OU A BASE DE GOUDRON
Ap rès les couvertures végétales, les couvertures bitumineuses -sont sans contredit les plus économiques, mais comme celles-là, elles sont facilement inflammables. Nous devons ajouter cependant qu’elles résistent plus ou moins au feu, suivant la composition employée à leur fabrication.
Aussi toutes les fois que, dans une localité, on pourra se procurer de ces couvertures à bon marché on fera bien de les préférer à celles de paille ou de chaume.
Le bitume, ou le goudron, qui joue le rôle le plus important dans la toiture, est le produit qui, après le feutre, la toile et le carton, coûte le plus.
A raison de sa nature volatile, il ne pourrait rendre longtemps de bons services si on ne le combinait avec d’autres substances plus fixes, telles que poix, résines ou autres matières grasses qui ne se dessèchent que lentement, et qui sont insolubles à l’eau, ce dernier avantage fait que les couvertures dans la composition desquelles elles rentrent résistent à l’eau des pluies et à l’humidité prolongée.
Le papier, le carton, la toile, le feutre sont les principaux excipients du goudron. Avant de parler de l’application de ces produits, nous devons décrire et bien différencier les bitumes des goudrons minéraux et végétaux.
Bitume. — Nous avons déjà parlé de ce produit dans notre chapitre premier, page 20, nous y renvoyons donc noire lecteur. C’est un produit naturel qu’on extrait du sein de la terre.
Goudron minéral. — Le goudron minéral provient de la distillation de la houille, il était inconnu avant l’éclairage au gaz (1840); à cette époque on ne savait qu’en faire, et on le brûlait pour chauffer les cornues à gaz ; aujourd hui, il sert à de nombreux usages, notamment pour les couvertures économiques qui nous occupent.
Goudron végétal. — Comme le précédent, ce produit s’obtient aussi par la distillation, mais on le tire du bois de sapin. Quand ces arbres ne donnent plus de térébenthine par incision, on distille leur bois, qui donne le goudron végétal; ce produit est préférable pour les couvertures, parce qu'il ne corrode et ne consomme pour ainsi dire pas le bois comme le fait le goudron minéral ; aussi on l'emploie de préférence pour enduire les bois de toutes sortes et calfater les bateaux et les navires.
Papier goudronné. — Le papier goudronné devient d’un emploi assez fréquent et remplace avec avantage le cbaume, pour couverture.
TRAITÉ DES CONSTRUCTIONS RURALES
Sa fabrication est des plus simples. On choisit un papier fort et à gros grains, susceptible d’absorber le plus de goudron possible, on l’étale sur une surface plane et on l’enduit d’un côté et quelquefois de deux, ce qui est préférable.
Toile goudronnée. — La toile coûte davantage que le papier et sa durée n'est pas- plus considérable ; elle se goudronne de la même manière que le papier.
Carton goudronné. Carton cuir. — Pour fabriquer ce carton il faut commencer par le faire tremper dans l’eau un laps de temps plus ou moins long, puis l’empiler sur un plan incliné, afin de chasser l’eau surabondante qu’il peut contenir. L'opération du trempage a pour but de faciliter l’absorption du goudron, lorsqu'on le passe sur une ou deux faces du carton. On le sable d’un côté avec du sable fin très-sec.
11 y aune variété considérable de cartons bitumés ou goudronnés, au milieu de laquelle le constructeur se reconnaît difficilement, mais il existe des caractères généraux auxquels on reconnaît un bon carton; il doit être d’un tissu serré, solide, relativement souple et tellement saturé que plongé plusieurs heures dans l’eau il ne doit augmenter ni en poids ni en volume.
Sa coupure doit être noire, d’un aspect gras et luisant (ce qui prouve sa parfaite homogénéité), et il ne doit subir aucun retrait par les variations de température et d’humidité. La chaleur ne doit pas non plus le dilater d’une manière sensible.
Un bon carton coûte en moyenne ür,90 à lf, 25 le mètre, et les rouleaux de 12 mètres de longueur sur 0m,70 de hauteur doivent peser environ 18 à 20 kilogrammes. On peut du reste contrôler son prix : c’est de ne payer par mètre que la moitié du poids en kilogrammes du rouleau. Par exemple un rouleau pèse 18 kilogrammes, on doit payer 0/90 le mètre, s’il pèse 20 kilogrammes, 1 franc le mètre. Il est bien entendu que le rouleau doit avoir la longueur et la hauteur indiquées ci-dessus; dans le cas contraire, il faudrait avoir soin d’établir des moyennes pour raisonner ce prix.
