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II. PIERRES ARTIFICIELLES

Dans beaucoup de contrées, l'homme n'a pour construire que des pierres de mauvaise qualité ; quelquefois même certaines régions sont entièrement privées de pierres ; enfin il existe des pays où l'habitant n’est pas assez riche pour exploiter les bons matériaux qu’il a sous la main. Pour parer à ces diverses situations l'homme a dû fabriquer des pierres artificielles. Il est probable que la première qu'il a imaginée a été la brique crue. Plus tard, peu satisfait sans doute de celle-ci, il a eu l’idée de la faire cuire.

Brique crue. Quoique la brique crue ne puisse pas être classée parmi les meilleurs matériaux, dans un ouvrage qui s’occupe des constructions économiques, nous ne pouvons la passer sous silence ; nous devons au contraire parler assez longuement de ce produit pour permettre aux constructeurs de le fabriquer s’ils désirent en faire usage.

Historique. — L’existence des briques crues remonte à la plus haute antiquité puisque beaucoup d’auteurs prétendent que la tour de Babel avait été construite avec la brique crue. Les Grecs et les Romains l’ont fréquemment employée dans leurs édifices publics ou privés. Voici ce que Vitruve dit de la fabrication de ces briques ; nous traduisons littéralement :

« Des briques crues, de quelle terre on doit les fabriquer, en quel temps il est opportun de les faire et quelle forme on doit leur donner.

« Avant de parler des briques, je dirai quelle est la meilleure terre pour leur fabrication. Premièrement la pâte qui doit servi' à les faire ne doit contenir ni sable, ni gravier, ni cailloux, parce que si ces matières entrent dans leur composition, elles les rendent plus lourdes, et lorsque les murs où on les emploie sont battus par les pluies les briques se divisent et se désagrègent ; en outre, la paille qu’on y met ne peut faire une liaison à cause des rugosités que renferme la terre. »

Vitruve recommande .ensuite de n’employer que de la terre crayeuse blanche ou rouge ou du sablon mâle, parce que les terres de cette nature se solidifient fortement à cause de leur onctuosité, il ajoute que le printemps et l’automne sont les temps les plus favorables pour la fabrication de ces briques.

Composition. — Étudions maintenant la composition et les diverses fabrications des briques crues. Les meilleures sont faites comme le dit Vitruve, avec l’argile rouge ou blanche mélangée avec du sablon. Pour leur donner plus de liaison, on introduit dans le mélange de la paille ou du foin haché menu ou de la tourbe fibreuse ou filamenteuse.

Fabrication. — Il existe divers procédés de fabrication. En France et dans

DES MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION

la Russie méridionale, on creuse à 0m,35 de profondeur sur un sol argileux propre à la fabrication de la brique un bassin circulaire de 6 A 7 mètres de diamètre; on bêche le fond de ce bassin puis on y verse une quantité d’eau suffisante pour transformer le tout en bouillie très-épaisse qui est piétinée par un bœuf ou un cheval. La glaise suffisamment malaxée est mélangée avec des matières végétales qui doivent faire liaison. Le mélange ainsi remanié est prêt alors à faire la brique. On moule cette pâte aux dimensions qu’on veut donner aux briques. Celles-ci faites, on les met à sécher. Quand elles sont couennées , au bout de deux ou trois jours, suivant la température, on les met en lanternes et puis en piles.

Le moment le plus favorable pour cette fabrication c’est le printemps ou l’automne. En hiver il serait difficile de faire sécher les briques, ensuite la gelée pourrait désagréger celles qui seraient fabriquées. En été, elles sécheraient trop rapidement et risqueraient de se fendiller.

On ne doit employer les briques crues pour les constructions alors seulement qu’elles sont complètement sèches. Yitruve va jusqu’à recommander de ne les employer que deux ans après leur fabrication.

Antre mode de fabrication. — Dans les pays chauds, les ouvriers piétinent eux-mêmes la terre argileuse et y mêlent la paille ou toute autre substance végétale hachée menue. Ils moulent la brique, et pour lui donner un bon aspect à sa sortie du moule ils passent la main sur les faces, après avoir préalablement trempé la brique dans un baquet rempli d’eau. Ce procédé de fabrication est employé notamment en Perse.

Emploi des briques crues. — On les emploie de la même façon que les briques cuites ; on les Raisonne avec un mortier .qui n’est autre que la pâte de brique crue avant l’addition des substances végétales.

Dans les constructions faites avec ces briques, les plafonds et les crépissages des murs intérieurs se font avec le mortier indiqué ci-dessus, mais avec addition en petite quantité de balles de céréales, de crottin de cheval ou de bouse de vache.

