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CHAPITRE IV

Angleterre. — Allemagne. — Pays-Bas. — Italie. — Espagne. — Palestine et Ile de Chypre.

LES styles roman et gothique sont, par excellence, des styles français et c'est sur le territoire de notre pays que l'on rencontre leurs plus belles créations ; tous les édifices des pays limitrophes en sont inspirés et beaucoup de belles églises d'Allemagne, de Belgique, d'Angleterre, d'Italie ou d'Espagne ne se distinguent pas, à première vue, des églises des provinces de France qui les avoisinent. Toutefois, certaines particularités de construction se localisent peu à peu; c'est ainsi qu'en Allemagne on rencontre beaucoup d'églises à trois nefs égales.

Mais ce qui caractérise le plus les églises de ce pays, c'est que le style

gothique n'y ayant qu'assez tard, à la fin du xiii'' siècle, supplanté le style roman, celui-ci confère aux monuments un aspect de lourdeur qu'on retrouve à peu près dans tous les édifices germaniques. Ce caractère se retrouve dans l'architecture des Pays-Bas, oîi il est racheté par l'habileté d'une décoration sculpturale extrêmement abondante et variée.

C'est en Angleterresurtoutque la physionomie des monuments acquiert un caractère spécial. Les silhouettes des églises sont généralement très accentuées; on aime dans ce pays les formes nettes, géométriques, simplifiées parfois jusqu'à la sécheresse, on voit beaucoup d'absides carrées, largement ouvertes et munies de

LES STYLES

vitraux qui ne sont point maintenus par des meneaux de pierre. Le stvle flam-

LoNDRES. — Eglise de Westminster (xiii' siècle).

boyanty paraît peu; les arcs conservent la forme triangulaire, puis surbaissée, des premières époques de l'art gothique

Trkvks. — Hôtel de Ville xiii siècle .

français; les Anglais demeurèrent plus longtemps que nous fidèles à ce stvle et

au milieu du xvii« siècle ils l'employaient couramment encore. Il faut noter aussi que les châteaux de plaisance ont remplacé chez eux, beaucoup plus tôt que chez nous, les châteaux fortifiés et que leur architecture civile, tout en conservant les aspects extérieurs de l'art gothique avait perdu dès le xiv- siècle tout caractère défensif.

On a cru longtemps que l'importation du style gothique en Italie était due aux architectes allemands; cependant on ne connaît guère que la cathédrale de Milan qui accuse nettement une origine

Strasbourg. — l.a Cathédrale.

germanique; toutes les autres, au contraire, se rattachent plutôt aux monuments français. C'est de la France, en effet, que l'architecture gothique est venue en Italie, surtout après que les princes angevins se furent installés en Sicile. Il s'v produisit alors un mouvement analogue à celui qui se produira en France lorsqu'elle empruntera à l'Italie l'architecture de la Renaissance, avec cette différence toutefois que l'Italie ne tirera jamais du gothique des créations originales comme la France en tirera de la Renaissance italienne. Comme l'a observé M. Enlart, « la franchise et la

rigueur de logique qui sont l'essence même de ce style s'accommodaient mal avec les traditions artistiques du peuple romain et avec le tempérament d'une race plus sentimentale que logicienne, plus habile dans l'art d'arranger que créatrice, et qui n'aime guère la vérité qu'embellie ».

En Espagne, l'art roman ne se trouvait pas, à ses débuts, comme dans les régions septentrionales, en présence seulement d'édifices bas-latins, mais surtout de constructions mauresques dont les caractéristiques : arcs en fer à cheval,

dentale, tant gothique que romane, dans la région orientale du bassin de la Médi-

Bhuges. — Les Halles et le Befl'roi édifiés de 1284 à 1291.

placages de stuc, panneaux sculptés d'arabesques, se rencontrent, jusqu'au xi^ siècle, dans des églises inspirées, par ailleurs, de l'art roman. L'architecture gothique elle-même n'échappe pas à cette influence — qui ne s'exerce cependant plus d'une façon vivace — et quoique se rapprochant beaucoup des cathédrales du Midi de la France les cathédrales espagnoles sont ornées souvent avec une fougue et une bizarrerie toutes mauresques.

Enfin, il importe de ne pas oublier la floraison lointaine de l'architecture occi-

OuDENARDE. — Hôtcl dc \'ille (Début du XVI' siècle).

terranée. Elle est due aux relations constantes du christianisme avec les pays qui furent le berceau de son histoire. En Palestine, par exemple, on a élevé selon les principes de l'architecture romane une quantité d'édifices religieux et civils qui se sont parfaitement accommodés aux conditions particulières du climat et

Skvili.e. — L'Alcazar.

où l'on voit, par exemple, les hauts combles remplacés par des terrasses.

LES STYLES

t nul. ^ ilry .

SÉviLLh. — Sacristie de la cathédrale XV' siècle .

Dans nie de Chypre, conquise en i loi par Richard Cœur de Lion et demeurée possession chre'tienne, les styles roman ei gothique ont successivement fleuri, suivant de très près révolution qu'ils avaient déjà parcourue sur le continent

et aboutissant au xv* siècle à de très beaux tvpes de flamboyant.

L'apport architectural du moyen âge est extrêmement important. Grâce à lui les constructeurs ne sont plus arrêtés par aucune considération ni de hauteur, ni de surface. Il faudra attendreles temps modernes,et l'emploi du fer, pour ajouter à sesenseignements: la Renaissance renouvellera l'ordonnance et la décoration des édifices; elle ne modifiera pas sensiblement les méthodes de leur construction.

Or nous n'avons, sur les architectes de cathédrales, que fort peu de renseignements. Nous ignorons même souvent dans quelles conditions les communautés soit religieuses, soit civiles, ont pu fournir à l'effort colossal que l'édification de certains monuments a exigé d'eux — édification qui a été en général beaucoup plus prompte qu'on ne l'imagine. Ce défaut de noms, cette absence de personnalités, donnent à l'architecture du moyen âge l'aspect d'une œuvre immense faite avec le concours bénévole de tous, et ajoutent encore à sa grandeur.

Grenade. — L'Alhambra.

Style mauresque 'vin < êclc).

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