Il s’agit du P. Wouters et ses compagnons
Buti a nié également ce fait, mais ils’est déclaré prêt à s’interposer pour faire lever l’excommunication. Le P. Tommaso da Sestola abonde dans le même sens et déclare que Dieu seul peut envoyer la pluie souhaitée. Le prince leur répond que si la pluie n’est pas venue dans les trois jôurs, les capucins devront quitter le Sogno. La nuit suivante, l’eau tomba avec abondance. Le 25, jour de Noël, le comte assiste à la messe de minuit, se confesse et communie avec 250 personnes, mais le lendemain, il reprend en public ses accusations perfides, affirmant que les capucins ont prédit une sécheresse de trois ans et qu’ils le menacent des plus grands maux, sans doute d’une guerre avec le Portugal. Qu'ils retournent la préparer à Loanda! Une révolte éclate sous la direction d’un certain Maniquine [Muene-Kuene (?)]. La foule enfonce les portes du couvent, s'empare des PP. Andrea et Tommaso, laissant fra Leonardo da Nardi, lai, prisonnier dans le couvent ; les émeutiers entraînent les deux Pères jusqu’à Pinda, les rouent de coups et les jettent presque mourants dans une barque.lls traversent ainsi le Zaïre et abordent sur l’autre rive en pays païen. Les sauvages les accueillent avec plus d'humanité et un marchand portugais, Antonio Brandone, ramène à Loanda le P. Andrea da Buti. Le P. Tommaso est resté à Molembo, pour surveiller le Loango où il y aurait à poursuivre l’œuvre commencée par le P. Bernardino Ungaro en 1664.
Le P. Cornelio a rejoint à Molembo son compagnon [flamand], malade, et est revenu avec le P. Andrea da Buti à Loanda.
[Ce récit demande quelques éclaircissements :
1° Le chef du Sogno avait été excommunié antérieurement à cause de ses persécutions envers les missionnaires et de ses démêlés avec les Portugais;
2° Les PP. Andrea da Buti (prêtre) et Tommaso da Sestola (prédicateur) étaient arrivés en 1672 avec Luigi da Pistoia. Quant au P. Cornelio d’'Ombere (?), c’est le P. Corneille Wouters, récollet belge, envoyé au Sogno, à la demande de Laurent de Capilla et à l’intervention du Nonce Airoldi. Ce sont ces religieux dont l’arrivée, suivant le P. Cavazzi, troublait la mission et qui eurent avec les capucins des démêlés au sujet des facultés ecclésiastiques. Le . «compagnon » du P. Wouters à Molembo est le P. Corluy, mort le Vendredi- Saint de l’année 1674 ;
3° Mpinda est sis à l'embouchure du Zaïre non loin du Cabo do Padrao; Molembo = Malembu au nord de Kabinda, au sud du Chiloango;
4° L'événement tragique, raconté par Crisostomo da Genova, est également narré par le P. Eucher (0h. cit., p. 181 et suiv.) dans le style qui lui est propre et d’après des sources différentes, évidemment inspirées par le P. Wouters (récollet). Fra Crisostomo da Genova nous fait également connaître qu’en 1672, le même incident s’était reproduit. Le P. Antonio da Saravezza, ayant prononcé l’excommunication, fut bousculé, bourré de coups, presque égorgé par les nègres du Sogno. La haine dont ces tyranneaux poursuivaient les pauvres missionnaires provient en majeure partie, semble-t-il, de leur défiance à l’égard du blanc, dont ils craignaient la rapacité et l’esprit de domi-
94 LA REVUE CONGOIAISE
nation. Tels étaient les résultats de la ligne de conduite portugaise qui cherchait à utiliser dans un but politique l’activité et le zèle des missionnaires. D'autre part, les conversions, assez superficielles, n’empêchent pas des indigènes de céder fréquemment à leurs instincts d'hommes primitifs.]
F8 462-464. — Texte des capitulations par lesquelles don Pedro da Silva, chef du Sogno, renoue des relations avec les PP. Capucins (Sogno, 20 mars 1674). Signature d’Antonio de Montecucullo, préfet, le 26 juin
[Le chef de Sogno s’engage à laisser librement les capucins poursuivre leur œuvre d’évangélisation et à ne plus contrecarrer leur action.]|
F9S 466-473. — Rapport du visiteur apostolique Luigi de Moralès à la Propagande sur les missions d’Angola. Le visiteur attire spécialement l'attention de la Propagande sur les PP. Giovanni da Romano et Andrea di Brudio [da Buti].
Le P. Giovanni Romano s’est distingué par son zèle à introduire les cérémonies religieuses, à enseigner la doctrine chrétienne le dimanche et les jours de fête, à faire des sermons, à administrer les sacrements, à pourchasser les fétiches et les féticheurs. En trois mois, il a béni 400 mariages et administré beaucoup plus de baptêmes. Il a brisé vingt-quatre idoles et fait brûler publiquement les cases qui les abritaient. Il s’est trouvé deux fois en danger à cause d’une révolte des nègres ; mais il a fait bonne contenance et leur en a imposé. Le gouverneur d’Angola, Francisco de Tavora, l'entoure de sa protection.
Le P. Andrea [da Buti] a fait de son côté en huit mois 211 mariages et 3,100 baptêmes. Il s'occupe des confréries et enseigne le catéchisme et il préside à la récitation du chapelet quatre fois par semaine.
F°s 468, 469, 470, 471 (intercalés dans les précédents). — Original portugais de cette pièce qui est en italien (traduction). |
F9S 474-478. — Des résidents portugais de Massangano demandent à la Propagande l’envoi de nouveaux missionnaires capucins. Ils font l’éloge des PP. Giovanni Romano, Tommaso da Sestola, Andrea da Buti et Antonio de Montecuccullo, préfet, dans l’exercice de leurs fonctions.
Massangano, 26 juillet 1675.
| Cette pièce est en double (original portugais) et en traduction italienne. Elle est signée de quatre noms presque illisibles, parmi lesquels on peut distinguer un Cadornega,un Pelles de Souza et un Joa6-Paolo Camayo. Il est à remarquer que l’historien Oliveira de Cadornega, mourut à Loanda en 1690. Malheureusement le prénom (O. A.) ne paraît pas correspondre à celui de la signature. Plusieurs membres de la famille de Souza furent gouverneurs d’Angola. L'intervention directe des personnages officiels paraît
indiquer un rapprochement entre le pouvoir civil et les religieux capucins. L'influence personnelle de Giovanni Romano semble avoir amené ce résultat.]
Fos 481-488. — Relation sur l’état de la mission d’Angola, dressée par le P. Tommaso da Sestola. L'auteur se répand en plaintes et en récriminations, et prévoit la destruction proche de la mission, si des réformes n’y sont introduites. Il se plaint : 1° de ce que les prédicateurs ne veulent point s'occuper des fonctions ecclésiastiques et de l’administration des Sacrements et de ce qu'ils interdisent la prédication aux simples prêtres ; 2° de ce que les prêtres eux-mêmes montrent un certain laisser-aller dans l'exercice de leurs fonctions et se bornent aux confessions journalières et à la récitation du rosaire; 3° de ce que prêtres et prédicateurs craignent de s’aventurer au dehors et se tassent à Loanda et à Massangano où il y a des prêtres séculiers.
Il ne voit d’autre remède que la nomination d’un nouveau préfet réformateur. Seul, le P. Giovanni Romano est de taille à assumer cette charge. Actuellement lui-même est en proie au découragement et il songe à rentrer dans sa province. Angola, 20 avril 1675.
[La présente relation est curieuse. Elle est l’œuvre de Tommaso da Sestola, impulsif, mais convaincu, partisan des grands moyens, comme son ami Giovanni Romano, le préfet de ses rêves. Il garde au cœur l’enthousiasme des premiers jours et s’indigne du défaut de zèle de ses confrères. Il ne faudrait pas prendre à la lettre ces plaintes qui paraissent excessives.]
F08 496-498. — Diverses pièces sans importance se rapportant à l’embarquement de douze missionnaires sur un navire anglais (1676).
F8 500-503.— Le P. Giovanni Romano pose à la Propagande vingtquatre questions qui constituent une sorte d’accusation contre le P. Cavazzi da Montecucullo, préfet de la mission.
Les voici brièvement résumées :
19 Si le préfet de la mission est maître absolu ou s’il peut simplement assigner à chacun sa tâche;
2° Si chaque missionnaire a le droit de disposer en faveur de son poste des aumônes qu’il reçoit ;
3° Si le préfet ne manque pas à ses devoirs en n’accordant pas à ses subalternes la part d’aumôêônes qui leur revient ;
4° S'il peut trafiquer des biens de la mission dans un but de lucre personne] ;
5° S'il peut disposer de ces biens sans le consentement unanime des subalternes ;
6° S'il peut prélever en sa faveur la plus grande et la meilleure partie de ces biens ;
79 S'il ne manque pas à ses devoirs en refusant aux subalternes les médicaments dont ils ont besoin ;
8° S'il peut leur donner des ordres manifestement désastreux pour eux et leur mission ;
9° S'il peut leur imposer la célébration de messes dont il garde les honoraires ;
10° S'il est obligé de pourvoir aux nécessités des missionnaires et de leurs postes ;
110 S'il peut vendre médailles, rosaires, etc. ;
120 S'il est tenu à remettre aux missionnaires les aumônes dont il les a frustrés ;
13° S'il peut augmenter à son gré le nombre des aumôênes ;
140 S'il peut acheter, vendre, faire des contrats, sans la présence d’un syndic, désigné à cet effet ;
15° Si le préfet est gravement coupable en envoyant aux missionnaires des lettres impertinentes ou injurieuses ;
16° Si le préfet ne peut être démis, du consentement général des subalternes, dans un intérêt supérieur, en attendant que la Propagande ait statué sur les conflits qui surviennent entre lui et ses collègues ;
17° S'il peut préposer à la garde d’un couvent un missionnaire dans un endroit où le clergé séculier est assez considérable, et le distraire ainsi des occupations les plus importantes de sa mission ;
18° S'il peut obliger un missionnaire à prêcher à Loanda, alors que ce dernier désire aller en mission;
19° Si les missionnaires peuvent, en conscience, agir à leur guise, quand le préfet leur donne des instructions injustes ou irrégulières ;
20° Sile préfet peut intercepter des lettres envoyées aux missionnaires ;
219 S'il est tenu de renvoyer en Italie un missionnaire infirme ou malade ;
229 S'il peut, en s’éloignant pour un temps, de Loanda, emporter avec lui le sceau de la mission ;
23° S'il peut empêcher les missionnaires de rentrer en Europe, après avoir accompli leur terme de service;
249 Si les missionnaires peuvent ie d’un vent favorable pour s’embarquer,mêmes’iln’ont pas accompli complètement leurs sept années de service.
Le P. Romano se plaint vivement du préfet Cavazzi qu’il accuse d’avoir causé, par ses rigueurs, la mort du P. Giovanni-Maria da Udino [arrivé en 1674]. Il transmet en même temps copie des questions adressées au roi du Portugal. [Cf. {0 430-443.] Loanda, 6 avril 1676.
[Les accusations, voilées dans la lettre du P. Tommaso da Sestola (f08 481- 488), sont ici articulées avec précision. On reproche au préfet son autorita-
risme, son administration défectueuse des biens de la Congrégation, sa tyrannie envers ses subalternes. Le P. Giovanni Romano va jusqu’à se croire délié, vis-à-vis de lui, du serment d’obéissance. Le préfet paraît avoir prêté peu d’attention à la méthode forte et violente inaugurée par le P. Romano. Il semble lui avoir interdit de sortir de Loanda et refusé les moyens d’évangéliser dans l’intérieur du pays. Peut-être n’a-t-il pas non plus approuvé la politique qui consistait à replacer l’évangélisation sous l’étendard portugais, et la protection bienveillante dont l’entourait le gouverneur d’Angola. (Cf.le rapport du visiteur Luigi de Moralès, f08 466-473.) D'autre part, la prudence extraordinaire du P. Antonio da Montecucullo n’eut pas le don de plaire, dirait-on, aux enthousiastes du genre des PP. da Sestola et Rmano. En tout cas, la mésintelligence existe entre le préfet et ses subalternes, ce qui n’est pas pour contribuer aux progrès de l’apostolat.]
F9 504-506. — Conflit de juridiction entre un prêtre séculier de l’église San-Antonio de Loanda et le P. Giuseppe-Maria da Busseto qui rentre en Europe et porte lui-même à la Propagande une plainte du préfet Cavazzi contre ce prêtre. Loanda, 15 avril 1676.
F0 514. — Fra Giovanni-Maria da Voltri demande à se rendre au Congo. Gênes, 21 novembre 1676.
F°8 522-523. — Note relative à la mort du prince de Sogno, Paolo da Silva, et son remplacement par don Alfonso da Silva. Lisbonne, 12 janvier 1677.
F®% 520, 526, 528-530, 534, 538, 544, 507-568, 570. — Lettres peu importantes adressées à la Propagande par le P. Paolo Francesco del Porto- Mauricio, nouveau préfet des missions du Congo, au moment de son départ (1677).
F0 540-542. — Note relative au conflit susmentionné (f05 504-506).
F8 546-547. — Lettre de Fra Filippo da Galesi, vice-préfet, demandant que la Propagande porte un décret prescrivant au préfet du Congo de visiter au moins une fois l’an San-Salvador, et obligeant la majeure partie des missionnaires nouvellement arrivés à séjourner au royaume du Congo. Les missions de l’hinterland sont de plus en plus abandonnées pour la concentration à Loanda. San-Salvador ne compte plus qu’un missionnaire et deux clercs pour le service de la cathédrale.
Loanda, 20 avril 1677.
[Comparez les plaintes de Tommaso de Sestola et de Giovanni Romano (£98 481-488, 500-503) sur les reculs progressifs de la mission.]
F0 548. — Permis de publication délivré à Fra Antonio de Montecucullo pour sa description des trois royaumes du Congo, Angola et Matamba. Il est signé « Frater Hyacinthus Balada », docteur en théologie.
Fo 563-566. — Le Nonce du Portugal rend compte d’une entrevue qu'il a eue à la cour au sujet de la guerre faite par les Portugais au chef du Sogno !. Il a exprimé le désir de voir se terminer au plus tôt une guerre désastreuse pour le progrès de la foi catholique au Congo, car le chef du Sogno est chrétien et il peut être amené à confondre les intérêts du Portugal avec ceux de l’Église catholique. Il lui a été répondu que la guerre n’avait point été commandée par le roi de Portugal, mais qu’elle était plutôt l’œuvre du gouverneur d’Angola Francisco de Tavora. Dès que celui-ci sera rentré, on aura des informations plus précises qu’on ne manquera pas de transmettre au Nonce. On sait cependant que le chef du Sogno admettait des hérétiques dans le port de Pinda et qu'il faisait commerce avec eux. Le Nonce a répondu que sans doute le commerce avec les hérétiques était interdit, mais que les catholiques devaient faire en sorte de battre les hérétiques sur le terrain économique.
Lisbonne, 3 mai 1677.
[Il y a ici un désaveu tacite et discret de la politique de conquête poursuivie par le Portugal dans un but de lucre. La Propagande, en reprenant ellemême la direction de la mission, a protesté contre la méthode portugaise. Ici, la Cour de Portugal, pour se tirer d’embarras, rejette toute la responsabilité de cette guerre sur le gouverneur d’Angola. — Cette lettre fait suite à la note analysée aux f08 522-523.
Fos 574-576. — Lettre du même relative à l’embarquement prochain du P. Paolo Francesco da Porto Mauricio, arrivé à Lisbonne avec plusieurs missionnaires. Lisbonne, 26 juillet 1677.
Fos 578, 580, 582, 595, 597. — Même sujet.
F0 584. — Le P. Filippo da Galesi annonce la mort du P. Fortunato da Firenze [parti en 1676], du P. Andrea da Buti [parti en 1672] et du P. Giovanni Battista da Biella [da Beïla? parti en 1676].
Loanda, 30 septembre 1677.
F0 588. — Le P. Giovanni-Maria da Voltri annonce qu'il ne peut se rendre au Congo pour des motifs personnels.
Cadix, 2 novembre 1677.
F0 599. — Le P. Domenico da Brando est rentré en Italie, après 7 ans de mission. Brando, 8 décembre 1677.
[Ne figure pas sur la liste du P. Antonio da Firenza.]
1. Cette guerre, commencée en 1670, ne fut terminée qu’en 1690, Elle eut pour motif principal l’autorisation de faire le commerce accordée par le chef du Sogno aux trafiquants hollandais et anglais.
F95 618-620,622.— Curieux incidents provoqués par la composition de l'ouvrage de Cavazzi. Le P. Fortunato da Bologna a été chargé par la Propagande de revoir et de retoucher l’ouvrage de Cavazzi,spécialement de faire disparaître du texte sa tendance à raconter des miracles. Le P. Fortunato est maintenant désavoué par quelques-uns, sous prétexte qu'il a supprimé certaines choses essentielles et qu’il a refondu totalement l'ouvrage. On cherche même à lui enlever le travail et à le confier à un autre. Il demande que la Propagande veuille bien spécifier à nouveau la mission dont il a été chargé, à savoir : la revision du style et une rédaction moins crédule, appropriée au goût du temps. Il n’ambitionne pas le moins du monde, comme on l’a prétendu, l’honneur de signer l'ouvrage.
[Une lettre d'intervention auprès du cardinal-secrétaire et signée Giacomo Isolani est datée du 18 avril 1679. Le Général des capucins, Fra Steffano da Cesena, se montrait spécialement hostile à Fra Fortunato. Ce petit incident nous prouve combien la Propagande manifestait de scrupule au point de vue de la crédulité exagérée du préfet des missions du Congo. Il valait la peine de souligner ce détail qui milite en faveur de la véracité de l’Zstorica Descriszione revue par Fra Fortunato.]
F0s 623-624, 625-626, 628, 629. — Pièces relatives à l’embarquement des missionnaires conduits par Paolo-Francesco dal Porto-Mauricio, préfet.
Lettre de Marcello Durazzo, archevêque de Chalcédoine, Nonce apostolique, du 24 juillet 1678, annonçant qu’ils ont quitté l’île de Madère.
Note des dépenses d'embarquement pour compte de la Propagande (farine, vin, huile, vinaigre, légumes, viande salée, batterie de cuisine) en tout 100,000 reis (4 avril 1678).
Certificat d’infirmité délivré au P. Egidio-Maria de Pezzo, empêché de partir (22 juillet 1678).
Lettre d’Egidio-Maria, 22 septembre 1678.
F°s 635 et 636. — Deux lettres de Fra Francesco-Maria da Pavia se plaignant des difficultés suscitées par les Portugais aux alliés de l’Espagne, pour le passage dans l’Angola [sans date, mais antérieure à 1680.]
F0 643. — Lettre de Fra Paolo Francesco dal Porto-Mauricio datée de Madère, 22 avril 1678.
F0 645. — Lettre du même arrivé à destination. Il annonce la mort de trois missionnaires, Paolo da Lizano, Giuseppe da Savona et Predento [da Fiorentino]. Demande de nouveaux collaborateurs.
[Sans date précise : fin 1678 ou début 1679.]
F° 646. — Lettre du même [antérieure à la précédente] annonçant la réception à Loanda, par l’évêque et le gouverneur. Loanda, 20 octobre 1678.
F9 647. — Lettre du même [sans date, même sujet].
