COUVERTURES VÉGÉTALES
Paille ou chaume. — Si la paille ou le chaume ne présentait pas un immense danger par leur combustibilité, ils seraient l’un des meilleurs éléments de couverture pour les bâtiments ruraux. Par sa légèreté, cette toiture ne demande qu’une charpente très-faible pour la soutenir; faite dans de bonnes conditions, elle peut durer 33 à 40 années et même 30. Quelques légères réparations, quelques repiquages pour boucher les trous causés par l’humidité peuvent même prolonger sa durée au delà de 60 et 75 ans. En outre, la paille, mauvaise conductrice de la chaleur protège par son inconductibilité même, contre les brusques changements de température, les combles et les bâtiments qui renferment les produits agricoles, ce qui facilite leur conservation. Employée en doublis dans les logements des animaux, elle donne de la fraîcheur en été, et maintient en hiver, une température élevée.
Malheureusement tous ces grands avantages de la paille sont balancés par un inconvénient capital, sa facilité à s’enflammer et à propager au loin l'incendie dans les campagnes. Aussi nous conseillons d’en restreindre l’usage le plus possible et de reléguer la toiture de chaume aux bâtiments isolés, tels que hangars, glacières, pavillons de repos, etc. (t).
Nous ajouterons que, dans les localités dans lesquelles le vent souffle avec violence, on ne peut faire des couvertures en paille.
Malgré tous ses désagréments, ce genre de couvrir sera encore longtemps employé dans les campagnes à cause de la modicité de son prix de revient; nous allons donc décrire les meilleurs procédés et ceux surtout qui consistent à rendre incombustible, ou plutôt moins inflammable ce genre de couverture.
Si nous pouvons propager les moyens de préserver de l’incendie les couvertures de chaume, nous aurons pallié ainsi la moitié du mal.
On emploie pour couverture de la paille de blé blanc, de préférence à toute autre; cette paille mesure lm,20 de longueur, il faut rejeter les pailles atteintes de la rouille, ainsi que tous les brins brisés ( é train ou ctrein), et n’employer que la paille droite ( glui , gluis, ou fétu).
On utilise quelquefois la paille de seigle; mais sa fige plus flexible con-
(I) Le titre III, art. 17, d’uue ordonnance de police de la préfecture de la Seine en date du 1 1 décembre 1852, concernant les incendies, en prohibe l'emploi à Paris, et cette prescription devrait bien être étendue à toute la France. Voici la teneur de cet article : aucune couverture en chaume ou en jonc ne pourra être conservée ou établie sans notre autorisation.
TRAITÉ DES CONSTRUCTIONS RURALES
serve moins bien la forme rigide qui facilite l’écoulement des eaux, aussi sa durée est moindre que celle de la paille de blé blanc.
Construction des couvertures en chaume. — Comme nous l'avons déjà dit, la charpente nécessaire pour supporter ces couvertures peut être extrêmement légère, car les fermes et pannes/ peuvent être moitié moins fortes que celles employées pour les couvertures en tuiles. Les pièces composant cette charpente peuvent être en bois blanc, sauf les sablières et les faîtages, pour lesquels, on fera bien d’employer du chêne. Ces pièces en etfet sont susceptibles de pourrir par suite des infiltrations du faîte ou par l'humidité des murs. Les chevrons peuvent n’être que de simples perches à peine équarries ayant cinq à six centimètres de diamètre; on les espace de 0m,50 à 0ni,60, et, pour empêcher leur déplacement, on les fixe sur les pannes avec des chevilles en bois. Au-dessus des chevrons, on établit un clayonnage. On se sert à cet effet, soit de lattes, soit de perchettes; les premières sont clouées, les secondes liées avec de l’osier. Les mailles de ce clayonnage mesurent 0in,12 ou 0m, 15 de côté.
On sépare la paille par petites bottes, on les attache avec un osier, dont l'une des extrémités sert à fixer la botte sur le clayonnage et l’autre à la botte suivante, celle-ci est liée au chevronnage avec de l’osier. Les bottes de paille doivent être placées la tête en haut et le pied en bas, on a eu soin de retrancher à l’avance l’épi vidé.
On presse bien les bottes les unes contre les autres, en serrant fortement les osiers, et en les battant avec un instrument nommé paroir. On établit un second rang de bottes, de façon à ce que leur base soit placée dans les intervalles des bottes du premier rang, et on continue successivement les rangs de la même manière; on égalise à l’aide d une faucille les extrémités inférieures des bottes. Arrivé au haut du comble, on pose comme faîtage une javelle qu’on recouvre avec une tuile faîtière, qui est à cheval elle-même sur un ou plusieurs rangs de tuiles. On se contente quelquefois de couvrir avec de la terre glaise la gerbe de faîtage ; cette manière d’opérer est défectueuse, car elle facilite au plus haut degré les infiltrations par le faîtage, ce qui amène la pourriture de la couverture entière. On fera bien également de border en tuiles plates ces mêmes couvertures, auxquelles on donne une inclinaison de 45 degrés et une épaisseur de 0“, 20 environ, les bottes avant leur tassement ont 0m,25 de diamètre. Il faut environ vingt kilogrammes de paille pour faire un mètre carré de couverture. On laisse souvent pousser la mousse sur ces toitures, c’est un tort, car dans les pays brumeux elle y entretient une humidité constante, il serait mieux de la supprimer chaque année, et de ne la laisser croître que sur les constructions pittoresques des jardins paysagers, sur lesquelles elle produit le plus agréable effet.
