CHAPITRE PREMIER
Les Eglises. Procédés de voûte. — Coupoles et voûtes en berceau. — Plan ; Arcs; Piliers; Baies ; Façade ; Clochers. — Ornementation. — Les diverses Ecoles romanes : Provence, Poitou, Auvergne, Normandie, Bourgogne, région du Rhin, Ile-de-France.
DANS les régions occidentales del'Europe, oîa les hommes de l'époque quaternaire avaient édifié les menhirs et les dolmens, des invasions successives de peuples nouveaux étaient survenues, chassant ces premiers architectes de la pierre. Les Gaulois, peuple ciui s'y trouvait fixé à l'époque des premiers développements de l'architecture romaine, n'étaient pas soucieux, comme leurs prédécesseurs, de bien bâtir ; ils travaillaient adroitement les métaux et nous ont laissé des bijoux etdes ustensiles d'un art remarquable; mais ils se contentaient pour leurs habitations personnelles, de huttes grossières; — pour leurs monuments publics, de pierres énormes, simplementornées de rainuresen zigzags.
La conquête de la Gaule par les Ro-
mains eut pour résultat rapide de couvrir leur pays d'édifices que les Gaulois eux-mêmes, avec une habileté variable, copièrent sur ceux de l'Italie. Puis, à partir du viir siècle, grâce à l'essor intellectuel et artistique qui correspond au règne de Charlemagne, grâce aussi à l'influence de l'architecture byzantine, de grandes différences s'établirent entre les méthodes employées par les constructeurs gallo-romains (on dira désormais romans et celles qu'employaient les constructeurs romains d'autrefois.
Ils n'avaient d'abord apporté aucune modification pour leurs églises au plan de la basilique latine; celui-ci consistait, comme on l'a vu, dans un long rectangle divisé en galeries parallèles à l'aide de colonnes; la galerie centrale, plus élevée.
LES STYLES
Hhot. ntry.
Ravenne. — Lglise Saint- Vital (Intérieur). La décoration a été entièrement remaniée à l'époque moderne, mais on voit comment les piliers étaient disposés pour supporter la voûte en coupole.
S'appelait nef, les galeries latérales bascôtés; a une extrémité de la nef se développait en demi-cercle Vabside où se trouvait l'autel; à l'extrémité opposée s'ouvrait l'entrée principale, souvent précédée d'une cour garnie d'un portique, ou atrium. Ce plan, on le retrouve aussi bien dans les églises gallo-romaines de Saint-Martin de Tours ou de Saint- Pierre de Vienne, que dans les grands édifices romains de Saint-Paul-Hors-les- Murs, de Saint-Laurent-Sainte-Agnès, ou des deux Saint-Apollinaire. Mais les constructeurs romans furent obligés de l'abandonner dès qu'ils voulurent modifier le modedecouverturede leurs églises; ils ne pouvaient en effet ni les couvrir, comme dans les contrées méridionales, avec des dalles, car les blocs de pierre assez résistante et assez vaste leur faisaient défaut; ni les couvrir uniquement en charpente car le feu, toujours à redouter dans une contrée où il fallait éclairer et chauffer artificiellement une grande partie de l'année, détruisait déjà la plupart de leurs monuments. Il ne leur restait qu'un procédé : la voûte.
Dans le Midi de la France, sous l'infiuence bvzantine, ils employèrent la voûte en coupole et dans ce cas, ou bien le plan de l'église affectait l'image d'une croix latine (i) et la nef était partagée en plusieurs carrés, chacun étant recouvert d'une coupole ainsi à Fontevrauh) ; ou bien il affectait l'image d'une croix grecque à branches égales — d'où quatre coupoles pour les branches et une pour la surface de leur croisement (ainsi à Saint-Front de Périgueux).
La difficulté et la fragilité de ce mode de construction en empêchèrent la diffusion. Dans le nord, les architectes romans s'évertuèrent à tirer parti de la voûte en berceau, ce demi-cylindre de pierres assemblées qui porte sur deux parois parallèles. Elle avait de grands défauts; elle ne pouvait avoir une large portée et les deux parois qui la soute-
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Périgueux. — Eglise Saint-Front (commencée à la fin du x" siècle). On distingue dans la partie supérieure le-* amorces des coupoles qui recouvrent chacune des quatre branches de son plan et le carré du transept.
(i) Croix latine : dont une branche est plus longue qut les trois autres.
Poitiers. — Temple Saint-Jean.