F9 652. — Lettre du même. Il détaille les exercices religieux qui se font à Loanda, ville de 40,000 âmes, dit-il. I1 demande de nouveaux missionnaires. Loanda, 8 mai 1670.
F05 656-657. — Lettre de Fra Giulio Francesco da Romagnano et de ses compagnons à la Propagande, annonçant que le vaisseau qui les portait a été attaqué par les Turcs, qu'ils ont perdu leurs bagages et que le P. Francesco-Maria da Pavia, vice-préfet, est demeuré entre les mains des corsaires. Lisbonne, 9 octobre 1670.
F0 659. — Lettre du P. Giovanni de Romano, annonçant son retour, avec mission expresse de venir exposer verbalement à la Propagande les besoins des missions congolaises. Lisbonne, 6 décembre 1679.
F0 661. — Fra Antonio-Maria de Genova demande à se rendre au Congo. Gênes, 10 janvier 1680.
F0 664. — Lettre du P. Giovanni da Romano relative à l'érection d’un couvent à Madère. Gênes, 17 février 1680.
F0 666. — Lettre du même, arrivé à Livourne.
Livourne, 29 mars 1680.
F0 668. — Lettre de Fra Antonio da Badalucco, acceptant le titre de supérieur des missions de Madère. Gênes, 6 septembre 1680.
F0 671. — Requête des résidents portugais à Bahia (Brésil) pour obtenir l’érection d’un couvent de quatre religieux capucins dans leur ville. Bahia, juillet 1670.
[Cette requête signée de cinq noms portugais, fut remise à Giovanni Romano
lors de son passage à Bahia. Il la présenta probablement lui-même à la Propagande.|
F0 674. — Lettre de Fra Paolo Francesco dal Porto-Mauricio (exercices spirituels à Loanda, demande de nouveaux missionnaires). Loanda, 20 octobre 1680.
F9 675. — Lettre du même insistant sur la nécessité d’un hospice à Madère ou à Bahia. Loanda, 25 octobre 1680.
ARCHIVES CONGOLAISES IOI
F° 677. — Lettre de Fra Tommaso da Sestola, revenu en compagnie de Fra Giovanni Romano. Il a séjourné quinze mois au Brésil, attendant de la couronne de Portugal l'autorisation de fonder à Bahia l’hospice demandé par divers résidents de cette ville, mais cette faculté a été accordée aux religieux français du même ordre.
Gênes, 4 novembre 1680.
Fos 679-680. — Fra Antonio da Piacenza demande à retourner au Congo en qualité de missionnaire de la province de Libolo. Brescia, 5 novembre 1680.
[Parti une première fois, en 1672, avec le P. Luigi da Pistoia..]
FoS 682-683, 687-689. — La Propagande a offert au P. Giovanni Romano la préfecture des missions du Congo. Il se déclare fort honoré par cette marque de confiance, mais ne peut accepter pour plusieurs motifs, parmi lesquels les suivants : Il ne pourrait procurer à ces missions ce qu'il estime leur être nécessaire au point de vue temporel, le Saint- Siège faisant la sourde oreille. Il manque de crédit pour traiter à la cour de Portugal certaines affaires d'importance relatives aux missions. Il serait privé, au Congo, de l’influence dont il jouit actuellement le jour où, nommé préfet, il éveillerait des jalousies et susciterait des ambitions. Enfin, 1l lui est impossible de diriger la mission dans les voies tracées par la Propagande. Bergamo, 10 décembre 1680.
[Le P. Giovanni expose ici avec franchise les motifs qui l’'empêchent d’accepter la préfecture. En fait, ils peuvent se résumer en un seul — que luimême jugele plus important — divergence de vues avec la Propagande sur la direction à donner aux missions. Nous avons vu que le P. Giovanni Romano est partisan résolu d’un rapprochement portugais, je dirais même d’une identification des intérêts portugais avec ceux de la religion. Il semble bien que la Propagande se montre hostile à ce compromis. Voilà pourquoi le P. Romano ne peut diriger la mission suivant les vues de la Propagande; voilà pourquoi aussi il voudrait traiter directement avec la cour de Portugal. C’est pour le même motif qu’il craint de sacrifier l'influence acquise à Loanda dans les milieux portugais, en s’affichant comme zélé continuateur des principes posés par la Propagande.]
F° 691. — Mgr Durazzo, Nonce apostolique, informe la Propagande de l’arrivée à Lisbonne du P. Antonio-Maria da Badalucco et de quatre religieux destinés à la mission de Madère.
Lisbonne, 30 décembre 1680.
Fos 693-697. — Difficultés soulevées à la cour de Portugal aux missionnaires à l’île de Madère. Le Secrétaire d’État a fait appeler le supérieur du couvent des capucins français où sont hébergés nos religieux et
lui a fait savoir qu'ils devaient attendre ses ordres. Il a eu une entrevue avec le Nonce et lui a demandé le motif de ce départ, jugeant qu'aucune mission n'était nécessaire à Madère qui n’était pas en pays infidèle. Le Nonce a répondu qu’en réalité ces missionnaires étaient chargés de fonder un couvent qui servirait de gîte d'étape et d’intermédiaire entre Lisbonne et l’Angola. Ils ne séjourneraient pas à Madère, mais partiraient pour l’Angola. Le Secrétaire d’État a différé sa réponse. Lisbonne, 8 février 1681.
[Le Nonce soupçonne uneintrigue tramée parles religieux français qui sont
jaloux de leurs collègues italiens et voudraient les empêcher de s’installer à Madère.]
F0 699. — Lettre de Fra Giovanni Romano confirmant sa décision de ne pas accepter le poste de vicaire des missions, en attendant la préfecture. Bergamo, 22 février 1681.
F0 708. — Lettre du Nonce Durazzo exprimant des appréhensions au sujet de l’hospice de Madère. Le projet rencontre des difficultés et il vaudrait peut-être mieux l’établir à Lisbonne.
Lisbonne, 10 mars 1681.
Fos 710-712. — Nouvelle lettre du même. Il accentue son idée de fonder
ce couvent à Lisbonne. 21 avril 1681.
F0 714. — Le P. Giovanni Romano se déclare prêt à retourner au
Congo. Brescia, 6 mai 1681.
F0 725. — Le P. Bernardo da Savona, qui avait été désigné pour
Madère, demande à la Propagande la permission de se rendre à la mission du Congo. Déjà deux de ses compagnons [sur cinq} sont partis pour l’Angola, avec licence accordée par le Nonce. Vu les insurmontables difficultés qui paraissent s'opposer au départ pour Madère, il préfère rendre des services au Congo. Lisbonne, 12 juillet 1681.
[Les deux Pères signalés ci-dessus sont le P. Giuseppe da Sestrietle frère lai Stefano da Roma.
F0 7209. — Lettre du Nonce Durazzo annonçant l’arrivée à Lisbonne de Fra Giuseppe-Maria da Busseto, vice-préfet d’Angola, avec ses missionnaires. Lisbonne, 20 octobre 1681.
F0 731. — Lettre de Fra Paolo Francesco dal Porto-Mauritio informant la Propagande des succès obtenus au pays de Sogno. Il a été reçu avec allégresse, a fait plus de 800 baptêmes, administré la communion à plus de 1,000 personnes. Il est actuellement atteint d’une grave infirmité. T1 réclame sans cesse de nouveaux missionnaires.
Loanda, 26 mai 1681.
F0 733. — Fra Giovanni Romano renouvelle ses instances pour retourner au Congo. Bergamo, 25 novembre 1681.
F0 735. — Lettre de Fra Bernardo da Savona demandant le décret qui
l’autorise à se rendre au Congo.
Zagobia [Ségovie], 4 janvier 1682.
F0 737. — Lettre de Fra Giovanni Romano annonçant qu’il s’embarquera pour le Congo, si l’état précaire de sa santé le permet. Brescia, 3 avril 1682.
Fos 741 et 742. — Fra Giovanni Romano [ravisé] accuse réception du décret lui accordant la préfecture des missions du Congo. Gênes, 25 août 1682.
[Certaines explications verbales paraissent être intervenues entre la Propagande et le P. Romano qui, nous l’avons vu, refusait antérieurement de prendre la direction de la mission. La lettre du 6 mai 16817 (f0 714) nous fait déjà pressentir sa conversion qui s’affirme par les lettres du 25 novembre 1681 (fo 733) et 3 avril 1682 (f0 737).|
F0S 744-745. — Fra Francesco da Monteleone désigné pour le Congo, informe la Propagande de ce que deux religieux de son ordre, les Pères Francesco et Appolonio da Sassari, désirent l’accompagner au Congo.
Villafranca, 27 septembre 1682.
F0 747. — Lettre de P. Paolo-Francesco dal Porto-Mauritio, annonçant que le P. Francesco da Varraze est arrivé, par hasard, dans le Loango et qu’il y a baptisé 36 personnes. Loanda, 4 novembre 1682.
F0S 740-750. — Lettre du même annonçant l’arrivée à Loanda de onze missionnaires nouveaux et remerciant le Souverain-Pontife qui accorde aux chrétiens congolais l’indulgence du jubilé. Quelques observations au sujet du clergé qui s’obstine à demeurer en ville et à ne pas s’aventurer à l'extérieur. Loanda, 15 décembre 1682.
| Ce sont les missionnaires commandés par le P. Giuseppe-Maria da Busseto|.
F0 753.— Le P. Antonino da Piacenza demande audience au Souverain- Pontife pour lui parler des choses importantes pour les progrès de la foi au Congo.
Fos 755-756. — Fra Giovanni Romano expose à la Propagande les résultats de la mission dont il a été chargé à la cour de Lisbonne. Le Nonce et le prince [régent] l’ont reçu très aimablement et l'ont assuré de toute leur bienveillance pour les missions. Fra Giovanni a prié le princerégent [Don Pedro II} et ses ministres de procéder à l’élection du roi du
Congo dont le trône est vacant depuis huit années, de cesser la guerre avec les royaumes de Zinga et Matamba, d’y faire pénétrer à nouveau la foi chrétienne, par l'envoi en ces régions de missionnaires en plus grand nombre. Le P. Romano part avec ses missionnaires le 25 mars [1683]. Les deux Pères da Sassari n’ont jamais paru. [Cf f05 744-745] Lisbonne, 19 mars 1683.
[Ceci confirme singulièrement l’hypothèse émise au sujet des idées du P. Romano. Le P. Romano veut renouveler et ranimer la mission, grâce à l'appui du gouvernement portugais et à son ingérence dans les affaires indigènes. Cette méthode exige un pouvoir ferme et la fin de la période d’anarchie qui règne au Congo depuis de longues années. Il veut en outre la paix avec les pays de Nzinga et Matamba, afin d’y recommencer le pénible travail d’évangélisation. Il essaie donc de rapprocher la Propagande du Portugal.]
Fos 758-764.— Trois requêtes de résidents portugais de Massangano et Loanda, demandant que le nombre des capucins missionnaires soit augmenté. Éloge du P. Paolo Francesco dal Porto-Mauritio, qui rentre en Europe et est chargé de remettre les requêtes à la Propagande.
Elles sont respectivement datées de Massangano 12 septembre 1683, Loanda 20 décembre 1683 et Loanda 20 mars 1684.
[ Parmi ces signatures, on retrouve celle de Cadornega et un De Souza, dont nous avons parlé aux {08 474-478, où nous analysions une requête du même genre, datée du 26 juillet 1675.]
F0 766. — Lettre de l’évêque de San-Thomé [Bernardo Jusarte] au P. Francesco [da Monteleone|. Il lui demande si un missionnaire-prédicateur ne pourrait pas venir du Congo dans l’île de San-Thomé.
San-Thomé, 3 avril 1684.
[Copie. L’original suit au f0 767-768.]
F0 770. — Lettre du P. Giovanni Romano, arrivé à Loanda. Loanda, 11 avril 1684.
F0 772. — Nouvelle requête de Joâo da Souza demandant des missionnaires. Loanda, 20 avril 1684.
Fos 775-776. — Lettre du P. Francesco da Monteleone à l’un des cardinaux de la Propagande. Il annonce son arrivée à Loanda. Il se disposait à partir pour le pays de Nzinga, quand une lettre de l’évêque de San- Thomé a décidé le nouveau préfet [Giovanni Romano] à l'envoyer dans cette île pour y fonder une mission et faire rayonner son influence sur la côte du Bénin et de Guinée. Il compte partir le 7 juin. Il estime que si cinquante missionnaires arrivaient en ce pays, ils seraient bien reçus,
vu la densité de la population. Mais il préfère être seul, afin d’éviter les froissements, les heurts et les petites jalousies qui se produisent si fréquemment entre confrères, sous un climat tropical. Il envoie un rapport circonstancié à la Propagande. Angola, 2 juin 1684.
F0S 777, 770, 700. — Fra Francesco da Monteleone envoie une relation de son voyage à la Propagande. Ii fut désigné dans l’assemblée tenue le 17 février 1682 en compagnie de Fra Bernardino da Nului, Francesco da Bitti et Bonaventura da Monteleone. Il partit de Naples avec le P. Girolamo da Sorrento. Bernardino da Nului et Bonaventura da Monteleone abandonnèrent déjà le voyage en Sardaigne. A Villafranca, les religieux trouvèrent les PP. Francesco et Appolonio de Sassari, qui furent désignés par la Propagande pour remplacer les défaillants, à la demande du P. da Monteleone. A Lisbonne, où nos voyageurs arrivèrent à la fin d'octobre, ils rencontrèrent le P. Giovanni Romano, préfet. Ils s’embarquèrent le 27 mars 1683 pour le Brésil et arrivèrent le 22 mai à Pernambouc. Récit intéressant de la traversée dans un navire rempli de soldats, de marins et de passagers. Le P. da Monteleone se désigne lui-même sous le sobriquet de l’ « Oratore ». Il fut atteint du mal de mer pendant longtemps, ce qui ne l’empêcha point de confesser les soldats en plein air et de leur faire des sermons qui duraient parfois plusieurs heures, les dimanches et jours fériés. Il enseignait aussi le catéchisme aux petits. Le capitaine du vaisseau, au débarcadère, le fit saluer de cinq coups de canon. De Pernambouc, le P. de Montaleone se rendit à Bahia où il trouva une patache qui mettait à la voile pour l’Angola. I] arriva à Bahia vers la fin novembre, ayant utilisé ce laps de temps avec le P. Giovanni Romano à des exercices spirituels et à des sermons.
Malgré les efforts de l’archevêque de Bahia pour les retenir, nes religieux s’embarquèrent le 25 décembre 1683, atteignirent 339 de lat. S., virèrent de bord vers l’Angola et jetèrent l’ancre à une forteresse portugaise sise sous 23° de lat. S. !. On y célébra la fête des Cendres et, après avoir repris le mer, on parvint à Loanda, le 23 février 1684.
À Loanda, le P. da Monteleone fit quelques prédications, puis fut envoyé à Bengo [le long de la rivière Mbengu], à 18 milles environ de Loanda, où il sentit les premières atteintes de la malaria. Il arriva au Bengo le dimanche de la Passion et y retrouva le P. Benedetto da Belvedere [arrivé en 1682], avec lequel il célébra les prières de xL heures, et adressa des allocutions à la foule des fidèles. Pendant toute une semaine, il confessa et enseigna la doctrine chrétienne à un endroit appelé Mobella, à 18 milles de Bengo. Ayant appris qu’à 40 ou 50 milles existait un «sova », idolâtre nommé Giumbiamosango, il s’y rendit avec douze
1. Probablement Benguella, dont la situation géographique est ici erronée
nègres et assista à une scène de fétichisme. Le lendemain, il reprocha à ces nègres leur idolâtrie et arracha même un morceau de corne qui, suspendu au cou d’un de ses auditeurs, devait préserver son possesseur de la dent des lions. À une autre case, il vit des fers d’épreuve, qui sont chauffés à blanc et servent à discerner les coupables des innocents. Le P. da Monteleone, en vain, chercha à s'emparer de ces fers. Les indigènes se sont enfuis dans la brousse en les emportant avec eux. Il fit lier le chef indigène et réussit également à faire détruire et brûler une case à fétiche érigée sur la tombe d’un sova.
Le chef rappela les indigènes qui avaient fui dans la forêt et qui vinrent écouter la doctrine chrétienne. Aucun d’eux ne savait faire le signe de la croix et n'avait de notion du christianisme. Le Père missionnaire leur construisit un cimetière et le bénit. La destruction du fétiche par le missionnaire lui-même suscita une nouvelle scène de terreur. Il ne fallut rien moins qu’un discours véhément du prédicateur et la conviction peu à peu établie qu'aucun malheur n'était à craindre, pour décider les malheureux idolâtres à sortir de la forêt où ils s'étaient blottis.
A Mobella, le P. da Monteleone entra de vive force dans la case d’un féticheur, le fit enchaîner, malgré une vive résistance et conduire à la hutte où il demeurait. Le lendemain, des nègres en révolte voulurent reprendre leur sorcier. Le missionnaire inscrivit leur nom, en les menaçant de les faire connaître à Loanda. A cette vue, les rebelles prirent peur et renoncèrent à leur dessein. Le missionnaire eut toutes les peines du monde à faire transporter le nègre à Loanda, où il le remit aux mains de l’évêque.
Les Pères capucins le désavouaient, mais le P. da Monteleone déclara que le féticheur devait être châtié et que, s’il ne l'était pas, ses défenseurs avaient à prendre la responsabilité de leurs actes. Le féticheur, interrogé, déclara qu'il était chrétien et baptisé, et qu’il s'appelait Gasparo, mais ses compatriotes l’appelaient Bumbanzumba, c’est-à-dire maître et seigneur de la terre; qu'il parlait avec les démons, faisait pleuvoir quand il voulait, obtenait d’heureuses couches aux femmes enceintes, forçait les lions et les léopards à rendre les corps des indigènes qu’ils avaient dévorés. L’évêque et le vicaire général avaient d’abord décidé d’exiler à Bahia le féticheur prisonnier, mais vu son grand âge — il pratiquait ses incantations depuis plus de cinquante ans — ils lui pardonnèrent et l'affaire n’eut point de suite.
Dès son retour à Loanda, le P. Francesco fut pris de fièvre : douze saignées et deux purgatifs en huit jours le soulagèrent.
Dans l'intervalle le préfet reçut une lettre de l’évêque de San-Tomé, demandant un de ses missionnaires pour cette île. Le préfet a désigné Francesco da Monteleone, qui s’embarquera le 7 juin prochain. Il trouve cependant que cette île est éloignée de toute communication, que le cli-
mat y est chaud et insalubre et il supplie la Propagande de lui donner au moins un compagnon dans son exil. Angola, 20 mai 1684.
[Le P. da Monteleone nous donne là une des plus intéressantes et originales relations de voyage que nous connaissions. Le missionnaire se montre bien le disciple fidèle de Fra Giovanni Romano. Il est partisan de la manière forte : son zèle à « faire la chasse » aux fétiches, l’audacieuse arrestation du féticheur Gasparo, tout l’indique. Il souhaiterait également l'intervention du pouvoir civil dans la lutte contre le fétichisme. Le sorcier a failli être condamné à l'exil, grâce à son intervention. Nous voyons également que le P. Giovanni Romano essaye de retremper la mission dans l’héroïsme des premières années. Le P. da Monteleone, d’abord désigné pour le pays de Nzinga ou Matamba, est envoyé ensuite à San-Thomé, évangélisée par le clergé portugais. Le préfet ne permet donc pas à ses missionnaires de végéter dans les postes côtiers. Il les lance hardiment à l’intérieur du pays et les incite à de nouvelles conquêtes.]
