‹ Architecture navale; construction pratique des navires de guerreChapitre 50 sur 290 · COMPARAISON DES CUIRASSES VERTICALES ET INCUNEES · texte numérisé non relu

COMPARAISON DES CUIRASSES VERTICALES ET INCUNEES

Dans la pratique le bâtiment roulera. On peut poser en fait qu on ne se battra guère par très mauvaise mer ; mais il est certainement possible qu'un bâtiment donnant à certains moments une bande de 10» soit exposé à recevoir des projectiles. D'un autre côté, même en admettant que la lutte s'engage à grande distance, on doit supposer que les deux adversaires se rapprocheront au cours de l'action ; les coups pourront être tirés à des distances telles que, au moment où il touchera, le projectile fasse un angle de 5* par exemple avec l'horizontale. La conséquence est évidente: un talus incliné de io^ sur la verticale est aussi exposé à recevoir normalement les projectiles qu'une muraille verticale ; il suflira pour cela qu'au roulis, le navire s'incline d'environ iO* de manière à se rapprocher de la verticale.

Mais alors la cuirassé» du talus étant appelée à recevoir les mêmes projectiles, exactement dans les mômes conditions qu'une cuirasse de flancs verticale, il n'y a aucune raison de diminuer l'épaisseur du blindage ; cest à partir de 15^ seulement quon powra faire décroître V épaisseur de la portion inclinée.

Tant qu'on n'aura pas donné au talus une inclinaison supérieure à 1j% le poids sera plus grand que si la cuirasse était verticale, on aura en effet un poids Pj

"^ ~ Cos cp

Pour 13»

Au-delà l'épaisseur sera régie par la loi

e^ = e Cos («p — 15) 7

et l'économie de poids due au talus, s'il y en a une, sera donnée par le rapport

P, — P C^ e Cos (<p — 15) r — /'c Cos (^ — 15) T ~~P — ' hi "= ù^ ^

le rapport des poids du talus et de la cuirasse verticale sera :

p^ ^ Cos (y — 15) T

P Cos cp

il y aura égalité pour

iO

Cos {o — 15) y = Cos o

Dans les limites où les formules sont applicables, le premier terme reste toujours supérieur au second.

Nous tirerons de ces calculs des conséquences très importantes :

1"» A égalité de résistance^ en considérant seulement le navire dans la position la plus défavorable, une cuirasse inclinée de 0 à 40« swr la verticale pèse plus qu'une cuirasse de flancs verticale appliquée contre la muraille.

Les épaisseurs des plaques du talus doivent être réglées de la façon suivante :

Cl, étant répaisseur du talus;

Cy l'épaisseur de la cuirasse verticale ;

9, rinclinaison -du talus.

Pour un talus incliné de moins de 15®, l'épaisseur doit être la même que si les plaques n'étaient pas inclinées.

Pour un talus incliné de lo à 40», l'épaisseur doit être réglée d'après la formule

ei =

= eCos (o — 15) ij-

it le calcul on trouve

pour œ = 15°

Cl = c X 0,99

ei = eX 0,95

P, = 1.10oP

e, = eX 0.9i

Pi = 1,111 P

Pi = 1,121 P

11 résulte de là que le poids de la cuirasse inclinée est supérieur au poids de la cuirasse verticale d'environ 4 7o si le talus est incliné à lo», et de 10 à 11 ^/o s'il est incliné de 30 à 35». Quelle que soit Vinclinaison du talus, tant que cette inclinaison reste dans les limites de 20 à 40°, il est notablement supérieur au poids de la cuirasse verticale.

Au delà de 40°, on tirerait des formules précédentes

pour ç

e, = 0,7Sc

Pi = 1,170 P

e^ = O.eie

Mais nous avons déjà dit qu'on n'avait pas le droit d'appliquer ces formules [uand l'angle du projectile avec la verticale^dépassait 25 à 30°. •y Cependant, grâce à ^économie qu'on ix'alise sur la cuirasse du pont hori-

ÉPAISSEUR A DONNER AU BLINDAGE d'uN PONT HORIZONTAL 103

soRtai» il y a probablement un certain bénéfice au point de vue du poids à employer la disposition en dos de tortue.

Nous disons probablement parce que nous ignorons quelle épaisseur il con- Tientde donner au pont horizontal pour lui assurer contre un projectile plein une résistance équivalente a celle d*une cuirasse verticale, d'épaisseur donnée. Par exemple, il peut se faire que, si on suppose un pont de 40 millimètres bien proportionné pour une cuirasse de ^00, on trouve un léger bénéfice pour une inclinaison donnée du talus. Si, par hasard» c'était seulement 2 centimètres qu'il aurait fallu donner à la cuirasse du pont pour réaliser l'égalité de protection, à parité des autres conditions, l'économie pourrait se changer en une perte surtout si le talus est peu incliné.

