‹ Architectures ruralesChapitre 104 sur 167 · PUISARDS · texte numérisé non relu

PUISARDS

Nous venons de voir les moyens d’emmagasiner les eaux utiles ; il nous reste à étudier les moyens d empêcher les eaux malsaines de nuire.

Pour cela on doit éviter d’envoyer les çaux ménagères ou autres pies des sources, des fontaines, des puits, des réservoirs, bassins, citernes, abreuvoirs , c’est dans ce but qu’on construit des puisards. L’emplacement qu on doit

DES CONSTRUCTIONS ANNEXES DE LA FERME

choisir pour l’établissement de ces puisards est la partie la plus basse du sol où les eaux se rendront par leur pente naturelle.

Les puisards sont de deux sortes : l’un, le cloaque, est un récipient qui sert

emmagasiner pour un certain temps; l’autre, le boitout, est destiné à disperser les eaux dans le sein de la terre.

1. Cloaque. — Le cloaque est un souterrain plus ou moins vaste: sa construction a quelques analogies avec les citernes et les fosses d’aisances que nous allons bientôt décrire. Seulement ce genre de citerne doit être muni d’un tuyau ventilateur et d’un coupe-air hydraulique ou siphon, pour empêcher les odeurs qui se dégagent dans de pareilles fosses d’empester le voisinage. Nous n’avons pas à nous appesantir plus longuement sur la construction des cloaques, puisque ils se construisent comme les citernes.

2. Boitout, ou puits perdu, puits absorbant. — Dans la plupart des cas, le boitout est un puits creusé à la manière ordinaire, et toutes les eaux qui sont dirigées dans son intérieur se perdent par une nappe souterraine.

Quand la disposition du sol ne permet pas de faire écouler naturellement en dehors des habitations, les eaux de lavage ou ménagères, il faut les diriger dans un puisard, mais celui-ci doit toujours être situé en dehors de l’habitation.

Les puisards ont l’inconvénient de s’obstruer et de ne plus absorber ; dans ce cas, on est obligé deprocéder à un'curage. Les meilleurs puisards sont ceux qui sont faits en pierres sèches et qui sont comblés de pierres jusqu’à 1 mètre au-dessous du sol, s’ils ont été creusés jusqu’à une couche sablonneuse ou absorbante.

Enfin, on fait des puisards à l’aide de la tarière ou sonde du mineur. Quand on est arrivé à une certaine profondeur on insère dans le trou de sonde des tuyaux en bois ou en poterie, on fait à l’orilice de ces tuyaux un encaissement en maçonnerie d’un mètre cube au moins qu’on remplit de pierres, afin de faciliter l’action absorbante du tuyau. Mais autour du récipient en maçonnerie, il existe une sorte de bassin qui en fait le tour. Lorsque l’eau arrive dans celui-ci elle dépose la vase qu’elle peut contenir et ne peut s’écouler dans le boitout qu’ après avoir atteint le niveau de l’encaissement en maçonnerie, à travers lequel elle s’épure encore, enfin l’eau finit par s’écouler par le tuyau du puisard.

TRAITÉ DES CONSTRUCTIONS RURALES

CONSTRUCTIONS DESTINÉES A RECUEILLIR ET CONSERVER LES ENGRAIS DE FERME.

FUMIÈRES.

1. Généralités. — Il y a deux moyens d’augmenter les produits de l’agriculture : l’extension de la surface cultivée, ou bien l’accroissement de la faculté productive par l’emploi des engrais. Pour nous, le meilleur engrais est le fumier de ferme, que nul autre, dans l’état actuel de la science, ne peut entièrement remplacer. Aussi nous n'hésitons pas à dire qu’entre tous les moyens que l’on peut employer dans le but d’augmenter la quantité et la qualité des récoltes, il n’en est pas de plus efficace que le fumier. Le tout, c’est de savoir le faire.

Or l’emplacement et la disposition du tas de fumier est la pierre d’achoppement de la généralité des exploitations.

Aussi nous sommes de l'avis de Schewerz, quand il s’écrie (1) dans un langage peut-être un peu emphatique : « Malheur à la ferme où, faute d’espace, le fumier est déposé le long de la rue ou dans quelque coin, où le liquide qui suinte se perd en pure perte ! Malheur à la ferme dont toutes les toitures déversent leurs eaux sur le fumier et dans laquelle il faut dévier cette eau ou en laisser noyer toute la cour ! c’est ce qu’il y a de plus précieux pour la fertilisation des terres qu’il faut alors répandre au dehors pour se défaire de l’eau qui s’y trouve mêlée. Malheur à la ferme où il n’y a pas, où il ne peut y avoir de disposition bien entendue pour rendre de temps en temps au fumier le jus qui en découle, pour y entretenir l'humidité nécessaire et empêcher les moisissures de s’y établir ! »