F08 701-792, 708-799. — Deux requêtes (24 juin et 30 juillet 1684) en langue portugaise, de plusieurs missionnaires capucins pour se rendre en mission au Congo. |
Ce sont Fra Juan de Ocier, Domingo de Ocier, Antonio de Bitti, prêtres, et Antiogo de Bitti, prédicateur.
Fos 705-706. — Lettre du P. Francesco da Monteleone, annonçant son arrivée à San-Thomé. Il a été reçu à bras ouverts par l’évêque. Mais il se décourage en se voyant seul, là où 50 à 100 missionnaires ne seraient pas de trop. Il.y a autour de San-Thomé trois ou quatre îles sans un prêtre; le royaume de Luere (Ouvere) n’a pas un seul prêtre; le Bénin est païen, mais le roi est disposé à se convertir.
Le P. da Monteleone demande des privilèges spéciaux, vu son éloignement de l’ Angola où se trouve le préfet.
San-Thomé, juillet 1684.
__ F°® 802 et 804. — Lettres de Fra Paolo-Francesco dal Porto-Mauritio,
revenu à Lisbonne, au sujet de l’érection d’un couvent-hôpital à Lisbonne. Les Pères français de l’ordre des Capucins paraissent s'opposer à l'entreprise. Fra Paolo-Francesco montre cependant que cette installation est nécessaire, puisqu'on a renoncé à l’hospice de Madère et à celui de Bahia. La première lettre est datée du 26 novembre 1684 et l’autre du 6 mars 1685.
F9 806-807. — Relation de Fra Giuseppe-Maria da Busseto, vicepréfet de la mission du Congo, remplissant les charges de la préfecture après la mort du P. Giovanni Romano (1685). Le P. Giovanni Romano avait provoqué un nouvel essor des missions congolaises. Il avait renouvelé la mission du Sogno et celle de Zinga. Malheureusement, les colla-
borateurs sont peu nombreux. Il n’y a plus que sept missionnaires-prêtres dans les diverses missions : à Loanda, un seul; au Congo, 1; en Sogno, 1; Dante 1, 1; Bengo, 1; Massangano, 1; Zinga, 1; Caenda ?, 1. Le roi d'Angoi #, dont le pays se trouve au delà du Zaïre, demande des religieux pour son pays; le prince du Sogno manifeste les meilleures dispositions. Il faudrait, pour réussir, mettre fin à la guerre que lui font les Portugais depuis quatorze ou quinze ans. Il faudrait également élire un roi catholique dans le pays du Congo. Les progrès sont possibles, mais les collaborateurs doivent arriver en nombre.
Loanda, 9 avril 1685.
[La mort du P. Romano a donné un coup sensible à la restauration des missions congolaises. On s'aperçoit que, malgré le nombre restreint de ses collaborateurs, le vaillant préfet avait fondé un nouveau poste, Kahenda, avait repris les missions de Nzinga et Sonyo, et songeait à la conquête du Ngoyo, au nord du Zaïre.
Le P. Da Busseto insiste encore vivement pour la cessation de la guerre entre le Sonyo et le Portugal et pour l'élection d’un roi adopté par tous les chefs indigènes au Congo. C'étaient, on le sait, deux points importants de la politique du P. Romano qui les considérait comme conditions sine qud non de la réussite de son apostolat.]
F0 807. — Lettre de Fra Giovanni Belluno à la Propagande, réclamant des missionnaires à cor et à cris pour les royaumes de Congo, Angola et « Xinga ». C’est un vrai miracle, dit-il, que la foi puisse se maintenir en ces parages avec si peu de ministres de Dieu (7 prêtres).
Dongo, 10 février 1685.
* [Cette lettre est un écho fidèle de la précédente.]
Fos 810 et 814, 811-813. — Lettre de l’évêque du Congo et Angola [Fra Manoel da Nativitade], à la Propagande. Il expose que, dès son arrivée, en 1676, il s’est empressé d’avertir la Propagande de l’état misérable des missions congolaises. Aujourd’hui encore, il profite du départ du P. Paolo-Francesco del Porto-Mauritio pour faire connaître la situation de cette mission. San-Salvador est maintenant complètement abandonnée par suite des guerres malheureuses, et est devenue un repaire d’animaux sauvages. La vie religieuse a reflué vers Loanda où 1l ya quatre couvents et deux églises paroissiales et d’autres oratoires plus petits.
L'année dernière, une consolation leur est venue parmi toutes les
1, Probablement, un poste sur les bords du fleuve Dande.
2. Sans doute, Kahenda (Kakulu) 8 9’ lat. S.; 150 5’ long. E.
3. Il s’agit du Ngoyo, situé entre l'embouchure du Zaïre et l’enclave de Cabinda, 5° 6’ lat. sud; 129 3’ long. est.
misères. Le roi du Dongo est mort dans une bataille. Sa sœur, dofa
Veronica Guterres, a demandé la paix au gouvernement d’Angola et a
reçu avec bienveillance des missionnaires qui lui ont été envoyés. Loanda, 6 mai 1684.
[L’'original est en portugais; une traduction italienne a été faite par le P. Paolo-Francesco dal Porto-Mauritio, dont on reconnaît l’écriture assez irrégulière. C’est le P. Giovanni da Belluno qui, nous venons de le voir, dirigeait la mission du N’Dongo.]
F0 816. — Lettre de Fra Francesco da Monteleone demandant à la Propagande de ne pas perdre de vue la mission de San-Thomé dont il a la direction. Les indigènes se convertissent aisément. Il envoie au Cardinal- Secrétaire «un baril de bananes qui sont la nourriture substantielle et quotidienne des habitants de l’île ».
San-Thomé, 20 mai 1685.
[Les deux lettres ont été confiées en même temps que la relation qui suitau P. Giovanni Battista da Malta rentrant en Europe.
F0 817. — Lettre du même à un des cardinaux de la Propagande, datée du même jour.
Fos 818-821. — Nouvelle relation du P. Francesco da Monteleone, racontant son arrivée à San-Thomé. Il s’est installé dans un ermitage non loin de San-Antonio. Il enseigne la doctrine chrétienne et prêche une heure les lundi, mercredi et vendredi de chaque semaine. Il s'intéresse spécialement aux us et coutumes des indigènes. I1 raconte qu’hommes et femmes, revêtus de masques, se livrent aux jours de fête à des danses bruyantes et indécentes, prétendant que c’est une coutume et qu’iln’y a pas là matière à faute grave. Beaucoup de blancs portugais les imitent et boivent avec eux l’eau-de-vie traîtresse. Ils ont, par exemple, dansé et gesticulé pendant le mois d’août, pour célébrer la fête de l’Assomption
de la Sainte Vierge. Le P. da Monteleone s’est élevé avec force contre semblables coutumes et a déclaré que Dieu maudirait ceux qui participeraient à ces cérémonies. Il a inspiré ainsi une terreur si salutaire que les nègres n'osent plus toucher leurs instruments de musique pour ne pas désobéir au Père. Il a réussi également à la suite des prédications et des pénitences de la Semaine Sainte à réconcilier entre eux des ennemis mortels. Seulement, 1l désirerait obtenir de l’Angola deux confrères capucins, le P. Francesco da Bitti et le P. Girolamo da Sorrento, avec d’autres compagnons si possible, afin de secourir ces âmes misérables de la côte, du Bénin, d'Arda, Huere. Il se trouve seul sous un climat malsain, chaud, enfiévré. Les naturels souffrent même plus que les étrangers. La nourriture habituelle est la banane. Le travail est énorme. Pendant le carême,
il y a eu vingt-deux sermons et dix-huit processions de pénitents très nombreux.
San-Thomé, 20 mai 1685.
[La relation est conçue dans un style très original.]
F0S 824-828. — Pièces notariales relatives à l’érection d’un couvent de Capucins italiens à San-Thomé. Les pièces sont signées par l’évêque Bernardo Jusarte, divers membres du chapitre (Melchior Fernandes de Hoelhar, Diogo Nunes Gagos, Francisco Annes, Gaspar Alvares Davero, Fernando Alvares de Torres, Francisco de Mello, Torge Dias, Alvares Carneiro, Antonio Coelho) et par divers tabellions.
F0 831.— Lettre de Fra Francesco-Paolo dal Porto-Mauritio annonçant son retour à Gênes. Son état de santé ne lui permet pas de se rendre à Rome où 1l désirerait entretenir les cardinaux de la Propagande de la situation des missions congolaises et remettre un procès authentique, signé par l’évêque d’Angola, de la mort en odeur de sainteté d’un religieux CapucCin. Gênes, 30 juin 1685.
F0s 833-834. — Le P. Tommaso da Sestola vient d’être invité à se rendre pour la seconde fois aux missions du Congo. Il demande l’expédition des lettres-patentes qui lui permettront de se conformer aux instructions de la Propagande, mais il estime que le nombre de missionnaires désignés — onze ou douze — est insuffisant. L'extension actuelle des postes de mission exigerait au moins trentre-trois collaborateurs.
Parme, 23 juillet 1685.
[Le P. Tommaso da Sestola retourna comme préfet dans l’Angcla.]
F°8 836-837. — Le P. Basile da Verona, rentré du Congo, demande une audience à la Propagande. Il a été chargé par le P. Giovanni Romano de faire rapport sur la situation des missions congolaises.Se trouvant à Bahia, il à appris la mort du P. Giovanni Romano, préfet, et d’un autre père capucin, Fra Francesco de Cerchiaro.
Gênes, 20 octobre 1685.
[Le P. Romano est mort à Loanda au début de l'année 1685.]
SCRITTURE RIFERITE NEI CONGRESSI, VOL. II. AFRICA E CONGO
Fo 3. — Lettre du P. Tommaso da Sestola, prêt à s’'embarquer pour Lisbonne. Modifications à la liste des missionnaires. Demande d’envoi des brefs lui accordant la préfecture et des mémoires indulgentiaux.
Gênes, 13 février 10686.
F0 4. — Fra Paolo-Francesco dal Porto-Mauritio accuse réception du décret le chargeant de la direction du couvent de Lisbonne. Il a trouvé
ARCHIVES CONGOLAISES IIT
ce décret à Gênes au moment où il débarquait de Lisbonne après dixsept jours de traversée.
Gênes, 23 février 1686.
F0 5. — Le P. Tommaso da Rivoli se met à la disposition de la Propagande comme missionnaire au Congo.
Gênes, 25 mars 1686.
F0 6. — Lettre du P. Paolo-Francesco dal Porto-Mauritio, relative au couvent de Lisbonne.
Gênes, 4 mai 1686.
Fos 8-0. — Lettre du Nonce apostolique à la Propagande, relatant les difficultés qu’il rencontre pour la fondation, à Lisbonne, d’un couvent de capucins italiens destinés aux missions d'Inde. Les Pères Capucins français s’y opposent de toutes leurs forces, objectant que les Capucins italiens sont reçus chez eux avec bienveillance et qu’il n’y a aucune utilité à leur construire un couvent spécial. Ils soutiennent, en outre, qu'un décret du Chapitre des Capucins interdit, sous des peines graves, l'exécution de semblables desseins. Le Nonce pense que le projet n’aboutira point.
Lisbonne, 14 mai 1686.
F0s 9-10. — Lettre de Fra Tommaso da Sestola, préfet des missions du Congo, se plaignant des tracasseries dont il est l’objet de la part du P. Barnaba da Genova, ancien gardien du couvent de la Conception à Gênes. Celui-ci conteste l’utilité des dépenses consenties en faveur des missions. Le P. Tommaso paraît découragé et demande à être déchargé de ses fonctions.
Gênes, le 18 mai 1686.
Fo 11. — Lettre de Fra Paolo-Francesco del Porto-Mauritio au sujet du couvent de Lisbonne. Savona, 23 mai 1686.
F0 13. — Lettre de Gênes, 2 juin 1686.
FOS 14-15. Lettre de Fra Tommaso da Sestola, préfet, arrivé à Cadix. Il se déclare heureux de la solution des difficultés intervenues à Gênes et regrette que le nombre de missionnaires ne soit pas plus considérable.
Cadix, 6 juillet 1686.
Fos 16-17. — Le Nonce à Lisbonne transmet une lettre des missionnaires de Guinée (Fra Francisco de Mota, Bonaventura de Maluenda, Angel de Fuente la Peria) demandant des collaborateurs.
Lisbonne, 8 juillet 1686.
112 LA REVUE CONGOLATSE
Fo 18. — Fra Paolo da Varazze, procureur des missions du Congo, s'est présenté, avec quatre compagnons, au couvent des Pères Capucins français de Lisbonne, où il a été reçu sans bienveillance. Il a adressé une
requête au Nonce.
Lisbonne, 24 juillet 1686.
F0 19. — Lettre du même. En attendant que le litige soit tranché, il a reçu l’hospitalité dans la maison de deux camaldules italiens. Lisbonne, 25 juillet 1686.
Fo°8 20 a-b, 21. — Lettre du nonce de Portugal à la Propagande. Le P. Paolo da Varazze s’est présenté au couvent des Capucins français, en qualité de procureur des missions d'Afrique et des Indes. Le supérieur du couvent veut bien le recevoir comme hôte, mais non comme procureur. Le Nonce a engagé le P.da Varazze à demeurer au couvent en qualité d'hôte, sous réserve d’aplanir la difficulté avec la Cour de Portugal.
Lisbonne, 22 juillet 1686.
F0 23 a-b. — Lettre de Fra Paolo da Varazze, relative au même sujet.
Un mémoire justificatif a été remis au roi.
Lisbonne, 29 juillet 1686.
Fo 24 a-b. — Lettre du même, même sujet. La question n’est pas tranchée, vu le pouvoir dont disposent à Lisbonne les Pères français. Lisbonne, 12 août 1686.
F0 25 a-b. — Lettre de Fra Pietro da Siena, partant pour l’Angola et arrêté à Lisbonne. Il se plaint vivement des ennuis que lui cause le désaccord survenu à Lisbonne entre Capucins français et italiens et se demande s’il ne vaudrait pas mieux rentrer en Italie. Il exhibe un certificat curieux du chirurgien (Forge Rabbi, chirurgao approvado e licentiado em Lixboa) attestant qu’il l’a opéré d’une tumeur au genou et que la blessure pourrait s’envenimer dans le voyage vers l'Angola.
F0 28. — Lettre de Fra Michel-Angelo da Rivoli demandant l’expédition du décret qui lui permettra de rejoindre, à San-Thomé, le P. FE. da
Monteleone.
Lisbonne, 19 août 1686.
F° 30. — Lettre du même.
Lisbonne, 27 août 1686.
F8 31 a-b, 32-33. — Lettres des PP. Zaccaria da Milano et Andrea da Pavia se plaignant des agissements de leur préfet, Tommaso da Sestola, qui, selon eux, contrecarre le P. Paolo da Varazze et détruit la Mission.
Lisbonne, 27 et 28 août 1686.
Fo 34. — Lettre collective des missionnaires désignés pour le Congo, accusant leur préfet de contrecarrer l’action du procureur, de « ruer dans les rangs » et de commettre des imprudences. La lettre est signée : Leopoldo da Milano, Angelo Francesco da Milano, Petro da Siena, Zaccaria da Milano, Basilio da Palermo, Andrea da Pavia, Giulio d’Orta.
Lisbonne, 2 septembre 1686.
Fo 35. — Le P. Procureur des Missions à Lisbonne, Fra Paolo da Varazze, accuse le P. Tommaso da Sestola d’avoir déclaré, en présence des Pères Capucins français et de deux marchands italiens, Bartolomeo et Antonio Mandoni, qu'un couvent n’était pas nécessaire à Lisbonne pour les missions d'Afrique. Il a, en outre, le 27 août, fait remettre directement au roi, un mémoire dans lequel il demandait un vaisseau pour le conduire dans l’Angola avec douze missionnaires, aux frais de la Cour, . Soit 44,000 reis par missionnaire. Ce mémoire aurait fait mauvaise impression. Le roi le fait examiner par le Conseil d’État. Le procureur a été informé de la remise de ce mémoire par le ministre Cesare Xersi, vice-protecteur des missions qui a cette affaire dans ses attributions.
Lisbonne, 3 septembre 1686.
[Le P. Tommaso da Sestola continue ici la politique qu’il a inaugurée avec le P. Giovanni Romano : rapprochement avec le Portugal, dans lequel les missions d’Angola trouveront l’appui matériel et guerrier, si c’est nécessaire, qui leur fait défaut et qui stimulerait leurs efforts. Malheureusement, sa
qualité de préfet ne l’autorisait pas à traiter directement avec la Cour de Portugal, sans passer par l'intermédiaire du procureur. [Cf. f05 36-38 et 47.]
Fos 36-38. — Le P. Tommaso da Sestola présente sa défense à la Propagande et expose le conflit. Le P. Procureur, Paolo da Varazze, l’a accusé d’avoir fait remettre directement à la Cour un mémoire sollicitant l'autorisation de passer dans l’Angola avec ses missionnaires. Le P. da Varazze se plaint d’avoir été ignoré, en sa qualité de « procureur des missions » chargé précisément de négocier l'affaire très délicate du couvent des Capucins italiens à Lisbonne. Le P. da Sestola se défend d’avoir voulu, le moins du monde, contrecarrer ses desseins; 1l le soupconne, au contraire, de vouloir envoyer au Brésil quelques-uns des missionnaires destinés à l’Angola. En tout cas, 1l se déclare prêt à retourner dans sa province si ces difficultés ne s’aplanissent pas.
Lisbonne, 3 septembre 1686.
Fo 39. — Lettre du P. Paolo-Francesco dal Porto-Mauritio, relative au même sujet. Il prie, en même temps, la Propagande de fournir au P. Angelo da Rivoli les ressources et le matériel nécessaires pour son voyage dans l’Angola.
Savona, 20 septembre 1686.
Fo 40 a-b. — Notes écrites à la Propagande, résumant les principales décisions concernant la préfecture du P. Tommaso da Sestola.
Fe 41. — Le Nonce informe la Propagande de ce que le P. Paolo da Varazze, procureur de missions d’Afrique a quitté la maison privée où il demeurait et s’est retiré, sans aucun titre, dans le couvent des Pères Capucins français.
Lisbonne, 5 novembre 1686.
F0 42. — Le P. da Sestola annonce son départ prochain pour l’Angola.
Lisbonne 25 novembre 1686.
F0 43. — Fra Michel-Angelo da Rivoli, désigné pour San-Thomé, remercie la Propagande.
Lisbonne, 26 novembre 1686.
Fo 44. — Déclaration, signée par le P. Michel-Angelo, missionnaire de San-Thomé, attestant qu'il a reçu du P. Tommaso da Sestola, divers ornements sacerdotaux, laissés à Lisbonne par le P. Basilio da Verona.
Lisbonne, 24 novembre 1686.
Fo 45. — Le Nonce apostolique informe la Propagande de ce qu'il a pu aplanir le conflit entre le P. da Sestola et le P. da Varazze, procureur des missions. Le P. Michel-Angelo da Rivoli partira pour San-Thomé, emportant avec lui le décret accordant la préfecture au P. Francesco da Monteleone.
Lisbonne, 9 décembre 1686.
