été retiré, ajoute l’iiistorien, de l’ancienne église restaurée par Charles le (ihauve.
Vers la môme époque l’Angleterre’, la Suède et le Dauemarck, empruntaient à la France des artistes verriers pour clore leurs édifices sacrés. Aucun fragment de ces verrières de la première période romane n’a survécu; mais la seconde nous en a laissé quelques exemples qui nous indiquent suffisamment et la marche qui avait dû être suivie précédemment par cet art, et les beaux développements qui l’attendaient pour décorer les
' Huioire Ae ta peinture, éd. in*i8, iê/|3, p. 79, Eoicric-David
■ BcjU. 1. I, c. V.
iNsrnvcTioMs. — iti.
INSTRUCTIONS
édifices de l’architecture qui fut la conséquence de celle que nous étudions ici.
l.'abhé du .Mont-Cassin, Didier, .serait un des premiers qui auraient employé le fer pour former les châs.sis de verrières, cl le plonil) pour en fixer les portions entre elles. Ce fut le moyen (pi’on adopta généralement durant la périorle romane comme depuis; les innombrables édifices élevés alors n’eurent sans doute pas de vitraux peints. M. fabbé Texier et fauteur des Annales archéologiques en ont fait connaître qui sont incolores; il est possible même que les petits édifices religieux, construits loin des contres d’industrie, n’aicnl jamais eu que des treillis en bois ou en fer dépourvus de vitres; les petites dimensions de leurs fenêtres à une grande distance du sol perinellent de le supposer. Quant aux grandes églises monastiques ou cléricales du xu' siècle, elles étaient déjà garnies à leurs ouvertures de vitraux remarquables par la composition, le beau style des sujets et par une bonne exécution. Les beaux fragments placés à l’abside de l’abbaye de Saint- Denis par l’abbé Suger, qui y e.st représenté; la verrière de Vendôme, et quelques autres débris, sulfcsent pour donner une juste idée de fétat de celte industrie relevée par les grandes ressources dont l’art dispo.se.
KA<;.A»ES I.AT^nAI.CS.
Durant toute la période romane, les façades latérales furent généralement simples et dépoumies dans l’origine de pilastres .saillants, tant que les nefs furent couvertes en cbarjiente, comme favaient été les basiliques latines; les moines constructeurs sentiront le besoin de consolider les murailles à fextérieur par des contre-forts, dès qu’ils remplacèrent le bois par des voûtes; quelquefois ils maintinrent la poussée de
AUCIIITKCTUHE MONASTIQUi;. <JI
celles <lc la grande nef, en couvrant les collatéraux par des demi-berceaux dont ils approchaient les sommets de la voûte principale.
Les corniches de couronnement, établies avec des moulures en pierre d’un profd peu compliqué, se divisèrent en assises de fliinensions égales, que soutenaient des corbeaux ou inodillons quelquefois exécutés en marbre, et tous varies dans leur décoration, lorsqu’ils ne l'étaient aussi dans leurs profds bizarres. Des têtes d’hommes et d’animaux, des tresses empruntées à la passementerie, des entrelacs singuliers, des chimères de toutes formes, furent les motifs de sculpture usités dans cette partie de la décoration des faces latérales. On en voit au septentrion de l’église de Saint-Gcrmain-des-Prés à Paris,
l^es transepts ofl'raient des murs à pignons, soutenus à leurs angles par des conti-e-forts; un et quelquefois deux rangs de fenêtres cintrées donnaient du jour à l’édifice par l’extrémité des ailes de la croix. Dans certaines contrées, cette partie des églises se décorait avec des incrustements de briques ou de pierres de diverses couleurs, de laves, etc. L’.Auvergne et le Ilbin en offrent de remarquables exemples. Les transepts étaient quelquefois disposés sur un plan semi -circulaire offrant une abside; les anciens édifices construits par les moines à Germigny-des-Prés et à l’ermitage de Fontcnelle présentent celte disposition. (\’oir les plans, aux pages 9 et 37.)
Les tours ou clochers secondaires établis sur les façades latérales y ajoutaient à la variété des lignes formées par les bas-côtés, parla nef principale, les transepts et le chœur; la tour, placée au centre de la croix, dominait toutes ces constructions. Les divers détails de ces nombreux accessoires des églises ont été expliqués dans le second cahier des Instructions du comité des arts (pag. 97 et suiv.).
