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DES GRANGES

1. Généralités. — On désigne sous le nom de grange un bâtiment agricole destiné à resserrer et conserveries grains en gerbes jusqu’au moment du battage du grain. La grange sert en outre à ce battage et à la conservation de la paillebattue; elle devient dès lors un magasin à fourrages etporte quelquefois le nom de pailler.

La conservation des céréales en gerbes a donné lieu â beaucoup de discussions, dont le but était de reconnaître les meilleurs procédés à suivre pour assurer la conservation des récoltes.

Malheureusement, ces discussions n’ont porté que sur le choix â faire entre les granges, les meules et les gerbiers. On a considéré ces trois modes de conservation comme des systèmes complètement opposés et n’ayant entre eux aucune corrélation.

La question ainsi posée ne pouvait avoir une bonne solution. Il est, en effet, nécessaire de distinguer le cas où l’on doit construire des granges, des meules et des gerbiers, et celui où l’on peut se passer de l’un ou de l'autre de ces systèmes; enfin, il est indispensable, avant d’ériger une grange, de déterminer la capacité à lui donner, et de la mettre en rapport avec l’importance de l’exploitation.

Dans les pays chauds, on se contente de faire des meules ; en effet, quand elles sont bien construites et dans les conditions que nous avons décrites, les céréales s’y conservent tout aussi bien et souvent mieux que dans les granges. Du reste, dans les contrées méridionales, on bat souvent le grain en plein air après la moisson. Cette méthode, la plus économique de toutes, a l’avantage d’éviter à la récolte un séjour quelconque dans un lieu fermé, dans lequel on a toujours à craindre des causes d’altération. En outre, elle a l’avantage de faire connaître immédiatement la valeur du rendement.

TRAITÉ DES CONSTRUCTIONS RURALES

Dans les pays froids et humides au contraire, les céréales ne peuvent être battues au moment de la moisson ; il faut donc les emmagasiner, les engranger jusqu’au moment du battage, et comme ce dernier doit être effectué à couvert, il nécessite des granges plus ou moins spacieuses.

2. De la capacité des granges. — Si le problème pouvait être posé d’une manière générale, il y aurait lieu de calculer la capacité des granges, soit d’après une production déterminée en grain, en poids ou en volume, soit même seulement d’après l’étendue des terres d’une propriété.

Dans le premier cas , il suffirait de déterminer le rapport existant entre la quantité de grain à récolter et le volume moyen des gerbes. Mais nous devons dire tout de suite que rien n’est plus variable que le volume et par Conséquent le poids de la gerbe, car chaque localité affecte une forme ou plutôt une force différente.

Dans les terres riches, la paille est plus longue que dans les terrains maigres, aussi les gerbes sont plus longues et moins fortes ; les gerbes du second terrain sont plus courtes et plus larges. Le constructeur fera donc bien, pour déterminer la capacité de la grange qu'il doit élever, de s’assurer du poids et du volume d’une gerbe, afin d’avoir un point de repère. Or, une gerbe ordinaire pèse 10 à 12 kilogrammes et contient de 2kB,500 à 2kB,700 de grain; la paille, la balle et les déchets représentent les 8 à 9 kilogrammes restants. Huit à dix gerbes tassées représentent un mètre cube, dont le poids peut être évalué approximativement entre 105 et 125 kilogrammes.

Nous allons opérer nos calculs avec ces données. Supposons qu’il s’agisse d’abriter dans une grange cinq mille gerbes de blé ; la largeur du bâtiment ne peut être que de 10 mètres, la longueur et la hauteur sont à déterminer. Cette grange doit contenir en outre une aire à battre, de 10 mètres de longueur sur 5 mètres de largeur. Il faut calculer d'abord le cube des gerbes, et ajouter à ce résultat la superficie de l’aire proposée.

Nous avons dit que dix gerbes faisaient un mètre cube, cinq mille feront 500 mètres cubes, et si nos bâtiments ont 10 mètres de largeur, nous aurons :

C’est-à-dire qu’il faudra pour loger dix mille gerbes le double ou 1000 mètres cubes, et dans tous les cas, il faut ajouter 50 mètres superficiels pour l’aire à battre puisqu’elle doit avoir 5 mètres sur 10.

Cette capacité ne doit être calculée que pour les travées où les gerbes sont entassées : les passages, aires ou emplacements des machines à battre doivent être comptés en sus.

DES CONSTRUCTIONS ANNEXES DË LÀ FERME

Par ce qui précède, on comprend que les granges peuvent être de grande capacité puisque certaines fermes ont vingt, trente, quarante mille gerbes et souvent plus. Aussi nous dirons que, dans les très-grandes exploitations, il est fort rare qu’on engrange toute la récolte : on en met la moitié ou les trois quarts en meules, la grange ne sert qu’à battre et à resserrer un quart des gerbes. Dans les petites exploitations au contraire, les granges peuvent contenir une récolte moyenne'; ce n’est que dans les bonnes années qu’on est obligé de recourir aux meules.

