DISPOSITION DU BUNDAGE SUR LES CUIRASSÉS FRANÇAIS RÉGENTS
Sur le trajet depuis le pont blindé jusqu'à proximité des pièces, les munitions pour les canons à tir rapide, depuis le calibre de iO centimètres jusqu'à ceux de 47 et de 27 millimètres, sont protégées par des tôles d'acier durci, d'une épaisseur de 3 centimètres, formant les faces de chacun des entourages rectangulaires qui constitue un passage de munitions.
Les postes de visée des tubes lance-torpilles sont blindés à 72 millimètres sans platelage.
Ënûn, le blockhaus est protégé par une cuirasse de 0'",35 sur la face avant et O^SO sur les côtés et l'arrière, y compris le platelage formé de deux tôles de iO millimètres. Le toit de Tabri est constitué par deux tôles de 25 millimètres chacune, et la plate-forme qui sert de plancher a une épaisseur de 30 millimètres. Le tube cuirassé, qui règne entre le blockhaus et le pont principal, est un cylindre d'une seule pièce de 50 centimètres de diamètre et de 25 centimètres d'épaisseur.
Dans ces conditions, le poids du cuirassement est d'environ 4 170 tonneaux pour 11 925 tonneaux de déplacement, soit les 0,35 environ.
Joint à un cloisonnement cellulaire suffisamment développé à la hauteur de la flottaison, cette disposition de cuirassement donne, toute question de prix à part, une protection très convenable contre les coups du travers, tirés par des canons à trajectoire tendue, les seuls en usage dans les différentes marines. Elle est moins satisfaisante, si on suppose que le combat s engage par l'avant ou l'arrière ; il est vrai, que dans ce cas, la cible offerte aux coups de l'ennemi est moins large, mais elle est beaucoup plus étendue. Sans nier l'utilité que présenteraient quelques traverses blindées, il faut reconnaître que le pont pare-éclats enlève d'ailleurs, comme il a été dit, une partie de sa valeur à cette objection.
Contre des canons à trajectoire courbe, lançant des projectiles qui tomberaient à peu près normalement sur le pont, la protection serait tout-àfait insuffisante. Hais bien qu*on ait, dans certains milieux, une tendance marquée à revenir à des canons d'une longueur modérée, ce qui est absolument logique, tant qu'on n'aura pas inventé de nouvelles poudres, ces canons ont encore une trajectoire tendue. Les mortiers, qui seraient véritablement dangereux par leur tir plongeant, ont une justesse de tir moindre qui a fait jusqu'ici rejeter leur emploi par les diverses marines. A bord des navires de guerre, un coup heureux de ces engins serait évidemment désastreux, et cela contribuera peut-être à éloigner les bâtiments de certaines côtes qui sont armées de semblables pièces de canon ; mais les navires de toutes les nations sont dans des conditions à peu près identiques au point de vue de la protection contre de tels coups ; et si un système semblait pouvoir mériter la préférence, ce serait théoriquement le procédé français avec les deux ponts blindés. Pratiquement, avec les épaisseurs qu'on ne peut dépasser pour les ponts dans le système de défense actuel, il y aurait à peu près équivalence entre tous les systèmes de protection contre cette éventualité, heureusement improbable pour le moment.
CHAP. XXIV. — CUIRASSEMENT
216. Disposition et poids de cuirasse sur les gardeeôtes et les canonnières cuirassées. — 11 ressort de ce que nous avons dit(Chap. X) que la disposition de la cuirasse sur les garde-côtes et les canonnières cuirassées, ne diffère pas de celle précédemment décrite à propos des grands cuirassés. Elle repose essenliellement sur Femploi d'une cuirasse épaisse sur les flancs et d'un pont blindé, plus ou moins épais, à la hauteur du can supérieur de la ceinture. Sur les derniers navires de la classe des garde-côtes (type Tréhouart), on a ajouté une cuirasse mince de cofTerdam.
La première partie du tableau suivant permet de se rendre compte de la façon dont a Avarié le rapport du poids de cuirasse au déplacement sur les principaux garde-côtes français. En le consultant, on s'aperçoit que la valeur de ce rapport est notablement plus grande sur ces bâtiments que sur les grands cuirassés mis en chantier simultanément. D'après la définition que nous avons donnée du rôle des garde-côtes cuirassés, c'était un résultat qu'on pouvait prévoir.
Les chiffres delà seconde partie du tableau, relatifs aux deux types les plus récents de canonnières cuirassées, montrent que le poids du blindage est également considérable sur ce dernier genre de bâtiments.
GARDB-GÔTBS CUIRASSÉS
Epaissear
Poids d
Rapport da poids du
Nom»
Date
(le la mise en
chantier
maxima de la ouirasie dei flancs
Déplacement D
de
cuirasse
bliadage an déplacement
Taureau
Bélier
Tempête
Tonnerre
Indomptable
Tréhouart
CANONNIERES CUIRA
SSEBS
Fusée
Achéron
2 17. Disposition de la cuirasse sur les cuirassés anglais. Décuirassement des extrémités. — On a vu (A' chap.X) que pour pouvoir augmenter la hauteur du blindage sans accroître par trop les dimensions du navire, on a supprimé, sur beaucoup de cuirassés étrangers, le blindage vertical des extrémités.
11 est permis^ en effet, de se demander si une cuirasse qui^ même en
CUIRASSEMENT DKS NAVIRES DE LA CLASSE nOYAL SOVERBIUN 75
supposant le navire lège, n'émergera pas de plus de 35 à 50 centimètres du bord attaqué, quand tous les canons tireront de ce bord, sera suffisante pour protéger la stabilité du navire et si Tentrée de l'eau, dans ces conditions, ne se produira pas d'une façon presque continue par les brèches qui seront certainement ouvertes au-dessus du can supérieur de la cuirasse. 11 peut, à bon droit, paraître inutile de disposer sur les flancs une cuirasse épaisse et pesante si la protection doit, en déCnitive, dépendre à peu près uniquement du pont blindé et du cloisonnement cellulaire.
Nous avons vu que ces considéralions avaient conduit sur les navires anglais à donner une hauteur beaucoup plus grande au-dessus de l'eau au can supérieur de la cuirasse. Mais alors, pour que le poids du blindage ne dépassât pas une fraction admissible du déplacement, il a fallu décuirasser les extrémités ; la boite blindée règne seulement sur une partie de la longueur et est fermée, à l'avant et à l'arrière, par une traverse cuirassée très épaisse. Au delà de ces traverses, la protection est obtenue en blindant un pont au-dessous de l'eau, et en disposant au-dessus une tranche cellulaire très compartimentée.
Autrement dit., on a voulu que dans la partie milieu la protection, à quelques décimètres au-dessus de Teau, fût entièrement due à la cuirasse, à l'exception presque complète de toute protection cellulaire. Tandis que devant l'impossibilité de donner à la fois à la cuirasse l épaisseur et l'étendue voulues, nous décuirassions dans le sens de la hauteur, les Anglais décuirassaient dans le sens de la longueur.
I^s figures ci-contre (346 à 353) montrent les transformations successives de la disposition du cuirassement sur les navires anglais. Nous allons nous occuper simplement de ceux mis en chantier en 1890 (classe Royal Sovereign) à laquelle appartient le Ramillies {fi g. 353).