INSTRUCTIONS
Les contrées méridionales de la France, ainsi que l’Fspagiie, présentent quelques rares églises romanes sur les faces latérales «lesquelles se développent de longues galeries ouvertes : nous donnons ici le plan et l'élévation de celle qui se voit à Serrabona, dans les Pyrénées-Orientales. Quelle était la destination de ces galeries? Celle que nous publions n° 36o ne pouvait être un vaste porche latéral, comme on en voit un à l'abbatiale de Montréale, en Sicile, puisqu’elle s’élève surdos rochers inaccessibles, est close à hauteur d'appui , et qu’on n’y entre que par l’un des transepts de l’église. Ne pourrait-on pas e.xpliquer la présence de ces galeries par le besoin d’enterrer les personnes de distinction en dehors de l’édifice, dans un lieu couvert, mais plus aéré que les nefs, où elles étaient ordinairement placées, ce qui, dans les pays chauds, était d’une grande importance pour l'hygiène? H y a vingt ans, la petite église romane de Saint-Maur-les-Fossés, auprès de Paris, offrait une pareille galerie latérale ouverte sur le cimetière, et contenant des sépultures.
N* 36o. Plan de Téglise de Serrabona.
A H c; 1 1 ITI:; C T U ni; MON A S'I’ I Q U K.
N* 36 i. Faradc Uléralc de Ttglisc de Seirabona.
Toils. — Les toits qui sc développaient clans toute leur éleiitlue sur les façades latérales des églises romanes s’établirent sur une grande pente, dans les contrées septentrionales, oii l’on sentit bientôt le besoin de les élever pour faciliter l’écoulement des eaux; dans le midi de l’Lurope on maintint les dispositions antérieures établies par les Romains.
I-a couverture se fit avec du plomb dans le Nord; les contrées abondamment pourvues de pierre en fii*ent usage sous * forme de dalles; plus généralement la terre cuite, moins lourde que ces matières, fut préférée , comme dans l’antiquité. Le grand nombre de tuiles fabriquées à la romaine, qu’on rencontre dans les fouilles qui s’opèrent aujirès des églises anciennes, doit faire penser que ce système de couverture fut longtemps en usage dans nos contrées.
L’influence byzantine qui s’exerça dans l’Europe jusejue vers le xiii' siècle, et que nous avons fait connaître dans la première partie, pages 876 et suivantes, s’allia aux formes romanes ; c’est ce qu’on observe à la grande abbatiale de
INSTUICTIONS.
Sainl-Fronl fie Périgiieux, ainsi qu’à loules celles qui, dans les subdivisions de l’Aquilainc, formèrent autour de ce centre une école particulière, si bien étudiée et décrite par M. F. de Vcrneilb, dans son ouvrage sur l'Arcbitecturc byzantine en France. Les templiers, considérés précédemment comme les derniers introducteurs de l’art oriental en Occident, au moins pour ce qui concerne la disposition des plans, adjoignirent à ces formes étrangères tous les détails romans en usage dans nos contrées, au xiT siècle. Il nous suffira de produire ici la façade latérale du Temple qui se voit encore à Laon, et de dire son analogie avec celles de Metz, de Montmorillou, de Ségovie, édifices dont nous avons donné les plans à la page Sqo de la première partie.
N’ Façade U(t*ralc du Temple, n [..aon.
AnSlüL.
Les premières Instructions du comité des arts ont fait connaître quelle était la di.sposition des absides des églises romanes. .Aous n’y ajouterons que quelques mots. Les abbatiales qui, dans les contrées du Midi, conservaient la forme du plan
AUCHITKCTURF. MON ASTIQUE.
latin , oflraieiit , comme les basiliques fie ce style, froi.s absides appuyées contre le mur oriental du temple.
N* 363. Plan de l'ohbatiale <ri:Jne.
Ouelquelüis celle du milieu seulement prenait de la saillie à l'extérieur, les pcliles étant pratiquées dans l’épaisseur de ce mur, en forme de niches. (Voir le plan de l'éfçlise de Saint- Pierre à Toscanclla, n° Say.)
I.a décoration externe de ces absides sc borna d'abord à une corniebe avec modillons; plus tard leurs parois cylindriques s'ornèrent soit de pierres de couleur ou de terres cuites incrustées, .soit de pilastres, de contre -forts, de colonnes