‹ Architectures ruralesChapitre 39 sur 167 · DES ASSEMBLAGES · texte numérisé non relu

DES ASSEMBLAGES

Nous avons vu précédemment plusieurs moyens de renforcer des poutres et même de les allonger. Dans ce but, nous avons donné (fig. 49 et 50) l’assemblage à trait de Jupiter qui est certainement un des plus solides pour rallonger deux fortes pièces de bois, mais il en existe beaucoup d autres, et comme ils sont d’un fréquent usage dans l’art de la charpente, nous allons en décrire un certain nombre, remarquables par leur simplicité et leur solidité. Ces assemblages sont employés pour linteaux, sablières, arbalétriers, poteaux, etc.

Les plus simples sont ceux dits à mors cl’clne (fig. HO), à paume (fig. 111), (fig. 112), à tenon, à repos et à chaperon (fig. 113).

Il arrive souvent qu’on n’a pas de poteaux assez longs ; dans ce cas il faut enter deux pièces de bois pour faire un poteau.

Nous recommandons à cet effet les deux entures suivantes :

Celle représentée (fig. 114) qui est boulonnée aux points a et b, enfin celle (fig. 115) qui est à mi-bois bout à bout et simplement clouée ou chevillée.

On ente encore les poteaux à tenon et mortaise ; il faut avoir ^ Q:| soin, lorsqu’on emploie ce mode de rallonger les bois, de ne pas en diminuer la force. Le tenon doit toujours être taillé suivant le fil du bois et être égal au tiers de l'épaisseur de la pièce et situé dans son milieu. La mortaise sera semblablement située Assemblage dans l'autre pièce, et les deux jouées seront donc égales aussi au p0bu°rule0nnture tiers de la pièce. Les trois tiers feront l’épaisseur totale du bois, de Poteaude sorte que le tenon et les jouées des mortaises ayant la même force auront la même résistance.

traité des constructions rurales.

Les trous destinés à recevoir les chevilles d’assemblage doivent être situés au tiers inférieur de la longueur du tenon et dans l'axe de son épaisseur. Les chevilles sont cylindriques, et leur diamètre doit être du quart de l’épaisseur du tenon; elles sont en bois dur et de fil ; il ne faut pas oublier qu'elles ne sont là que pour aider à monter les assemblages, mais qu’elles n’en font pas partie, car une charpente bien comprise et bien exécutée doit après sa pose tenir sans chevilles. Il est cependant d’usage de les laisser, après la pose de la charpente, de les enfoncer à force et de scier leur tête à fleur des pièces dans lesquelles elles sont engagées.

Nous avons parlé précédemment des bernes, et nos lecteurs savent que ces pièces de bois sont destinées à empêcher le fléchissement des solives, il

Fig. 115.

Assemblage à mi-bois (cloué ou chevillé).

Fig. 116. — Assemblage à queue d’aronde et à mi-bois.

arrive souvent qu’on est obligé d'enter les bernes. Un des assemblages les plus solides et qui empêche tout mouvement en travers et en longueur est celui à queue d’aronde et à mi-bois ( fig . 116).

On peut aussi avoir à assembler des pièces de charpente ou de menuiserie avec des entailles à mi-bois ; on procède de la manière suivante : quand on veut par exemple assembler deux pièces d'équerre, on fait dans chacune

Fig. 117. — Assemblage à entaille et à mibT)is.

d’elles une encoche égale à la moitié de leur épaisseur, de sorte que, lorsqu'elles sont réunies, elles s’affleurent de part et d’autre. Notre figure 1 17 indique cet assemblage.

EMPLOI ET MISE EN OEUVRE DES MATÉRIAUX

Enfin, si l’on veut obtenir une très-grande solidité, on peut employer l’assemblage dit à double queue d'aronde et à mi-bois ( fig . 118), ou bien trait de Jupiter comme le montre notre figure 119, qui est un genre assez simple, ou bien un double trait de Jupiter plus compliqué, tel que celui de notre ligure 120, qui indique les bois avant leur assemblage, et Fig. 119. — Assemblage h trait de la figure 121 après leur assemblage. Dans Jupitu.

ces deux derniers exemples, on emploie une clef, sorte de cheville, pour unir plus fortement entre elles les pièces de bois.

Ces deux assemblages peuvent être employés pour réunir deux bois pour poteaux.

On a quelquefois à assembler deux pièces de bois, dont l’une est horizontale et l’autre verticale. Afin que le tenon n’ait pas à supporter tout le poids de la pièce horizontale, on les assemble à embrèvement, comme l’in- Fig. 12J. Assemblage à double queue diquent nos figures 122 et 123 (1) dont daronde et à mi-bois (monté).

la première montre le plan, et la seconde l’élévation.

Si au lieu d’être horizontale la pièce est' inclinée comme dans notre figure 125, et qu’elle soit en outre destinée à résister à un effort de pression,

Fig. 122. — Plan de l’assemblage horizontal à embrèvement.

on applique le précédent assemblage, mais de façon à ce que l’embrèvement soit comme le représente notre figure 125, dont nous donnons le plan {fig. 124).

(•) Cet assemblage, ainsi que les quatre qui suivent, sont tirés du supplément de l’Art de bâtir de Rondelet, p. 112 et suivantes.

Lorsque la pièce s’assemble dans le poteau avec un angle très-aigu, l'embrèvement se fait à crans ( fig . 126 et 127).

Fig. 1 -24. — Plan de l’assemblage incliné à embrèvement.

Fig. 125. — Assemblage incliné à embrèvement (élévation).

