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C. CUIRASSEMENT DES CROISEURS

221. Protection type. Pont blindé entièrement au-dessous de l*eau* =— La protection de tous les croiseurs, sans exception, est basée sur l'emploi d'un pont blindé surmonté d'une tranche cellulaire. Pour les très grands bâtiments dont nous nous sommes occupés jusqu'ici, le choix du mode de protection peut prêtera discussion ; on peut dire qu'en sacrifiant l'impénétrabilité relative de la muraille, l'eau entrera trop facilement à l'intérieur du navire; cette objection n'est pas sans valeur si la bande cuirassée est assez large, et si, par conséquent, on peut espérer que jamais il n'y aura de brèche au-dessous de la cuirasse, et qu'au-dessus l'eau n'atteindra jamais les brèches possibles, sauf dans les coups de roulis ou au passage des crêtes de lames par des temps assez peu maniables.

La meilleure protection serait celle d'une ceinture cuirassée qui réaliserait l'impénétrabilité à peu près absolue, sinon contre les projectiles pleins, de gros ou de moyen calibre, du moins contre la plupart des projectiles à explosifs puissants et des projectiles de petit calibre.

Mais, s'il est déjà très douteux que la ceinture de la plupart des navires cuirassés monte suffisamment haut au-dessus de la flottaison pour être réellement efficace, il est clair qu*un tel système de protection n'aurait aucune valeur pour des navires d'un moindre tonnage. En effet, à moins d'augmenter dans des proportions déraisonnables le déplacement et le coût du navire, on ne peut disposer que d'une bande étroite, s'élevant trop peu au-dessus de la ligne de flottaison et descendant trop peu au-dessous.

Donc, pour des bâtiments d'un tonnage modéré, la meilleure solution consisterait à employer un pont blindé, horizontal ou à faible bouge, dont

PROTECTION TYPE. PONT BLINDÉ ENTIÈREMENT AU-DESSOUS DR l'eAU 85

le lîvel serait assez bas pour que la protection soit efficace. Ce pont, placé entièrement au-dessous de l'eau, ne devant être rencontré par aucun projectile sous les angles d'incidence ordinaire, jouerait simplement le rôle d'un pare-éclats. Il ne serait pas desliné à préserver contre un projectile éclatant au contact, ce qui, comme nous le savons, exigerait une épaisseur considérable; il aurait simplement pour but d'arrêter les éclats qui seraient produits par une explosion ayant lieu à une certaine distance. La force vive de ces éclats serait d'ailleurs modérée parce que leur masse serait faible; en effet, les circonstances les plus défavorables (') correspondraient très probablement à l'éclatement d'un obus dans la tranche cellulaire, ce qui aurait pour résultat de détacher des morceaux de tôle de 3 à 8 millimètres d'épaisseur, peu lourds par conséquent, animés d*une vitesse de 60 à 80 mètres à la seconde. Pour arrêter de semblables éclats, un pont d'une épaisseur modérée, 3 à 4 centimètres, serait suf usant.

Ainsi compris, le pont protecteur des croiseurs est un simple pare-éclats. Son vrai rôle, c'est de protéger absolument les machines, les chaudières, la barre du gouvernail, les soutes à munitions.

Nous n'avons pas à revenir ici sur la mission si importante de la tranche cellulaire, dont nous avons eu bien souvent l'occasion de parler. On conçoit facilement que, par la combinaison d'un compartimentage bien compris avec un pont à l'abri du choc direct des obus, on réalise un bâtiment merveilleusement défendu contre les projectiles modernes, tout en ramenant le prix de la protection à un taux extrêmement faible. Evidemment la plupart des projectiles traverseront; mais avec une tranche cellulaire bien faite, l'inconvénient d'une rentrée d'eau bous parât t assez faible vis-à-vis des dégùts que pourrait causer un seul projectile explosant au-dessus des machines et des chaudières d'un bâtiment dont le pont ne serait pas capable d'arrêter les éclats.

L'économie de poids est impossible à chiffrer : avec un pont en plusieurs épaisseurs de tôle, horizontal ou à peu près, on réalise une protection qui, avec une cuirasse de 50 centimètres et un pont disposé autrement exigerait encore pour être obtenue l'addition d'un pare-éclats ayant, au minimum, la même épaisseur que lorsqu'il n'y a pas de cuirasse de flancs. L'économie de prix résulte d'abord de l'économie de poids, et ensuite de la suppression de toute plaque de cuirasse ou de l'emploi de plaques de pont peu épaisses qui, à vrai dire, sont simplement de grosses tôles et auxquelles on n'a pas à donner de formes compliquées.

Telle est, en résumé, la base du système de protection des croiseurs. Nous en avons vu deux applications rigoureuses en décrivant la charpente d'un croiseur français et d'un petit croiseur anglais (tome I, p. 212 à 228).

(*) Celles où les projectiles créés par l'explosion seraient doués de la plus grande force de pénétration.

