DÉCORATION
Les ornements égvptiens sont à la fois sculptés et peints. La colonne, tantôt est ronde comme un tronc de palmier, tantôt constitue comme un faisceau de tiges, La base est un simple cône tronqué. Le chapiteau affecte la forme du lotus, soit en bouton et il est alors plus renfié à la partie inférieure qu'à la partie supérieure et découpé de nervures verticales; soit en fleur, et alors sa partie supérieure s'évase comme une corolle épanouie, tandis que sa base est parcourue d'une succession de pétales triangulaires. On voit encore des chapiteaux surmontés d'un bloc carré que soutiennent quatre tètes de femmes à oreilles de génisse fia déesse Haihor — d'où le nom de chapiteaux « haiho-
Mastabas de Giseh.
(D'après Perret ei Chipiez).
riques»); d'autres enfin présentent des combinaisons des formes précédentes, des létes hathoriques, par exemple, surmontant des lotus épanouis.
Les bas-reliefs qui couvraient les murs et même les colonnes, étaient sculptés dans le creux, leur saillie ne dépassant pas la surface de la pierre; de la sorte ils se détruisaient moins rapidement. Ils figuraient des scènes diverses de la vie des dieux et des hommes, les victoires des Pharaons, les travaux des champs, la construction des grands monuments ; les hommes v
Edfou. — Petit monument taillé dans un seul bloc
de granit et qui a pu être un sanctuaire
ou un sarcophage.
étaient présentés en files, le corps et les yeux de face, le visage et les pieds de profil. Les lignes de ces tableaux immenses et pleins de variété, sont calmes et dignes; la sécheresse en est amollie par le soin que prenaient les sculpteurs d'arrondir les angles vifs du granit.
La sculpture monumentale comporte surtout la représentation de sphinx ou de lions accroupis, de vaches Hathor, d'hommes à tète d'oiseau. La difficulté qu'éprouvaient les artistes à percer la pierre les obligeait à ne procéder que par larges plans et à laisser les membres de leurs statues soudésau corps. Cellesci y acquièrent une simplicité de dessin qui en augmente beaucoup l'expression décorative.
La peinture se superposait sur les murs aux bas-reliefs; sur le ciel d'un bleu intense, les figures se détachaient, cernées par un trait vigoureux.
Les statues isolées étaient elles-mêmes peintes, et aussi les colonnes et leurs chapiteaux, dont le décor sculpté était souvent remplacé par des dessins vivement colorés et représentant soit des ornements géométriques, soit des motifs empruntés à la flore locale.
Enfin l'écriture elle-même était une peinture : le même mot d'ailleurs servait aux Egyptiens pour exprimer l'une et l'autre. Les inscriptions dont ils couvraient les murailles, tant intérieures qu'extérieures, présentaient l'aspect de tableaux véritables dont la plupart des éléments n'étaient plus que le schéma, que la stylisation des objets représentés, mais dont certains autres en offraient un aspect encore très vivant.
Quelqu'un a rapproché l'aspect de la peinture égyptienne de celui de nos cartes à Jouer : elle a en effet les couleurs
Karnak. — Obélisque au milieu des ruines.
plates et crues, violemment opposées, ainsi que le dessin conventionnel et appuyé. Comme les êtres vivants y sont toujours représentés avec le même geste pour exprimer la même idée, ainsi les mêmes couleurs sont toujours utilisées de la même façon : les hommes sont peints en rouge brique, les femmes en
LES STYLES
Chapiteau en forme de lotus en bouton.
Chapiteau orne ilhierdiîlyphes sculptes en creux
Chapiteau en forme de lotus épanoui.
jaune — sauf pour cenaires divinités. environ et ne sont pas d'accord sur l'or-
à qui Ton attribue des teintes bleues dre de leur succession,
ou vertes. Cet emploi conventionnel On doit aux pharaons de la iv^ ou de
n'empêche pas les artistes égyptiens de la v*' dynastie les pyramides de Giseh.
s'approcher de très près de la véiitc et qu'on attribue ii Chéops. Chéphren et à
ils ont peint notamment les animaux avec un réalismesurprenant.
