ÉGLISE
Les églises présentaient quelques différences avec celles des monastères d’hommes; comme dans celles-ci, le chœur parfois était placé au centre de la croix, et s’étendait même au delà de scs limites vers la nef; ces dispositions devaient être prises dans les temples dos grandes communautés de femmes, à Fontevrault, à Poissy, etc.; mais plus généralement il était établi, soit snr le côté, dans un transsept étroitement grillé, afin que les religieuses ne pussent être vues de la nef (c’était la disposition adoptée à l’abbaye de Montmartre), soit derrière le maître-autel ; il formait alors un arrière-chœur, séparé du sanctuaire par des grilles, quelquefois même par un mur n’offrant qu’une étroite ouverture, pour laisser voir aux religieuses l’officiant et le tabernacle. C’est ainsi qu'est disposé le chœur
du iiionastcre que fit construire Anne d’Autriche au Val-de- Grâce de Paris.
f,e cliœur pouvait être placé aussi au premier étage, audes.sus du presbytère, en airière du maître-autel, et avoir vue sur l’église par des ouvertures éti-oitcment grillées; on évitait ainsi aux religieuses de descendre au sol inférieur de l’édifice, et, par ce moyen, elles étaient encore plus renfermées dans le monastère; on voyait un exemple de celte disposition aux /larmélitcs de Paris. La même intention fit établir dans la net de plusieurs églises, des tribunes grillées au-dessus des bascôtés, ou des cbapclles latérales qui les remplacent quelquefois ; ces tribunes, m6mc tiii gj and développement,
devinrent de véritables galeries au premier étage, disposition qui rappelait les basiliques primitives, où les femmes avaient leur place réservée à l’étage supérieur, ce qui a lieu encore en Orient. On voit à Rome un exemple de monastère de femmes offrant cette galerie construite avec des colonnes de marbre, comme au reï-de-cbausséc ; c’est à féglise des Quatre-Saints- Couronnés, qui apprtient aux Orphelines. Enfin, les tribunes pouvaient s’étendre derrière le mur de face de féglise, auprès de l’orgue, afin de permettre aux religieuses d'exécuter les chants sacrés en s’accompagnant de cet instrument. L’église du monastère de la Trinité-du-Mont, à Rome, fournit, de nos jours, un exemple de ce que peut produire la musique religieuse exécutée entièrement jjar des femmes. Les dames de Longebamp, auprès de Paris, obtinrent les mêmes elfets par la perfection de leurs chants, exécutés derrière des voiles.
Ptni.oiB.
• Le parloir des maisons de femmes se divisait eu deux parties bien distinctes : i" celle où étaient admises les personnes
INSTRUCTIONS
du dehors; a* la portion delà salle qui, dirigée vers le monastère, était destinée aux religieuses. On ne pouvait être admis dans la première de ces deux divisions du parloir sans témoins ; «Ciim nullo masculo sanctimonialibus colloquium habere liceat, nisi in audilorio, et ibi coram testibus. • (Ducange.) Une et quelquefois même deux grilles, espacées entre elles de 5o à 6o centimètres, séparaient les visiteurs des vi.sitées. Ces grilles, exécutées en fer et à mailles très-serrées, ollraient souvent, à la rencontre des barreaux, de longues pointes de fer»
• très-aiguës, pour s’opposer à ce qu’on s’approchât. «Gratis,
repagulum ferreuin quo sanctimonialium loculoria clauduntur. » (Ducange, I On plaçait t^uclc^ucfoia un voilo noir flerrière les grilles afin d’éviter qu’on pût voir les religieuses. « Ad cratem vero pannus interius apponatur qui non l'emovcatur nisi * cum proponitur verbum Dei, vel aliqua alicui loqueretur. •
, (Ducange.)
I Les monastères de femmes avaient, plus fréquemment que
ceux des hommes, un parloir destiné à la confession, construit auprès du temple. Sa disposition était telle que la religieuse placée dans le parloir pouvait se confesser à son directeur, assis dans le confessionnal de l’église. Des ouvertures étroitement grillées et établies convenablement pour cela servaient < à la communication de la parole. On voit un exemple curieux de cette disposition à la Martorana, monastère de femmes à Palermc; l’église fut construite au xC siècle par l’amiral Jdu roi Roger, Georges d’Antioche.
Dans certains ordres, les femmes ne recevaient la communion qu’à travers des grilles, et un rideau les cachait aux assistants : • Crates ferreæ per quas communio accipilur, in régula Clarissarum, quibus apponilur pannus interius, ita ut null« inde vale,at exterius in capella aliquid iutueri. • (Ducange.)
Les principales divisions des monastères de femmes avaient la plus grande analogie avec celles des maisons religieuses des hommes : sur le cloître principal s’élevaient le réfectoire (voir celui de Fontevrault, à la page 3âi, pi. 496), les celliers, les dortoirs, divisés en cellules ou gardant toute l’étendue de la façade. La salle du chapitre, placée à l’orient, était décorée de peintures, comme celle des hommes : on y voyait à Fontevrault les portraits des abbesses an milieu des ornements peints qui couvraient les parois. L’abbaye de Poissy avait les réfectoires gras et maigres, ainsi que les cuisines se rapportant à chacun d’eux. Comme dépendances exceptionnelles, cette maison contenait les appartements des princesses. Les écoles extérienres, les maisons des hôtes, des pèlerins et des voyageurs, manquaient à ces abbayes, qui ne pouvaient être, comme celles des hommes, en contact avec le dehors, et desquelles les religieuses ne pouvaient sortir. A l’égard des dépendances extérieures, les propriétés étant soumises aux mômes conditions de chapellenies, de cens, d’exploitation, de dn>its seigneuriaux, nous ne pourrions que répéter ici ce qui a été dit précédemment à l’égard des monasteria munachoram.