Fig. 126. — Assemblage à embrèvement et à crans (élévation).

Fig. 127. — Plan de l’assemblage à embrèvement et à crans.

Assemblage anglais. — Les charpentes exposées aux intempéries de l’air

sont plus sujettes que les autres à être promptement détériorées , il faut donc prendre des précautions pour avoir le moins d’assemblages ; et pour ceux qu’on est obligé d’établir, on n’emploiera que ceux qui peuvent par leur structure même résister le plus à l’humidité, tel est celui représenté par notre figure 128. La mortaise est en contre-haut, c’est-à-dire dans l’about de la pièce inclinée ; on évite ainsi l’inconvénient qui résulterait de l’eau arrivant dans la mortaise si elle était dans la partie inférieure. Son séjour aurait bien vite détruit le tenon.

Notre figure 129 montre le profil de la 'g* 130* — jfiàa"e anglais” de lassem~ semelle, et la figure 130 le plan.

Assemblage a queue d’aronde. — Nous avons vu (fig. 116 et 118) des assemblages à queue d’aronde pour des pièces de bois horizontales, mais si l’assemblage est vertical, la queue d’aronde se trouve alors dans l’axe de la pièce, et elle n’est diminuée que d’un côté, c’est une demi-queue d’aronde (fig. 131) et encore, pour que l’emmanchement des deux parties puisse s’opérer, il faut que la mortaise, sur la face d’assemblage, soit au moins égale à la plus grande hauteur de la queue d’aronde. Aussi quand cette dernière est en place, il reste un vide

EMPLOI ET MISE EN OEUVRE DES MATÉRIAUX

dans la partie supérieure de la mortaise; on le remplit avec une clef légèrement conique que l’on introduit avec force, afin de serrer l’assemblage. Cet

Fig. 131. — Assemblage à demi-queue Fig. 132. — Face de l’assemblage à demi d’aronde et à clef. queue d’aronde et à clef.

assemblage offre la faculté, si le bois en séchant se contracte, de pouvoir

être resserré avec la clef. Notre ligure 132

montre la face de l’assemblage, et la figure 133

le plan de la pièce de bois taillée en queue

d’aronde. Fig. 133. — Tenon de l’assemblage

à embrèvement.

Enfin notre figure 1 34 montre un assemblage d’un poinçon avec ses arbalétriers. Ce genre est très-simple, très-solide, et produit un bon effet; on peut l’employer dans les charpentes apparentes.

Comme nos lecteurs peuvent s’en convaincre par cette longue énumération, les assemblages sont aussi nombreux que variés dans leurs formes. Aussi allons-nous les résumer en quelques lignes. Ils peuvent être tous ramenés à trois formes principales :

1° L’assemblage de champ, dans

lequel les pièces de bois sont

unies par leurs faces latérales.

Cet assemblage est tl'ès-usité en Fig. 134. — Assemblage d'un poinçon avec ses .. „ . arbalétriers.

menuiserie ; il se fart :

o.- — A rainure et languette; sur le champ de l’une des planches on creuse une sorte de canal rectangulaire dans lequel vient s’ajuster une languette poussée sur le champ de l’autre planche.

b. — A feuillure mi-bois, obtenu par l’enlèvement sur champ de chaque planche de la moitié de leur épaisseur.

c. — L'assemblage à clef, qui consiste à pousser sur le champ de chaque planche deux rainures de force et de profondeur égales, dans lesquelles on introduit une tringle de bois. Quelquefois on consolide cet assemblage en le chevillant.

TRAITÉ DES CONSTRUCTIONS RURALES

2° L’assemblage de bouts ou de rallonge, ou à bois de fil, dans lequel les pièces de bois sont assemblées en prolongement. Cet assemblage n’est guère employé qu’en charpente ; il est souvent consolidé par des frettes en fer ou boulonné (voy. fg. 114 et 115). Il se fait :

a. — A mi-bois, c’est-à-dire que les pièces sont entaillées d'équerre chacune par moitié de leur épaisseur et d’une même longueur, de sorte que les entailles de chaque pièce s’emboîtent parfaitement pour former un tout.

b. — En flûte ou en sifflet. Dans cet assemblage, les pièces de bois sont entaillées sous un même angle aigu et les faces de l’entaille sont posées jointives.

c. — A trait de Jupiter. C’est une suite d’entailles en flûte ou en sifflet sur deux ou plusieurs plans parallèles, et sur plus ou moins de longueur. On laisse quelquefois des vides rectangulaires dans le fond des entailles; ils servent à recevoir des clefs ou clavettes, qui enfoncées avec force font pression et donnent de la rigidité à l’assemblage ( fi g . 49).

3° L’assemblage angulaire, dans lequel les pièces de bois sont sciées sous un même angle, mais à emboîtement, c’est-à-dire qu’une pièce de bois fait coin et l’autre matrice. Ces assemblages sont très-nombreux; les principaux sont :

a. — A mi-bois, on les cheville, ou on les cloue pour les unir.

b. — A queue d aronde, l’une des pièces de bois est entaillée en queue d’aronde, et l’autre a une saillie de même force, de sorte que celle-ci s'engage et s’emboîte parfaitement dans la première. Cet assemblage est très-usité en menuiserie.

c. — A tenon et mortaise, trop connu pour qu’il soit nécessaire de le décrire.

d. — Enfin l 'assemblage à angle. On scie les deux pièces à réunir sous forme d’onglet, et on les assemble à tenon et mortaise. Cet assemblage est très-usité pour les pièces moulurées.

Page 1