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MAGNANERIES

On désigne sous le nom de magnanerie le local qui sert ;\ l’éducation des vers à soie, en provençal magnan. Les magnaneries sont de deux sortes, les unes servent à la production de la soie et les autres à celle de la graine (œufs).

Depuis plusieurs années, on se plaint de la maladie des vers û soie, et on l'attribue à toutes sortes de causes; mais surtout à la maladie de la feuille du mûrier, qui constitue la seule nourriture des. vers à soie.

Nous pensons que ce n'est pas la seule raison. Evidemment, la terre surmenée et peu fumée dans les localités, dans lesquelles on cultive le mûrier, est épuisée et ne peut donner à l’arbre une nourriture suffisante, par suite, la feuille du mûrier peut occasionner aux vers la maladie; mais, nous le répétons, ce n'est pas la seule cause.

Nous ne craignons pas d’avancer que des locaux mal disposés et mal ventilés influent plus qu’on ne le suppose généralement sur la santé des vers; ce qui le prouve, c’est que les petites éducations, les chambrées qui ne renferment que 8 à 10 onces de graines réussissent et prospèrent, tandis que les grandes chambrées de 30 et 40 onces ne donnent très-souvent que des résultats désastreux.

Nous n’avons pas à donner ici des détails relatifs aux constructions des magnaneries; nous traiterons cette question à l’article sériculture, dans nos Grandes industries agricoles ; mais nous dirons seulement qu’on doit choisir pour la magnanerie de grands locaux, sains et bien ventilés et établir dans ces locaux un système de chauffage qui permette de fournir une température régulière. Ensuite nous recommanderons de diviser les éducations par petites chambrées, de ne pas donner de la feuille mouillée et d’observer tous les préceptes que recommande une saine hygiène à l’égard de ces petits vers, qui sont une des grandes richesses de notre agriculture française.

Il y a quelques années, beaucoup d’éducateurs routiniers ne croyaient pas à la nécessité d’une ventilation énergique; aujourd'hui, c’est un fait reconnu par les plus arriérés.

Nous venons de dire, que les magnaneries sont de deux sortes, celles qui sont destinées à l’éducation des vers pour la production de la soie (du cocon) et celles destinées au grainage.

Quelle que soit la destination- de ces magnaneries, elles réclament les mêmes soins, seulement dans celles consacrées au grainage la température n’a pas besoin d’être aussi élevée, 12 à 14 degrés centigrades suffisent. Nous avons même observé dans des éducations que nous avons faites

TRAITÉ DES CONSTRUCTIONS RURALES

nous~même, que lorsque la moyenne de la température était de 8 à 10 degrés seulement, le papillon était plus robuste, donnait moins de graine, mais celle-ci était de meilleure qualité, car les vers qui en provenaient étaient sains et robustes et montaient tous, à peu d’exceptions près.

Les magnaneries se divisent encore en deux classes, les unes sont 'permanentes et les autres temporaires.

Magnaneries permanentes. — Celles-ci doivent être préférées, car lorsqu'on construit un local exprès, il est toujours mieux approprié à sa destination. Ce qu’il faut surtout observer, c’est la ventilation; elle ne sera jamais trop active (I).

Ainsi donc le constructeur doit établir des ventouses d’aération, des coulisseaux, cheminées, etc., dans le plancher haut et bas de la magnanerie.

Quant au mobilier de celle-ci, il se compose tout simplement de poêles et de tablettes à claire-voie qui s’appellent les canisses. Ces tablettes sont disposées autour des murs et dans le milieu de la magnanerie, en laissant un couloir autour des tablettes centrales, afin de donner de la feuille et enlever les litières. Les tablettes adossées aux murs ont 1 mètre de largeur, les tablettes centrales, lm,50. Il est utile aussi d’établir aux portes et fenêtres des magnaneries des châssis garnis de canevas, ou, ce qui est mieux, des toiles métalliques.

