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DES TOITS PLATS

On fait encore avec des compositions à hase bitumineuse des couvertures plates. Ce genre de couverture est connu en Angleterre depuis 1833. Un sieur J.-L. London l’avait appliqué non-seulement à des bâtiments agricoles, mais encore à des édifices considérables, tels que magasins à grains, à Deal, à Dover et à Canterbury, à plusieurs fabriques dans le comté d'Oxford et même à une église à Dumferline.

Le premier pays dans lequel on ait fait usage de toitures bitumineuses, c’est en Suède (I).

Nous avons dit précédemment que diverses substances telles que poix, résines, etc., dormaient au goudron des propriétés qui rendaient son emploi plus efficace; ce que nous avons dit plus haut est confirmé par diverses compositions ou mastics à l’aide desquels on obtient de bonnes couvertures économiques.

Ces ingrédients sont mêlés au goudron pendant son ébullition dans les proportions d'un huitième ou d’un quart de son poids. .

Ces matières servent à épaissir le goudron et à l'empêcher de se volatiliser; on obtient, du reste, une amélioration sensible par l’épaississement seul que lui fait subir l’action d'un feu lent.

Avant de donner la composition des mastics et des enduits bitumineux, nous allons dire quelques mots sur les divers ingrédients qui entrent dans

(1) Un architecte allemand, Suchs, a publié en 1837, à Berlin, un petit volume sur les couvertures bitumineuses.

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cette composition, et que nous n’avons pas encore étudiés. Quand les goudrons sont trop gras, on les mêle avec de la poix, de l’argile, du tan, de la tourbe, etc.

La plupart des poix sont solubles dans les goudrons à une assez basse température; les résines au contraire sont plus difficilement solubles.

Aruile. — Si le mélange a lieu avec de l’argile, il ne faut pas employer celle qui est maigre ou marneuse, car elle n’a pas assez de consistance, surtout quand on la mêle avec du tan, comme cela se pratique souvent pour la confection des enduits. D’un autre côté, la glaise des potiers retient trop l'eau, elle durcit difficilement et se crevasse en séchant, il faudrait, si on 11e pouvait s’en procurer d’antre, y ajouter du sable pour l’améliorer.

L’argile ordinaire est la meilleure, seiüement il faut avoir soin de retirer les cailloux, car en enlevant l’élasticité nécessaire à l’enduit, ils y occasionneraient des fentes. Pour arrêteç les cailloux il suffit de cribler l’argile mouillée.

Le tan ayant déjà servi au tannage peut aussi amaigrir l’argile, et donner de l’élasticité à la couche qu’on emploie comme couverture.

Des écorces de quercitron lessivées, du poussier de charbon, ou de motte, de la bouse de vache, peuvent rendre le même service, car toutes ces subtances se mêlent aussi fort bien avec l’argile.

Quand on emploie l’enduit composé de tan et d’argile pour les toits plats, il faut donner une ou deux couches d’un goudron mélangé de charbon de terre, de résine et de sable.

Préparation de ['argile. — Selon que l’argile est plus ou moins grasse, on ajoute plus ou moins de tan, le quart ou la moitié de son volume, s’il le faut.

Il est du reste très-difficile, même avec une grande habitude, de mesurer à l’œil le degré plus ou moins gras de l’argile, ce n’est que par des épreuves réitérées qu’on peut s’assurer de sa qualité.

Pour ce faire, on recouvre une planche d’une couche de deux ou trois centimètres du mélange, et on l’expose au grand soleil ou à un fort courant d’air. Si cette dessiccation rapide produit peu de fentes ou n’en produit pas, c est que le mélange est bon ; dans le cas contraire, de fortes crevasses indiquent que le mélange est trop chargé en tan.

