BÉGUIN, \GES
Les béguinages étaient des communautés de filles qui vivaient séparées de leurs familles dans un cncloitre on enceinte, établie ordinairement dans les villes. Elles n’élaienl liées par aucun engagement qui les empêchât de sortir et meme de .se marier. Les béguinages contenaient quelquefois jusqu’à neuf cents filles', qui étaient divisées par couvents de vingt personnes environ. Lorsqu’elles avaient atteint l’âge d’environ vingt-huit ans, elles pouvaient vivre dans des chambres et ‘ toy. lin. L I, II' partie, p. ii)4
IKSTHl’CTIOSIS.
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môiiip dans des maisons séparées, comprises dans IVnceinle de l’encloîtrc. «Curia beghinanim, cJaiistnim in qua beghinœ commorantur. • (Ducange.) Les béguines avaient un habit particulier, qu’elles devaient garder tant qu'elles restaient dans rciiceinte de l’encloîtrc, et qu’il ne leur était plus permis de porter lorsqu’elles en sortaient pour une cause quelconque. « Et si aliqna beghina extra curiam acccsserit moratura, vel ejecta fnerit, babilum non deferet b<'gbinarum. » (Ducangc.)
MON.VSTÈRE DOIBLK,
MOfiASTEniVM DVPl.EX.
Lors de la création des monastères de femmes, plusieiii's messe.s devant y être célébrées ciiaque jour, des chapelles particulières s’élevant généralement dans l’enceinte, et la pré- ■sence de prêtres étant sans cesse nécessaire pour la confession et d'aiiti'es sacrements, il fallait un clergé assez voisin pour qu’il pût toujours être présent. On logea ce p<?rsonncl de prêtres et de leurs clercs dans la première cour des abbayes; ils y formaient une sorte de communauté bien séparée et bien distincte , dont on voit l'usage se perpétuer, car on le retrouve dans fhistoire des abbayes de Jouarre, de Montmartre, de Port-Hoyal-des-(diamps, des Carmélites de Paris, etc. La disposition et le but de celte demeure de prêtres auprès des monastères de femmes sont bien indiqués par Rudolfus, moine de Fulde, (pii s’exprime ainsi : « Duo moua.steria consirucla sunt, mûris altis et firmis circumdata. . . ordinatum est ut neutrum illorum disparsexusingrederetur... exceptissoliimmodopresbvleris... ad agenda inissarum olhcia. « (Rud. VilaS. Liobw, cap. i.)
Le be.soin donc , qui se fil sentir, dès l’origine, d'avoir des prêtres auprès des monastères de femmes, donna naissance aiix abbayes doubles, maisons présentant simultanément une
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abbaye d'bommes et une de femmes, réunies dans la même enceinte générale, niais séparées par des murs et par tous les moyens convenables pour empêcher les relations; il n*y avait réellement que le voisinage, la communauté n’était qu’apparente, car l'église, les bâtiments claustraux et toutes les dépendances SC doublaient pour que chaque division lût complète.
L’ensemble de ces maisons formait le monasterinm duplex (Heurter, t. II, p. ii3); la partie consacrée aux hommes, et comprenant leur église particulière, leur cloître et les lieux l'eguliers, était nommée dvSpàv.
Depuis le quatrième siècle de l’Eglise, on voit paraître de ces abbayes dans toute la chrétienté occidentale; elles y furent même très-communes dans l’origine. En France, l’abbaye de Chelles, fondée par sainte Clolilde, et si célèbre dans les premiers siècles de la monarchie , était double ; les hommes y étaient sous l'autorité de l’abbcssc, car lorsqu’au milieu du vu' siècle la reine sainte Bathildc agrandit ce monastère, à la tête duquel fut placée Bertille, cette dernière, à la prière du roi d'Angleterre, permit à plusieurs religieux d’aller réformer l’état monastique dans cette contrée; ce qui indique combien ils étaient distingués par leur régularité. Plus tard, le fds de Dagobert 111, Thierry, surnommé de Chelles, y fut élevé par les religieux, jusqu’à ce qu’il montât sur le trône, vers 720. (Abbé Lebeuf, t. VI, p. 34.) '
Beda cite, vers 706, l’abbaye de Coldingham, en Écosse, comme étant double; il en nomme d'autres dans la vie de .sainte Hadelogc, vierge, de saint Gilbert, etc. (Beda, liv. IV, c. i.S et 19, Histoire ecclésiastique.)