Magnaneries temporaires. — L’éducation des vers à soie ne dure guère que quarante-cinq jours environ, aussi beaucoup d’agriculteurs ne construisent point des locaux spéciaux; ils utilisent des granges, des fenils, des hangars, ou d’autres constructions. Nous devons dire que très-souvent les. vers à soie donnent d’excellentes récoltes dans ces magnaneries improvisées ; surtout sous les hangars, si la saison est belle. Nous devons ajouter qu’on suspend des bâches au nord et à l’ouest pour fermer ces hangars et

(1) Nous citerons à ce sujet un fait assez caractéristique. Dans une maison de campagne que nous avions dans le Gard, nous élevions, vers 1858, des vers à soie, et depuis quelques années nous n’étions pas heureux : au moment de la montée nos vers ne montaient pas, par conséquent nous n’avions pas de récolte. Un jour, après la quatrième mue la vitalité de nos vers parut s’arrêter au moment de la montée. Voyant la mauvaise tournure que prenaient nos vers, désespéré de notre insuccès, nous les avons jetés par la fenêtre. Il avait plu quelques heures auparavant et le gazon qui avait reçu nos vers, était mouillé. Notre excellente' mère, voyant notre chagrin, les fit ramasser et porter sur les canisses (espèces de claies en roseaux sur lesquelles on met les vers à soie). Cette année-là notre récolte fut magnifique. A quoi attribuer ce changement subit? Est-ce à la brusque ventilation que nous avions donnée à nos vers ou à la violente hydrothérapie pratiquée sur eux, car ils remontèrent leur étage complètement baignés. Toujours est-il que notre récolte fut cette fois aussi magnifique qu’inespérée.

qu’au midi cl à l’est, on tend simplement des châssis avec du canevas.

Chambre pour la feuille. — Chaque magnanerie possède auprès d'elle une chambre pour enfermer la feuille du mûrier; ce local est indispensable, c’est là en effet, que l’on fait sécher la fouille si elle est mouillée par la pluie. Cette pièce doit être fraîche; il ne faut y laisser entrer que la lumière nécessaire pour voir l’état de la feuille, et remuer et monder celle-ci. Il serait superflu de recommander de choisir pour ce service une pièce à proximité de la magnanerie.

Ventilation des magnaneries. — Olivier de Serres, le patriarche de l’agriculture française, attribuait à la mauvaise ventilation la plupart des maladies dont les vers à soie sont atteints : « Ce sont, disait-il, des pellicules de leurs dépouilles et de leurs charognes mêlées parmi les litières, d’où vient toute la puanteur, et non de ces nobles animaux. » Il recommande ensuite divers préceptes sur les soins hygiéniques à donner à ces animaux, préceptes qu’on croirait formulés de nos jours et qui s’ils étaient suivis, préserveraient ces utiles chenilles de toutes les épidémies dont elles sont frappées depuis quelques années, qui sont la flâcherie, la pèlerine, la muscardine, etc. De son temps, D’Arcet avait constaté l'insuffisance des moyens de chauffage et de ventilation des magnaneries.

Il a eu l’honneur d’avoir réclamé le premier la ventilation forcée de ces locaux. Il fit comprendre aux populations méridionales, les effets utiles du tarare ou système de propulsion combiné avec des cheminées d’appel pour augmenter l’aération des magnaneries.

La plus grave erreur des éducateurs de vers à soie a toujours été d’attacher une importance secondaire aux questions de chauffage et de ventilation des locaux dans lesquels ils font l’éducation de cet insecte. Ils ont cru avoir tout fait, après avoir établi à tort et à travers des ventouses d’aération et des poêles en fonte pour chauffer.

Nous n’entrerons pas ici dans de plus longs détails, mais nous renverrons ceux de nos lecteurs qui voudraient de plus amples renseignements à notre Traité complet de chauffage, dans lequel ils trouveront la meilleure méthode de chauffage et de ventilation des magnaneries.

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