‹ ArchitectureChapitre 6 sur 52 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Emploi presque exclusif de la brique. — Temples et Palais d"Assvrie et de Chaldée.

La Perse.

PARALLÈLEMENT à la civIlisatlon égyptienne s'est développée dans le bassin du Tigre et de l'Euphratc une civilisation également riche et dont l'influence sur l'art de l'Europe occidentale est considérable. Elle semble avoir élevé ses plus anciens monuments dans la Chaldée, entre le Tigre et l'Euphrate. et ne s'être répandue qu'ensuite dans la région assyrienne.

Pas plus que l'Egypte, ces contrées ne disposaient de bois de construction.

Elle n'avaient en abondance que l'argile qu'on employait soit crue, comme en Egypte, soit cuite au four et émaillée. Un mortier de bitume très résistant assurait la liaison des matériaux. L'As-

syrie possédait bien des carrières de pierre, mais celle-ci était trop tendre pour être employée autrement qu'en placages.

Pour pourvoir au défaut de blocs résistants, les constructeurs utilisaient leurs briques avec beaucoup d'ingéniosité. Ils constituaient leurs piliers en groupant quatre colonnes rondes dont les briques s'emboîtaient solidement. Les plafonds étaient remplacés au-dessus des couloirs par des voûtes, au-dessus des salles carrées par des coupoles, les unes et les autres construites en faisant avancer graduellement sur le vide les assises de briques. Malgré tout, les piliers demeuraient épais et peu élevés.

Les tours, qui servaient à la fois de temples et d'observatoires, avaient la forme de pyramides autour desquelles montait en spirale une rampe continue formant escalier. Les palais étaient beaucoup plus remarqua blés par leur surface que par leur élévation.

Quant aux maisons, dont il ne reste que des débris, elles étaient sur mo n tées d'une terrasse, qui quelquefois soutenait un étage à claire - voie dont la terrasse, à son tour, était recouverte d'un jardin. Tous les m o n uments étaient construits sur de hauts et épais soubassements, pour parer au danger fréquent des inondations. Leur as pectétait lourd et triste. Les fenêtres, rares, s'alignaient à la hauteur des plafonds.

Des fortifications crénelées enveloppaient les palais et les villes et les immenses surfaces de leurs murailles n'étaient égayées que par les couleurs vives des briques vernissées.

On trouve plus de sculpture en Chaldée qu'en Assyrie; c'est que cette dernière région se contentait de ses calcaires tendres, propres tout au plus à l'exécution des bas-reliefs, tandis que les

Maison assyrienne.

(Restitution faite à l'Exposition de i88q.

Publiée dans V Histoire de l'Habitation humaine (Hachette, éd.).

Chaldéens faisaient venir à grands frais des granits dans lesquels ils taillaient des statues comme en Egypte.

Les bas-reliefs étaient placés soit à l'intérieur des palais, soit de chaque côté des portes monumentales; ils représentaienides lions et des taureaux ailés, ou des héros, ou les guerres des rois. La figure humaine n'y paraissait jamais nue, mais enveloppée dans de longues tuniques. La facture de ces basreliels est sobre, puissante, moins délicate et moins fine que celle des sculptures égyptiennes, mais non moins expressive.

L'état dans lequel les ruines d'Assyrie et de Chaldée se présentent à nous est infiniment plus confus que celui des ruines égyptiennes. En Egypte les pierres sont demeurées debout, en grande partie. En Mésopotamie, les briques au contraire se sont effondrées et il n'est guère possible de se faire une idée des constructions primitives qu'en ajoutant aux données des fouilles, celles des incriptions en caractères cunéiformes qui étaient imprimées dans l'argile fraîche, et celles des représentations sculptées de monuments qu'il

LES STYLES

Temple Chaldeen.

(Restitution de Perrot et Chipiez'

arrive de découvrir parmi les bas-re

On en arrive à imaginer ainsi une ville comme celle de Dour-Sharoukin édihe'e par le roi Sargon. Une vaste enceinte l'entoure, faite de briques fraîches empilées qui, en sagglutinant, ont constitué un rempart indestructible. Tous les vingt-sept mètres, cette enceinte est munie d'une tour carrée, qui dépasse de quatre mètres la hauteur de la muraille, atteignant elle-même vingt mètres. La largeur de ce rempart est considérable : sept chars pourraient y galoper

liefs.

l'ail i

de Iront. Lenceinte est carrée : sur chaque face s'ouvrent deux portes, entre deux tours carrées.

Dans l'iniérieur, les routes se continuent, pavées et régulières. Des maisons les bordent, basses et à peine ouvertes dans les faubourgs, plus hautes, plus luxueuses dans le centre de la ville.

Le palais royal s'étend moitié dans la ville, moitié en dehors sur un haut et vaste monticule de briques auquel on accède, du côté de la cité seulement, par un large escalier, les autres côtés demeurant abrupts pour éviter les surprises.

D'ailleurs le palais est luimême entouré de murailles où s'ouvrent les portes triomphales, tianquées de tours, ornées de taureaux ailés et de mâts portant des étendards. Lorsqu'on en a franchi le seuil, on entre dans une vaste cour, bordée par les communs, cuisines, écuries, logements de domestiques, et par les murs qui enclosent le harem. Le palais du roi, enfin, tout à sole est composé de tours à étages.

Le palais de Sargon à Khorsabad.

{Rfsiiiiiiii-in de Perrot et Chipiez).

LARCHITECTiRh:

raccordées par des rampes obliques. C'est un donjon très élevé', d'où le souverain peut dominer toute la ville et tout le pays qui l'entoure.

PKKSE

Dans un pays voisin des deux précédents, en Perse, on édifia, dès le \- 1 ' siècle, des monuments où se mêlaient avec originalité les influences assyriennes et les influences grecques. Ces monuments se répartissent entre trois centres principaux : Suse, Persépolis et Méched- Mourgab ancienne ville de Parsagade).

(\e sont des palais construits sur de vastes soubassements avec succession de terrasses comme les palais assyriens;

Une des portes du palais de Sargon.

(Restitution de Thomas).

De chaque côté de la porte, bas-reliefs figurant des lions ailés.

mais la taçon dont ils sont construits et la forme de leurs supports dérivent de l'architecture grecque. Les colonnes,

très graciles, sont décorées de cannelures comme les colonnes dor i q u e s et surmon tées de chapiteaux qui comportent, au-dessus de plusieurs étages de volutes enroulé e s, des avant -corps de taureaux.

Quant aux bas- reliefs, aussi bien ceux de pierre^ que ceux de brique émaillée, ils sont traités avec une roideur et une sobriété tout assyriennes. Cet art ne fleurit guère que durant deux siècles. C'est son réveil, quelque cinq cents ans plus tard, qu'on connaît sous le nom d'art sassanide.

Lions ailés à tète humaine, rigurés de chaque côté d'une porte.

(D'après les moiiIaKes du .Mu-iée du Louvre .

Athknes. — Le temple de Thésée (tvpe de temple grec). Ordre dorique.

Page 1