MORTIERS
Le mortier est une composition, un amalgame qui sert à unir fortement les matériaux tels que pierres, briques, et qui fait corps avec eux. On l’emploie à l’état de pâte molle et il durcit au bout de quelques jours.
Il existe une grande variété de mortiers, mais suivant leur destination on les divise en deux classes :
1° Les mortiers ordinaires ou aériens employés dans les constructions où
l’on ne craint point l'humidité ;
2“ Les mortiers hydrauliques, ou employés sous l’eau ou dans les constructions exposées à l'humidité. Les premiers se composent de chaux et de sable mélangés suivant la qualité de la chaux dans les proportions (en volume) suivantes :
Chaux grasse éteinte, 50 parties pour 100 de sable;
Chaux moyenne, 55 parties pour 100 de sable;
Chaux maigre, 00 parties pour 100 de sable;
Chaux hydraulique, 70 parties pour 100 de sable.
Avant de mélanger l'eau, le sable et la chaux, il fant ramener celle-ci à 1 aide du rabot ou broyon à' l’état de pâte bien homogène jusqu’à ce qu’elle acquière la consistance de l'argile corroyée. Vingt-quatre heures après son extinction, la chaux est suffisamment prise. On peut l’employer dans cet état, on y ajoute le sable sans eau; cette observation est indispensable pour obtenir un bon mortier.
DES MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION
Généralement les maçons ont le défaut d’ajouter de l’eau en même temps que le sable parce que le corroyage est moins pénible et qu’il économise les trois quarts du temps qui serait nécessaire pour conduire à bien l’opération. Les mortiers ainsi obtenus présentent une bien moins grande résistance ; car il ne faut pas l’oublier, c'est le corroyage qui fait le mortier.
Le bon mortier doitse faire avec le moins d’eau possible. Quand il est fabriqué avant son emploi immédiat, on le recouvre de sable pour le préserver du contact de l’air. On le rebat, sans addition d’eau, au moment de l’employer. En prenant ces précautions, le mortier ordinaire acquiert de la qualité, loin d'en perdre; en effet, il durcit plus rapidement et prend avec moins de retrait.
Nous recommandons de même de faire les mortiers de tuilée et de chaux grasse cinq à six jours avant leur emploi ; on a soin de les rebattre dans l’intervalle à trois ou quatre reprises.
Les mortiers employés sous l’eau se composent mi-partie de chaux hydraulique et mi-partie de tuilée ou de pouzzolane très-énergique.
Les mortiers de chaux maigre et de chaux hydraulique ne doivent pas subir un battage aussi prolongé que le mortier ordinaire; car au lieu de gagner en qualité, ils ne feraient que perdre.
La composition de l’eau influe beaucoup sur la qualité des mortiers ; la meilleure est l’eau de pluie ou de citerne, ensuite celle de rivière quand elle est claire et limpide. La moins bonne est l’eau de puits.
Il existe encore trois autres genres de mortiers : le mortier bâtard, le mortier de terre et le blanc de bourre.
Le premier est un mortier ordinaire de chaux et de sable avec une addition plus ou moins considérable de plâtre, suivant l’usage auquel on le destine. Ce mortier doit être rejeté pour les constructions exposées à l’humidité, à cause des propriétés hygrométriques du plâtre. Il peut rendre au contraire des services dans les étages élevés, où l’humidité n’est pas à craindre et pour des travaux qui nécessiteraient une prise rapide ; car il durcit en quelques heures, et il adhère fortement aux matériaux.
Le mortier de terre est composé uniquement d’une terre très-argileuse extraite quelquefois sur le lieu même de la construction. On la détrempe avec de l’eau, on la réduit en pâte, enfin on la corroie avec le rabot en fer. Ce mortier est fort en usage pour les constructions rurales ; il sert à exécuter et hourder des maçonneries en moellons ou en briques. Afin de préserver le mortier de terre de la pluie et de l’humidité, lorsque le hourdi est sec on le recouvre d’un enduit en plâtre ou en mortier de chaux. A l’aide de ce revêtement, il résiste très-longtemps aux intempéries de l’air.
Sous le nom de blanc de bourre, on fait un mortier mixte composé de
chaux grasse et de sable, ou d’argile et de chaux, auquel on ajoute de la bourre ou poil provenant des peaux tannées, ou de la tonte des draps. Le blanc de bourre sert à faire les enduits et les plafonds dans les pays, où le plâtre est très-rare, ou fait môme complètement défaut.
Pour fabriquer le blanc de bourre on étend le mortier sur une aire plane en couche peu épaisse, on ajoute la bourre et on remue le tout jusqu’à ce que le mélange ait acquis une certaine consistance. Pour les couches cachées des enduits, on utilise de la bourre noire ou rousse, mais pour les couches apparentes, la dernière surtout, on emploie la bourre blanche.
Avant d’introduire la bourre dans le mortier on a soin de la battre, afin de bien séparer toutes les fibres.
Pour obtenir de bons enduits susceptibles d’un beau poli, il faut que la chaux soit éteinte très-longtemps à l’avance, un mois ou deux sont nécessaires. Le blanc de bourre se pose à la truelle sur lattis. La première couche n’a que 0m,018 à 0m,020 d’épaisseur, la seconde est plus mince encore. Ces enduits ne peuvent être faits en temps de gelée.
Dans quelques départements du nord de la France, en Suède et en Russie, les ouvriers qui ont l’habitude de se servir de ce produit font au blanc de bourre des corniches de plafonds et des moulures de lambris. On peut peindre sur ces enduits, mais on ne doit le faire que dans la belle saison, et un an après leur entière exécution.