Autrefois baptistère, aujourd'liui musée. Restauré récemment. Remarquer les arcs en plein cintre qui de colonne à colonne soutiennent le poids des murs.
naient devaient être très rapprochées; charges, non plus sur toute la longueur de plus, elle chargeait si lourdement ces des parois, m a i s s e u 1 e m e n t en d e s p o in t s
parois, qu'il était dangereux d'y ouvrir de larges percées et qu'on était obligé de renoncer aux basc ôtés communiquant avec la nef, et de n'avoir que des ouvertures étroites et rares. Toute l'ingéniosité des constructeurs romans tendit à parer à ces inconvénients en bandant sous les voûtes, soit parallèlement, soit perpendiculairement à leur axe,des arcs de pierre épais et solides, dits
déterminés. Il suffit donc désormais de faire porter ces arcs sur des piliers pour pouvoir établir des bas-côtés parallèles à la nef et communiquant avec elle; d'autre part, il suffit de munir les baies d'arcs de décharge pour pouvoir les faire plus larges et plus hautes.
De ce principe de construction découlent toutes les caractéristiques de l'archiiecture romane.
I . Plan. — Le plan revient à celui de la croixlatine; la nef est munie, aux deux
arcs-doubleaux, qui d'une part servant tiers de sa longueur, de deux bras perde cintres permanents consolidaient ces pendiculaires et égaux constituant le voûtes, et d'autre part répartissaient les transept: on nomme carre Jz^ transept \c
l'hot. Vilry.
Ravennk. — Eglise Saint-Vital (vi' siècle). .\u-dessus de la masse de l'édiBce se dresse la tour octogonale qui Cil voûtée en coupole.
LES STYLES
point de croisement des deux brandies.
Au delà du carré s'étend le chœur, séparé
Plan d'une éalise romane.
A. Absides s'ouvrant sur le pourtour du chœur. — B. Chreur — C. Transept. — D. Nef bordée de ses collatéraux.
de la nef par une grille; puis l'abside, en forme de demi-cercle et voûtée en culde-four. La nef peut être bordée d'un ou
Paris. — Eglise Saint-l'ierre de Montmartre (xii* siècle,.
Bases de piliers romans
de plusieurs bas-côtés qui, ou bien se terminent comme elle par des absidioles.
ou petites absides; ou bien font le tour du chœur, séparant celui-ci de l'abside. Les bas-côtés sont eux-mêmes voûtés soit en berceau soit en demi-berceau quart de cercle ; dans le premier cas, le sommet de leur voûte n'atteint pas la base de celle de la nef, par conséquent la nef peut être éclairée directement par des fenêtres ouvertes au-dessus du toit des bas-côtés; dans le second cas, au contraire, ce sommet vient buter la voûte de la nef à sa base, par conséquent, plus de
Paris- — Eglise Saint-Julien-le-Pauvre
l'xii" siècle).
Piliers de la nef ronds et unis. Ils sont reliés entre eux par des arcs en plein cintre et réunis avec lemur du bas-côté par des arcs en ogive, postérieurs.
fenêtres possibles : la lumière ne provient que des fenêtres ouvertes dans le mur extérifur du bas-côté.
2. Arc y. — Les arcs qui joignent les piliers et séparent la nef des bascôtés, comme ceux qui souiiennent les voûtes et ceux enrtn qui amortissent les baies, sont en plein cintre.
3. PJJjjuus. — Les piliers sont carrés ou ronds, et flanqués généralement de demi-colonnes supportant les arcs-doublcaux. Au début, on employa beaucoup
LARCHITEC TURK
de colonnes antiques, empruntées aux « clochers » sont plus ou moins élevés, ruines gallo-romaines. plus ou moins nombreux. Lorsqu'il n'y
en a qu'un, il se dresse généralement au
4. Baies. — Les murs étant épais et centre de la façade; s'il y en a deux, le
les baies étroites, pour que les fenêtres second se trouve au carré du transept;
procurent le plus possible de lumière et à partir de la fin du xf siècle, il n'est pas
que les portes ne ressemblent pas à des rare d'en voir trois : deux à la façade et
un au carré du transept. Ils sont carrés ou octogonaux, àdeux étages, marqués chacun par un rang de
couloirs, on abat leursangles;rébrasement ainsi produit est orné de moulures reposant sur des colon nettes.
La partie supérieure des portails, comprise sous la demi-circonférence que décrit son archivolte est appelée tympan : c'est généralement un basrelief représentant le Christ entouré des quatre animaux, ou de scènes du Jugement deinier.