Comme on le voit, la création du fumier est d’une importance capitale pour l'avenir d’une exploitation; aussi nous ne craindrons pas de donner assez de détails sur les constructions qui servent à son abri et à sa fabrication. Nous n’insisterons pas sur l’exposition ni sur l’emplacement des fumières,car chaque fermier les met où il peut. Cependant nous recommanderons de placer de préférence les fumiers le plus près des étables afin de ne point perdre du temps pour les transports et de les exposer en plein nord ou dans une situation telle, que le vent dominant dans une localité emporte loin des constructions l’odeur des fumiers.

Maintenant étudions la fameuse question si controversée, de savoir s’il

(1) Préceptes d’agriculture pratique, par Schewerz, directeur de l’Institut agricole de Hohenheim (Prusse). 4 vol. in-8°.

DES CONSTRUCTIONS ANNEXES DE LA FERME

faut laisser les fumiers en tas à l’air libre, ou s’il faut les lenir enfermés sous des hangars. Nous n’hésitons pas à nous prononcer en faveur du premier mode, et voici pourquoi. Le fumier décomposé, fermenté, est aujourd’hui reconnu le meilleur et le plus actif. C’est un axiome tellement évident, que les cultivateurs anglais pour activer la fermentation en été, remanient et retournent plusieurs fois en l’arrosant leurs tas de fumier.

Aussi, comme nous sommes persuadé que sous la plus grande partie des climats les influences atmosphériques activent la fermentation, nous conseillons d’établir les fumiers à l’air libre, mais en ayant soin de satisfaire aux conditions suivantes, qui sont de toute nécessité.

1° Ne rien perdre du liquide qui suinte du fumier (purin), le recueillir au contraire dans une fosse étanche, afin de pouvoir à l’aide d’une pompe en arroser le tas, si c’est nécessaire, surtout en été, car la sécheresse arrête la fermentation ;

2° L’emplacement choisi pour le dépôt des fumiers doit être assez grand pour permettre l’amoncellement du fumier à 2 mètres seulement, hauteur qu’on ne doit pas dépasser ;

3° Ne laisser couler ou tomber d’autre eau sur le tas de fumier que celle de la pluie reçue naturellement par sa surface, détourner toutes les autres eaux des purinières ;

4° Que les fumières soient divisées

Fig. 523. — Aire et fosse à fumier.

Échelle de 0m,0025 pour mètre.

Légende ;

a, a, a, a, plateforme pour le dépôt de fumier; b, b, rigole conduisant le purin dans la losse c; d, pompe pour arroser le fumier.

en plusieurs compartiments, au moins deux, de telle sorte que l’ancien fumier ne soit pas recouvert par le nouveau;

5° Il faut que l’emplacement choisi permette l’approche des voitures, et que le sol soit assez résistant pour que les chevaux n’aient pas à faire de trop grands efforts pour enlever une charge ordinaire. Toutes ces conditions essentielles, indispensables, sont pleinement satisfaites par les fosses à fumier et à purin représentées par( notre figure 523, qui représente un ensemble de quatre plates-formes avec une fosse à purin dans l’axe et sur l’un des côtés, chaque plate-forme a, a, a, a, comprend un espace de niveau avec le terrain environnant dont la surface légèrement convexe est circonscrite par des rigoles b conduisant les liquides qu’elle reçoit dans la fosse à purin c munie

d’une pompe d pour arroser le fumier. Le bord extérieur de la rigole doit

être assez élevé pour ne jamais être franchi parle purin sortant du fumier, ainsi que par des eaux extérieures. Pour obtenir ce résultat, on donne au

bord extérieur une saillie de 0m,15 à 0n,,18 qu’on raccorde avec le terrain environnant au moyen d'un talus en gazon très-incliné.

Il est bien entendu que le sol de la plate-forme doit être imperméable pour ne rien perdre du purin et que la fosse qui le reçoit sera aussi parfaitement étanche ; c’est dans ce but, qu’on doit la construire en maçonnerie hydraulique et l’enduire de ciment.

Un chemin pavé sur le côté de la fumière doit permettre l’approche des voitures.