Fo 46. Lettre du P. Paolo da Varazze, procureur. Le Nonce a mis fin au différend qui avait surgi entre lui et le préfet des Missions; mais la malencontreuse intervention du P. da Sestola a retardé l'érection du couvent. Le compagnon du P. de Varazze (Paolo da Monte Longo), remplacera le P. Filippo da Siena dans l’Angola. Deux barils de biscuits, des bouteilles de riz, un baril de farine pour fabriquer les saintes Hosties, un baril de vin et plusieurs ouvrages de philosophie sont expédiés à San- Thomé. Le procureur attend les instructions de la Propagande pour les missionnaires d'Angola.
Lisbonne, 9 décembre 1686.
Fo 47. — Lettre du P. Tommaso da Sestola s’excusant du conflit dont il a été involontairement la cause à Lisbonne. Il a toujours vécu en bons termes avec le Procureur des missions et il n’a jamais voulu enfreindre les décisions de la Propagande relatives à l’érection du cou-
ARCHIVES CONGOLAISES I15
vent. Il a simplement trouvé inconvenante la situation du Procureur en dehors du couvent des Pères français, et il a tenu à conserver la paix avec tous.
Lisbonne, 10 décembre 1686.
[Le P. da Sestola continue ici sa méthode de rapprochement avec le Portugal. Pas d’ennemis du côté où se trouve la puissance politique ! Les Pères Capucins français jouissant d’une grande influence à la Cour, il avait soin de les ménager.|
Fo 48. — Le P. Michel-Angelo da Rivoli fait savoir à la Propagande que, par suite d’une erreur de plume, le P. Tommaso da Rivoli a été désigné comme missionnaire à San-Thomé en son lieu et place. Il prie la Propagande de prendre les mesures nécessaires pour réparer l'erreur.
Lisbonne, 14 décembre 1686.
Fo 49.-—- Le P. Paolo-Francesco dal Porto-Mauritio demande que les ornements sacerdotaux laissés à Lisbonne par le P. Basilio da Verona soient envoyés à San-Thomé et non dans l’Angola.
Savona, 26 décembre 1686.
Fo 50. — Lettre du P. Paolo-Francesco dal Porto-Mauritio, relative à certaines manœuvres des Capucins français.
Savona, 26 décembre 1686.
Fo 51. — Lettre du Procureur des missions, Paolo da Varazze, signalant à la Propagande que, dans un conseil privé tenu par le roi, il a été dit que le préfet des missionnaires, avant de partir pour l’Angola, devait prêter serment de fidélité. Le Procureur soupçonne derechef une imprudence du P. da Sestola.
Lisbonne, 20 janvier 1687.
Fos 52-55. — Lettre du P. Tommaso da Sestola relative au serment de fidélité.
Le roi lui a gracieusement accordé des faveurs toutes spéciales. Mais les ministres exigent le serment de fidélité des missionnaires étrangers à la Couronne de Portugal, aux droits régaliens et aux ministres de l'État. Le P. Tommaso da Sestola s’est tenu dans une prudente réserve, s'est fait expliquer la teneur du serment et, finalement, a déclaré ne pouvoir le prêter avant d’avoir pris l’avis de ses supérieurs hiérarchiques. Il s’est adressé au Nonce, qui lui a prudemment conseillé de demander des instructions à Rome. Comme, dans une entrevue, il faisait remarquer à Sa Majesté que ces retards l’empêcheraient d’arriver en temps utile
à destination, 1l lui fut répondu qu'il pourrait prêter ce serment lorsqu'il serait dans l’Angola. En terminant, il se défend de vouloir emporter avec lui les ornements sacerdotaux du P. Basilio da Verona. Il annonce que deux de ses compagnons sont déjà en route, par la voie du Brésil, depuis un mois. Quant à lui, il espère partir directement pour l’Angola à la fin du mois de mars.
Lisbonne, 3 février 1687.
[11 semble que la politique de rapprochement, idéal du P. da Sestola, l’ait poussé à quelque imprudente démarche ,comme le signale plus haut le P. da Varazze. La Cour de Portugal paraissait disposé à entrer dans ses vues, mais elle y mettait des conditions draconiennes.]
Fo 55. — Lettre du P. Giuseppe-Maria da Busseto, vice-préfet des Missions d’Angola et du Congo, demandant des collaborateurs et se plaignant de n’avoir pas reçu un seul mot d'encouragement depuis de longues années. I] attire l’attention de la Propagande sur la traite des nègres ,qui se fait sur une large échelle.
Loanda, 8 mars 1687.
Fo 56. — Le Nonce informe la Propagande de la décision prise par le P. Paolo da Varazze, de se retirer en Italie et d'abandonner sa charge de procureur. Sa situation, par suite de l’hostilité non déguisée des Pères français est devenue intenable. En attendant son successeur, le Nonce a désigné Fra Filippo da Siena aux fonctions de procureur.
Lisbonne, 31 mars 1687.
Fos 57-59. — Lettre (copie) du Nonce apostolique demandant des instructions à la Propagande au sujet du serment de fidélité exigé des missionnaires se rendant à Goa, aux Indes, au Brésil et dans l’Angola.
Lisbonne, 31 mars 1687.
Fo 60. — Le P. da Varazze présente sa démission de la Propagande. Lisbonne, 2 avril 1687.
Fo 61. — Même sujet. Le P. da Varazze recevait l'hospitalité dans le couvent des Pères français. Il s’est élevé, entre eux, un nouveau conflit de préséance, au sujet des places à occuper au réfectoire. Le Père ne peut subir un nouvel affront et il demande à rentrer en Italie.
Lisbonne, même date.
Fo 62. — Lettre du Nonce au sujet des aumônes remises par le roi et la Junte aux Capucins d’Angola.
Lisbonne, 14 avril 1687.
F0 63. — Rapport sur l’état de la mission de San-Thomé, présenté par le P. Michel-Angelo da Kivoli.
Le P. da Rivoli est arrivé à San-Thomé le 25 mars, jour de saint Marc. Il a été reçu cordialement par le Préfet (Francesco da Monteleone) et par une foule d’indigènes accourus à sa rencontre. Le P. Préfet est un saint homme, dont la réputation s’est répandue jusqu’à la côte de Guinée. Sa parole est considérée comme texte d'évangile. Les succès qu’il a obtenus sont vraiment merveilleux. En deux ans, il a fondé et bâti un couvent capable d’abriter sept à huit religieux et plusieurs novices indigènes, actuellement au nombre de sept. Il a instauré les cérémonies religieuses qui sont bien suivies. Il vient d'inaugurer une église consacrée à saint Joseph ; elle est ornée avec tout le soin désirable par les indigènes.
San-Thomé, 27 avril 1687.
Fos 65-66. —— Lettre du Nonce apostolique relative au serment de fidélité requis des missionnaires. La Cour exigeait d’abord le serment sans délai. Le Nonce enjoignit aux missionnaires partants de ne point le prêter sans instructions. On exigea ensuite ce serment dans le délai de cinq mois : si les missionnaires ne se prêtaient pas à ces injonctions, l'accès des Colonies portugaises serait désormais interdit aux missionnaires. Le Nonce demande des instructions.
Lisbonne, 28 avril 1687.
Fo 67. — Lettre de Fra Francesco da Monteleone, remerciant le Cardinal secrétaire de sa nomination de préfet de San-Thomé. Il vient d’apprendre les difficultés suscitées au Procureur des missions, Fra Paolo da Varazze, par les Capucins français. Il n’en est pas étonné, car le caractère italien est naturel et franc; celui des Français est hypocrite et dissimulé.
San-Thomé, 28 avril 1687.
Fo 68. — Le P. Paolo da Varazze annonce l’arrivée à Lisbonne de deux Pères Capucins, destinés à la mission de San-Thomé, Basilio da Varese et Antonio da Cremona. Ils pourront vraisemblablement s’embarquer vers la Noël avec l’évêque de San-Thomé. Rien de nouveau au
sujet du serment de fidélité.
Lisbonne, 24 mai 1687.
Fo 69. — Le P. Paolo da Varazze a reçu les instructions de la Propagande, au sujet du serment imposé aux missionnaires. Il s’'empressera
de s’y conformer.
Lisbonne, 22 juin 1687.
Fos 70-72. — Le P. Paolo Francesco dal Porto-Mauritio transmet à la Propagande une lettre du P. Francesco da Monteleone, dans laquelle
celui-ci manifeste son découragement. Des scènes peu édifiantes se sont passées à San-Thomé : danses indécentes et orgies entre créoles. Le P. da Monteleone a voulu s’interposer et a fait jeter en prison un nègre délinquant. Celui-ci s’est adressé au Chapitre de San-Thomé, qui n’a pas soutenu le missionnaire capucin et lui a même demandé de quel droit il avait emprisonné ce nègre. Le Chapitre est gouverné par le Vicaire général Diego Nunes, personnellement opposé au P. da Monteleone. Celui-ci se déclare découragé. Ayant appris qu’une nouvelle mission serait créée au Brésil, il demande à être envoyé immédiatement à Bahia, pour y fonder un couvent de Capucins. |
[La lettre est sans date, mais le transmis du P. dal Porto-Mauritio est du 22 août 1687.]
Fo 73. — Lettre du P. Paolo da Varazze au sujet du serment de fidélité et de ses difficultés avec les Pères français. Sa démission n’est pas . acceptée. Il n’y aura pas de changements à Lisbonne.
Lisbonne, 13 octobre 1687.
Fo 74. — Le Nonce apostolique transmet à la Propagande une pétition des habitants de San-Thomé demandant de nouveaux missionnaires Capucins.
Lisbonne, 13 octobre 1687.
Fo 75. — Requête susdite, signée par cinq personnes, résidant à San-Thomé et datée du 26 mai 1687.
Fos 76-78. — Requête des prêtres séculiers de Loanda, adressée au Nonce apostolique de Portugal. Les requérants louent les vertus et le zèle évangélique du P. Giuseppe-Maria da Busseto, vice-préfet des Missions d’Angola. Ils racontent qu'il a pu pacifier le Sogno, dont le prince demande maintenant la paix avec le Portugal. Ils détaillent les services qu'il a rendus dans les prédications, dans l’administration des sacrements, etc., et supplient le Nonce d'intervenir auprès de la Propagande qui l’a désigné pour l’île de Saint-Thomas, et de le laisser à Loanda, où il est indispensable.
Loanda, 17 octobre 1687.
[La requête est en portugais. Une traduction italienne l’accompagne. Elle est signée des noms suivants : Estevâo Gomez, Joâo Alvarez Fontes, Manoel Antonio, Lourenço de Sequeira, Manoel Rebello, Pedro de Matos, Damias Cordeyro, Antonio de Gouvea de Almeida, Manoel Dias de Navaio, Lopez Guintella, Antonio Pereira Portalegre, Lourenço Bauptista, Vicente Luis de Maura, Francisco de Fonza, Joseph de Gouvea de Almeïda, Joâo Cardoso, Francisco da Costa Finoco, Manoel de Fonsa Sequeira, Joseph
ARCHIVES CONGOLAISES I19
Simeas Ciabra, Joseph George de Fonza. La requête est revêtue du contreseing du notaire apostolique, Antonio Teixeira de Mondonça.]
Fos 79-82. — Nouvelle requête de membres du Chapitre de Loanda, se plaignant des incursions du gouverneur, Luigi-Lope da Silva, sur le terrain de l’immunité excclésiastique et suppliant le Nonce de maintenir à Loanda le vice-préfet Giovanni-Maria da Busseto.
Loanda, 26 octobre 1687.
[Original en portugais, signé de cinq membres du chapitre : Joâo de Go-
mea (?) Soarez, Fernando de Amara, illisible, ...de Souza, … Davide, et Pedro Fernando Gamo, vicaire général du Chapitre. Traduction italienne.)
Fo 83. —- Lettre du P. Tommaso da Sestola, annonçant son arrivée
à Loanda, après un naufrage qui, heureusement, n’a pas eu de suites graves. Il n’a plus trouvé que trois missions établies en dehors de Loanda, | une avec quatre missionnaires, les trois autres avec un seul. Un des quatre missionnaires partis avant lui était malade et deux des nouveaux venus ont immédiatement été repis de fièvre : ce sont les PP. Giovacchino da Fiorenza, Zaccharia da Milano et Paolo da Monte Longo. Le vicepréfet, P. Giovanni-Maria da Busseto, paraissait irrité contre le gouverneur et se disposait à écrire à la Propagande. De son côté, le gouverneur s’est montré enchanté de la nomination du nouveau préfet, auquel il a rendu visite en son couvent. Il a fait excellente impression et a promis au préfet tout son appui. Le vice-préfet s’embarquera le 20 octobre pour San-Thomé.
Loanda, 26 octobre 1687.
[Suivant E. G. Ravenstein, Luiz Lobo da Silva, fut gouverneur d’Angola du 12 septembre 1684 au 3 septembre 1688. Le P. da Sestola, qui n’oubliait jamais ses principes politiques, paraît disposé à gagner les bonnes grâces du gouverneur et se montre assez sceptique au sujet des griefs invoqués par le P. da Busseto contre lui.]
Fos 84-85. — Nouvelle requête du Chapitre d’Angola au sujet du départ du P. da Busseto. La mission de Songo risque, par son départ, de retourner à l’idolâtrie. Le P. da Busseto a demandé au Père Préfet (Tommaso da Sestola) de ne pas effectuer le voyage à San-Thomé. Mais celui-ci s’est montré inflexible. Le Chapitre supplie derechef le Nonce d'intervenir et d'obtenir le retour à Loanda du P. da Busseto.
î Loanda, 26 octobre 1687.
[La requête est signée des mêmes personnages que le f° 79-82.] Fos 86-87. — Troisième requête au sujet du départ du P. da Busseto.
I1 y est insinué que ce départ est dû, croit-on, à certaines menées ou intrigues à la Cour de Portugal. Les requérants démentent ces bruits et
rappellent à nouveau leur désir de conserver à Loanda le missionnaire démis.
Loanda, 27 octobre 1687.
[Original en portugais, signé par Fra Manoel das Chazas, Francesco da Natividade, … Antonio de Sonyo (?), … patrisio da Comcisad (?), Antonio do Sacramento. — Traduction italienne. Le P. da Busseto, qui est l’inspirateur avéré de toutes ces réclamations, insinue donc que son départ serait dû à une dénonciation calomnieuse du gouverneur d’Angola à la Cour de Lisbonne.]
Fo 88. — Le Nonce apostolique, archevêque de Rhodes, transmet à la Propagande toutes les requêtes ci-dessus analysées [f05 76-78, 84-85, 86-87], arrivées avec les navires du Brésil, et envoie, en même temps, copie d’une lettre de Michel-Angelo da Rivoli, annonçant sa réception à San-Thomé.
Lisbonne, 24 novembre 1687.
[Cette lettre du P. da Rivoli, dont la première partie se trouve au {0 91, est la copie de la missive analysée au f° 63 et datée du 27 avril 1687.]
Fo go. — Lettre du Nonce expliquant son retard dans l'exécution des instructions données par la Propagande au sujet du serment de fidélité.
Lisbonne, 20 novembre 1687.
Fos 92-03: — Lettre de Manuel de Saa, prêtre séculier portugais, venu de Loanda, et demandant à la Propagande l'autorisation d’être envoyé au royaume du Congo qui compte quatre duchés, sept marquisats et huit comtés et qui est abandonné. Il demande en même temps le titre de Protonotaire apostolique du Congo et d’Angola. Il estime que l'évêque d’Angola devrait aussi porter le titre d’évêque du Congo et s'occuper des affaires de ce royaume. |
Lisbonne, 10 novembre 1687.
F0 94. — Même sujet.
F8 05-103. — Relation sur la situation du Congo présentée par Manuel de Saa.
Le royaume du Congo fut un des premiers à embrasser la foi chrétienne. Pour les cérémonies du culte, furent édifiés une cathédrale et diverses églises. Religieux et chanoines habitèrent dans des couvents, des écoles furent créées, des maîtres donnèrent l’enseignément aux indigènes.
La situation et le climat du pays sont très salubres. Les vivres sont abondants. Le Roi n’a jamais refusé de payer la dîime à l'évêque et au Chapitre, quand ils résidaient à San-Salvador, ni au Roi et à ses officiers.
Le roi Don Antonio fut massacré il y a seize ans dans une guerre contre les Portugais 1. Une compétition éclata entre ses parents pour la succession. Une guerre civile acharnée anéantit la capitale; les édifices furent brûlés. Il ne resta plus que des murailles calcinées. Les deux ou trois chanoines qui y résidaient encore, s’enfuirent et s’établirent, non loin de Loanda, sur les bords du fleuve Ambris. Il n’en reste actuellement qu'un seul, nommé Michele de Crasto.
Quelques chanoines à Loanda désiraient prendre possession, sans résidence, des canonicats devenus vacants. L’évêque d’Angola, Fra Antonio dello Spirito Santo, Carme déchaussé, les aurait autorisés à résider à Loanda, mais sa mort l’empêcha de donner suite à son dessein. Une censure de Michele de Crasto obligea les chanoines de San-Salvador à résider au Congo et, grâce à l’appui du bras séculier, ils furent exilés de Loanda.
Le nouvel évêque, Fra Emmanuele della Nativita cessa de plus en plus de s'occuper du Congo, n’y envoya jamais de visiteur apostolique, transporta à Loanda le siége de l'évêché et refusa même de pourvoir à la collation d’un canonicat, de peur que le Chapitre ne l’obligeât à résider au Congo.
Les Capucins de Loanda, bien qu’animés des meilleures intentions, ne réussirent pas à modifier cet état de choses; la maladie faucha leurs rangs et leur barra la route du Congo; en outre, ils n’osèrent point intervenir auprès de l’évêque qu'ils devinaient mal disposé pour le Congo. Il en résulte que le Congo est actuellement privé des secours ecclésiastiques. L’an dernier, [1684] il a reçu la visite du chanoine précité et d’un vieux capucin nommé Fra Filippo. En vain, ce chanoine a-t-il demandé quelques prêtres pour assurer l'administration des sacrements, au moins aux infirmes, l'Évêque ne lui a rien accordé. Michel de Crasto est mort dans le courant de l’année 1685. L'Évêque s’est empressé de le remplacer par un autre chanoïne qu’il a nommé vicaire-général [à San-Salvador]. C'est tout. Or, il faudrait au Congo soixante prêtres au moins.
La conclusion de tout cet exposé est évidente : l’évêque du Congo et de l’Angola, n’est en réalité que l’évêque de l’Angola. Le siége épiscopal du Congo est vacant et il y aurait lieu de le pourvoir d’un titulaire.
[Suit] la copie d’une lettre requête adressée au nom de D. Jurdaë, duc de Bamba, à l'évêque d’Angola, Joûo-Francisco de Olivera, par Manoel de Saa, prêtre d’Angola.
Le chef indigène prie l’évêque d'intervenir pour mettre un terme à l'anarchie au Congo et contribuer à l’élection d’un Roi, digne de ce nom. De cette façon, on pourra, sans s’exposer à des déboires, réinstaurer
1. Don Antonio I fut tué le 1er janvièr 1666, à Ulanga, dans une bataille contre les Portugais commandés par Luiz Lopez de Sequeira.
la foi chrétienne au Congo. On devrait offrir au Roi une couronne d’argent, comme on procéda à l'égard de ses prédécesseurs. | Lisbonne, 2 novembre 1687.
