ARBRES PROPRES AUX CONSTRUCTIONS
Il existe une très-grande variété d’arbres propres aux constructions ; on peut les diviser en quatre catégories : la première comprend les bois durs, la deuxième les bois résineux, la troisième les bois demi-durs, la quatrième les bois tendres, poreux ; le plus souvent ces derniers sont blancs.
1° Bois durs. — A leur tête se place le chêne, qui est un des meilleurs bois de construction, et qu’on doit employer de préférence à tout autre, lorsque son prix de revient le permet.
Les variétés du chêne sont fort nombreuses, et toutes sont d’un ton (ni ploi.
Le chêne sert pour les poitrails, poutrelles, poteaux, et doit être employé exclusivement à tout autre pour les faîtages et tous les endroits exposés à l’humidité.
En menuiserie, il sert pour les bâtis et contre-bâtis de baies, pour parquets, lambris, revêtements, coffres, doublures, etc. Associé avec des bois plus tendres et plus légers, le gr isard, le sapin, il forme des encadrements de portes et panneaux.
Après le chêne, on emploie le châtaignier ; comme lui, ce dernier durcit sous l’eau, mais à l’air libre il ne se comporte pas aussi bien : il est souvent piqué des vers ; il se creuse alors. Il supporte moins bien les alternatives de sécheresse et d’humidité ; néanmoins on l’emploie beaucoup en charpente.
L’ormeau, plus dur que le chêne, est d’un travail plus pénible ; il est sujet à se tortiller; son prix élevé ne permet que rarement son emploi dans les constructions rurales, où il ne sert que pour la charronnerie.
Le charme qu’on emploie pour les petites pièces de charpente, est moins dur que le chêne et pourrit plus facilement que lui; il éprouve des retraits considérables en séchant.
Le frêne peut fournir de bonnes pièces de charpente et de menuiserie, de plus, comme il est fort et élastique, il est très-utile pour la charronnerie, seulement il faut le bien choisir, car il est sujet à la vermoulure. On emploie aux mêmes usages que le frêne Vailanle, ou faux remis du Japon avec lequel il a du reste beaucoup d’analogie.
Le noyer, qui est fort et serré, est surtout employé pour l’ébénisterie,
TRAITÉ DES CONSTRUCTIONS RURALES
cependant on l'emploie en menuiserie pour faire des portes et fenêtres et, dans quelques contrées où il est abondant, aux mêmes usages que le chêne, mais il pourrit facilement.
L 'eucalyptus globulus, dont la culture commence à se propager fera un jour un excellent bois pour charpente, de plus la forte odeur camphrée qu'il dégage le met à l'abri des piqûres de vers et de la pourriture ; aujourd'hui son prix élevé ne permet guère son emploi que pour l’ébénisterie, espérons que les grandes plantations qu'on en fait en Algérie et dans d'autres contrées abaisseront son prix et vulgariseront l'usage de ce bois si dur et pourtant à croissance si rapide, et que nous croyons appelé à un grand avenir.
Le robinier ou faux acacia, moins dur que l'eucalyptus, doit être débité avant sa dessiccation, sans quoi il est sujet à se tortiller et à se courber ; on l’emploie dans les constructions pour faire des poteaux, de la latte.
2° Bois résineux. — Tous les sapins en général donnent un bois facile à travailler, mais qui est sujet à réchauffement et à la vermoulure.
Les sapins du Nord ont une réputation méritée ; ils donnent des pièces de très-grandes dimensions, et sont d'un grand secours pour la charpente, où on les mêle souvent au chêue. On l'emploie, pour les poutres, solives, arbalétriers, pannes, chevrons et voliges. Le sapin se conserve assez bien, pourvu toutefois qu'une de ses faces soit à découvert, mais lorsqu'il est entièrement noyé dans le plâtre ou dans la maçonnerie, il se détériore assez promptement.
Il doit sa bonne conservation à la résine qu'il renferme, et plus un sapin en est chargé mieux il vaut pour la charpente; mais ce qui est un bienfait dans ce cas devient un grave inconvénient pour la menuiserie, car la résine qui suinte, du bois, gâte et détérioré les peintures dont on l’a revêtu.
Les pins, sylvestres, laricio, maritimes, ont un bois analogue au sapin mais d'une qualité inférieure; ils servent à peu près aux mêmes usages, de même que le melèze. Nous devons ajouter que ce dernier a une réputation un peu surfaite. On lui attribue toutes les qualités du chêne, une grande incombustibilité; il est d’un travail facile, et à tous ces avantages il ajoute celui d'être très-léger.
3° Bois demi-durs. — Les bois de cette catégorie servent en général plutôt à la menuiserie et à l'ébénisterie qu’à la charpente; le hêtre seul est plus communément employé pour ce dernier usage.
Le platane, l 'érable et le sycomore sont des bois assez résistants, mais sujets à la vermoulure.
L 'aulne est un bois très-utile pour les constructions dans les terres
DES MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION
humides et dans l’eau, aussi sert-il pour les pilotis et les grils, les corps de pompe en bois et les stalles volantes ou bat-flancs comme nous le verrons en parlant des écuries. (Ghap. iv. Logement des animaux.)
Le pommier, le poirier, le cerisier et le merisier sont des bois analogues, susceptibles de prendre un beau poli et des teintures en noir ; ils sont exclusivement employés pour l’ébénisterie à cause de leur prix élevé, cependant on pourrait, dans bien des pays, les utiliser pour des panneaux de portes.
Enfin dans les bois demi-durs, nous trouvons le prunier, Y alisier et le cormier qui ne sont employés que pour l’ébénisterie ou des supports de machines agricoles.
Dans beaucoup de campagnes cependant, tous ces bois sont débités en planches et servent à faire des étagères, ou des tablettes dans les fruitiers ou dans les serres à provisions.
4° Bois tendres ou blancs. — Tous ces bois sont de qualités médiocres et ne peuvent être d’un emploi utile; nous, ne ferons donc que les mentionner, ce sont le saule, le tilleul, le bouleau, le marronnier d'Inde, les peupliers. Cependant le peuplier tremble dit g r isard est d’un bon emploi en menuiserie, où il sert pour toutes sortes d’usages.