Quand les argiles sont très-grasses et qu’il faudrait ajouter les trois quarts de tan pour les amaigrir, il vaut mieux y mélanger du sable. Ce travail est très-pénible, mais nécessaire : une fois le sable amalgamé, on ajoute ce qu’il convient de tan ; la présence de celui-ci est indispensable, car il présente les avantages de faciliter l’entrée de l’air et la vaporisation de l’eau, de favoriser la dessiccation, et de faire absorber au mélange une grande quantité de goudron, il donne en outre beaucoup d’élasticité à l’enduit. On fabrique mé-

lis

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caniquement ce mélange, quand il en faut de grandes quantités; pour de petites quantités, les ouvriers le foulent avec leurs pieds et le manipulent avec la main, la pelle ou la houe.

Tourbe, mousses, regayures, etc. — La tourbe fondue est excellente pour mélanger au goudron et lui donner une dureté élastique. Comme elle se vend à bon marché, elle diminue le prix de revient des compositions dont elle fait partie. Elle n’entre en fusion qu’à 115 ou 120 degrés centigrades, suivant la variété à laquelle elle appartient ; mais toutes les espèces de tourbe se ramollissent à 60 degrés centigrades.

Quand on n'a pas de la tourbe sous la main, on peut employer des mousses, des plantes marines, des regayures de chanvre ou de lin, des débris de cordages ou d'étoupes recardées.

Examinons maintenant les différentes compositions :

Enduit n° 1 :

Argile préparée au tan

Goudron

Poix. . . •

75 parties.

Enduit n° 2 :

100 parties.

Goudron

Poix

Craie broyée et tamisée

60 parties.

100 parties.

Dans cet enduit, la craie se combine intimement avec le goudron, le rend plus compacte, et empêche sa trop grande volatilisation.

On peut employer cet enduit par couche fort mince sur la volige jointive, car cette composition assez épaisse ne risque pas de s’amollir sous les rayons du soleil.

Enduit n° 3 :

Asphalte

Coaltar

28 parties.

100 parties.

Cette composition sert pour donner une dernière couche sur d'autres enduits.

Sable. — Le sable, qu’on emploie pour garantir le goudron ou les autres substances grasses contre la volatilisation, doit être purgé de toutes les matières végétales. 11 doit aussi être sec pour pouvoir s’unir au goudron, et d un grain moyen.

11 arrive parfois que le sable est très-humide : pour le faire sécher on a des

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poêles spéciaux très-bas, et, qui mesurent ln',25 à lm,50 de longueur. Ils sont enterrés dans le sable; on ne voit qu'une porte verticale qui se trouve en avant et le tuyau de fumée qui sort à l’autre extrémité par-dessus le tas de sable.

Quand on ne possède pas ce genre de poêles, on brûle l’intérieur des chaudières à bitume et on fait sécher le sable à un feu doux en le remuant à la pelle.

A défaut de bon sable de rivière, on peut utiliser du sable de carrière, des cendres de charbon de terre bien tamisés pour les purger des scories, car celles-ci pourraient occasionner des trous à la couche d’enduit lorsqu’on marcherait sur les toits.

Le mélange s’étale sur un fond en voliges jointives clouées sur des chevrons. Ceux-ci doivent être assez rapprochés pour former un plancher solide afin de supporter sans fléchir le poids d’un homme. Le dessus du voligeage doit avoir des rugosités, qu’on peut augmenter encore, par des coups de hachette dirigés du haut en bas du toit ; ces petites encoches facilitent l’adhérence de l’enduit.

Dans les constructions rurales, on peut employer même un lattis composé de perchettes refendues en deux, dont les extrémités sont alternées, et dont le côté plat repose sur les chevrons, tandis que la partie convexe reçoit l’enduit.

On peut aussi employer des lattes droites qu’on espace de façon à laisser entre elles trois ou quatre millimètres, ce qui aide l’enduit à gripper. Le revêtement de ces lattes les conserve, car elles sont à l’abri de la pourriture et des piqûres des vers, ce qui permet d’employer des bois blancs, tels que le hêtre, l’aulne et le bouleau ; dans cette occurrence, on devra appliquer par dessous une mince couche du mélange argileux, mais seulement quand la couche de dessus sera entièrement sèche.