Manuel de Sao annonce que Don Jurdaô demeure à Lisbonne pour essayer d'intéresser la Cour à l’idée de créer un Roi au Congo. Lisbonne, 9 novembre 1687.
[L’original est en portugais. Nousen publierons la traduction italienne, plus lisible. Nous assistons à un nouvel essai de reprendre pied dans le Congo proprement dit. L’inspirateur de ce curieux projet est, sans conteste, le P. Tomaso da Sestola qui, poursuivant ses desseins avec une habileté tenace, essaie d’intéresser à sa cause le clergé régulier d’Angola qui, autrefois, vivait en conflit perpétuel avec les missionnaires capucins. Il a conçu l’idée : 1° d’envoyer en mission le clergé indigène; 2° de faire intervenir la Cour de Portugal pour mettre fin à l’anarchie congolaise; 3° de faire élire un Roi, tout dévoué aux intérêts portugais et protecteur attitré de la religion catholique.
Pour cela, il envoie à Lisbonne un prêtre indigène, accompagné d’un chef puissant qui, pense-t-il, fera bonne impression et jouira d’une haute influence à la Cour. Il est à remarquer que la relation paraît, au moins en certaines de ses parties, antérieure à l’année 1687 (date de la bataille d'Ulanga, date du second départ de Michele de Crasto pour San-Salvador.) Elle porte le caractère d’une compilation plus ou moins bien agencée].
F9 104. — Le P. Eugenio da Genova demande à se rendre en mission au Congo. Lovano, 12 novembre 1687.
F9 105. — Lettre du Nonce. Le P. Paolo da Varazze, procureur des
Missions, a demandé au Nonce des missionnaires capucins en plus grand nombre pour l’évangélisation de l’île San-Thomé, si les difficultés relatives au serment de fidélité imposé aux missionnaires étaient aplanies. Par prudence, le Nonce s’est abstenu jusque maintenant d'intervenir directement à la Cour. Lisbonne, 24 novembre 1687.
F0 106. — Lettre éplorée de Fra Francesco de Monteleone, demandant toujours des missionnaires pour San-Thomé, l'Ile du Prince, Annobon, Ouvere. Seul, le Père Michel-Angelo de Rivoli est récemment arrivé. Les succès sont encourageants, mais la vigne du Seigneur manque d'ouvriers. Annobon compte environ 1.000 habitants sans pasteur. À San-
.Thomé, il faudrait au moins six missionnaires nouveaux. San-Thomé, 25 novembre 1687.
P.S. Les lettres destinées à San-Thomé devraient ,pour plus de sûreté, être expédiées par la voie d'Amsterdam [écrit Astardaham] à Loanda et par l'intermédiaire du sieur Geronimo Nunes. Les missionnaires destinés à San-Thomé doivent être, de préférence, choisis en Sicile, Sardaigne et Corse.
F0 107. — Lettre du Nonce. Fra Paolo da Varazze lui avait assuré
récemment que les difficultés suscitées par la Cour de Portugal, au sujet du serment exigé des missionnaires qui se rendent à San-Thomé, étaient levées. Or, il n’en est rien; la question est derechef à l’ordre du jour. Il croit bien faire, en priant la Propagande d’agir avec prudence et de ne pas envoyer maintenant de missionnaires en grand nombre pour cette mission. Lisbonne, 1°’ décembre 1687.
FoS 108-109. — Lettre des missionnaires, Basilio da Varese et Antonio da Cremona. Au moment de s’embarquer à Lisbonne à destination de San-Thomé, ils ont appris que la Cour de Portugal exigerait le serment de fidélité au Roi. Ils ont essayé vainement de se soustraire à cette formalité. On leur à répondu qu’ils pouvaient tourner la difficulté en se déclarant envoyés du Roi de Portugal, mais non mandés par la Propagande. Ils ont refusé net. Ils songent maintenant à atteindre San- Thomé par la voie de l’Angleterre, car beaucoup de vaisseaux anglais croisent dans le golfe du Bénin. Mais ils n’employeraient pas ce moyen sans scrupules. Ils en écrivent à la Propagande et s’en remettent à la sagesse de ses décisions. Lisbonne, 1er octobre 1687.
F0 110. — Lettre de Fra Paolo da Varazze, procureur des Missions, à Lisbonne. Le Roi, dans une audience privée, a repris la thèse bien connue des souverains portugais au sujet du serment de fidélité imposé aux
missionnaires. Il ne peut autoriser leur départ pour San-Thomé que s'ils
se soumettent à cette formalité, ou bien s’ils se déclarent indépendants de la Propagande et reconnaissent uniquement la juridiction royale. Le Procureur a répondu qu’en matière si grave, il devait demander conseil à la Propagande. Une seconde audience, où le P. da Varazze apportait de nouvelles propositions, n’a pas eu plus de résultat. Le Roi a manifesté toute la bienveillance qu’il portait aux capucins d’Italie, leur a promis de les rapatrier à ses frais exclusifs, mais s’est montré intransigeant sur la question du serment. Le P. da Varazze le soupçonne fort de subir l'influence de ses ministres.
Lisbonne, 8 décembre 1687.
Fo 111. — Lettre du même au même sujet.
Le Roi a fait appeler quatre des principaux lecteurs de l’Université de Coïmbre et les a consultés sur la question. Ceux-ci ont répondu qu’en vertu d'accords anciens passés entre la Cour de Portugal et le Saint-Siége, le Roi de Portugal avait le droit d'envoyer des missionnaires dans toutes les contrées dépendant de sa couronne. Et, à cette fin, ils ont désigné un résident officiel à Rome, Giuseppe da Silva, autrefois secrétaire d’ambassade dans la Ville Eternelle. Ce personnage sera chargé de traiter directement avec le Vatican les questions régaliennes. Les Pères Capucins
français de Lisbonne, craignant d’être privés de leurs missions du Brésil, se soumettront probablement aux exigences de la Cour. Ils ont tres à Paris l'autorisation de prêter le serment obligatoire.
Le P. da Varazze appréhende beaucoup les résultats du conflit pour les missions d'Angola. Il faudrait prévoir le moment où les Capucins, forcés d'abandonner leurs postes en Angola, devraient se retirer en Sogno et dans le Congo. Lisbonne, 30 décembre 1687.
Fos 112-114. — Lettre de Fra Tommaso da Sestola, préfet des missions d’'Angola. (Original en portugais, traduction italienne.)
Le P. da Sestola, arrivé à Loanda après six mois de navigation dangereuse, est parvenu à mettre fin au conflit qui divisait le vice-préfet, Giuseppe-Maria da Busseto, et le Gouverneur d’Angola, et s’est trouvé lui-même aux prises avec le Chapitre de Loanda. Ce Chapitre ayant offensé le Gouverneur en omettant son nom dans une liste de collectes, celui-ci refusa de leur payer la part des revenus royaux qu'il recevait habituellement. Le P. da Sestola, ayant critiqué le caprice du Chapitre et pris le parti du Gouverneur, vit le Chapitre interdire aux prêtres de Loanda de chanter la sainte messe dans l’église des Capucins. Les choses en sont là. Récriminations du P. da Sestola.
Loanda, 25 janvier 1688.
F0S 115-116. — Lettre collective des résidents portugais de Loanda demandant que le P. Giuseppe-Maria da Busseto revienne à Loanda. Il était vice-préfet de l’ Angola quand il a été envoyé au Sogno où il s’est dépensé pour le bien des âmes et la lutte contre les hérétiques. De là, il a été expédié à San-Thomé. Les auteurs de la lettre supplient la Propagande de le renvoyer à Loanda, quand il aura accompli son terme de mission à San-Thomé. Loanda, 27 janvier 1688.
[La lettre est signée par 27 résidents.]
F0S 117-118. — Lettre du Nonce à la Propagande. Il s’est empressé de faire parvenir dans l’Angola, au Cap Vert et à San-Thomé, la copie de la lettre de la Propagande enjoignant, en 1686, aux évêques de mettre fin aux abus constatés dans les ordinations ecclésiastiques (ordinations de bâtards ou de mulâtres).
Il indague au sujet des affaires suivantes :
19 Dispense accordée par les Pères Jésuites de Loanda à un des notables de cette ville qui sollicitait l'autorisation d’épouser la fille de son frère.
29 Licence accordée à un prêtre du Chapitre de célébrer la messe pendant une vacance du siége épiscopal sans autorisation de l'ordinaire.
3° Emprisonnement d’un prêtre pour dettes (arrestation ordonnée par le Vicaire-Général).
4° Défense portée par le Vicaire-Général aux prêtres de Loanda d’assister, sous peine d'amende, aux sermons d'un Carme déchaussé, le P. Giovanni della Croce. Ces renseignements proviennent du P. Giuseppe- Maria da Busseto. Lisbonne, 2 février 1688.
Fo 119. — Lettre du P. da Varazze. Le supérieur du couvent des Capucins lui a communiqué une lettre ouverte de la Propagande, en laquelle celle-ci déclare que le P. da Varazze ne peut s'occuper que des Capucins italiens et des missions alimentées par eux. Il acquiesce de bonne grâce. |
Le Procureur de la Cour renverra en Italie Fra Marco di Serravale, auquel son état de santé ne permet pas d'affronter les climats tropicaux.
La question du serment de fidélité à imposer aux missionnaires est toujours en suspens. Lisbonne, 3 février 1688.
F08 120-121. — Lettres de Fra Francesco del Porto-Mauritio, relatives à l’embarquement à Gênes des provisions nécessaires au P. Pietro- Maria da Polcevera. Gênes, 21 février et 13 mars 1688.
FOS 122-123. — Lettre confidentielle de Fra Zaccaria da Milano aux cardinaux de la Propagande. Il s'excuse d'intervenir personnelle- ment à Rome et d’exposer ses griefs contre le Préfet de la mission [Tommaso da Sestola]. Mais il se considère comme obligé devant Dieu de dévoiler les erreurs du Préfet, son tempérament trop autoritaire, peu enclin aux raisonnements et mal disposé envers ceux qui lui conseillent la prudence, On n’ignore pas, dit le P. da Milano, que le climat de l’Angola et du Congo n'est rien moins que sain, qu'il faut prendre certaines précautions avant de l’affronter, qu’il ne faut voyager qu'à certaines époques (saison sèche, juillet-août), etc. Or, il a envoyé, en plein mois de janvier, le P. Leopoldo da Milano, homme savant, sage, de vie exemplaire, actif et zélé, dans un poste de mission situé à 28 milles environ de Loanda, malgré les avertissements répétés. Le résultat ne s’est pas fait attendre : 23 jours après, le P. da Milano était pris de fièvre et forcé de rebrousser chemin vers la côte; son état empira et le 23 février, il rendait son âme à Dieu. Loanda, 26 mars 1688.
[Nous savons que Tommaso da Sestola se proposait, non seulement d’évangéliser la côte, mais de pénétrer à l’intérieur des terres. Seulement, la nature du climat exigeait des précautions élémentaires d'hygiène que les missionnaires ignoraient ou n’observaient pas toujours. C’est une des grandes causes de l’insuccès de ces missions.]
Fos 125-126. — Lettres de Fra Francesco del Porto-Mauritio. Gênes, 23 avril 1688 et Savona, 23 mai 1686.
[Cette dernière paraît s'être égarée dans les dossiers de l’année 1688.]
Fos 127-128. — Lettre de Ferdinando Alvares de Torres au P. Francesco da Monteleone et lettre de Monteleone à la Propagande, au sujet d'une compétition qui s’est élevée entre lui, préfet de San-Thomé, et le P. Giuseppe-Maria da Busseto, vice-préfet, retiré de Loanda et envoyé à San-Thomé.
[La première lettre est datée de Bahia, 10 juin 1688; la seconde ne porte pas de date.]
FO 129. — Lettre de Fra Paolo da Varazze. Il reconnaît les efforts louables de la Congrégation de la Propagande, pour aboutir à une entente avec la Couronne de Portugal au sujet du serment de fidélité imposé aux missionnaires, mais il note que les résultats ne sont pas encore appréciables. Tous les ministres sont décidés à maintenir le point de vue du Roi et à remettre en vigueur le droit de présentation des titulaires ecclésiastiques dans les Indes et ailleurs. Une quantité de missionnaires nationaux s’embarquent pour toutes les possessions portugaises.
FO® 130-131. — Fra Francesco da Monteleone envoie à la Propagande une relation sur son activité apostolique à San-Thomé. Il raconte d’abord son voyage d'Europe en Guinée. Il s’est embarqué à Villefranche à destination de Lisbonne, puis a continué de Lisbonne vers le Brésil, où, en attendant l’occasion de gagner l’Angola, il a fait des sermons très remarqués. Il ne racontera pas en détail les tribulations endurées pendant la traversée. Saisi par le mal de mer, il fut accablé de vomissements, cessa de manger pendant des jours entiers, se vit, à certains moments, aux portes du tombeau. Une nuit, un Père Capucin lui apparut en songe et le consola.. Le lendemain, ses douleurs se calmèrent, 1l put célébrer le Saint Sacrifice et prêcher les marins à diverses reprises.
Arrivé dans l’Angola, il fut expédié à la mission du Bengo, où il fut pris de la fièvre. À peine remis, il y organise les prédications de Carême; le troisième jour après Pâques, il s'enfonce résolûment dans la brousse jusqu’à 35 milles de Bengo, parcourant les villages et y prêchant sans trève ni repos. Les indigènes de ces régions sont chrétiens de nom, mais, en fait, ils sacrifient au démon, par des pratiques de sorcellerie et de magie. [1 a surpris, un jour, les indigènes participant à l’incantation démoniaque sous la direction du zinganga [N’ganga]. Ils se sont enfuis à son approche. Le P. da Monteleone a recueilli, dans la case abandonnée, un petit couteau et d’autres instruments magiques. Avant de quitter le pays, il fit brûler deux huttes remplies de fétiches Quitèche et arrêter le principal sorcier de l'endroit appelé Quitome ou Bambazumba. Ce sorcier était en relations, non seulement avec le démon, mais même commandait aux tigres, aux lions, aux crocodiles qu’il assemblait où et quand
il voulait. Les indigènes recouraient à lui dans toutes leurs nécessités : maladie, sécheresse de la terre, incantations pratiquées sur des femmes en mal d'enfants. Ils lui offraient les prémices de leurs récoltes, de leurs fruits, de leurs légumes. Les femmes lui portaient leurs nouveaux-nés, ce qui ne les empêchait pas de les faire baptiser quand elles rencontraient, par hasard, un prêtre catholique.
Le sorcier en question pratiquait avec un art consommé le « jugement » par le poison ou le fer incandescent. Il avoua, non sans indifférence, avoir envoyé de cette façon plus de deux cents nègres dans l’autre monde. Le P. da Monteleone lui demanda s’il s'était jamais confessé. Il répondit qu’il n'avait pas besoin de se confesser, puisqu'il ne péchait jamais. Il fut envoyé en exil à San-Thomé, après que les ee eurent tenté vainement de le faire relâcher.
Retourné à Loanda, le P. da Monteleone fut de nouveau saisi par la fièvre et réduit à toute extrémité. Mais il guérit « après avoir pris deux purgatifs et s'être fait tirer du sang une douzaine de fois! »
Il fut envoyé ensuite à San-Thomé, où il trouva une « Babylone troublée ». Les indigènes se livraient à des danses effrénées et immorales, à des mascarades folles, où toutes les turpitudes étaient permises. Ils se moquaient des missionnaires, de leurs remontrances et de leurs prédications, les accusaient et les calomniaient pour se débarrasser d’eux. Mais le P. da Monteleone sut les mettre à la raison.
Il a interdit ces danses accompagnées de « guitare » et défendit aux ecclésiastiques de prendre part à ces réjouissances d’un goût douteux. Il a ordonné aux indigènes de faire porter leurs femmes en litière pour entendre la messe. Il a mis fin à tous les abus signalés. Un jour, il a pénétré dans une case où l’on jouait de la « marimba », a pris en flagrant délit deux clercs (revêtus des ordres mineurs) qui, honteux, se sont enfuis sans l'attendre, alors qu’il n’avait pas interdit la musique pendant le jour.
Tout marche donc à souhait. Mais, pour permettre à la mission de se développer et de s'étendre sur la côte de Guinée, il fallait qu’elle fût séparée de l’Angola. C’est ce que le P. da Monteleone réussit à obtenir. H devint préfet de San-Thomé et des régions avoisinant le golfe de Guinée. Il a bâti à San-Thomé un couvent qui peut contenir une douzaine de religieux au moins. Il a fait édifier une église dédiée à Saint Antoine. Il dispose d’un potager considérable, où il amène l’eau par irrigation. Il n'attend plus maintenant que les missionnaires qu’on doit lui envoyer de Rome.
Le climat de San-Thomé n’est point dangereux. La chaleur tropicale y est tempérée par des pluies régulières et les brises maritimes. Les chaleurs les plus étouftantes règnent en décembre, janvier et février. Les indigènes font deux récoltes annuelles. Les principales cultures sont : la malaguette (meliga ?}), le manioc, la banane, différents fruits (melons,
concombres, etc.), la canne à sucre qu'ils ont en abondance. Ils se nourrissent également des produits de la pêche et de la chasse.
Le principal remède contre les maladies consiste à se « tirer du sang ». La fréquence de l'opération, contrairement à ce qui se passe en Italie, ne nuit aucunement à la santé du malade. C’est ainsi que le P. Michel- Angelo da Rivoli, compagnon du P. da Monteleone, a recouru à ce remède plus de trente-cinq fois par an. San-Thomé, 8 juillet 1688.
[Cette curieuse relation résume des notices ou des lettres analysées plus haut.]
F0 132. — Lettre [incomplète] de Fra Paolo da Varazze. Des conférences qu’il a eues avec Rocco Montero, il résulte que les négociations au sujet du serment imposé aux missionnaires n’aboutiront probablement pas cette année. Montero insinuait qu'une lettre personnelle de Sa Sainteté au Roi de Portugal aplanirait les difficultés et obtiendrait peut-être le départ immédiat des missionnaires retenus à Lisbonne.
F0 133. — Lettre des notables de San-Thomé, réclamant des missionnaires pour aider dans leur ministère les PP. Francesco da Monteleone et Michel-Angelo da Rivoli. San-Thomé, 11 août 1688.
F0 134. — Lettre du même genre.
San-Thomé, 12 août 1688.
F0 135. — Le P. Paolo da Varazze a, sur les ordres de la Propagande, entretenu Rocco Montero, secrétaire particulier du Roi, sur la question de savoir si, oui ou non, les missionnaires, bloqués à Lisbonne, pourraient continuer leur voyage. Montero a suggéré un moyen terme : si la Propagande veut s'engager à ne pas demander le serment de fidélité des missionnaires envoyés par elle dans les pays de conquête portugaise, le Roide son côté, suspendra l'exécution de la formalité qu’il exigeait. De cette façon, les missionnaires pourront rejoindre leur poste.
Quatre missionnaires viennent de rentrer d’Angola avec la flotte du Brésil. Ce sont : les PP. Giuseppe-Maria da Busseto, Giovanni da Belluno, Gioachino da Firenza et Basilio da Palermo. Tous sont malades. Trois d’entre eux sont infirmes. Lisbonne, 22 novembre 1688.
F0S 136-137. — Lettre du Nonce à la Propagande. Il fait savoir que quatre missionnaires viennent de rentrer d’Angola. Les noms figurent dans une annexe avec les motifs indiqués.