On lit dans le IIP siècle des Bénédictins : « Adamnanus monaclius in cœnobio Coludensi, cui prœerat sancta Ebba abbatissa; erat istud monasterium, ut cætera sanctimonialium pas-
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sim, duplex virorum æquc puellaruiu. • (Act. S. O. S. B. 111' siècle.)
Isidore de Séville parle aussi des monastères doubles au livre II, cliap. x\,De offwiis ecclesm; Bollandus de même, dans sa vie de saint Augilbert. (.1cm sanci. inensis februarii, n° i3). Dans les Flandres, l’.ibbaye de Marchiennes devait son origine, au vil' siècle, à saint Arnaud et à sainte Rictrude, qui y assemblèrent deux communautés, une d’hommes et une de filles. (D. Mart. Voy. lut. t. II, p. 90.) Dans la même contiée, l'abbaye de Hasnon reconnaissait pour fondateurs Jean et Eulalic, personnages de" grande nai.ssancc. qui bâtirent deux monastères, l’un pour des hommes, qui fut gouverné par Jean, l’autre pour des filles, dont Eulalic fut la première abbesse, et que, dans le ix' siècle, dirigea Ermentrude, fille de Charles le Chauve. (D. Mart. Voy. Utt. t. I, p. a i5.)
On trouve dans la vie de saint Aurèle l'indication du monastère de Tliabane, en Espagne, qui contenait des hommes et des femmes séparés. Au ix* siècle, un nommé Martin était abbé, sa sœur Elisabeth était abbesse. (Vïe de saint .iurèle.)
La plus célèbre des abbayes doubles fut celle de Fontevrault, chef d’oiMce, dans laquelle l’autorité était exercée par l’abbesse, non-seulement sur toutes les religieuses, mais encore sur tous les religieux de l’ordre : « .VIonachi sunt inferne, monachæ superne. » Robert d’Arbrissel , fondateur de cet ordre au commencement du xii' siècle, avait créé un grand nombre de maisons semblables: « Mnita pro utrofjue sexu extruxit raonasteria, quorum princeps est illud qnod Fontis-Ebraldi appelhatur. « L'abbaye de Fontevraull contenait trois communautés de femmes .séparées, plus deux communautés d’hommes, l’une pour l’instruction de la jeunesse, l’autre composée des confesseurs des religieuses. (D. Mart. Voy. Utt. t. I , part. Il , p. 5. ) On
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portait à la Grande église de Fontcvraiill les corps des religieux décédés, les religieuses jetaient l’eau bénite sur le dérunt. (D. Mart. Voj. Uti. t. 1, part. 11, p. 3.)
N* 55i. Plan de Tabbayc double de Fonlevraull.
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Les monastères doubles n’ètaient pas tous dirige^ par les femmes comme les précédents: on lit ces mots dans le Memoriale sanclorum de saint Eulogius, cap. x, lib. III : « Claustra fœminarum a cellulis monachorum altis iuterjeclis disparata maceriis, iicet unius patris gubernaculo regerentur. •
Originairement les monastères de E’rémontré étaient doubles; dom Martenno dit que, parcourant les archives de l'al)baye de Bellevaux, de cet ordre, dans le diocèse de Nevers, il reconnut que cette maison avait été fondée par un seigneur de Marmagne, qui avait embrassé la vie religieuse, ainsi que sa femme; il ajoute: «Car anciennement les monastères de Premontré éloient doubles, et proche du monastère des bommes ou en bàtissoit un de femmes. • (1). Mart. Voy. Ull, t. 1, p. 5a, et Gallia ckristiana, t. XIll, p. 848.)
Enfin, on verrait encore de nos jours un monastère double; .M. de Koisin a cité au congrès de Lille, en i843, une abbaye des bords du Rhin, occupée simultanément par des religieux et des religieuses; un mur sépare l’enceinte commune en deu.v parties distinctes. (Compte rendu du congrès de Lille,
Les Orientaux eurent comme nous des abbayes doubles; Ignace le diacre en cite dans .sa vie de Nicéphore, patriarche de Constantinople, n° ay; elles furent supprimées au second concile de Nicée, a* canon, en 787.
Les monastères de femmes étaient quelquefois sous la dépendance de monastères d'hommes; c’est ce qui arriva pour le prieuré d’Argenteuil, fondé au vu' siècle par Ermanric et Nummanc, sa femme, et approuvé par Clotaire III, en 665. L’abbaye de Saint-Denis avait la direction de cette maison, qui devint très-célèbre, car Charlemagne y mit sa sœur Tbéodrade et il fut rempli de religieuses de la famille royale et de
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la cour, jusqu'aux guerres des Normands. (.Abbé Lebeuf, .Argenleuil, l. IV.)