BÉTONS
Le béton peut être considéré comme une maçonnerie coulée, c’est une sorte de pierre artificielle formée d’un mélange de cailloux et d’un mortier de sable et de chaux.
Quelquefois on remplace les cailloux par des fragments de brique, de pierraille ou meulière ou même des recoupes de pierre dure d’un petit volume. Le mortier doit être en quantité suffisante pour noyer complètement les cailloux ou les fragments de pierre afin d’empêcher un contact immédiat entre eux.
On emploie ordinairement pour les cailloux ou graviers 50 à 55 pour 100 en volume de mortier, pour les pierres concassées jusqu’à 75 pour 100. Le mortier employé est gé-néralement hydraulique.
On fabrique des bétons dont la résistance et l’imperméabilité sont variables, on les compose donc suivant l’usage auquel on les destine.
Voici du reste pour un mètre cube trois dosages différents que nous avons employés dans nos travaux et dont nous avons toujours été satisfait.
DES MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION
Béton gras ; 0mC,54 de mortier et 0mc,76 de cailloux, employé pour des réservoirs, des rivières artificielles des déversoirs, radiers et autres travaux analogues.
Béton ordinaire ; 0mc,50 de mortier et 0mc,8o de cailloux, bon pour les ouvrages de maçonnerie dans l’eau, pavage, etc.
Béton maigre ; 0mc,40 de mortier et 0mc,95 de cailloux ou pierrailles, employé pour fondations et massifs, pour puits de fondations.
Si le terrain était excessivement humide on pourrait augmenter la quantité de mortier.
Avec les dosages que nous.venons de donner ci-dessus on peut composer des bétons intermédiaires, et faire dix compositions différentes ; c’est au constructeur à étudier le cas spécial dans lequel il se trouve pour y appliquer un dosage de préférence à un autre.
Le mélange du mortier et des cailloux se fait sur une aire plane en planches, d’abord avec des griffes, ensuite avec des pelles. Pour les travaux de grande importance on a un outillage spécial, on emploie des bétonnières. Cette machine à faire le béton est un cylindre en fer de 2m,50 environ, de hauteur, il est garni intérieurement de tiges de fer rond qui se croisent en tous sens. Par l’ouverture supérieure on jette les proportions déterminées de cailloux et de mortier. Dans le parcours du cylindre, le béton se môle et s’amalgame, et lorsqu’il arrive à l’extrémité inférieure terminée en cône tronqué, le béton est fait. Un registre sert à ouvrir et fermer le bas de la bétonnière.
Le béton est aujourd’hui d’un usage fréquent, mais on l’emploie surtout pour les travaux de fondations et les ouvrages hydrauliques.
On doit prendre de grandes précautions pour empêcher la chaux du béton de se délayer, c’est dans ce but que l’on coule le béton dans des caisses en bois dont le fond s’ouvre et se ferme au moyen d’un loquet qu’on manœuvre avec une chaîne. On le coule aussi dans des batardeaux ou dans des excavations disposés pour le recevoir.
Avec le béton on fait aujourd’hui toutes sortes de travaux : des blocs artificiels, qui mesurent quelquefois plus de 10 mètres cubes (ports d’Alger, de la Joliette à Marseille), des murs, des voûtes, jusqu’à des églises.
Celle du Vésinet dans les environs de Paris est ainsi construite.
Certains bétons bien fabriqués égalent en durée de petites roches ; seulement comme tous l'es matériaux monolithes, le béton est sujet à se fendre, si les fondations des constructions reposent sur un sol compressible.
On fait encore avec des béions agglomérés des statues, dçs ponts et môme des maisons, et avec des bétons plastiques des dallages pour vestibules qu i ont une extrême dureté.
TRAITÉ DES CONSTRUCTIONS RURALES
PLATRES.
Le plâtre est une matière que l'on obtient par la calcination du gypse (sulfate de chaux hydraté) dans des fours.
Le gypse est une pierre très-tendre qu’on ne doit pas employer dans les constructions.
Les bancs de gypse dans une même carrière donnent des plâtres très-variés comme qualités ; aussi un bon fabricant de plâtre sait-il faire des fournées de manière à obtenir des plâtres de qualité uniforme.
Suivant les localités, les bancs de plâtre ont des noms différents ; dans les environs de Paris, où le plâtre est excellent, on désigne ces bancs de là manière suivante :
1° Le Souchet, qui est le premier banc. Il est immédiatement placé sous le ciel de la carrière.
2° Le Bousineux, qui est au-dessous.
3° La Ceinture, le Gros-Gris et le Petit-Glanduleur, placé au-dessous du suivant. Ces trois bancs fournissent des plâtres de qualité inférieure.
