DISPOSITION DU BLINDAGE SUR LES CUIRASSES FRANÇAIS RECENTS
une période de transition C), et nous passerons de suite à la répartition de la cuirasse sur les navires les plus récents du même type.
2 15. Disposition du blindage sur les cuirassés récents.
— Sur les derniers cuirassés mis en chantier en France, on a établi, à la hauteur de la flottaison, uue bande cuirassée haute de 2™,00 environ, régnant de bout en bout; un pont blindé, horizontal ou à très peu près, rejoint les cans supérieurs de la cuirasse des deux bords en formant en quelque sorte le couvercle de cette botte blindée. Le blindage des flancs monte à 50 centimètres au-dessus de la flottaison. Dans la partie centrale, il est épais de 45 centimètres au can supérieur et de 25 centimètres au can inférieur. Ces épaisseurs sont conservées de la tourelle de Tavant à celle de l'arrière, c'est-à-dire sur 0,66 environ de la longueur du bâtiment. Au delà, l'épaisseur du can supérieur va en diminuant graduellement de manière à se réduire à 35 centimètres aux extrémités. La cuirasse du pont principal a une épaisseur constante de 70 millimètres, elle est appliquée sur un platelage formé de deux tôles d'acier, de iO millimètres chacune, de sorte que le pont représente au total une épaisseur de 90 millimètres.
Ce pont, qui ne peut être atteint que sous des incidences très faibles, constitue la partie vulnérable du système. Des expériences récentes ont montré que, si le bordé des œuvres légères était formé d'une simple tôle, un projectile portant seulement 25 kilos de mélinite, arrivant à 40 ou 50 centimètres au-dessus du can supérieur de la cuirasse, traverserait la tôle du bordé, et que, venant éclater à 2°',00 environ de la muraille, au contact du pont il briserait celui-ci sur une surface de i mèlrc et projetterait dans les fonds des débris d'un poids de 200 kilogrammes, animés de 60 à 70 mètres de vitesse à la seconde. Un pont pare-éclats ordinaire serait impuissant pour arrêter les projectiles ainsi créés par l'explosion de l'obus.
Pour se garantir contre cette éventualité, la première chose à faire est de chercher à provoquer l'explosion de cet obus avant la rencontre du pont blindé ; si on y arrive, tous les effets de l'explosion se produiront au-dessus, et le pont sera absolument indemne. On a disposé dans ce but sur les flancs, à la base des œuvres légères, une cuirasse de 100 millimètres d'épaisseur, appliquée sur un platelage formé de deux tôles d'acier de 10 millimètres de manière à constituer une épaisseur totale de 120 millimètres. Cette cuirasse de cofferdam monte à 1™,20 environ au-dessus du pont blindé. Une telle hauteur est suffisante, sur un bâtiment de 20 mètres de large, pour qu'un projectile qui a chance de toucher le pont, en venant du travers, rencontre d'abord la cuirasse des flancs, et, par conséquent, pour qu'il éclate avant d'arriver au contact du pont.
Seulement, il faut prévoir qu'avec des fusées retardées ou des explosifs autres que ceux qui ont servi aux expériences, cette protection elle-même
(*) Voir tome I, p. 166 et suivantes.
CHAP. XXIV. — CUIRASSEMENT
deviendrait insuffisante. D'un autre côté, tous les projectiles ne viendront pas du travers, le combat s'engagera et se livrera souvent en pointe, soit qu'on donne la chasse à un ennemi qui se dérobe, soit qu'on cherche à l'éviter. Une cuirasse de l'",20 de hauteur ne protège nullement le pont principal contre des coups semblables ; il faudrait pour cela des traverses blindées très hautes allant jusqu'au gaillard ou au spardeck, disposées non seulement aux extrémités, mais en certains points de la longueur, et plus ou moins éloignées, suivant la hauteur qu'on pourrait leur donner et suivant la longueur du bâtiment.
En l'absence d'une semblable protection, on doit s'attendre à ce que le pont sera perforé presque dès le début de Taction. On a donc dû chercher à arrêter les éclats, projetés dans les conditions que nous avons indiquées. A cet effet, on a remplacé l'ancien pare-éclats, très rudimentaire sur les cuirassés précédents^ par un faux-pont blindé, situé à la hauteur du can inférieur de la cuirasse de ceinture. Ce pare-éclats qui, comme on le sait, a été placé à une grande dislance du pont principal, a 40 millimètres d'épaisseur, piatelage compris. Il est formé, soit de deux tôles de 20 millimètres, soit de plaques de 30 millimètres appliquées sur un piatelage de 10 millimètres en un seul plan de tôles. L'espace compris entre ces deux ponts ne doit, bien entendu, être utilisé pour recevoir aucun des organes vitaux du navire, si on veut que la protection soit efficace.
La protection de la stabilité et de la flotlabililé comporte d'ailleurs, en dehors de ce cuirassement, l'établissement de deux tranches cellulaires. Tune entre les deux ponts blindés, étanche au pied et à la tête, l'autre audessus du pont blindé principal, étanche au pied seulement. Les communications se font par des tambours (') dont la plupart sont cuirassés. Toutes les ouvertures pratiquées dans le pont blindé sont entourées de surbaicx (*) cuirassés au-dessus du pont blindé principal.
Toute l'artillerie de gros et de moyen calibre, jusqu'aux pièces de 10 centimètres non comprises, est disposée en tourelles mobiles ; la partie fixe et la partie mobile de ces tourelles sont défendues par des cuirasses appliquées directement sur les platelages ; elles ont les épaisseurs suivantes :
Cuirasse mobile
Cuirasse fixe
Plafond . . . .
Muraille . . . .
Dessous . . . .
Abri des chefs de pièce
Tourelles de 30 et de 27 centimètres
0,09 piatelage compris 0,40 »
0,35 piatelage compris
Tourelles de 14 centimètres
0,03 piatelage compris 0,12 »
(1) Les tambours et les surbaux sont des entourages de panneaux ou d'écoutilUs dont on trouvera la description pins loin. Le surbau n'a qu'une hauteur modérée 30 centimètres à im,20, le tambour a même hauteur que l'entrepont.