2. Rigoles d'écoulemext. — Les rigoles pour l’écoulement des urines provenant des écuries et des étables doivent être fermées et avoir un fort centimètre de pente par mètre. La construction des rigoles en maçonnerie coûte fort cher, et si ellbs ne sont pas bien construites, non-seulement elles

Fig. 524. — Coupe d’une fosse à purin ou à engrais. Échelle de 0m,005 pour mètre.

laissent perdre le liquide, mais encore elles sont cause d’infection et de dégradation sur tout leur parcours : aussi nous conseillons d'employer des tuyaux de fonte, ou bien si Ton trouve ces derniers trop chers on peut employer des tuyaux en poterie. On en fabrique aujourd’hui de tous les prix et de toutes les dimensions. Il en existe même de très-résistants, puisque quelques-uns, de huit centimètres de diamètre, peuvent résister à une pression moyenne de vingt-quatre à vingt-cinq atmosphères.

3. Purinières. — Nous avons démontré dans ce qui précède l’utilité de recueillir le purin du fumier ainsi que les urines des animaux, car ces liquides constituent un des plus riches éléments de fertilité.

On construit dans ce but des fosses ou des citernes, qu'on place près des écuries ou des étables, ou ce qui vaut mieux, près des aires à fumier. Les purinières reçoivent encore les eaux de lavage et ménagères, et souvent on établit au-dessus d'elles les latrines.

DES CONSTRUCTIONS ANNEXES DE LA FERME

Les purinières doivent être pourvues d’une grande ouverture pour permettre d’y jeter les cadavres des animaux qui meurent de maladie, ainsi que toutes sortes de détritus, os, cornes, laines, etc. C’est par ces mêmes ouvertures qu’on les nettoie et qu’on effectue les réparations qui sont nécessaires.

Les fosses à purin affectent des formes variées, mais une des meilleures est représentée par notre figure 524. C’est une suite de citernes adossées les unes contre les autrés, qu’on peut faire communiquer ou rendre indépendantes à volonté. Quand on désire établir des communications, on ouvre des arcs dans les murs marqués a; dans l’arrachement du plan [fig. 525).

Les fosses à purin servent aussi à fabriquer des engrais liquides, principalement dans les pays où l’agriculture est en progrès.

Dans ce cas, on construit les purinières assez loin des bâtiments de la ferme, le plus près des terres qui doivent en consommer le contenu. On apporte dans ces fosses les vidanges des villes, et souvent même il y a avantage à amener les eaux ménagères et les vidanges de la ferme par une canalisation.

'fw&zz&ûzmmwïm'- ////.

jij | ja

Kig. 5‘25. — Arrachement du plan d’une fosse à purin ou à engrais.

On fait bien ainsi une avance de fonds, mais cette avance est bientôt gagnée par l’économie des transports qu’on serait obligé de faire par tonneaux.

Ces fosses sont munies de malaxeurs mus par un ou deux manèges, afin de bien agiter le liquide avant de le répandre sur les terres.

On extrait ces engrais liquides, soit avec des pompes dites rustiques, soit avec de petites norias.

4. Abris pour fumiers. — Bien des agriculteurs conseillent d’abriter les fumiers non-seulement pour empêcher les eaux pluviales de les délayer, mais surtout pour les protéger des rayons du soleil qui, disent-ils, sont plus nuisibles à l’engrais que la pluie et la neige.

Cette opinion a prévalu non sans quelque raison auprès de certains agriculteurs, et ils ont pris le parti de mettre leurs fumières sous des hangars.

Nous trouvons que cette plus-value de dépense n’augmcnle pas tellement la valeur du fumier qu’il soit bien utile de la faire. Mais nous conseillons de couvrir les grands tas de fumier qu’on ne veut pas remanier avant leur

TRAITÉ DES CONSTRUCTIONS RURALES

emploi. On peut employer à cet effet de la terre, de la marne, de la tourbe, des roseaux, des bruyères, etc. On peut aussi planter un rideau d’arbres sur un côté de la fumière, celui sur lequel les rayons du soleil frappent le plus longtemps le fumier.

Enfin, ceux qui voudraient quand même construire des hangars pour leur fumier n’ont qu’à choisir parmi ceux que nous avons donnés précédemment, page 323 et suivantes. Nous recommandons surtout le type de bergerie ouverte sous hangar qui serait parfaitement ce qui conviendrait le mieux pour abriter les fumiers (voir page 270, fuj. 379) ; ainsi que le type de hangar représenté par notre figure 526, qui permet d’abriter de grandes quantités de fumiers

Fig. 526. — Grand hangar pour abriter le fumier, avec fosse à purin au-dessous et bas-côtés pour charger et décharger les charrettes.

Échelle de 0”,005 pour mètre.

et dont les bas-côtés permettent de charger et décharger facilement les charrettes.

Mais nous nous plaisons à le répéter, l’économie qui résulte de cette opération ne vaut pas la dépense qu’elle occasionne, et nous ajouterons que souvent les hangars gênent considérablemenl la manœuvre pour l’approche et le chargement des charrettes, et dans tous les cas augmentent considérablement les frais de manutention.

Page 1