En faisant ces calculs nous n'avons pas eu pour but de trouver des résultats d'une exactitude absolue ; cela est impossible en partant de formules qui, comme il arrive souvent, ne tiennent compte que d'une très faible partie des phénomènes. Si nous avions eu cette prétention nous aurions donné la préférence à la formule de M. Louel (voir p. 142) dont nous croyons l'approximation supérieure à celle de la formule (2) qui nous a servi de point de départ. Nous nous sommes simplement proposé de montrer, en nous appuyant sur les formules universellement admises, que l'économie des ponts en dos de tortue est loin d'être aussi considérable qu'on le pense généralement. Comme la forme de carapace est défavorable au point de vue de la stabilité à cause du talus dans lequel l'eau peut pénétrer, il y aurait môme, tout compte fait, plutôt désavantage à l'employer s'il n'y avait deux motifs sérieux qui sont les suivants :

1 ** Le fait expérimental que les projectiles rencontrant une cuirasse sous un angle s'écartant de la normale ont plus de chance d'être brisés.

2* Le moindre coût de la construction comparée à celui d'un bâtiment à cuirasse de flancs vei^ticale et pont honzontal.

Ce sont en définitive les raisons qui nous paraissent surtout militer en faveur de l'adoption de la forme en dos de tortue lorsqu'on ne peut conserver le pont entièrement sous l'eau.

B. Proportionnalité de Vépaisseur des ponts blindés à Vépaisseiir des cuirasses verticales de flancs et des cuirasses de talus.

Nous venons de montrer que l'épaisseur de la cuirasse du talus pouvait être calculée en admettant certaines hypothèses concernant les roulis admissibles pendant qu'un navire sera capable de se battre, et l'inclinaison des projectiles sur Thorizontale passant par le point d'impact. Nous avons vu

qu'en combinant ces deux éléments, on était en droit d'envisager une cuirasse inclinée de Jo» sur l'horizon comme appelée à être frappée normalement par des projectiles. Nous n'avons pas besoin de faire remarquer que CCS hypothèses, très plausibles, sont des plus modérées; certaines personnes admettent des angles de 20° et même plus. Mais en même temps nous nous sommes servi de la formule

Cos cp

qui est vérifiée par de très nombreuses expériences tant que Fangle ç que fait la direction du projectile avec la normale au point d'impact ne dépasse pas 25 à 350, mais qu on n'a nullement le droit de prolonger au delà. Cette formule ne s'applique plus dès que l'angle cp est supérieur à Tangle formé par la tangente à la pointe avec Taxe du projectile.

Que se passe -t-il lorsque l'angle d'incidence dépasse cette valeur? Voici ce qu'on paraît avoir conclu en France des expériences de Gàvre. — Au delà de l'angle d'incidence de 30®, les projectiles trempés qui viennent choquer la plaque sont brisés, et si leurs fragments n'ont pas individuellement Ténergie nécessaire pour traverser la plaque en tir normal, ces fragments font ricochet.

Quand l'angle d'incidence est supérieur à 44° (angle ogival moyen du projectile de rupture français) le projectile n'entame pas le blindage et fait ricochet sans occasionner de grands dégAts.

Toutefois, il est plus généralement admis que c'est seulement l'angle d'incidence de 60^ avec la normale qu'on peut regarder avec sécurité comme celui au delà duquel les projectiles n'entament plus le blindage en acier.

Mais cela ne saurait être vrai sous une forme aussi générale. L'épaisseur de la plaque intervient. Si la plaque était remplacée par une tôle de i ou 2 millimètres, un gros boulet passerait à travers sous son propre poids. Toutes ces questions ne peuvent se discuter avec fruit qu'en partant d'expériences concluantes et de chiffres sûrs.

Malheureusement les renseignements sûrs ne sont pas très nombreux. Aussi quand nous nous posons cette question qui intéresse au plus haut point le constructeur de navires : « Quelle est, aux grands angles d'incidence, la relation qui existe entre l'épaisseur de la plaque et la vitesse du projectile ou sa force \iye pour que le phénomène du ricochet se produise sûrement? » nous ne pouvons répondre qu'une chose : « Nous l'ignorons; il est très possible et même probable que pour des projectiles dont la force vive au choc est assez différente, une épaisseur à peu près constante suffise ». C'est ce qu'on paraît admettre. Des bâtiments, à peine défendus dans le talus, ont des cuirasses de pont aussi épaisses que ceux dont le talus est fortement blindé.

ÉPAISSEUR A DONNER AO BLINDAGE d'uN PONT HORIZONTAL 105

Nous citons au hasard les chiffres suivants, en ne tenant pas compte du plus ou moins d'inclinaison de la cuirasse.

Epaisseui Flaoci

>s toutes

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