ÉPOQUES
Pendant plus de trente siècles l'architecture, la sculpture, la peinture se sont ainsi associées dans la production de monuments dont nous admirons encore la parfaite unité.
L'histoire de l'art égyptien commence avec l'an 4.000 avant notre ère, environ.
A cette époque il a produit déjà des monuments dont l'étendue, la solidité, la beauté d'aspect ne seront pas surpassées par lui dans la suite. Et pourtant sa production monumentale sera abondante.
On la date difficilement. Les historiens répartissent l'histoire d'P^gvpte par dynasties ou familles de rois ou pharaons : ils en comptent une trentaine
Louns<^iR. — Façade du temple.
Colonnes reposani sur une base circulaire et ponant, sur les dés qui surmontent leurs chapiteaux, en forme de lotus en boulon, des dalles de pierre.
Mycerinus : ce sont les plus anciens monuments connus.
In peu moins reculés sont les grands 1 r a \- a u .\ qui ont marqué la xii' dynastie, tels que les hypogées de Béni- Hassan et les différents édiriccs religieux ou civils d'Abydos.
Tous ces monuments appartiennent à r,4/it'/^/J Empire 4.000 à 3.000 environ . .\u Moyen Etnpire (3. 000 à 2.000, appartient le magnifique palais de Thèbes connu sous le nom de Ramseion. La fin de celte période est marquée par l'invasion des Pasteurs du Désert, qui soustraient la basse et la moyenne Egypte à l'influence des pharaons. Ceux-ci s'éiant maintenus dans la haute Egypte, retrouvent vers l'an 1800 toute leur ancienne autorité.
Le Nouvel Empire (1700 à iiooj est
L'ARCHITECrURF.
exircmemeni brillant : on lui doii les palais deMemphis, le sanctuaire de Karnac, des temples àEdfou,à Elephaminc.
à Louqsor, dans l'île de Philœ, etc.
A partir du x^^ siècle environ s'ouvre une période de décadence, qui après quelque renouveau pendant la période saïte (domination des pharaons originaires de Sais, 700 à 5oo environ) s'achève avec la conquête de l'Egypte par les Perses, en 525, puis par Alexandre en 332. Alors commence la période de domination grecque: elle est fertile encore en créations artistiques et produit de fort beaux édifices, comme à Edfou et dans l'île de Phike. Mais la décadence s'accuse. La période de domination romaine ne compte pour ainsi dire plus dans l'histoire de l'art égyptien.
Cette histoire, à laquelle des fouilles nouvelles apportent sans cesse des matériaux, manque surtout de variété. Le génie égyptien est rude et austère ; ses manifestations tentent davantage à frapper l'esprit par le colossal, qu'à le charmer par les agréments de détail. De plus
elles se répètent avec insistance. L'an a surtout été, en Egypte, un instrument de domination religieuse et politique; il est imposant, sévère et immuable comme un dogme. C'est à grand peine qu'on découvre des différences de styles entre ses époques successives. Et cependant il n'en a pas été produit encore — sauf dans l'Exiréme-Orient — qui ait fleuri pendant d'aussi longs siècles dans la même région. Il atteignit son point culminant dès le xV siècle avant notre ère ; depuis il s'est soutenu avec une continuité remarquable, n'accusant un léger fléchissement que vers le vin"^ siècle; mais presque aussitôt les anciennes traditions sont renouées, le décor, quis'efféminait, retrouve sa vigueur jusqu'aux environs de l'an 525. C'est alors que se produit l'envahissement de l'Egypte par les Perses. Cette première atteinte sera suivie de beaucoup d'autres. L'Egypte ne recouvrera jamais son indépendance, mais jusqu'à nos jours elle ne cessera de féconder par l'aspect de ses ruines antiques, l'art de ses vainqueurs .
Le Grand Sphinx.
Ce colosse énorme, haut de plus de vin<;t mètres, garde la nécropole de Giseh dont on voit, au fond l'une des pyramides.
Temple assyrien.
(Restitution de Perrot et Chipiez).