En opérant ainsi, on peut badigeonner le plafond, ce qui donne de la clarté, diminue les chances d’incendie et empêche l’entrée du froid en hiver et de la chaleur pendant l’été.

Inclinaison des toits plats. -— L’inclinaison de pareils toits est trèsvariable. Une pente de dix centimètres par mètre suffit pour les petits toits, cependant plus l’inclinaison sera sensible, plus l’eau pourra s’écouler avec rapidité.

Les toits, formant terrasse, plate-forme, pourront avoir une pente de 0m,03 ou 0m,04 par mètre; mais lorsqu’on n’aura pas de raison pour ménager la pente, on fera bien de donner 0m,10, 0m,lo et même 0ra,20 centimètres pour mètre. Une plus forte pente serait nuisible pour de pareils toits, car sous l’influence de la chaleur, le goudron serait infailliblement entraîné dans le bas de la couverture, et pourrait obstruer les gouttières qui s’y trou-

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veraicnt. Celles-ci sont fixées sous une rangée de tuiles, ou sous des bandes de zinc, ou de tôle, qui bordent le bas de la toiture.

Application du mélange. — Chaque couvreur est muni d’un seau, d’une truelle, d’un goupillon et d’une règle de lm,80 à 2 mètres de longueur, d’un aplanissoir ordinaire, d’un pot à l’eau et d'une brosse à goudron. On transporte le mélange argileux dans une auge ou un baquet.

On commence par étaler une couche de O"1, 03 à O“,0i pour les toits sur lesquels on marche, et O"1, 02 seulement pour ceux sur lesquels on ne marche pas. A l’aide du goupillon on mouille la partie à enduire, on jette le mélange avec force contre le lattis, on le remue à la truelle de manière à le faire entrer dans les joints, et avec l’aplanissoir, on l’égalise. A tout objet dépassant le toit, souche de cheminée, mur, pilier, etc., on fait une entaille d’un centimètre de profondeur et après l’avoir mouillée on y fait entrer le mélange en le relevant en solins sur une hauteur de 0m,08 à 0m,10 centimètres.

On peut sur ces toits mettre une ou deux couches d’argile. Quand elles sont sèches on leur donne une première couche de coaltar bouillant à l’aide d’un pinceau fait avec du crin solidement lié au bout d'un bâton avec de la ficelle. L’opération réussit d’autant mieux que le temps est chaud, sec et clair. S’il pleuvait il faudrait remettre le travail à un autre jour.

Nous avons dit que le goudron doit ctre appliqué bouillant; en effet, dans cet état, il pénètre l’enduit et il arrive jusqu’au lattis ; à froid, on n’obtiendrait pas le but désiré. Il ne faut pas le ménager, il faut le verser à pleine cuiller et n’employer le pinceau que pour l’étaler, le ramasser et l’empêcher de couler.

Avec un temps sec, la première couche de goudron est sèche en quelques heures; on doit donner une seconde couche avec l’enduit n° 3 (page 118) ou bien avec un enduit composé de poix, de résine et d’asphalte. Cette dernière couche peut être plus épaisse que la première en coaltar, et comme elle est poisseuse, le sable y adhère fortement. Quand on couche deux fois, il faut de toute nécessité employer deux enduits différents; sans cela, une première couche bien faite rend la toiture imperméable, tandis que s’il y a deux couches l'eau peut se loger entre elles par quelques Assures imperceptibles, et comme il est difficile de découvrir le siège du mal, l’humidité peut pourrir la toiture.

Nous venons de, voir qu’il faut opérer avec un beau temps ; le désir de pouvoir opérer par tous les temps a fait expérimenter d’autres mastics; nous allons les décrire. Nous demandons pardon h nos lecteurs d’insister sur ce système de toitures, mais comme il n’a été étudié dans aucun ouvrage spécial, nous pensons que notre travail, quoique assez développé, pourra intéresser, ou tout au moins rendre quelques services.

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