4° Le Toisé, le Petit-Dur et le Gros-Dur.
6° Le Gros-Glandujeux, la Brioche et le Banc-Bouge.
6° Le Gros-Banc et le Sous-Pied.
Ces trois derniers bancs donnent les meilleures pierres à plâtre, dont les variétés sont fort nombreuses.
Les pierres à plâtre sont cuites dans des fours, comme la chaux. Le meilleur procédé pour cette cuisson consiste à leur donner d’abord une chaleur modérée, qui chasse l’humidité dès pierres ; on augmente ensuite graduellement le feu pour terminer la cuisson. Il faut environ vingt-quatre heures pour faire une fournée.
On reconnaît la bonne ou mauvaise qualité du plâtre aux caractères suivants :
Le bon plâtre cuit à point est doux au toucher ; il laisse dans les doigts une onctuosité que les ouvriers appellent amour. Les enduits faits avec ce plâtre sont d'un grain fin et serré et agréable à l’œil. Lorsque le plâtre est trop cuit, il n’absorbe pas d’eau, il est graveleux et ressemble au sable ; il se comporte de même lorsqu’il n’est pas assez cuit.
On reconnaît du reste les mauvais plâtres â leur couleur jaunâtre, à leur rudesse. Ils sont longs à prendre et les enduits faits avec eux se gercent très-facilement.
A Paris, on emploie dans les constructions trois sortes de plâtre :
\n plâtre au panier ou plâtre ordinaire, tel que le plâtrier le livre à
DES MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION
l’entrepreneur. Il sert pour les aires de planchers, pour le hourdi et le crépi des inurs. On le nomme ainsi parce qu'il est tamisé dans un panier d’osier.
2° Le plaire au sas est un plâtre plus fin ; passé au tamis de crin, et de laiton il sert pour les enduits et les moulures.
3° Le plâtre au tamis de soie est employé pour les enduits et moulures qui doivent recevoir de la peinture.
On nomme mouche tics les résidus provenant du passage du plâtre au sas, on les utilise en les mêlant avec le plâtre ordinaire, pour les gros ouvrages de limousinerie, ou pour épigeonner ; enfin lorsque le plâtre passé au tamis de soie n’est pas assez fin, les ouvriers font sauter sur la pelle du plâtre et la partie qui s'y attache est appelés par les maçons plâtre à la pelle. Cette fleur de plâtre sert à boucher les petits trous des moulures.
On appelle plâtre gris celui qui n’a pas été râblé, c’est-à-dire dont on n’a pas ôté le charbon à la plâtrière et plâtre blanc, au contraire, celui qui a été râblé.
Pour employer le plâtre dans les constructions, on lui rend l’eau qu’il a perdue par la cuisson, il est ensuite agité et malaxé dans une auge avec une truelle en cuivre. Cette opération est nommée gâchage. On gâche serré quand on met peu d’eau au plâtre et qu’on désire une prompte prise, pour les soudures des enduits par exemple. Au contraire, le plâtre est gâché clair, lorsqu’on emploie beaucoup d’eau ; ce dernier sert pour ragréer les moulures traînées ; enfin le plâtre est dit noyé quand il nage pour ainsi dire dans l’eau : celui-ci sert pour les coulis des joints.
Il arrive parfois que les ouvriers gâchent le plâtre trop clair et ne peuvent l’employer de suite ; dans ce cas ils le laissent couder, c’est-à-dire prendre de la consistance ; mais une fois le plâtre coudé il faut s’en servir rapidement, car il ne tarde pas à prendre.
Enfin on emploie le plâtre à l'italienne. Voici en quoi consiste ce procédé ; on jette du plâtre dans une auge à moitié remplie d’eau et inclinée on le laisse reposer puis on le retire avec une truelle et on le dépose sur une planche pendant 10 ou 15 minutes, après quoi ou s’en sert pour les enduits.
On ne doit pas oublier que, contrairement au mortier qui se contracte en séchant, le plâtre augmente de volume, il faut tenir compte de cet accroissement dans les constructions, sans quoi on s’expose à de graves mécomptes; ainsi quand on enduit des cloisons en briques il faut avoir soin de les contrebutter du côté opposé ; sans quoi, elles pourraient boucler assez fortement; de même, quand on fait des aires en plâtre de 0m,0-i à 0ni,05 d’épaisseur, il faut procéder par petites surfaces et laisser entre elles 0m,02 d’intervalle de vide..
TRAITÉ DES CONSTRUCTIONS RURALES
Nous dirons encore que l’emploi du plâtre présente des inconvénients pour les constructions à rez-de-chaussée, à cause de son hygrométricité. Les constructions en plâtre ne doivent donc reposer que sur des assises établies en mortiers hydrauliques.