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MONUMENTS FUNÉRAIRES

Les tombeaux tiennent une place importante dans l'histoire de Tarchitec-

même été jusqu'à représenter le défunt à cheval, comme dans le tombeau du CoUeone, à Bergame.

Lorsque l'Italien Paganino fut appelé pour exécuter le tombeau de GharlesVIII, il imita cette disposition et elle devint le modèle d'une quantité de monuments funéraires français ; tels furent le tombeau de René II, duc de Lorraine, élevé à Nancy vers i520, celui de Louis de Brézé, élevé à Rouen vers 040, où le défunt est Hguré à cheval, et celui de

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L'ancien Hôtel de Ville de Paiis. D'après une gravure du wii siècle.

ture de la Renaissance, bien que les beautés qu'ony remarque relèvent davantage de l'art du sculpteur que de celui de l'architecte. C'est par eux en effet que s'est fait en France l'introduction du style nouveau. Les Italiens leur avaient donné, dans les églises, un grand développement, figurant le défunt couché sur un sarcophage, dans une vaste niche décorée de riches pilastres, de figures, d'arabesques et d'inscriptions. Ils avaient

Claude Gouffier, à Oiron vers i559 .

Plus considérables encore furent les tombeaux des rois de France à Saint- Denis, qui constituent de véritables monuments : celui de François P% par exemple, qui est l'œuvre de Philibert de l'Orme, consiste en un arc de triomphe à trois portes et à décor d'ordre ionique; sous la grande porte du milieu sont placés, sur de hauts sarcophages, les deux « gisants » : le roi et la reine ; au-

LES STYLES

Dijon. — Eglise Saint-Michel

(xvr siècle).

dessus sont placées cinq statues de «priants» à genoux; enfin les voûtes des portes et la base de l'édirice sont ornées de riches bas-reliefs.

Toute une série de tombeaux, encore que très abondamment décorés, se rapprochent davantage de Taspect de ceux du moyen âge. Les défunts y sont simplement représentés couchés sur un massif de pierre, flanqué parfois à ses angles de grandes statues et portant sous les niches qui ornent son pourtour des figures de pleurants plus petites. Tel est l'admirable tombeau de François II de Bretagne, œuvre du sculpteur Michel Colombe vers i5o5), et qui est élevé dans la cathédrale de Nantes : le duc et son épouse sont couchés dans lattitude de la prière; trois angelots soutiennent les oreillers sur lesquels reposent leurs têtes; un lion et une levrette sont couchés à leurs pieds; tout autour du monument, dans des niches, sont posées douze figures d'apôtres et quatre figures de saints et dans des médaillons audessous sont sculptées des figurines de pleurants ; aux quatre angles du massif,

enfin, se dressent les quatre figures de la Prudence, la Force, la Tempérance et la Justice qui comptent parmi les chefsd'oeuvre de la statuaire du xvi'^ siècle.

ORNEMENTATION

Au fur et à mesure de son évolution, la Renaissance française marque le retour vers l'emploi de la ligne horizontale et de la distribution symétrique des ornements. Elle marque aussi le retour à un système qui avait distingué déjà autrefois Tarchitecture romaine de l'architecture grecque et qui consiste dans l'emploi des ordres, non plus dans la structure intime des édifices, mais dans leur décoration.

Les architectes de la Renaissance se servent des ordres aussi bien pour décorer des pavillons entiers que pour entourer plus simplement des portes, des

(Uf.n. — Chevet de ré£;lise Saint-Pierre.

Tour du XIV' siècle (arcs brisés).

.\bside du xvi' siècle (arcs en anse de panier).

fenêtres, des lucarnes, même des cheminées intérieures ; bien mieux, pour orner en bas-relief de simples panneaux de pierre ou de bois. Ce sont d'ailleurs d'ordres parfaitement fantaisistes qu'ils se servent en général, aucune raison de solidité n'intervenant pour limiter leur improvisation. Ils se servent aussi bien de piliers que de colonnes, tantôt dégagés delà muraille, tantôt au contraire à peine saillants. Le fût au début est couvert de sculptures, soit de combinaisons géométriques, comme à Blois où dans des losanges s'inscrivent des fleurs de lys

Phol. Vitry.

Tours. — La Cathédrale.

Portail du xv' ; sommet des tours du XVI' siècle. Remarquer la substitution, dans la partie supérieure, de l'arc en anse de panier à l'arc brisé.

et des queues d'hermine ; soit d'arabesques empruntées à la flore conventionnelle desornemanistes italiens; soit enfin de torsades en spirales; plus tard les fûts se présentent plutôt décorés de simples cannelures verticales, plus ou moins profondes et souvent coupées, de place en place, par des anneaux unis ou vermiculés. Quant aux chapiteaux, s'ils offrent très souvent la copie ingénieuse des plus beaux chapiteaux composites de l'antiquité, ils se présentent aussi déformés de la façon la plus inattendue : c'est ainsi qu'on voit des chapiteaux ioniques

Paris.

Eglise Saint-Etienne-du-Mont

(xvi" siècle).

dont les volutes, au lieu de s'enrouler par en bas, remontent par en haut, quand elles ne se terminent pas en corps de chimères ou de dauphins.

L'ordre cariatide est très en faveur.

Les figures sont la plupart du temps enfoncéesdans des gaines rectangulaires.