En ce qui concerne le P. Giuseppe-Maria da Busseto, il transmet à la Propagande les nombreuses lettres, pleines d’éloges à son sujet, qui lui parviennent régulièrement de l’Angola. Mais des conversations particulières avec ce religieux l'inclinent à croire qu’il n’est point favorable
à la mission de San-Thomé. La concorde la plus absolue ne règne pas toujours entre confrères, ce qui n’est pas de nature à rehausser le prestige des missions et à contribuer aux progrès de l’apostolat.
Le Nonce espérait que la vue de ces malheureux estropiés ferait sur le Roi une impression telle qu’il renoncerait de lui-même à tracasser les missionnaires au sujet du serment de fidélité. Mais le résultat a trompé son attente. Le Roi s'est contenté de répondre que Dieu récompenserait les missionnaires de leur dévouement et de leur esprit de sacrifice.
Ces missionnaires estiment aussi que, si le serment est maintenu, leurs collègues d’Angola devront se retirer au Congo ou au Sogno et abandonner simplement et purement leurs missions.
Le P.Tommaso {da Sestola], préfet de Congo et Angola, ne fait aucune allusion à la situation délicate créée aux missionnaires par la fantaisie du Roi. Il se borne à réclamer de nouveaux pionniers.
I] se plaint aussi amèrement de la perte de la farine et du vin envoyés par la Propagande aux missions d’Angola. La cargaison a chaviré dans la mer au moment d'entrer dans le port de Loanda.
Enfin, il fait un long récit du conflit survenu entre la mission et le Chapitre de Loanda. |
Le Nonce espère que l’arrivée de l’évêque apaisera ce malentendu. Il lui a recommandé vivement la sagesse, le calme et la concorde au milieu de ces incidents irritants.
Lisbonne, 6 décembre 1688.
Annexe contenant les noms des missionnaires rentrés par la flotte du Brésil de la fin novembre 1688.
a) le P. Basilio da Palerma, infirme et incapable de remplir ses fonctions ;
b) le P. Gioachino da Fiorenza ,estropié et complètement paralytique ;
c) et le P. Giuseppe-Maria da Busseto, vice-préfet des missions d’Angola et Congo. Il prétend qu’une erreur de plume, dans un décret récent de la Congrégation, l’a désigné comme vice-préfet de San-Thomé. Il est revenu à Lisbonne attendre les ordres de la Propagande;
d) le P. Giovanni da Belluno, qui a accompli son terme de mission et qui a les mains paralysées;
e) Le P. Clemente da Pavia qui avait quitté Loanda en sa compagnie. Il est mort à Bahia.
Il y a encore dans l’Angola, avec le P. Tommaso da Sestola, sept prêtres et trois frères lais. En plus, trois missionnaires prêtres et un frère lai, qui étaient à Loanda avant l’arrivée du Contingent conduit par le P. da Sestola. Mais, le frère lai et un des trois prêtres vont bientôt reprendre le chemin de l’Europe, leur terme de mission étant fini.
[C£. fos 112-14 et 127-28 au sujet du contenu de cette intéressante missive.]
F9 139. — Lettre de Fra Paolo da Varazze à la Propagande, au sujet du serment de fidélité Deux Carmes déchaussés, le P. Alessio dell’ Assuntione et Dionisio daS. Pietro ont prêté ce serment. Ils n’attendaiïent plus que le navire pour le Brésil, lorsque le P. Alessio est mort à Porto. De connivence avec le Nonce, le P. da Varazze à réussi à obtenir une audience royale aux quatre missionnaires rentrés récemment d’Angola. Il espérait que le spectacle de tant de misères adoucirait le cœur du Roi et retarderait au moins l'exécution des projets en question. Il n’enest rien Le Roi persévère dans ses desseins et l’on se demande s’il autorisera même la suspension de la formalité en faveur des missionnaires actuellement retenus à Lisbonne. Le P. da Varazze a de fréquents entretiens avec le secrétaire particulier Rocco Montero. Mais, ignorant quelle ligne de conduite il doit suivre, il hésite et tâtonne dans ses réponses. Il demande instamment à la Propagande de se décider et de lui indiquer l'attitude à prendre. Le Roi parait décidé à exiger le retour d’ Angola des missionnaires qui se refuseraient à prêter le serment.
C’est là un nouveau problème à résoudre. Le cas échéant, les missionnaires devront-ils rentrer en Europe ou se réfugier au Congo? Ceux de San-Thomé pourront-ils gagner la côte ‘de Guinée, Arda et Bénin, s'ils sont forcés de quitter leur poste? Lisbonne, 6 décembre 1688.
F° 140. — Lettre de Fra Giuseppe-Maria da Busseto à la Propagande.
A peine arrivé à Loanda, le P. Tommaso da Sestola félicita le P. Giuseppe-Maria au nom de la Propagande des résultats obtenus au point de vue de l’évangélisation. Un peu après, 1l lui remit un décret de la Propagande et une lettre du Procureur de Cour des Capucins qui lui enjoignait de quitter Loanda et de se rendre à San-Thomé en qualité de Vice-Préfet et avec la perspective de succéder au préfet (Francesco da Monteleone), si celui-ci venait à mourir.
Le P. Giuseppe-Maria ne s'explique pas ce revirement soudain. Il est prêt à obéir partout et toujours aux ordres de ses supérieurs hiérarchiques, mais il fait observer respectueusement qu'il est âgé de 52 ans et qu'il a passé 22 ans aux missions pénibles d'Afrique. [Il a contribué plus que tout autre à la conclusion de la paix entre le chef du Sogno et la cour de Portugal et cherché à mettre un terme aux guerres civiles qui désolent le Congo. Lisbonne, 6 décembre 1688.
F9 r41. — Lettre de Fra-Giuseppe-Maria da Busseto à l’un des cardinaux de la Congrégation.
Il raconte l’entrevue entre les quatre missionnaires rentrants d’Angola (dont deux sont paralytiques à telle enseigne que l’un ne peut plus porter les aliments à sa bouche) avec le Roï du Portugal. On espérait que le spectacle de tant de misères aurait ému le Roi et atténué son intransigeante prétention d'exiger le serment de fidélité des missionnaires par-
tant pour les pays de conquête portugaise. Or, il n’en est rien. Le Roi a reçu les missionnaires avec bienveillance, s’est vivement intéressé à leur sort, mais a déclaré catégoriquement qu'il exigeait le serment. Il estime que ce serment n'infirme aucunement la promesse d’obéissance faite par les missionnaires au Souverain-Pontife et à la Propagande.
Que loin d’y voir des tracasseries suscitées par un pouvoir hostile, la Propagande devrait y voir l’œuvre d’un gouvernement soucieux de ses justes prérogatives, mais animé des meilleures dispositions envers le Pape et l’Église romaine.
Le P. da Busseto prit la parole, comme le plus âgé des missionnaires, au nom de ses collègues. Il fit remarquer à Sa Majesté les infirmités et maladies que les missionnaires rapportaient des contrées tropicales. Le
Roi répondit que Dieu les récompenserait. Le P. da Busseto riposta que Sa Majesté venait elle-même de confesser les bienfaits dont elle était redevable aux missionnaires capucins, qu’elle connaissait de longue date leur dévouement à sa cause et à ses intérêts et que le P. da Busseto ne comprenait donc pas le motif réel des exigences de Sa Majesté. — Eh bien! répliquale Roï, puisque vous m'avez donné tant de preuves de fidé- . lité et que vous m’en promettez de nouvelles, je ne vois pas, de mon côté, ce qui peut vous empêcher de prêter le serment prescrit : ce ne sera que simple formalité. Le P. da Busseto remarqua que, s’il n’était question que de fidélité dans le formulaire !, il ne verrait aucun inconvénient à céder aux exigences du Roi. Maisle Roi reprit aussitôt que la loi était faite pour tous et que le libellé de la formule était unique et ne pouvait subir des modifications. Le P. da Busseto termina l’entretien en insinuant qu’il reconnaissait en ces misères des manigances du démon, exaspéré de voir tant d’âmes arrachées à son empire. Le Roi conseilla aux missionnaires de prier pour que Dieu illumine l’âme du Souverain-Pontife.
Le P. da Busseto estime que, si le Roi persévère dans son intransigeance, il faut consentir à tous les sacrifices plutôt que de délaisser sans retour les missions du Congo, d’Angola et de Sogno qui ont déjà coûté tant d'efforts. À son avis, il faudrait prendre en considération le moyen-terme suggéré par le P. Paolo da Varazze (concessions réciproques). Il revient encore sur son propre Cas : il n’a jamais demandé à se rendre à San-Thomé et il préférerait demeurer dans l’ Angola qui manque de missionnaires.
| Lisbonne, 6 décembre 1688.
F0 142-144. — Lettre portugaise (et traduction italienne) des résidents de Loanda demandant que le P. Giuseppe-Maria da Busseto soit renvoyé aux missions d'Angola. Loanda, 27 janvier 1688.
[Lettre couverte de 31 signatures. Ce procédé évidemment inspiré par le * P. da Busseto lui-même ne lui réussit guère.]
1. Le formulaire a été publié par PAIVA-Manso, op. cit., p. 160.
F0 145-146. — Lettre du P. Michel Angelo da Rivoli, prêtre-capucin de San-Thomé.
L’espérance qu'il avait conçue de voir arriver des collègues à San- Thomé lui a fait différer sans cesse de donner aux cardinaux de la Propagande des nouvelles de la mission. Mais cette espérance s’évanouit. Les missionnaires n'arrivent point et cependant la moisson pourrait être si considérable. Le roi d'Overi (Overe) et son peuple réclament à cor et à cri des prêtres. À San-Thomé, les besoins sont aussi grands. Et pour faire face à toutes les nécessités, il n’y a que deux missionnaires. Le P. Michel Angelo a visité récemment les paroisses avoisinant la ville et distantés d’elle de cinq, six, dix milles et il s’est évertué à remettre la paix entre des familles en discorde. Il y a réussi pleinement. Les inimitiés se sont calmées, les confessions et communions ont été extrêmement nombreuses. Il a pu également extirper certains abus (sorcellerie et fétichisme), obtenir des planteurs que les esclaves ne travaillent pas le dimanche, etc.
Il se propose de continuer ces missions ailleurs.
Quant à l’hospice de San-Thomé, il est apte à contenir de nombreux malades. Ceux-ci ont grande confiance dans les soins des missionnaires. San-Thomé étant une île cosmopolite, le P. Michel Angelo s’est mis à l'étude du français qui, plus que l'italien, lui permettra de mieux servir les étrangers et surtout, de ne point les laisser mourir sans confession. C’est ainsi que tout récemment, un hérétique anglais aborda dans l'île. Le P. Michel Angelo s’efforçait en vain de le convertir. Le P. Francesco y réussit et obtint son abjuration; quelques jours après, l'anglais mourut. Les dimanches et les fêtes, les deux missionnaires se relayant tour à tour enseignent la doctrine chrétienne et font des exercices religieux. Le roi d'Overe a envoyé à San-Thomé trois de ses fils pour y recevoir l’instruction et l'éducation. San-Thomé, 13 janvier 1680.
F0 147. — Lettre de Fra Tommaso da Sestola, préfet d’Angola, donnant la situation de la mission. Le P. Tommaso profite du départ de Loanda de la flotte annuelle — qu'accompagne l’évêque du Congo et d'Angola — pour envoyer à Rome une relation esquissant à grands traits l’état déplorable de la mission et les moyens d’y remédier dans la mesure . du possible. Il n’y a actuellement que trois missions qui soient pourvues de missionnaires : ce sont Sogno, Massangano et Dande. Il ne reste qu’un missionnaire disponible soit pour Bengo, soit pour Caenda. Le P. Tommaso n’a en effet avec lui que neuf missionnaires (7 prêtres et 2 frères lais). Les autres sont rentrés en Europe soit pour motif de santé, soit pour avoir accompli leur terme de mission.
Malgré toute sa bonne volonté, le P. Tommaso se voit dans l’impossibilité absolue de faire face à toutes les nécessités, faute de personnel. Il y a deux moyens qui contribuent efficacement aux progrès des missions :
le nombre et la qualité des missionnaires, le maiïntien de la concorde avec la couronne de Portugal. Or Sogno est la clef du royaume du Congo. Des pourparlers sont ouverts actuellement entre le Sogno et le Portugal, afin d'aboutir à la conclusion d’une paix durable, pour le bien de tous et en particulier, des missions du Congo. Le comte du Sogno a envoyé à Loanda un ambassadeur officieux en compagnie du P. Andrea da Pawvia, supérieur des missions de Sogno. Les conférences ont duré vingt jours mais les résultats des négociations sont encore incertains, parce que l’ambassadeur n’était revêtu d'aucun titre officiel. Il a été reçu par l’évêque et le gouverneur d’Angola avec tous les honneurs dus à son rang. Beaucoup de missionnaires ont travaillé à la conclusion de la paix et parmi eux, le P. Giuseppe-Maria da Busseto s’est distingué tout particulièrement.
Récemment le Gouverneur d’Angola a convoqué les préfets des différentes congrégations religieuses représentées à Loanda et leur a demandé le nombre des postes de mission et des missionnaires en fonction.
I1 les a invités à réclamer à leurs supérieurs d'Europe de nouveaux collaborateurs. Loanda, 12 février 1680.
[Cette intéressante lettre nous montre une fois de plus que le P. da Sestola persévère dans sa politique : union intime et collaboration parallèle entre les pouvoirs civil et ecclésiastique.]
F0 148. — Lettre de Fra Paolo da Varazze.
Nouvelles démarches au sujet du serment imposé aux missionnaires. Deux religieux capucins destinés à San-Thomé sont rentrés en Italie. Le P. da Varazze a vu le vice-roi des Indes, Francesco de Tavora qui paraît se montrer moins intransigeant que par le passé. Il a promis de s’employer à son tour auprès du Roi. Le P. da Varazze a entretenu deux fois Rocco Montero qui assure que les affaires prennent une bonne tournure. Il a même permis au P. da Varazze de demander, cette fois, de nouveaux missionnaires pour l’ Angola et San-Thomé, mais sans engagement pour l'avenir, tout au moins avant que ce litige ne fût définitivement tranché. Le Roi attend à ce sujet les décisions de Sa Sainteté. Le P. da Busseto paraît peu disposé à retourner à San-Thomé. Il préférerait finir ses jours aux missions d’Angola, car il connaît les mœurs, les habitudes et la langue des indigènes de ce pays, et s’est accoutumé à son climat. Que la Propagande veuille bien lui faire savoir ce qu’elle a décidé à son sujet et qu’elle envoie à Lisbonne une douzaine de missionnaires pour l’Angola — le P. da Busseto serait désigné éventuellement comme supérieur pendant le voyage — et quatre ou six pour San-Thomé.
Lisbonne, 8 mars 1680.
F9 140. — Lettre (incomplète) de Fra Giuseppe-Maria da Busseto où il exprime son désir de ne pas retourner à San-Thomé et invoque diverses raisons pour être renvoyé à Loanda.
Fo 151. — Lettre de Fra Tommaso da Sestola à l’un des cardinaux de la Propagande.
Cette nouvelle lettre est envoyée directement de Loanda vers l'Europe tandis que la précédente (f0 147) est partie par la voie du Brésil. Elle donne comme la précédente, un état des missions de l’Angola.
Le défaut de missionnaires a obligé le Préfet à n’occuper effectivement que quatre postes (en dehors de Loanda) Sogno, Dande, Massangano et Caenda. Il y a deux missionnaires dans chaque poste et même les titulaires de Caenda sont retenus à Massangano par les fièvres et dans l'attente du nouveau gouverneur qui pourrait bien leur ordonner de revenir en arrière, s’il s’avisait d'appliquer les instructions relatives au serment. Car des nouvelles en ce sens sont arrivées de Lisbonne et les missionnaires, perplexes, ne s'occupent de leurs fonctions qu'avec une certaine tiédeur bien explicable. Quant au P. Tommaso, il ne croit pas que le gouvernement portugais mettra ses projets à exécution; il trouve que les missionnaires se découragent trop vite et qu’il faut mettre en dernière analyse toute son espérance en Dieu. Il a chargé le P. Giuseppe- Maria da Busseto d’aller voir à Lisbonne comment les choses se passeraient. Îl espère que l’on procédera avec prudence et que tout s’arrangera.
Le P. da Sestola revient sur les tracasseries qui lui sont suscitées par le Chapitre de Loanda et il espère que l’arrivée imminente de l’évêque mettra un terme à ces continuels tiraillements entre le clergé séculier et régulier. Il raconte comment, par esprit de contradiction, les chanoines ordonnèrent aux sacristains de ne pas sonner les cloches de leurs églises à Loanda, à la suite d’une victoire portugaise près de Benguella, parce que les cloches des églises des capucins et autres réguliers sonnaïent à toute volée. Le P. da Sestola a usé à leur égard d’une patience angélique : ils ne veulent admettre aucune discussion, ni aucun raisonnement, cofnmes'ils étaient d’infaillibles docteurs ou les interprètes autorisés de la Prapagande. En réalité, le siège de l’évêché ne devait pas être Loanda, mais bien à San-Salvador. Loanda, 20 août 1688.
F0 153. — Lettre de Fra Paolo da Varazze.
Il a eu une nouvelle entrevue avec Rocco Montero auquel il a annoncé l’arrivée probable d'une douzaine de missionnaires pour l’Angola et de cinq ou six pour San-Thomé; ils seront à Lisbonne au plus tard en septembre ou octobre prochain. Montero a déclaré qu’il n’v voyait aucun inconvénient. Francesco de Tavora a opiné dans le même sens. Il serait donc prudent de prévenir à Gênes le P. Francesco del Porto-Mauritio, pour qu'il prenne les mesures nécessaires à l’embarquement des futurs missionnaires.
Lisbonne, 29 mars 1680.
F0 154. — Lettre de Fra Paolo de Varazze demandant la nomination officielle d’un procureur à Gênes, afin de régler tout ce qui concerne le matériel, l'embarquement des missionnaires pour Lisbonne, le paiement des tickets de passage, etc.; on éviterait ainsi des gaspillages et des pertes. L'année dernière, la Propagande a fait expédier au préfet de San- Thomé des livres et des boîtes d’hosties qui ne lui sont jamais parvenues.
Cette charge devrait être confiée au P. Paolo-Francesco del Porto- Mauritio.
Lisbonne, 16 avril 1680.
F0 155. — Lettre du Nonce relatant une entrevue avec le Roï au sujet du serment de fidélité imposé aux missionnaires. Il s’est efforcé de convaincre S. M. en se tenant sur le terrain indiqué par la Propagande, mais 1l n’a pas réussi et l'entretien s’est terminé sans résultat. Aussi, a-t-1l prié l'archevêque de Braga de lui procurer une réponse catégorique et d'intervenir lui-même, s’il le juge bon. Cette réponse ne lui est pas encore parvenue. Le nonce ne se dissimule pas que le retour en Italie des deux capucins destinés à San-Thomé n’est pas fait pour aplanir les diffcultés. S'il espère pouvoir obtenir le passage de quelques missionnaires en octobre ou en septembre, il croit que les négociations traîneront encore en longueur et n’aboutiront pas immédiatement. Car il n’a pu tirer actuellement du Roï que des protestations obséquieuses de respect et de dévouement à Sa Sainteté, mais le souverain ne veut rien céder tant que la question des évêchés des Indes ne sera pas tranchée.
Lisbonne, 25 avril 1689.