Sous le nom de feuilles minérales un inventeur, Maillard, a fabriqué d’excellents cartons pour couvertures économiques. Des essais comparatifs faits pour diverses administrations de l’État ou de chemins de fer prouvent son excellent usage. D’après un rapport publié avec l’autorisation du Gouvernement dans le Journal officiel, il semble résulter que, d’après des expériences comparatives faites sur la combustibilité de divers systèmes de couverture en usage, la toiture en feuille minérale, après trente minutes de feu, supportait encore le poids d’un homme, tandis que celle en tuiles s’est affaissée au bout de vingt minutes et celle en zinc en dix minutes.
Pour faire les essais, on avait établi dans le jardin des Tuileries à Paris,
EMPLOI ET MISE EN OEUVRE DES MATÉRIAUX
trois appentis recouverts, le premier en tuiles Muller, le deuxième en zinc et le troisième en feuilles minérales.
La durée moyenne de cette couverture serait de douze à quinze ans avec un léger entretien. Le prix du mètre carré avec fourniture de clous et couvrejoints est de 1 f,6o Paris et tout posé 2 francs.
Feutre asphaltique. — Le feutre étant composé de matières fibreuses n’est pas sujet à se déchirer; sa nature lui permet en outre de s’imprégner fortement de goudron, ce qui le rend imperméable. La chaleur et le froid ont peu d’action sur lui et il est peut-être moins inflammable que le papier, toile, et carton goudronnés, car sa texture fibreuse rend la carbonisation difficile.
Feutre sablé. — On fait aussi du feutre sablé ; on l’obtient en saupoudrant de sable le feutre ordinaire, après l’avoir revêtu de goudron. Il en existe de deux couleurs différentes, un fond blanc et l’autre fond rouge. Les feutres se vendent par rouleaux de 25 mètres, à raison de un centime le centimètre de hauteur, ainsi lorsqu’il a 0m,50 de large il vaut 0f,50, O1', (30 et ainsi de suite jusqu’à 1 mètre, qui vaut 1 franc, ce qui revient en somme à 1 franc le mètre carré.
Application des substances goudronnées. — Quels que soient les matériaux employés pour ce genre de couverture on les applique à quelque chose près de la même manière. Nous allons indiquer le mode général, sauf à le faire suivre d’observations particulières pour les genres de couverture qui nécessitent quelqués différences dans la pose.
Voici comment on procède : Sur une charpente légère ayant depuis 20 jusqu’à 40 degrés d’inclinaison, on cloue un voligeage jointif sur lequel on étale à la brosse une couche de goudron chaud et par conséquent liquide; et - l’on applique ensuite le papier, toile, carton, ou feutre. Ce qui est en rouleau, estdéroulé sur la longueur de la toiture dans un sens horizontal, en commençant par le bas du côté qui porte gouttière, et en remontant jusqu’au faîtage.
On doit bien tendre et superposer l’une sur l’autre chaque bande en les recouvrant de 0m,07 à 0m,08. On maintient ces bandes ensuite de distance en distance avec des clous à tète garnis d’une cravate de carton, ou, ce qui est mieux, d’une forte tête de plomb que le marteau aplatit contre la couverture, ce qui empêche les infiltrations par les trous produits par les clous.
Plus le recouvrement est large et plus on est assuré d’une grande imperméabilité.
On fixe définitivement du haut en bas de la toiture avec de petites tringles en bois de 0m,03 environ, les cartons ou feutres. Ces tringles sont clouées à 0m,40 d’intervalle les unes des autres.
Pour éviter l’action du vent il faut replier les cartons, etc., sut les bords de la toiture et les fixer également avec les mêmes tringles; puis, arrivé au
TRAITÉ DES CONSTRUCTIONS RURALES
sommet de la toiture, placer la bande à cheval et la faire retomber de chaque côté du toit si le comble est à deux égouts, le relever au contraire contre le mur et le clouer si c’est un appentis adossé à un mur, ou le laisser retomber s'il est isolé.
Les cartons, feutres, etc., ne sont sablés que d’un seul côté, il faut appliquer sur la volige le côté non sablé.
Quand la pose est terminée, on donne une nouvelle couche de goudron et on saupoudre avec du sable lin. L'entretien de ce genre de couverture se borne à peu de chose ; lorsque le toit prend un ton rougeâtre, on donne une couche générale ou partielle de goudron (dans les parties fatiguées) et on saupoudre à nouveau avec du sahle. Quelquefois au lieu de mettre les lés horizontalement, on les pose verticalement ; dans ce cas, les tringles sont appliquées au-dessus des lisières, et l'on cloue plus serré ; mais cette disposition vaut moins que la précédente.