LE DÉCOR URBAIN
C'est au xvir siècle que se manifeste vraiment le souci de donner aux monuments toute leur impor- tance dans l'aspect des 1 villes, en leur ménageant la certaines perspectives.
I'aris. — Palais de 1 Institut.
I^nirér de la Bibliothèque Mazarine. (EniF'oi de l'ordre c Vers 1671.
en élargissant devant eux carrefours et places, en redressant les rues qui les atteignent. Des places mêmes sont créées de toutes pièces pour réaliser des conceptions décoratives d'ensemble :
ainsi, à Paris, la place des Victoires et la place des Conquêtes (aujourd'hui place Vendôme .
La première fut aménagée d'après les plans de Mansari et achevée en 1686, sur l'initiative du duc de La Feuillade, qui voulait y élever un monument à la gloire du roi. La place était circulaire; toutes
les façades, symétriques, présentaient un rez-de-chaussée orné de refends; les deux étages au-dessus étaient encadrés entre des pilastres d'ordre ionique colossal à peine saillants, qui montaient jusqu'au comble. Les lenétres étaient surmontées d'un petit fronton horizontal sur consoles ; celles du premier étage étaient ornées d'un balcon de fer, peu saillant; — — ^ — ^ les fenêtres des mansardes étaient amorties en plein cintre.
La place N'endôme fut également créée pour recevoir une statue de Louis XIV; commencée en i685 sur les dessins fournis par Hardouin- Mansart et Boffrand, elle ne tut terminée qu'en 1720.
Son plan était celui d'un rectangle, traversé par une voie médiane et coupé aux angles. L'élévation des façades rappelait avec plus de solennité, celle des façades de la place des Victoires.
Leurs pilastres, également d'ordre colossal, portaient des chapiteaux composites; les balcons du premier étage V ""^H étaient moins saillants, les ^f ^LM mansardes plus hautes, les fenêtres plus longuesetamortics en plein cintre; enfin les toits étaient plus élevés, les pans coupés ornés de larges frontons triangulaires en place de mansardes.
Le souci du décor passe encore celui de l'utilité. Il arrive qu'en construisant des monuments on obstrue complètement la circulation ; ainsi le collège des Quatre-Nations (aujourd'hui palais de l'Institut) édifié en 1672 par Le Vau, Lambert et Dorbay: les deux ailes semicirculaires qui se développent en avant de sa façade obligent les rues voisines à de longs détours.
.\ l'imiiation de l'Italie, on édifie aux portes de la ville des arcs de triomphç qui en rétrécissent singulièrementl'accès.
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telles ks portes Saint-Denis et Saim-Martin, dont la première l'ut con-itruite par François Blondel en 1672 ei la seconde
par Pierre Bullet en
Elles ne comportent pas d'ordres, mais un décor soit de bossages vermiculés (porte Saint- Martin), soit de trophées et de bas-reliets (porte Saint-Denis .
Les fontaines publiques sont édifiées avec le même souci de les taire servir au décor urbain.
On enconstruit aux carrefours dont le rôle est purement ornemental. Les plus simples ne sont que des niches creusées dans le pan coupé de quelque hôtel situé à la rencontre de deux rues; à leur partie supérieure est sculptée une lart^e coquille au-dessus de laquelle s'avance un fronton soit triangulaire, soit circulaire. On en voit d'autres qui ressemblent à de petits monuments carrés et sont construites soit en
Phot. Vilry.
Paris. — Hôtel de Samuel Bernard, le grand financier de Louis XIV, rue du Bac.
Paris. — La Porte Saint-Denis.
Œuvre de Blondel (1672).
avant ^ une muraille, soit isolées au milieu d'une place. Les bossages de leurs pilastres ou quelquefois le fond de la niche où est retirée la fontaine sont ornés de sculptures figurant des chutes d'eau.
Mais c'est dans les parcs des grands châteaux, comhie à Versailles, qu'on élève les hautes et belles fontaines à vasques superposées où l'eau retombe en cascades et qui, avec les bassins, les vases de marbre et les statues, très souvent copiés de l'antique, concourent au décor des " Jardins à la française ».
L'architecture funéraire n'a plus l'importance qu'elle avait dans les siècles précédents. On enterre vie moins en moins dans les églises et seulement les personnages considérables. On marque le lieu de leur inhumation soit par une simple dalle, soit par une inscription gravée et scellée dans le mur, soit enfin par un monument de marbre blanc où l'effigie du défunt est représentée au milieu d'attributs et de figures allégoriques. Dans les cimetières, les lombes et tombeaux se rapprochent de plus en plus des formes qui continueront a être adoptées de nos jours.
Paris.
Hôtel Soubise (aujourd'hui Palais des Archives nationales). Commencé en 1706 sur les dessins de Lemaire.