MÉTAL DES PLAQUES
Il faut dôjà 25 cenlimèlres d'acier doux contre les pièces à tir rapide de 15 cenlimèlres à 2000 mètres de distance, il faudra 30 centimètres quand la vitesse initiale sera de 1000 mètres.
Avec les plaques en acier au nickel du Creusot, essayées à Annapolis, à Okhta et à Gâvre, on a obtenu une résistance à la perforation égale ou à très peu près à celle de l'acier, avec des fentes de peu d'importance. Le nickel améliore la texture de l'acier, et le rend beaucoup moins susceptible de se fendre, i^es plaques se fragmentent un peu plus sous l'action des gros projectiles, tirés à faible vitesse (coups contondants), que sous celle des projectiles, tirés à grande vitesse, qui agissent à la façon d'un poinçon.
Il est évidemment très précieux de supprimer la fragmentation ; mais il serait très avantageux de pouvoir en même temps durcir la plaque, au moins à Textérieur, de manière à déterminer, s'il est possible, la rupture des projectiles en acier. Le durcissement de la surface présente une grande importance à cet égard; car, aussitôt que le projectile a pu se frayer un passage dans la plaque, il semble que la réaction des parois du trou tende à consolider l'obus, et prévienne ainsi la rupture. On ne peut donc plus obtenir cet effet, s*il n'a élé déterminé par le choc. Voici à ce sujet une expérience de Shœhuryness qui est probante : un projectile qui se brise en venant fraj)per une plaque en métal dur devient capable de traverser celle-ci, si on place devant elle une autre plaque en fer.
On a donc été amené à chercher à donner une dureté plus grande, soit à toute la plaque, soit simplement à sa surface extérieure. Kn France, on a opéré sur tout le métal de la plaque. La Compagnie des Forges et Aciéries de la Marine est parvenue à fabriquer des plaques homogènes en acier au chrome et au nickel (2 7o environ de nickel, 0,5 % ^^ chrome, 0,099 de carbone) ; ces plaques se comportent comme le fer au point de vue des fentes; elles ont une résistance à la pénétration de 25 °;'o supérieure à celle des plaques en acier ordinaire. Au point de vue de la résistance à la perforation, on peut dire qu'elles tiennent le milieu entre l'acier du Creusot et l'acier chromé.
En Angleterre et en Amérique, on a cherché la sobilion du problème dans un durcissement superficiel de la plaque.
En Angleterre, on a fabriqué des plaques en métal compound, dont la couverte est durcie par le procédé Tressider (^) qui consiste à tremper l'acier par une douche d'eau froide.
Le procédé Jlarvey, appliqué dans l'usine de M. Phipps Carnegie et h Bethlehem, consiste en une sorte de cémentation progressive, par l'elTet de laquelle la plaque se trouve amenée à une teneur en carbone régulièrement décroissante depuis la face avant jusqu'à une certaine distance à l'intérieur;
(*) Nous avons donné la description des proc^d»'*3 Tressider et Ilnvvey dans une t^tude intitulée « Les progrès récents de la Marine ». Revue Générale des Sciences^ 30 Juillet 1893.
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pour une plaque de 265 millimètres on pousse la carburation jusqu'à 75 millimètres; la plaque est ensuite trempée. Le procédé Harvey parait ne pas améliorer sensiblement les plaques en acier ou en acier au nickel peu carburé ; au contraire les plaques très carburées présentent après cémentation et trempe une résistance à la pénétration très supérieure à celle obtenue jusqu'ici. Les résultats donnés par ces dernières plaques sont extrêmement remarquables : des cuirasses qui étaient, dans certaines conditions de tir, perforées par tous les projectiles de calibre supérieur à 254, arrêtent, après cémentation, les obus de rupture de 355. Il paraît résulter des expériences faites à Annapolis, à Okbta et à Gàvre que Taugmentation de vitesse initiale qu*il faut donner au projectile pour traverser, après cémentation, une plaque d'épaisseur donnée est de 37 ^/^ environ.
Il semble donc acquis aujourd'bui que, soit en durcissant par cémentation la surface extérieure de la plaque, soit en employant des aciers spéciaux dans la composition desquels entre une matière durcissante, telle que le chrome, on peut obtenir des surfaces extrêmement dures, capables de briser le projectile, ce qui est le desideratum à réaliser. Le procédé qui consiste à cémenler les plaques paraît surtout appelé à un grand avenir. Il est très possible d'ailleurs qu'en appliquant la cémentation aux aciers extraordinairement résistants et peu fragiles obtenus par les usines françaises, on améliore encore la résistance déjà très remarquable de ces plaques.
En tout cas, quel que soit le procédé employé, on peut donner une idée du progrès déjà réalisé en disant qu'aujourd'hui un bâtiment cuirassé à la flottaison avec certaines nouvelles plaques de 45 centimètres n'aurait rien à redouter, dans ses œuvres-vives, de la plus forte artillerie de côtes ; à une distance de 2 000 mètres et même moins, aucun projectile de rupture ne perforerait actuellement une semblable ceinture.
Pour les blindages peu épais, jusqu'à 60 millimètres, on utilise le plus souvent des aciers spéciaux ou des aciers durcis qui présentent une résistance à la perforation beaucoup plus considérable que l'acier ordinaire.
Pour les ponts, on a longtemps eu recours à des plaques eu fer dans le but d'éviter les fentes par lesquelles l'eau aurait pu tomber dans les fonds. Aujourd'hui, on emploie l'acier extra-doux et quelquefois des aciers spéciaux peu susceptibles de se fragmenter. Les aciers dans la composition desquels il entre du nickel sont évidemment bien préférables au fer : ils offrent les mêmes avantages que ce dernier métal en ce qui concerne la fragmentation et ont une résistance bien supérieure.
Au point de vue de l'emploi de tôles et de plaques en aoier au nickel ou au chrome, ou au chrome et au nickel pour la bande de flottaison, il serait intéressant de savoir si ces métaux nouveaux occupent dans la série électrolylique une place assez rapprochée de l'acier ordinaire pour qu'on n'ait pas à craindre une corrosion rapide de la carène des navires dans lesquels la flottaison serait protégée par des plaques de cette espèce.