CONSERVATION DES BOIS
On a cherché de nombreux moyens pour conserver les bois de construction et pour augmenter leur durée, leur force et leur résistance, qui sont les principales qualités qu'on désire rencontrer dans les bois.
On a étudié successivement l’abatage et l’écorcement, l’immersion et le flottage, l’injection. Avant de parler de ces diverses opérations nous devons dire la méthode ordinaire de conserver les bois sans moyens artificiels.
En attendant de les mettre en œuvre, les bois doivent être placés dans une situation telle, que leur dessiccation les bonifie.
On doit encore protéger les bois contre les coups de soleil, contre de trop grandes chaleurs ; ce sont autant de causes qui les font fondre ou tout au moins gercer. On évitera de les faire passer par des alternatives de sécheresse ou d’humidité. On les empile à cet effet sous des hangars, de façon à ce que l'air puisse circuler librement autour de chaque pièce. Dans ce but, on pose les premiers bois sur des chantiers dont les traverses sont assez
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rapprochées pour empêcher les bois de courber sous leur propre charge. On empile un deuxième rang sur le premier, puis un troisième et un quatrième s’il y a lieu en intercalant des épingles ou tasseaux entre chaque rangée.
Tel est le moyen employé ordinairement pour mettre les bois en chantier et assurer leur conservation.
Étudions maintenant l’influence de l’abatage et de l’écorçage; et quelle est la meilleure époque pour pratiquer ces opérations.
Jusqu’à ce jour, les sylviculteurs se sont uniquement préoccupés de la reproduction ligneuse, sans se demander si l’époque d’abatage n’avait pas aussi une influence sur la durée des bois de construction.
Écorçage. — La question de l’écorçage a été fort controversée. Pour nous, nous trouvons mauvaise cette opération. Ce désaccord provient de l’élimination d'un des éléments les plus importants de la discussion: le laps de temps écoulé entre l’écorcement et l’abatage. Si l’on tenait compte de cette donnée, on arriverait aux résultats les plus divers suivant que l'on ferait intervenir les phénomènes de la circulation intérieure avant ou après l’abatage de l’arbre. Toujours est-il que ceux qui continuent à écorcer parce qu’ils trouvent bon ce procédé devraient couper leurs arbres avant le 15 avril.
Malheureusement aujourd’hui l’exploitation a lieu en tout temps, principalement lorsque la sève est en mouvement ascensionnel, et c’est là le grand tort, car ces bois coupés dans cette période ne sèchent jamais qu’imparfaitement, surtout s’ils ne sont pas flottés. Si l’on fait la coupe dans une saison défavorable, c’est pour écorcer, ou par négligence ou ignorance. Pour éviter l’infériorité des bois comme qualité, il faudrait réglementer les coupes, défendre l’abatage à d’autres époques que celles indiquées par les usages forestiers. La meilleure serait en novembre.
Quelques sylviculteurs prétendent qu’on évite les vers en écorçant les bois avant de les abattre parce qu’on active la maturité de l’aubier ; ils ne remarquent pas qu’ils donnent un remède pire que le mal ; en effet un arbre écorcé sur pied contracte plus facilement des maladies ; il se gerce, se dessèche trop promptement, et une fois emmagasiné, il peut s’échauffer ou recevoir dans ses gerçures ou crevasses, une quantité d’œufs de vers rongeurs qui le détruiront infailliblement. Il est mieux d’écorcer l’arbre une fois coupé ; on doit même, lorsqu’on le peut, le débiter suivant ses besoins : en opérant de cette façon il sèche plus rapidement et plus complètement.
Immersion. — L'immersion a pour but d’accélérer la dessiccation des bois ; à cet effet, on les plonge dans des eaux vives et courantes et à défaut dans des lacs ou mares ; cette opération a pour but de chasser la sève de 1 arbre et de la dissoudre. On active cette dissolution en plongeant les bois
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dans une eau à 30 degrés centigrades ; on ne peut pas toujours pratiquer cette opération sans dépense ; mais il arrive parfois que le voisinage d’une usine ou d’une fabrique à vapeur permet de le faire sans frais. Enfin quand on n’a sous la main ni eau chaude, ni eau froide en quantité, ce qui arrive parfois dans certaines contrées, on pourra conserver les bois et activer leur dessiccation en les enterrant dans le sable, ou dans la vase humide.
On est arrivé aujourd’hui à dessécher le bois graduellement par des moyens artificiels, dans des étuves à la vapeur. Il faut user avec ménagement de ces procédés, car il est difficile de remplacer l’action du temps, qui opère il est vrai avec lenteur, mais avec sûreté et précision.
Flottage. — Le flottage a été aussi fort controversé, il peut rendre cependant des services incontestables pour la conservation et la prompte dessiccation des bois. Nous devons dire néanmoins qu’il existe des monuments fort anciens qui remontent aux cinquième et sixième siècles, et au delà, et dans lesquels les bois de charpente sont très-bien conservés quoique n’ayant jamais été flottés. Nous n’irons pas cependant jusqu’à dire comme certains praticiens, que les bois desséchés sans flottage sont préférables aux autres. Ils prétendent que la sève desséchée dans l’arbre le conserve, le rend plus résistant et plus dur en reliant plus fortement entre elles les fibres ligneuses. Tel n’est pas notre avis.
Injection. — Les chemins de fer, entre autres grands services qu’ils ont rendus, ont beaucoup contribué au développement des constructions économiques. En effet, dans son début, cette grande industrie a été attaquée même par les hommes les plus capables, et quelques-uns n’ont pas craint de dire que les chemins de fer causeraient la ruine du pays.
Devant de pareils pronostics, on comprendra le peu d’enthousiasme des premiers actionnaires à avancer des capitaux.
Aussi, lors de la création des lignes, les ingénieurs, pour satisfaire aux exigences du service et à la timidité des capitaux, ont-ils employé beaucoup de bois pour leurs constructions, et attachaient-ils un puissant intérêt à sa conservation. Ils employèrent dans ce but les matières empyreumatiques, telles que créosote, acide pyroligneux, goudron, coaltar ; ils essayèrent aussi des injections et de solutions salines. Ce qui paraît avoir le plus d’efficacité pour la conservation des bois, ce sont les solutions de Sulfate de Cuivre. On a également employé avec succès des solutions de Chlorhydrate de Zinc et de Chlorure de Sodium (sel marin).
Pour les bois qu'on veut peindre et encoller, nous recommandons plus particulièrement la solution de Chlorhydrate de Zinc, qui n’altère point la couleur des bois de sapin et ne les rend pas réfractaires à la colle et à la couleur à l'huile, comme le fait le Sulfate de Cuivre. Les bois injectés de cette
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dernière substance ne prennent que difficilement la peinture, et encore elle linit avec le temps par s'écailler et se détacher entièrement. Le Chlorhydrate de Zinc a l’avantage, en outre, d’être le meilleur marché des sels métalliques.