OU PERDRE LES EAUX
L’eau est un des éléments indispensables dans une ferme, comme partout ailleurs du reste, mais dans les villes on fait avec raison de grands sacrifices pour en amener pour les besoins des habitants et de l’industrie, tandis que dans les campagnes non-seulement, on ne se met pas en frais pour en faire arriver, mais encore on perd souvent par incurie, celle qu’on a sous la main.
DES CONSTRUCTIONS ANNEXES DE LA FERME
Cependant sans l’eau rien de possible, hygiène, propreté, végétation, décoration, etc.
Si l’eau a tous ces avantages, elle offre aussi des inconvénients, c’est-àdire inondations, marais, marécages infectant l’air de miasmes morbides. Aussi, il est de la plus grande importance dans les villes comme dans les campagnes de bien canaliser l’eau, et de la perdre après s’en être servi.
Dans le présent paragraphe, nous ne nous occuperons pas de l’eau au point de vue de l’industrie agricole, nous le ferons plus loin (voyez chapitre vu), mais nous parlerons des constructions destinées à recueillir, emmagasiner ou perdre les eaux.
Sources. — On nomme source, l’eau qui sort de terre, et qui est l’origine d’un amas d’eaux quelconque.
Quand l’écoulement de l’eau s’opère naturellement à la superficie du sol, il constitue une fontaine ; au contraire, quand on doit aller le chercher en terre à une certaine profondeur, il faut creuser des puits.
1. Fontaines. — Quand on a la bonne fortune de trouver une source dans sa propriété, il faut se hâter de la préserver contre l’invasion des eaux étrangères etcontrel’éboulement des terres avoisinantes. En effet, celles-ci par leur poids pourraient crever la couche imperméable du terrain sur lequel coule l’eau, et celle-ci s’échappant par des fissures tarirait la source. Il faut donc nettoyer ses abords et creuser légèrement le sol autour delà source, puis l’entourer de murs légers, ou même d’un simple clayonnage en planches. On fera bien aussi, de l’abriter sous une couverture, afin d’empêcher les eaux pluviales de la troubler.
Pour utiliser plus commodément l’eau d’une source, on cherche à en élever le niveau. Il faut éviter de dépasser une certaine hauteur, car plus on élève l’eau, plus on augmente la pression qu’elle exerce sur le fond inférieur. Dans cette occurrence, si une déchirure venait à se produire dans le terrain on risquerait encore de perdre sa source. 11 faut donc user de grandes précautions dans l’aménagement de celle-ci.
Il sera bon de creuser un fossé autour de la fontaine, afin de rejeter les eaux pluviales de son lit. Il sera encore utile, quand les sources sont peu abondantes, et qu’une exploitation a besoin de beaucoup d’eau à un moment donné, de créer dans le voisinage de la source une citerne ou mieux un grand bassin, réservoir.
Dans les terrains en pente, quand on a une source sur le point le plus élevé (ce qui est rare), on peut à l’aide d’un léger barrage et d’une série de tuyaux en poterie créer une fontaine qui jaillit d’une certaine hauteur.
2. Puits. — Le creusage d’un puits est une opération assez délicate et difficile. Elle demande certaines précautions qui entraînent suivant les cir-
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constances à des dépenses assez considérables. Aussi avant de se lancer dans cette entreprise, il faut chercher à s’éclairer sur la possibilité d’obtenir de l’eau et sur la profondeur à laquelle on pourra la trouver. On trouve de l’eau presque partout, mais elle est parfois à une si grande profondeur qu’il est impossible d’y creuser un puits, de sorte que nous conseillons de se rendre compte de la dépense avant de commencer l’entreprise.
Cette dépense est nécessairement variable suivant la localité, les matériaux qu’on rencontre dans le creusage, etc.; mais partout comme le dit Perthuis, (page 101) (1) elle sera proportionnelle à la profondeur qu’il faudra donner au puits dans chaque cas particulier, et cette profondeur une fois connue, chacun, dans sa localité, pourra facilement calculer la dépense de construction d’un puits.
Le problème à résoudre se réduit alors à celui-ci. Le point de position d’une source visible, ou l’un des points de position d'une source cachée, étant connu dans le pendant d'une montagne, déterminer la profondeur qu'il
faudrait donner ci un puits que l'on voudrait construire à un niveau plus élevé , sur un point choisi dans la pente, et conséquemment aussi connu de position.
Solution. — Je suppose ( f\g . 517) que le pendant A de la montagne es! coupé par un plan vertical, passant par le point C, où la source est visible, et par le point B (2) lieu choisi pour le puits projeté.
Ce plan rencontrera le banc de roche ou d’argile qui sert de lit à la source aux points C et E, et la ligne GE en sera la projection horizontale dans le
(1) Traité d'architecture rurale, par M. de Perthuis, un vol. in-4° de 268 pag. et 26 pl. en taille-douce. Paris, Deterville, libraire, 1810. — Cet ouvrage est sans contredit l’un des meilleurs écrits sur ce sujet; aussi a-t-il été plus ou moins copié par les auteurs qui ont suivi de Perthuis, qui a été l’un des premiers en France à traiter de Y architecture rurale.
(2) Le point B a été omis par le graveur dans notre figure mais il est situé au bas de la margelle du puits.
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plan vertical CEBG. Pour fixer la position de la ligne CE sur ce plan, il suffira d'en connaître deux points, dont le premier G est donné de position. Pour en déterminer un second, je choisis sur le terrain au-dessus du point G et dans la direction des points G et B, un autre point D; j’y fais enfoncer la tarière du mineur autant qu’il est nécessaire pour atteindre le lit de la source, et la profondeur DH, ;\ laquelle ou aura été obligé de l’enfoncer, donnera la position du second point H, qu’il fallait trouver dans la ligne GIIE, pour déterminer l’inclinaison de la couche de terre qui sert de lit à cette source- Apres avoir tracé cette ligne sur le plan, j’abaisse les verticales DH, et BE, et je tire les horizontales HL, DE, EK et BG.
Gela posé, la profondeur qu’il faudra donner au puits projeté pour y obtenir constamment de l’eau est BE = GG — GK. En nommant BE, œ et GK, différence inconnue du niveau entre la position des points G et E, y on aura :
x — GG — y.
Mais, par la théorie des triangles semblables, GK ou y : EK :: GL : LH; conséquemment
EK X CL ^ EK x CE
y — — - — . Donc x, ou BE = CG
LH
LH
Or, on connaît la distance du point choisi B au point C de la source visible, car ces deux points sont donnés de position, et cette distance BG =EK. On connaît également, et par la même raison, la distance horizontale du point C au point D, et cette distance DE = LH. Enfin par le nivellement du
terrain, et la combinaison de son operation avec la profondeur DH donnée par la sonde, on trouvera les différences de niveau qui existent entre le point C et les points H et B ou les valeurs de CL et de GG.
Ainsi en supposant BG ou EK = 100 mètres, DF = 12 mètres, GG = 12 mètres et CL 1/2 mètre, et en substituant ces données dans la formule