[L'allusion contenue dans le dernier paragraphe de la lettre nous montre que ce conflit se greffait en réalité sur un autre problème : la nomination de titulaires à divers évêchés de l’Inde portugaise. On sait que la cour de Portugal possédait le droit de présentation des candidats; choix à soumettre à la ratification du Souverain-Pontife. Nous ignorons la nature de cet autre conflit. En tout cas, le nonce penche plutôt comme le P. da Varazze, pour une solution définitive qui se baserait sur des concessions mutuelles.]
Fo 157. — Lettre des deux capucins rentrés en Italie, les PP. Basilio da Varese et Antonio Cremonese, qui, non seulement n’ont pas attendu à Gênes des instructions nouvelles, mais se sont dirigés sur Assise et se proposent de venir à Rome sans avoir été mandés. Ils prétendent vouloir renseigner le Procureur Général de l’ordre sur certains incidents qui se sont produits à Gênes. Foligno, 17 mai 1680.
F0 158. — Lettre de Fra Paolo-Francesco del Porto-Mauritio se mettant à la disposition de la Propagande pour remplir les fonctions de procurateur des missions du Congo à Gênes.
Gênes, 20 mai 1680.
F0 159. — Nouvelle lettre de Fra Paolo da Varazze.Le Roi de Portugal désire que, par exception, le nombre des missionnaires soit porté à quarante, qui devraient se trouver à Lisbonne pour mars 1690. Le P. da Varazze a immédiatement fait entrevoir le désarroi qu’allait produire à Rome et à Lisbonne l’adoption d’une pareille mesure : hospice trop petit, difficultés de recrutement, étroitesse des navires. On a répondu que le couvent des PP. français serait mis à la disposition des nouveaux arrivants et qu’au surplus, il convenait d'envoyer aux missions un fort contingent de missionnaires, cette fois-ci, car il pourrait se faire que ces missions soient fermées l’année prochaine aux capucins italiens, si le Pape s’obstinait dans son attitude; des religieux d’autres ordres sollicitent l'honneur de se charger des missions du Portugal et, en effet, ceux-là devront prêter le serment de fidélité. Seuls, les missionnaires italiens ont fait jusqu'ici exception à la règle et cette situation ne peut s’éterniser. Lisbonne, 4 juillet 1680.
[On devine ici une nouvelle manœuvre de la cour portugaise pour agir sur le Saint-Siège]
F0 160. — Lettre de Fra Giuseppe-Maria da Busseto.
La Propagande a l'intention de le rappeler de Lisbonne et de le faire rentrer dans sa province en Italie. Après avoir consulté le Nonce, le vice-roi des Indes, le secrétaire particulier du Roï et divers personnages notables, il croit qu'il serait préférable pour lui de retourner aux missions. Bientôt, dit-il, les difficultés politiques pendantes seront aplanies. Il désirerait que la Propagande prenne à son égard une décision en ce sens.
Lisbonne, 2 juillet 1680.
Fos 161-162. — Lettre du Nonce. Il attire l'attention de la Propagande sur la situation du P. Giuseppe-Maria da Busseto. Il pense que le renvoi de ce religieux aux missions d’Angola et Congo serait une mesure utile. Le P. da Busseto connaît la langue indigène, s’est accommodé au climat tropical, a rendu des services notoires même en matière politique : il a contribué plus que tout autre au rétablissement de la paix entre le chef du Sogno et la couronne de Portugal. D'autre part, le P. da Busseto ne sait trop quels services il pourrait rendre dans sa province, où il ne réside plus depuis nombre d’années. Le nonce croit également qu'il est de son devoir d'engager la Congrégation à envoyer à Lisbonne un nombre suffisant de missionnaires suivant les indications données par S. M. le Roï.Il faut profiter des dispositions exceptionnelles prises par la Cour de Lisbonne pour expédier aux missions du Congo un fort contingent de religieux, car on ne peut pas escompter maintenant la solution des difficultés pendantes entre le Saint-Siège et le Portugal.
Lisbonne, 18 juillet 1680.
[Même avis que le Procureur P. da Varazze. Cf. f9 159.]
F9 163. — Lettre de Fra Giovacchino da Firenze, capucin, rentré du Congo avec le P. Giuseppe-Maria da Busseto. Paralysé des mains et des pieds, il a dû, peu de jours après son arrivée à Loanda et sur l’avis des médecins et du préfet des missions, reprendre le chemin de l’Europe. Il est à Lisbonne où 1l attend un navire pour gagner Gênes. Il est en voie de guérison : il ne ressent plus qu’une certaine faiblesse; les bras et les mains sont encore agités d'un tremblement nerveux. Il attendra à Gênes les instructions de la Propagande, avant de retourner dans sa province.
Lisbonne, 15 août 1680.
F0 164. — Courte lettre du P. Paolo-Francesco del Porto-Mauritio, concernant des détails d'embarquement de plusieurs missionnaires pour Lisbonne (copie des décrets, police du change de l’argent, etc.).
Gênes, 22 décembre 1680.
[Il s’agit de l’embarquement de douze missionnaires. Cf. f° suivant].
Fo 165. — Lettre de Fra Paolo da Varazze. Il vient de recevoir notification de l’arrivée prochaine de douze missionnaires destinés aux missions du Congo. Il trouve ce nombre assez limité. C’est aussi l’avis du nonce et des ministres royaux. Mais il s’en remet aux prudentes décisions de la Congrégation.
. Les PP. Francesco da Pavia et Girolamo da Sorrento viennent de rentrer d’Angola. Il n’y a plus que neuf missionnaires en fonctions. Le - P. da Varazze leur ayant demandé, pourquoi, vu ce nombre restreint de collaborateurs, ils avaient jugé bon de quitter l’Angola, ils répondirent qu'ils avaient accompli leur terme de mission — spécialement le P. Francesco da Pavia qui a neuf ans de séjour ininterrompu — et, en outre, qu'ils n'étaient point satisfaits du gouvernement du préfet Tommaso da Sestola. Celui-ci a même encouru les reproches des séculiers et de la Chambre municipale de Loanda bien disposée cependant envers les missions des Capucins. Le P. da Varazze estime que le P. da Sestola n'est pas apte à gouverner la mission et qu’un nouveau préfet s’impose. Lisbonne, 10 octobre 1680.
Fo 166-167. — Bordereau de dépenses faites par la nonciature apostolique de Portugal pour compte des missions d’Inde et d’Angola en 1687 et 1688 en vin et farine.
Angola : 37,240 milreis.
F0 168. — Les PP. Francesco da Pavia et Girolamo da Sorrento avisent la Propagande de leur arrivée à Lisbonne et de leur prochain départ pour Rome où ils donneront aux cardinaux de vive voix des renseignements qu'ils ne peuvent confier à une lettre.
Lisbonne, 16 octobre 1680.
F° 169. — Lettre du P. Giuseppe-Maria da Busseto accusant réception avec déférence de la décision prise par la Propagande à son égard. Lisbonne, 18 octobre 1689.
[La Propagande l'oblige, malgré sa répugnance manifeste, à retourner à la mission de San-Thomé ou à rentrer dans sa province.]
F9 170. — Le P. Girolamo da Sorrento annonce aussi son arrivée à Lisbonne. Il a dû s’embarquer sur le conseil des médecins, alors qu’il se proposait de pénétrer dans le royaume de Cacongo, à la demande du roi. I] sollicite l'autorisation de se rendre à Rome.
Lisbonne, 18 octobre 1680.
[Le Cacongo était situé au nord du fleuve Congo, entre le Ngoyo et le Shiloango actuel.]
FO 171. — Fra Giuseppe da Venasco, capucin, se plaint des tracasseries que ses confrères font subir à ceux qui partent aux missions. Cuneo, 14 octobre 1680.
F0 172. — Lettre du Nonce envoyant à la Propagande copie de certaines lettres du P. Tommaso da Sestola, arrivées par dernier courrier. Les PP. Francesco da Pavia et Girolamo da Sorrento sollicitent l’autorisation de rentrer dans leur province de Naples. Lisbonne, 24 octobre 1680.
F0 173. — Lettre du Nonce. Le P. Giuseppe-Maria da Busseto se soumet complètement aux ordres de la Propagande et partira pour San- Thomé. Il a simplement remis au Nonce le décret de 1686 en lui signalant l'erreur de nom qui s'était glissée dans la formule.
Au surplus, 1l vaut mieux que le P. da Busseto ne IRSENS point Loanda où le préfet ne désirait pas sa présence.
Lisbonne, 24 octobre 6RQ
F0 174. — Lettre de Fra Tommaso da Sestola ( transmise par le Nonce de Portugal.
L'arrivée du nouvel évêque d’Angola semblait promettre d’heureux jours à la mission !. Mais, il est mort inopinément et le chapitre a élu comme Vicaire-Général le P. Pietro Garro, le principal instigateur des démêlés entre le chapitre et le P. da Sestola. Tout est remis en question. D'autre part, si l’on n’envoie pas de nouveaux missionnaires, le P. da Sestola court le risque de demeurer bientôt seul.
Les négociations avec le Sogno ne tarderont pas à aboutir. L’ambassa-
1. Don Joäs Franco HPNVERS sans doute, évêque du Congo et d’Angola en 1688.
deur venu à Loanda avec le P. Francesco da Pavia a été reçu avéc éclat. Il est reparti avec les « Capitulations » qui devront être soumises au prince son maître. Les missionnaires capucins se sont efforcés de seconder le gouverneur en cette affaire et de démontrer à la Cour de Portugal qu’ils sont des serviteurs loyaux et sincères et qu’il n’est point nécessaire de leur imposer le serment de fidélité.
Le gouverneur de Loanda a fait dresser naguère par des supérieurs de missions la liste de leur personnel et des postes qu’ils occupent.
Loanda, 11 février 1680.
[Les mêmes détails sont exposés aux f08 147 et 151.]
F° 175-176. — Lettre portugaise de Fra Tommaso da Sestola, préfet des missions d’Angola et Congo, à Mer Niccolini, Nonce apostolique à Lisbonne. Le P. da Sestola insiste vivement pour avoir de nouveaux missionnaires. Il raconte les négociations de paix entamées entre le Sogno et le gouverneur, don Luis de Lobo. Tous les détails sont connus.
Loanda, 26 septembre 1688.
[C£. aussi f0 147.]
Fo 181. — Lettre de Fra Paolo da Varazze relative au matériel nécessaire aux missions du Congo. Lisbonne, 27 novembre 1680.
F0 182 et 183. — Lettres de Fra Paolo Francesco del Porto Mauricio concernant le départ de plusieurs missionnaires pour le Congo. Gênes, 14 janvier 1600.
F0 184. — Lettre de Fra Paolo da Varazze, se disculpant de diverses accusations lancées contre lui par les PP. capucins français (messes dites en faveur de l’hospice, séjour hors du couvent etc.).
Lisbonne, 16 janvier 1690.
F0 185-187. — Lettres du P. del Porto Mauritio relatives à l’embarquemént de 18 missionnaires pour le Congo.
, Gênes, 21 et 24 janvier 1690.
F0 188. — Lettre du P. Giuseppe-Maria da Busseto demandant à être envoyé en mission à San-Thomé. 29 janvier 1600.
Fo 190. — Lettre de Fra Paolo da Varazze, annonçant l’arrivée de sept missionnaires envoyés au Congo et sollicitant l’octroi de certaines indulgences. Lisbonne, 30 janvier 1600.
F0 101-192. — Lettre du Nonce apostolique à la Propagande, dévoilant la mauvaise foi des PP. capucins français vis-à-vis de leurs confrères italiens qui sollicitaient l'octroi de certaines provisions pour le départ des
missionnaires d’'Angola. Le nonce estime qu’il faut agir sur le P. Provincial pour dissiper ces malentendus. Les Français sont, paraît-il, jaloux des succès des Italiens dans leurs missions.
Lisbonne, 27 février 1690.
F9 193. — Lettre de Paolo da Varazze, signalant à la Propagande le refus des capucins français d'aider leurs confrères italiens. Jusque maintenant 7 missionnaires seulement sont arrivés à Lisbonne, 11 sont attendus. Le préfet de ceux-ci — qui se rendent en Angola — sera le P. Eustache d’Ajaccio. Le P. da Busseto dirigera ceux qui font voile pour San- Thomé. Lisbonne. 27 février 1690.
F0 194. — Relation de Fra Angelo Francesco da Milano, vice-préfet des missions d’Angola. A sa mort, le P. Tommaso da Sestola avait désigné comme successeur le P. Francesco da Bitti, sous condition expresse pour celui-ci de transférer sa charge au P. Francesco da Milano, s’il venait à quitter la mission. Le P. da Bitti rentrant en Europe, a confié la préfecture au P. Angelo-Francesco qui, de son côté, réclame à cor et à cris le P. Paolo da Varazze. | |
L'auteur rappelle encore la nécessité d’envoyer des missionnaires. Il ne reste plus que six prêtres et deux frères lais. Quelques prêtres (mulâtres) administrent les sacrements à Massangano.
À Bandi, le P. Stefano da Fiorenza a conféré 800 baptêmes.
Le P. Angelo-Francesco da Milano accompagné du frère lai Giulio d’Orta, s'était, par ordre du préfet, rendu en Sogno. Il s’abstint d'employer les méthodes de rigueur qui lui étaient recommandées et réussit à opérer de nombreuses conversions, à mettre fin à de nombreux concubinages; il parvint à gagner la confiance du comte et de sa cour et à lui faire jurer qu’il préférerait perdre la vie que de ne pas conserver son pays à la foi chrétienne. Les missionnaires visitèrent alors les villages sous la conduite du chef. En trois mois, plus de 500 mariages furent régularisés et plus de 2,300 baptêmes furent administrés. Il y eut plus de 5,000 confessions et communions. C’est à ce moment qu’il a été rappelé à Loanda.
Saint-Paul de Loanda, 4 mars 1600.
F0 197. — Lettre du Nonce apostolique à Lisbonne. Des 18 missionnaires envoyés d'Italie, treize sont seulement arrivés à Lisbonne, 7 ont été dirigés sur l’Angola et 6 sur San-Thomé. 2 Pères Théatins ont été expédiés à Goa aux Indes. Les autres n’arriveront pas en temps utile pour le départ annuel des vaisseaux du Brésil et des Indes.
Lisbonne, 27 mars 1690.
F0 198. — Lettre de Fra Paolo da Varazze annonçant le départ prochain des missionnaires avec la flotte du Brésil. Sa Majesté a exprimé
ARCHIVES CONGOLAISES IA4T
tout l'intérêt qu’elle attachait à l’œuvre des missionnaires et leur a déclaré qu’ils étaient « les piliers de son royaume » Lisbonne, 28 mars 1690.
F0 190. — Fra Paolo da Varazze annonce le départ de la flotte du Brésil, qui a eu lieu le 8 avril 1690. Six missionnaires sont partis pour San- Thomé : Giuseppe-Maria da Busseto, Bonaventura da Brescia, Protasio da Castrozzato, Gianuario da Brescia, Giuseppe da Venasco. Cinq se dirigent vers l’Angola : Vincenzo-Maria da Firenze, Giacinto da Firenze, Marcellino d’Atri, Giorgio da Casal, Marione da Frascati. Les huit autres n'ont pas encore paru. Le départ du Nonce apostolique (archevêque de Rhodes) est proche. Le P. da Varazze espère que son successeur sera animé des mêmes sentiments de bienveillance à l’égard des missions.
Lisbonne, 11 avril 1600.
F9 200. — Lettre de Fra Paolo-Francesco del Porto Mauricio, annonçant que les 8 missionnaires manquants sont embarqués. Gênes, 15 avril 1690.
F0 201. — Fra Paolo da Varazze informe la Propagande de l’arrivée des 8 missionnaires. Trois d’entre eux manifestent peu d’empressement à continuer leur voyage. Ce sont les PP. Luca da Caldanissetta, Domenico da Brando, Francesco da Collevecchio. Le P. da Varazze tiendra cependant la main à ce qu’ils puissent s’embarquer pour le Brésil vers le début du mois de mai. Le P. Francesco da Pavia, qui revient d’Angola se propose de se rendre aux bains, pendant un mois, pour refaire sa santé ébranlée.
Lisbonne, 18 avril 1600.
F0 203. — Le supérieur d’un couvent de Gênes prie la Propagande de ne pas désigner pour l’île Madère le P. Antonio-Maria da Bodalucco (?) Gênes, 22 avril 1690.
F0 204. — Lettre de Fra Bernardino da Tavora, missionnaire à San- . Thomé, faisant l'éloge du préfet (Francesco da Monteleone) et suppliant la Propagande de le laisser à la tête de la Mission.
San-Thomé, 22 avril 1600.
F0 205 seq. — Fra Paolo da Varazze présente sa défense contre une accusation, portée contre lur à la Propagande, et suivant laquelle il se serait mêlé de choses politiques et spécialement aurait attaqué la couronne de France. Il produit à cet égard des témoignages formels. Le bruit de son rappel a déjà couru à Lisbonne.
Que cette rumeur soit ou non sans fondement, il se déclare prêt à rentrer dans sa province, si le bien des missions l’exige.
Lisbonne, 25 avril 1600.
Suivent une série de certificats attestant le zèle consciencieux et la bonne foi du P. da Varazze et certifiant qu’il ne s’est point, dans son ministère, occupé de choses politiques.
1° Certificat d’'Antonio Viéra Leitam, auditeur de la chapelle royale, conseiller et secrétaire de la: Junte des Missions (f° 206 ab), contresigné par Joseph Lamparelli, Protonotaire apostolique et par Francesco Niccolino, archevêque de Rhodes et Nonce apostolique au Portugal.
2° Certificat signé par quinze missionnaires capucins italiens, hébergés au couvent de Lisbonne à ce moment : Angelo Mortola, Daniele de Ferraris, Pietro-Francesco Viganego, Joseph-Maria Vatio, Ottavio Bonone, Bartolomeo Manzoni, Antonio Manzoni, Francesco-Maria Lambiaro, Niccolo Ginori, Giovanni-Francesco Ginori, Tommaso Baldi, Pelegro Tensa, Giovanni-Tommaso Gersi, Giovanni Giaccomo Gersi, Pietro- Francesco Navara (t° 207 ab); contresigné par Joseph Lamparelhi et le Nonce apostolique. |
3° Certificat signé par le P. Francesco-Maria da Pavia, missionnaire d’Angola, attestant que depuis sept mois qu'il y réside, la discipline est rigoureusement observée au couvent de Lisbonne, qu'aucun religieux ne séjourne en dehors du couvent et que jamais on ne s'occupe de choses politiques (f0 208). Lisbonne, 24 avril 1600.
4° Certificats de Bartolomeo et Antonio Manzoni attestant que les missionnaires italiens allant en mission on en revenant célèbrent, au moins cinq fois par semaine, la saint Sacrifice à l’intention du Supérieur du Couvent français (f° 200 ab) contresigné par Lamparelli et le Nonce.
5° Certificat de six missionnaires d'Afrique, Eustachio d’Ajaccio, Bernardino da Tavora, Luca da Caldanissetta, Domenico dal Brando Francesco da Collevecchio, Giovanni Nicolo da Genova, attestant qu'ils ont célébré, quatre fois par semaine le saint Sacrifice à l'intention du supérieur du couvent français, Paulin de Rennes. À
6° Certificat de Fra Bernardino della Longueglia assistant du P. da Varazze à Lisbonne, relatif aux intentions de messe en faveur de Paulin de Rennes, supérieur du couvent (obligation pour tous les missionnaires, de célébrer la messe quatre fois par semaine à cette intention.)