86 CHA.P, XXIV. — CUIRASSEMENT

!232« Protection avec pont blindé partiellement au* dessus de Teau. — Malheureusement, lorsqu'il s'agit d'un grand navire, on est obligé de s^écarter un peu du type que nous venons d'es* quisser, type qui est véritablement celui du navire de combat nioderne. En effet, il est bien difficile, sur les grands croiseurs qui ont des machines très puissantes, de trouver la hauteur suffisante pour loger l'appareil moteur et évaporatoire en abaissant le pont blindé assez bas pour le soustraire au choc direct des projectiles. On est amené, par conséquent, à relever le pont dans la partie centrale, et à admettre que, sur une bonne partie de la longueur, sa ligne milieu montera à 40 ou SO centimètres au-dessus de la flottaison. On est d'autant plus porté à accepter ce sacriQce que la supériorité des machines verticales paratt bien établie et qu'on a renoncé, par suite, aux machines horizontales moins hautes et plus faciles à protéger (').

De là, la forme en dos de tortue qu'affectent les ponts protecteurs de la plupart des croiseurs récents. Si on conserve uniquement le pont blindé et la tranche cellulaire comme protection, sans admettre de cuirasse sur les flancs, le livet du pont ne peut naturellement être remonté. D'autre part, la partie centrale devant être beaucoup plus élevée et conserver une forme à peu près horizontale pour rendre possible le logement des machines et des chaudières, on est naturellement conduit à la disposition en dos de tortue.

La solution à laquelle on arrive ainsi est bien moins avantageuse que la précédente. La forme de talus donnée au pont en abord n'est a priori ni meilleure ni plus mauvaise au point de vue de la stabilité ; tout dépend de la hauteur de la ligne milieu du pont au-dessus de l'eau ainsi que du oom* partimentage. Mais ce qui importe surtout, en supposant la tranche cellu* iairo parfaitement étudiée, c'est que le pont ne joue plus uniquement le rôle de paro-éclats ; une grande partie de sa surface est exposée à subir le choc direct des projectiles et il devient indispensable de chercher h arrêter ceux-ci.

On établit alors, comme nous l'avons dit, des pare-éclats dans les chambres de machines et de chaudières. Mais ces pare-éclats ne peuvent évidemment être mis à une distance assez grande du pont protecteur, ni être faits assez épais, ni assez solidement tenus, pour garantir d'une manière absolue les appareils moteurs et évaporatoires. Car» si celte condition pouvait être remplie, on aurait atteint le but plus simplement et à moins de frais en descendant le pont blindé à la hauteur du pare-éclats devenu inutile.

Bref, le pont prolecteur, partiellement au-dessus de la flottaison, est dans des conditions tout aussi fâcheuses que le serait un pont de cuirassé sans blindage mince au pied des œuvres légères. Les mêmes considérations

(1) Notons cependant que l'emploi de trois hélices sur des navires de guerre récents, cuirassés et croiseurs, permet de réduire la hauteur de l'appareil moteur et est favorable à la protection.

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CROISEURS GUIRASSéS

coaduisent évidemment au même mode de proteclion. Il est naturel^ pour rétablir le pont protecteur dans son office do pare*éclats, de chercher à provoquer l'explosion du projectile avant qu'il n'arrive au contact de ce pont, et Tutilité d'une cuirasse mince placée sur les flancs, à cet effet, n'est pas discutable.

293. Croiseurs cuirassés. — Dès qu'il s*agit d'un grand croiseur dans la construction duquel on n'est pas limité d'une manière très étroite par la question de poids, il est prudent de compléter la protection au

Dupuy-de-Lême £=120 6300 1887

Charner 4 750

Fig. 358

moyen d'un blindage mince installé sur les flancs. Cetto cuirasse part du livet du pont protecteur, elle doit monter assez haut pour qu'au roulis aucun coup plongeant^ incliné de moins de 6 à 8° sur l'horizontale, ne

CHAP. XXIV. — CUIRASSEMENT

puisse rencontrer le pont. La protection de ces navires repose donc exactement sur les mêmes principes que celle des grands cuirassés italiens.

On voit également que les croiseurs cuirassés ressemblent, comme protectection des flancs, aux premiers cuirassés tels que la Gloire et V Héroïne, On s'en rend aisément compte en comparant les fig, 357 et 358, qui représentent respectivement le Dupuy-de-Lôme et le Charner, à la fig. 340 qui montre le cuirassement de V Héroïne y et aux fig, 346 et 347 relatives aux cuirassés anglais Warrior et Bellerophon, Aussi l'Angleterre qui avait construit ses premiers cuirassés en fer a pu en transformer un certain nombre en croiseurs. En changeant les machines et les chaudières et en ajoutant un pont blindé, elle a obtenu, avec une dépense relativement minime, des croiseurs cuirassés, de second ordre évidemment, mais capables de rendre encore de bons services.

Voici les principales données relatives au cuirassement de quelques croiseurs cuirassés français :

Epaissear dn blindage

Rapport dn poids de

Date de

Déplace-

Poids

cuira896

Noms

en chantier

Flanc»

Pont dans la partie

ment D

de enirasse P

an déptaee-

moDt

horizontale

Dupuy-de-Lôme .

6 300tx

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