Ce sont ou bien de jeunes nymphes, soit nues, soit vêtues de draperies à l'antique.

Phot. Vitry.

Cathédrale de Rhodez.

Clôture du chœur.

Ornementation Renaissance.

LES STYLES

ou bien des hommes barbus comme on voit, à l'église Sainte-Clotilde des Andelys, les Évangélistes. En général l'aspect en est davantage païen et il n'est pas rare que ces personnages portent sur le ventre des festons dont les fleurs et les feuilles sont tressées avec beaucoup de délicatesse.

Les frises, au-dessus des chapiteaux, sont couvertes, elles aussi, de sculp-

enroulées, tantôt au contraire saillantes et lourdes, avec des masses de fruits qui s'échappent des cornes d'abondance; ce sont encore des festons que soulèvent de place en place des amours et qui portent des oiseaux aux ailes étendues. Sous la corniche, qui est souvent elle-même très saillante, sont poséesdeplace en place des consoles couvertes de feuilles d'acanthe et reposant souvent sur un mascaron.

RouicN. — Hôtel du Bourgtheroulde (fin du w siècle). Le^ bas-reliefs représenlenl l'entrevue de François I" et d'Henri VIII d'Angleterre.

tures en bas-reliefs. Au début de la Renaissance, la décoration en est assez sobre : ce sont, par exemple, de place en place, de simples médaillons entourés de couronnes de laurier et de chêne, ou, imitant l'ordre dorique, des alternances de petits panneaux rectangulaires dont l'un porte les trois rainures verticales qu'on appelle triglyphes et l'autre un simple cercle plat, en relief. Mais peu à peu les frises s'animent de tous les sujets que chérissent les décorateurs de la Renaissance. Ce sont des arabesques de feuillage, tantôt fines et délicatement

Les moindres panneaux sont ornés avec la même profusion. Tel portera un bas-relief figurant une coupe d'où s'échappent des arabesques de feuillage, des cornes d'abondance et, tout en haut de cet édifice, une chimère debout. Sur tel autre sera sculpté un nœud de ruban supportant soit une grappe de fruits, soit un bouclier et quelques épées entrecroisées formant trophée. Tel autre enfin, surtout à l'époque de Henri H, figurera un cartouche avec des bordures d'entrelacs s'entrecoupant, et portera les armes du propriétaire du château, ou

l:arcuiti:cturi-:

ses initiales enlacées, ou bien ses insignes : la cordelière ou le porc-épic d'Anne de Bretagne, la salamandre de François I"^"", le croissant, l'arc ou le carquois de Diane de Poitiers; au-dessus

rectangulaires; les oves^ ou ornements en forme d'œuf qu'on applique sur les moulures rondes et qui sont généralement placés entre deux motifs étroits en forme de fer de lance; les modillons^

de ces armes ou de ces devises, parfois, sortes de consoles renversées dont on

deux amours ceints du carquois

soutiennent un cimier ou une

couronne. Fréquemment aussi

on voit des draperies passées

dans des anneaux retomber en i

plis moelleux. De place en

place, des mascarons offrent

des visages ici souriants, là

grimaçants : têtes de nymphes

aux traits délicats, ou têtes de

satyres dont les cheveux, la

barbe et les oreilles s'achèvent

en décor de feuillage.

Ce qui distingue toujours l'ornementation de la Renaissance de celle du moyen âge c'est que, tandis .que celle-ci s'inspirait de la flore, de la faune et des types humains de notre pays, celle-là s'inspire presque uniquement des motifs déjà stylisés par les Romains.

Il en résulte un aspect non peut-être de froideur — certaines de ces décorations sont, au contraire, extrêmement sensibles et vivantes — mais de pédantisme que ne rachète pas toujours l'emploi de motifs empruntés à la flore locale.

C'est ainsi qu'on trouve mêlées la feuille d'acanthe et celle du laurier, du chêne ou du myrte; les fruits les plus usités sont les pommes et les raisins; mais on rencontre peu de fleurs.

Les décorateurs de la Renaissance se servent des motifs antiques sans se soucier souvent de leurs origines végétales ou animales. Ce sont pour eux des orne- orne particulièrement la partie inféments indispensables pour donner « du rieure des corniches; les triglyphes etstyle » à leur composition. Ils en forment les métopes, empruntés à l'ordre ionique l'encadrement obligé de leurs composi- et dont nous avons vu l'emploi pour la tions. C'est ainsi qu'on retrouve à pro- décoration des frises. fusion les denticiiles, ou découpures Mais on retrouve surtout une re-

Paris. — L'hôtel Carnavalet.

Portail sur la rue de Sévigné. Fronton triangulaire reposant sur

des pilastres engagés. Baies reciangulaires sans meneaux.

cherche de la pureté dans la traduction des formes humaines, qui est nettement d'influence antique. La mythologie grecque envahit nos monuments; ce ne sont que Dianes, nymphes, faunes, amours, que les sculpteurs présentent tantôt complètement nus, tantôt à demi vêtus à l'antique d'amples tuniques retombant en fines draperies. Comme parfois ces figures décèleraient une origine trop lointaine ou trop païenne, on s'efforce de leur donner un peu de contact avec la vie présente en les munissant d'attributs de métiers, d'armoiries ou simplement de banderoles où sont inscrites des devises contemporaines.

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