EMPLOI ET MISE EN OEUVRE DES MATÉRIAUX
Tel est le mode primitif de construire les couvertures en chaume, c’est peut-être encore le meilleur; mais nous devons dire aussi qu’on fabrique aujourd’hui des paillassons au rouleau, dont l’emploi est très-facile. Ces paillassons faits à la mécanique et liés avec du fil de fer galvanisé font beaucoup d’usage; le premier ouvrier venu avec un peu d’intelligence attrape bien vite le tour de main nécessaire à la pose de ce genre de couverture. Les bandes de paillassons ont 0m,60 de hauteur, on les superpose à la manière des tuiles; mais sur de la volige jointive. Nous devons dire que ce système de couverture très-léger ne convient que pour des abris temporaires, qui ne doivent durer que douze ou quinze années.
Préservation contre l’incendie. — Pour atténuer les chances d’incendie du genre de couverture que nous venons de décrire, on a proposé divers moyens. Le plus simple, mais dont l’efficacité ne peut être de longue durée, consiste à immerger dans une dissolution de sulfate de cuivre la paille qui sert à fabriquer les couvertures en chaume, ou les paillassons.
On a recommandé aussi divers enduits, dont nous donnons ci-après les différentes compositions. L’un des plus efficaces est celui-ci :
Terre glaise . 70 parties.
Chaux vive 10 —
Crottin de cheval ou bouse de vache 10 —
Sable 10 —
100 parties.
Après avoir mélangé et corroyé le tout avec de l’eau, jusqu’à consistance de mortier, on applique avec une truelle une couche de 0,01 de cet enduit sur la surface du chaume. A mesure que la dessiccation s’opère, on bouche les fentes et fissures qui se produisent.
Un inventeur a établi un nouveau mode de couvertures qu’il appelle ignifuges (I). Il les rend telles par les compositions suivantes :
Enduit n° 1 :
Cendres et scories de houille passées au crible ... 2 parties.
Chaux éteinte d’avance et réduite en pâte .... 2 —
Argile ou glaise détrempée et délayée dans l’eau . . 1 —
Sang de bœuf ou autre, cinq livres par hectolitre des autres matériaux. Bourre de vache éparpillée et battue, six onces par hectolitre des autres matériaux.
(I) Ces compositions et la description de la couverture à panneaux que nous donnons ci-après sont tirées d’une brochure in-8° de 32 pages, brochure qui aurait pu se résumer dans les quelques lignes que nous donnons à nos lecteurs; en voici néanmoins le titre : Nouveau mode de couverture rurale dit ignifuge, par Le Gavhian. Paris, Imprimerie Huzard. 1829.
TRAITÉ DES CONSTRUCTIONS RURALES
Enduit n° 2 :
Tuiles ou briques pulvérisées et passées au crible . . 2 parties.
Chaux en pâte t —
Argile ou glaise détrempée et délayée 1/2 —
Sang de bœuf et bouse de vache comme au n° 1.
Enduit n° 3 :
Sable fossile ou falaise de rivière 2 parties.
Chaux en pâte 2 —
Argile ou glaise délayée 1 —
Sang de bœuf ou bouse de vache comme au n° 1.
L’auteur ajoute en note, que si on ne peut se procurer du sang de boeuf ou d’autres animaux, on pourra le remplacer par l’eau des mares et à défaut de bourre, on se servira de balles d’orge ou de blé.
Notre opinion est qu’il vaut mieux employer de l’eau pure que du sang d'animaux.
Examinons maintenant la composition des panneaux. On forme avec de la paille de grosses cordes, d’une longueur suffisante pour couvrir trois chevrons ; ces cordes sont reliées avec de l’osier de manière former des panneaux, que l’on cloue sur le chevronnage à la manière ordinaire, on a eu soin de faire tremper préalablement ces panneaux dans un des trois enduits que nous avons décrits.
Application des enduits. — Après avoir donné à l’enduit la consistance du mortier ordinaire, le couvreur commence par enduire le haut du toit. Il l’étend le plus également possible avec une large truelle en une couche de 0m,005 d’épaisseu,r sur les panneaux. Il l’égalise avec la taloche.
Quand l’enduit commence à sécher, il le refoule avec la truelle mouillée, afin de boucher les fentes et les gerçures s’il arrive que, par un temps sec, il s’en soit formé ; après quoi, on laisse sécher l’ouvrage parfaitement. Il sera d’autant plus durable et mieux fait que le temps aura été un peu humide et couvert.
Une seule couche d’enduit suffit, si elle a été appliquée unie et refoulée avec soin.
L’enduit s’applique à la main contre les bords des toits, des croisées et du faîte; on y passe ensuite légèrement une petite pièce de bois trempée de temps en temps dans l’eau. Les échelles des couvreurs doivent être garnies à leur extrémité avec des bourrelets de paille ou de jonc pour préserver la couche d’enduit. Quand on pourra se procurer du brai ou goudron liquide, on fera bien d’en passer une couche au pinceau sur l’enduit, quand il sera
EMPLOI ET MISE EN OEUVRE DES MATÉRIAUX
Il l
à peu près sec. C’est une bonne mesure de conservation, mais qui n’est pas indispensable.
Mise en couleur des enduits. — Pour prolonger la durée de l'enduit, on peut le mettre en couleur; deux couches suffisent pour le rendre imperméable et donner aux toitures un aspect agréable; car on peut volonté lpur faire imiter la tuile ou l’ardoise. Les deux couches doivent être passées à court intervalle avec une brosse de badigeonneur, fixée au besoin au bout d’un bâton qui doit être d’une longueur suffisante pour permettre d’atteindre le faîtage des toits. Il faut avoir soin de remuer le mélange de temps en temps pendant son emploi, afin d’empêcher le lait qu’il contient de s’écailler. Quand la couleur s’épaissit dans le camion on y ajoute du lait écrémé.