Briques cuites. - — Comme les précédentes, les briques cuites sont connues de toute antiquité ; les Romains cependant ne les ont employées que fort tard.

De nos jours, il s’en fait une consommation considérable; elles sont de formes et de dimensions diverses.

Les petites mesurent de 0m,16 à 0m,19 de longueur sur 0m,08 à 0n',09 de largeur et 0m,04 ou 0m,06 d’épaisseur.

Les moyennes ont 0m,22 à 0m,24 de longueur sur 0m,l I à 0m,12 de largeur et0m,06 d’épaisseur.

Les grandes ont depuis 0m,30 et 0™,36 de long sur 0m,20 à 0™>,24 de large et 0m,0i à 0m,05 d’épaisseur.

TRAITÉ DES CONSTRUCTIONS RURALES

Il existe de nombreuses variétés de briques. Leurs qualités varient suivant les terres qui ont servi à leur fabrication ; leur densité est aussi trèsvariable.

Voici les principales qualités qu’on doit exiger des bonnes briques: — homogénéité, régularité de forme, uniformité dans leurs dimensions et leurs couleurs, facilité dans la taille. — On peut obtenir toutes ces qualités par une bonne fabrication.

Les briques cuites se moulent comme les briques crues, soit à l’aide de moules simples, soit avec des machines à briqueter ; on fait sécher la brique crue, puis on la fait cuire en l’exposant à un feu très-intense, soit en meules, soit dans des fours.

On les divise en deux sortes, briques ordinaires et briques réfractaires.

Les briques ordinaires servent dans toutes sortes de constructions ; les briques réfractaires sont employées pour les cheminées, fours, hauts fourneaux; elles doivent résister aux plus hautes températures sans se détériorer. Nous n’entrerons pas dans les détails de leur fabrication, ce serait dépasser les bornes de notre travail. Nos lecteurs qui désireraient de plus amples explications trouveront tout ce qui concerne l’art du briquetier dans un travail spécial que nous publierons ultérieurement.

On fait aussi des briques en plâtre pour cloisons légères et constructions économiques.

Carreaux. — Il existe plusieurs genres de carreaux. On en fait en plâtre pour cloisons légères; d'autres sont en terre cuite et sont employés pour dallages. Leur fabrication est la même que celle de la brique, seulement les mélanges de terres employés pour les carreaux, les tuiles, les tuyaux et poteries doivent être plus soignés et les terres elles-mêmes de meilleure qualité. On glace les carreaux et on les émaillé par divers procédés.

Tuiles. — La fabrication des tuiles demande beaucoup de soins, surtout pour les sécher et les mouler. Il faut les mettre sur des rayons ou tablettes à claire-voie pour éviter leur déformation pendant le séchage. Cette opération doit être pratiquée à l’ombre.

Pour rendre les tuiles de qualités supérieures, on doit pousser leur cuisson le plus possible, jusqu’à la vitrification même; car une cuisson incomplète les rend poreuses. Dans cet état, elles absorbent l’humidité et peuvent s’effeuiller par la gelée ; or une tuile bien fabriquée ne doit être attaquée par aucun des agents atmosphériques. Bien moulée et suffisamment cuite, elle rend un son clair et sonore quand on frappe sur elle avec une clef ou un ustensile en fer. On peut émailler les tuiles comme les carreaux.

Lorsque nous parlerons de la couverture des constructions nous donnerons la description des diverses espèces et modèles de tuiles.

DES MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION

Tuyaux. — Les tuyaux en terre cuite se fabriquent comme les tuiles ; anciennement on les moulait sur des mandrins en bois, aujourd’hui on les fait exclusivement à la machine. Il se fait une consommation énorme de tuyaux en terre cuite pour les drainage, captation de sources, canalisation d’eau, de liquides quelconques et quelquefois même de gaz ; on les emploie aussi pour cheminées d’aération, ventilateur, tuyaux de chute et de descente. Quand les tuyaux sont employés pour des usages qui nécessitent nn emboîtement de 'précision, on termine au tour les extrémités qui doivent s’emboiter.

Poteries. — On désigne sous ce nom les mitres et mitrons pour souches de cheminées, les poteries de diverses formes qu’on emploie pour remplissages de planchers en fer. Ces poteries se fabriquent de même que les briques, carreaux, tuiles et tuyaux. Nous donnerons des détails complémentaires sur chacune de ces poteries, lorsqu’elles reviendront sous notre plume dans les différentes parties de cet ouvrage.

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