Plus les granges se rapprochent de la forme cubique, plus leur construction est économique, eu égard à leur contenance.

Nous avons dit que la largeur du bâtiment ne doit pas dépasser 10 mètres ; nous ajouterons que la hauteur ne doit pas être supérieure à 7 ou 8 mètres : sans cela, il faudrait un nombreux personnel lors de la rentrée des récoltes.

3. Conditions nécessaires pour l’établissement des granges. — Examinons maintenant les autres conditions que réclame la construction bien entendue des granges.

Il faut : 1° leur donner une grande hauteur pour que les voitures chargées puissent y pénétrer et les traverser au besoin ;

2° Établir à droite et à gauche du passage deux planchers saillants assez élevés pour y décharger les gerbes et pour y établir une machine à battre sur des traverses allant d’un plancher à l’autre ;

3° Construire dans chaque grange un grenier partiel pour effectuer sans déplacement le dépôt des grains, après le battage ;

4° Ménager des fentes d’aérage ou barbacanes, dans l’épaisseur des murs, pour faciliter la bonne ventilation des granges ; en outre, ces ouvertures doivent être coudées comme le montre la figure 478 pour prévenir les incendies qui pourraient être occasionnés par la négligence, ou allumés par la malveillance ;

5° Enfin, donner par le haut de l’air et de la lumière à l’aide de châssis à tabatière pouvant s’ouvrir et se fermer à volonté.

Tout ce que nous venons de dire sur les granges, ce sont pour ainsi dire des généralités ; il nous faut entrer maintenant dans quelques questions de détails avant de parler de la disposition des granges.

4. Fermes a grande portée. — Nous avons vu précédemment que les granges doivent être grandes et spacieuses ; mais cela oblige à avoir des fermes à grande portée pour les couvrir, ainsi que des murs suffisamment solides. Pour ces derniers, quelle que soit leur épaisseur, il sera toujours bon de les chaîner (voir pag. 139 et suiv. ce que nous disons des chaînes en fer).

TRAITÉ DES CONSTRUCTIONS RURALES

Quant aux fermes de charpente, il faudra veiller à leur solidité. Nous recommandons pour celles faites exclusivement en bois, celles qui sont représentées fig. 78, page 83 et 79 et 80, page 84 ; pour la ferme mixte, celle de notre figure 87, page 88 ; enfin pour celles en fer, et bois et fers, celles qui sont décrites et dessinées à l’article hangar, page 329 et 331.

5. Portes. — Les portes des granges doivent être hautes et larges. Nous donnons, fig. 474, un excellent modèle. Il est dessiné à 0m,02 pour mètre.

Cette porte, qui est représentée du côté de l’intérieui> dc la §ranëe> a un guichet, des écharpes, un

Fig. 474. — Porte dc «jrange. „ , . , , .

^ , “ fléau ou bascule en bois

Echelle de 0m,02 pour métré.

qui se manœuvre par une tige en fer. En outre, cette porte est maintenue solidement par des

Fig 475. — Porte de granges à glissières. Échelle de O1", 01 pour mètre.

tiges de fer rond dont les extrémités sont filetées et serrées par des écrous,

~ DES CONSTRUCTIONS ANNEXES DE LA FERME. 3 U

ce qui relie encore très-solidement les différentes parties de la menuiserie entre .elles.

La figure 475 montre un deuxième type qui roule sur des glissières. Le haut de la porte et toute la serrurerie du haut sont protégés par un petit auvent en ardoise. A l’article poulailler, nous avons donné h plus grande échelle un autre système de glissières qui a quelque analogie avec celui-ci, et qu’on pourrait éga'ement consulter : la figure 476 fait voir un détail des roulettes à plus grande échelle et la figure 477 le détail d’un fléau, ou bas-

Fig. 470. — Détails d’une roulette pour porte Fig. 477. — Fléau pour portes de granges, de grange.

Échelle de 0ra,02 pour mètre.

cule en fer dont la tige vient s’agrafer dans une serrure fixée à la porte, de sorte qu’il faut une clef pour dégager la tige du fléau et par suite pour le faire manœuvrer.

6. Des barbacanes et de la ventilation. — Dans le courant de notre traité, nous avons toujours parlé contre l’humidité, et nous avons démontré la funeste influence qu’elle exerçait sur l’économie animale, sur les constructions et sur les récoltes, aussi nous n’insisterons pas sur ce sujet, seulement nous dirons, qu’on doit largement ventiler les granges par les divers procédés précédemment décrits, et nous nous bornerons à indiquer deux autres moyens.

Le premier n’est que le perfectionnement des barbacanes que nous avons décrites dans les écuries et les bergeries.

Ce perfectionnement consiste à faire les barbacanes comme les représente notre figure 478. Cet évent d’aérage pour granges rend plus difficile l’incendie des granges par des mains coupables. La largeur intérieure, qui a 0m,06 dans notre exemple, peut varier suivant l’épaisseur des matériaux.

Un second moyen de ventilation consiste dans l’emploi de briques disposées comme l’indiquent nos figures 479 et 480, on établit les évents

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