7° Certificat de Fra Giuseppe da Loreto, missionnaire malade, attes- ‘tant que jamais il n’a observé, pendant un séjour de trois mois, la moindre accroc à la discipline monastique, que les messes sont célébrées aux intentions requises et que des discours politiques n’ont point été tenus au couvent (F0 212). Lisbonne, 24 avril 1690.
F0 213. — Lettre de Fra Paolo da Varazze, envoyant de nouveaux certificats et s'excusant de n’en pas présenter d’autres, par suite des occupations multiples que suscite l’'embarquement prochain des missionnaires pour le Brésil. Le P. da Varazze proteste de nouveau de son inno-
cence. À son avis, cette intrigue n’a d'autre but que de saper par la base les missions des Italiens en Afrique. Il espère que l’affaire s’arrangera au mieux desintérêts de Sa Majesté et de ceux des missions. Lisbonne, 2 mai 1600.
[Le P. da Varazze devine juste. Il y a, sous-main, une intrigue de cour habilement combinée et ne tendant à rien moins qu'à expulser les capucins italiens de Lisbonne, à les supplanter’et à ruiner leurs missions.]
F0 214. — Lettre du P. Angelo-Francesco da Milano, vice-préfet des missions d'Angola, annonçant l'édification d’une nouvelle église à Mas-
sangano, avec sacristie. 4 mai 1600.
F0 215. — Lettre du P. Paolo da Varazze, fournissant de nouveaux témoignages de son innocence. Lisbonne, 23 mai 1690.
10 Certificat du recteur et des chapelains de l’Église italienne de Sainte-Marie de Lorette, contresigné par Lamparelli et le Nonce aposcolique (f° 216 ab), daté du 30 avril 1600.
20 Certificat du curé et des vicaires de l’église de Saint-Etienne d’Alfama (portugais), contresigné par les protonotaires Dias de Mouza, Lamparelli et le Nonce apostolique (f° 217 ab, 218 a) du 30 avril 1690.
FO 219. — Lettre du Nonce apostolique, informant la Propagand: de l’arrivée à Lisbonne des huit missionnaires retardataires et désignés pour San-Thomé et l'Angola. Ils pourront s’embarquer sous peu sur un navire en partance pour le Brésil. Lisbonne, 22 mai 1600.
F0 210a..— Lettre de Fra Eustachio d'Ajaccio {un des retardataires) s'excusant de n'avoir pu s’embarquer avec la flotte du Brésil et exprimant l'espoir de profiter bientôt du navire d’un commerçant portugais en destination de Pernambouc. Lisbonne, 3 juin 1600.
F0 220. — Lettre de Fra Paolo da Varazze, envoyant de nouveaux certificats pour sa justification. Les missionnaires s’embarqueront la semaine prochaine pour le Brésil. Lisbonne, 5 juin 1600.
[Certificat de divers notables de Lisbonne en faveur des missionnaires
capucins italiens (f95 222-223 ab) contresigné par Lamparelli et le nonce apostolique, archevêque de Rhodes.]
F0 226. — Le Nonce informe la Propagande du départ des huit missionnaires pour Pernambouc, la semaine dernière. De là, ils se rendront à Bahia d’où ils trouveront des navires pour le Congo et San-Thomé. Les désirs du Comte de Sogno, demandant des missionnaires, seront ainsi comblés. Lisbonne, 19 juin 1690.
- F0 227. — Fra Paolo da Varazze annonce le départ des huit missionnaires. Ils se sont embarqués le 13 juin, le jour de saint Antoine de
Padoue. L’hospice est maintenant désert. Il n’y reste que le procureur et son compagnon (Fra Bernardino della Longueglia).
F0 228. — Le Nonce informe la Propagande de ce que le Roi autorise les missionnaires capucinsitaliens à se retirer dans un couvent de religieux franciscains en attendant une décision de la Propagande au sujet du litige intervenu entre le P. da Varazze et le supérieur du couvent français. Lisbonne, 3 juillet 1600.
F9 229. — Fra Paolo da Varazze a été invité par le secrétairerie d'Etat
à se retirer dans un couvent franciscain, en attendant la solution du
litige. Il insiste à nouveau pour obtenir le couvent qui lui a été promis. Lisbonne, 4 juillet 1690.
F9 230. — Lettre de Fra Paolo da Varazze, relative au même objet. Lisbonne, 1 août 1690.
F0 231. — Lettre de Fra Paolo-Francesco del Porto-Mauritio, annonçant l'installation du P. da Varazze dans un couvent d’Observants franciscains et insistant à son tour pour avoir l’hospice exclusivement réservé aux missionnaires italiens tel qu'il avait été promis aux PP. Crisostomo da Genova et Giovanni Romano. Gênes, 26 août 1690.
[Suit la copie de l'autorisation d’habiter en ce couvent, délivrée par le nonce apostolique.]
F0 233. — Lettre du P. da Varazze, relative au même objet. Lisbonne, 24 août 1690.
F0 234. — Fra Paolo da Varazze informe la Propagande de ce qu’une dame pieuse, D. Paola Paceca, a laissé par testament aux capucins français une villa clôturée qui pourrait servir d’hospice. Le P. Paulin de Rennes a pris possession de la propriété, mais des créanciers de la défunte ont réclamé et un procès, qui fait tapage à Lisbonne, s’en est suivi.
Lisbonne, 29 août 1600.
[Suit l'acte de vente, traduit en italien, passé devant le sindic Antonio di Castro Guimenes et contresigné par le nonce apostolique (f0235ab.]
F0 236 — Le P. Giovanni-Battista da Salisano demande à rentrer en Italie, après dix-sept ans de mission au Congo.
[Pièce non datée.]
F0 237. — Lettre de Fra Giuseppe Piemontese, missionnaire à San- Thomé, se plaignant de l’infériorité où sont laissés les missionnaires du Piémont, qui servent généralement comme domestiques, jardiniers ou portiers. Pernambouc, 12 septembre 1690.
ARCHIVES CONGOLAISES I45
F0 238. — Fra Paolo da Varazze accuse réception de deux lettres de la Propagande, relatives au conflit franco-italien.
Nouvelles arrivées d’Angola et Congo :
Le P. Francesco da Bitti est revenu à Lisbonne et il est hébergé au couvent des capucins français où le P. da Varazze lui rend visite quotidienne; le P. Tommaso da Sestola est décédé au Congo (cf. f9 194); le P. Michelangelo da Rivoli est mort à San-Thomé; les missionnaires partis cette année de Lisbonne, sont arrivés en bonne santé au Brésil et au Cap Vert.
Quant au P. da Varazze, il continue à vivre heureux et tranquille au couvent des Observants franciscains en attendant la décision de la Propagande à son égard. Lisbonne, 2 octobre 16go.
F9 239. — Lettre (insignifiante) du P. Francesco dal Porto Mauritio. Gênes, 16 octobre 1690.
F0 240. — Fra Paolo da Varazze a reçu une lettre de la Propagande l’autorisant à résider au couvent des frères Mineurs Observants à Lisbonne.
. Démarche du P. Paulin de Rennes à la secrétairerie d'Etat, relativement au conflit. Le P. Paolo da Varazze indique au Secrétaire d'Etat Rocco Montero, le titulaire éventuel de la préfecture d’Angola, à savoir, le P. Francesco-Maria da Pavia, ancien confesseur du gouverneur Gio- vanni de Silva let missionnaire du royaume de Singa. Le P. da Varazze le recommande chaudement à l'attention de la Propagande.
| Lisbonne, 27 octobre 1690.
F0 241. — Le P. Paulin de Rennes, supérieur du couvent des capucins français à Lisbonne, se plaint de ce que le décret de la Propagande rappelant dans leurs provinces les PP. Paolo da Varazze et Bernardino da Longueglia ne soit point encore exécuté. [Il prie la Propagande de confirmer sa décision au P. da Varazze et de mettre fin au scandale que cause à Lisbonne ce conflit entre capucins de nationalité différente. Lisbonne, 21 novembre 1600.
F9 242. — Lettre du P. Paolo da Varazze, accusant réception de deux lettres « consolantes et affectueuses » et exprimant l'espoir que les difficultés actuelles s’aplaniront. Lisbonne, 20 novembre 1600.
F0 243. — Fra Girolanco da Sorrento ayant appris que la préfecture apostolique du Congo était vacante, recommande vivement à l'attention de la Propagande, le P. Giuseppe-Maria da Busseto, vice-préfet de San- Thomé. Naples, 16 octobre 1690.
1. Joäs da Silva e Sousa, gouverneur d’Angola de 1680 à 1684.
F0 244. — Fra Paolo da Varazze remet en question le projet d'établir un couvent-hôpital à l’île Madère, afin d’assurer le succès des missions d’Angola et San-Thomé. Il propose d’adjoindre au P. Stefano da Roma qui s’y trouve actuellement en convalescence, un collègue comme, par exemple, le P. Paolo-Francesco del Porto Mauritio, afin de constituer un couvent dans le genre de celui de Lisbonne.
Lisbonne, 20 décembre 1693.
F0 245-285. — Vaste dossier, remis pour examen, à la Propagande et contenant tous les détails du conflit survenu entre capucins français et capucins italiens.
Voici le sommaire en latin :
19 Certificat du P. Paulin de Rennes, supérieur du couvent des Capucins français, attestant que tous les missionnaires capucins italiens, hébergés au couvent, ont célébré quatre fois par semaine, le saint Sacrifice, pour le dégrèvement de l’hospice, sauf les PP. Paolo da Varazze, pocureur des missions italiennes et son compagnon le P. Bernardino da Longueglia qui, en outre, ont embrassé un genre de vie incompatible avec la discipline monastique.
Voici les noms des missionnaires :
Basilio Varazze, Antonio da Cremona, Giuseppe-Maria da Busseto, Basilio da Palermo, Francesco da Pavia, Joachim da Fiorenza, Hieronimo da Sorrento, Vinzenzo-Maria da Fiorenza, Giuseppe da Loreto, Marcellino d’Atri, Hyacintho-Maria da Fiorenza, Giorgio da Casal Cistorlengo, Gennaro da Brescia, Bonaventura da Brescia, Protasio da Castrozalo, Giuseppe da Venasco, Eustachio da A yaco, Bernardino da Tavora, Lucas da Caldanissetta, Domenico Brandi, Bernardo da Mazarino, Francesco da Colle Telho, Nicolao da Genova, (f° 245-247.)
2° Défense du P. Paolo da Varazze.
Un décret de novembre 1685 établissait à Lisbonne un procureur pour : les missions d’Afrique, confiées aux capucins italiens. La Propagande choisit, à cet effet, le P. Paolo da Varazze, en lui intimant l’ordre de se rendre immédiatement à Lisbonne avec un de ses compagnons et d'y organiser l'institution. Le P. da Varazze, se présenta aussitôt à Lisbonne, au couvent des Capucins français, dont le supérieur le P.B. de Pulmel, après avoir pris connaissance du décret le déclara nul et refusa de recevoir les deux missionnaires italiens. Ceux-ci reçurent l’hospitalité dans un couvent de religieux italiens de l’ordre de Saint Romuald. Il fallut un ordre formel du Procureur Général pour obliger le supérieur du couvent français à héberger le P. da Varazze.
Quelque temps après, le P. Paulin de Rennes succéda au P. de Pulmel. Il continua sourdement la guerre contre le P. da Varazze et les missionnaïires italiens. Aujourd’hui, il prétend n'avoir jamais eu à se plaindre des
religieux hébergés à son établissement et il atteste qu'ils ont célébré
.… quatre fois par semaine le saint Sacrifice aux intentions requises. Or,
en 1680, il soutint à la Propagande que ces missionnaires ne se conformaient ni aux instructions relatives à la célébration de la messe ni aux règles de leur ordre et qu'ils se permettaient même de chercher logement, pendant la nuit, en dehors du couvent. Ces déclarations sont manifestement contradictoires.
Le P. Paulin de Rennes restreint son attaque au P. da Varazze et àson compagnon Bernardino de Longueglia. Il prétend que ces religieux n’observent point les règles de leur ordre. Le P. da Varazze affirme que le P. de Rennes ne les observe pas davantage, en ce qui concerne, par exemple, la lecture de la règle de Saint-François ou des décrets pontificaux. En ce qui concerne la célébration d’un certain nombre de messes, le P. da Varazze soutient qu’il n’était pas obligé en conscience de se conformer à cette prescirption, mais que, néanmoins, il l’a fait.
Les Français ont également interdit aux Italiens d’entendre les confessions au couvent, sous prétexte que l’établissement leur appartenait et que les Italiens étaient des étrangers.
. La vérité est que les PP. Français envient aux Italiens les missions
africaines et qu'ils ne perdent aucune occasion de leur être désagréables. C'est ainsi qu'ils refusèrent récemment les cellules nécessaires aux missionnaires arrivant d'Italie et qu’il fallut rechercher non loin de la côte, une maisonnette qui devait abriter les provisions indispensables aux partants.
Quelque temps après, les Capucins français accusèrent à Rome le P. da Varazze d’avoir mal parlé du Roi de France et d’avoir tenu des discours politiques peu séants à sa condition. Le P. da Varazze s’en défend et produit de nouvelles attestations.
Il raconte enfin comment il a reçu l’ordre de se transporter avec son
compagnon au couvent des Frères mineurs en attendant une décision au sujet du conflit intervenu. Lisbonne, 12 février 1691. 3° Certificat des capitaines de navires embarquant et débarquant les missionnaires capucins, en faveur du P. da Varazze. Contresigné par Lamparelli (f0 256 ab).
4° Certificat de Frère Jean-Baptiste Trevant, missionnaire français de l’Ordre mineur, attestant que le P. da Varazze a vécu suivant les règles de la vie monastique au couvent des Observants. Contresigné par Joannes a Gratia, docteur en théologie. (F0 257 ab).
5° Certificat de Joannes a Gratia, supérieur du couvent des Observants (f0 298).
6° Certificat d’un nommé Barthélemy Marin, français de résidence à Lisbonne. (
70 Certificat d’Antonio Viera Leitam en faveur de Fra Paolo da Varazze
contresigné par Lamparelli et par l'archevêque de Rhodes, nonce apostolique (cf. f0 206 ab). (F9 260 ab).
80 Certificat du Curé et des vicaires, attachés à la paroisse de Saint- Etienne d’Alfama à Lisbonne, attestant le zèle le dévouement du P. da Varazze dans ses fonctions sacerdotales. Contresigné par Lamparelliret le Nonce (f0 261 ab). (Copie, original f0 216 ab).
9° Même certificat délivré par le recteur et les chapelains de Sainte- Marie-de-Lorette. (Emmanuel Soares de Sylva, Antonio da Castilho e Silva, Manoël Soares de Rua, Caetano Lopez, Joâo Correa, Manoël Tavares, Apolinaris Joseph, Antonia d’Alrea, Sanctus de Lima, Manoël Barboza, Manoël da Costa) contresigné par Lamparelli et le Nonce (f9 262 ab). (Copie, original, f0 217-218).
10° Certificat de quinze missionnaires italiens (f° 263 ab), (Copie, original f0 207 ab).
110 Certificat de divers notables (f0 264 ab). (Copie, original f° 222- 223).
120 Copie du testament de Dofña Paula Pacheca, léguant une villa aux Capucins français; réclamation de ses héritiers et procédure suivie (f° 226- 272). |
13° Griefs allégués par les Capucins français au chapitre général de l'Ordre tenu à Rome en 1688 au couvent de Saint-Bonaventure.
a) Les PP. Français déclarent qu'ils possèdent trois couvents-hôpitaux à Pernambouc, à Rio de Janeiro (Rio de Genero) et à Bahia, qui leur furent concédés par le roi Pierre de Portugal. Les Capucins italiens, envoyés en mission, reçoivent dans ces couvents l'hospitalité la plus large. On procède de même au couvent de Lisbonne. Il est donc inutile que les capucins italiens possèdent à Lisbonne un couvent-hôpital distinct.
Réponse des Capucins italiens : Les déclarations des PP. Français sont inexactes en plus d’un point : l’hospice de Lisbonne ne leur a pas été conféré, mais bien aux missionnaires italiens, à l'intervention de Francesco da Pampelona, ancien maître de camp du roi Philippe IV, devenu simple frère lai dans un couvent capucin. Francesco da Pampelona s’intéressait beaucoup aux missions d'Afrique. Il obtint donc du duc d’Oveiro la faculté de créer près deson palais, une petite maison et une chapelle pour héberger les missionnaires d’Afrique dont plusieurs furent enterrés à cet endroit, par exemple, le P. Rocco da Genova. Ses restes mortels furent transportés par les Capucins français en la nouvelle église qu'ils firent construire en 1677. Le petit hospice italien fut, en cette année, remplacé par un autre qui devint la propriété des Français.
Les dossiers existant chez le ministre Montero et chez le P. da Varazze prouvent l'exactitude des déclarations de celui-ci. En outre, les décrets de Paul V (1616, 1620 et 1621) relatifs aux missions du Congo corroborent ces assertions. Les premiers missionnaires capucins, avant
l'obtention d’un couvent distinct, se réunissaient, avant le départ, dans une propriété des faubourgs du Tage (St°-Mauro). Mais la guerre entre le Portugal et l'Espagne vint fermer le Portugal aux Italiens 1.
Or, à l’occasion de cette guerre, des PP. capucins français vinrent au Portugal, pour rendre les services religieux aux soldats français qui combattaient les Espagnols. Pendant l'hiver, ils séjournaient au couvent italien, souvent inoccupé et, la guerre finie, y demeurèrent. Ils surent en même temps capter les bonnes grâces d'Isabelle de Savoie, reine de Portugal ?, construisirent un nouvel établissement et cherchèrent même à établir des succursales à Oporto, Coïmbre, Evora, etc. Cet établissement, au temps de son efflorescence, comptait jusqu’à vingt-cinq religieux. On y donnait des cours de philosophie et de théologie. La mort de la reine Isabelle de Savoie, mit un terme à l'extraordinaire essor du couvent et le ramena au régime habituel. Le nombre des religieux fut diminué et les cours supprimés.
Les déclarations des Capucins français sont tout aussi erronées en ce qui concerne le couvent-hôpital de Bahia au Brésil. Là encore, l’érection d'un établissement de l’espèce par lesCapucins italiens fut décidée par les notables de la ville. Le terrain nécessaire fut même concédé au P. Giovanni Romano par Emmanuel-Dante Ferrera. Une copie authentique de la donation est conservée à Loanda dans les archives des capucins.
Mais les Pères français intervinrent derechef auprès de la reine, leurs protectrice, qui leur fit accorder à eux, l’autorisation demandée par les notables de Bahia pour les missionnaires italiens. Les notables refusèrent l'autorisation ! Les Capucins français ne se découragèrent pas. Grâce à leur influence à la cour, ils obtinrent l’envoi d'instructions expresses au gouverneur de Bahia, ordonnant à ce fonctionnaire d'amener peu à peu les notables à revenir sur leur décision. Les héritiers de Dante Ferrara hésitant encore à ne pas respecter les volontés du défunt, les Capucins français s’engagèrent à donner l'hospitalité à leurs confrères italiens qui seraient en mission en ces parages. C’est ainsi que les Français se sont emparés de l’hospice de Bahia.
Le P.da Varazze nie ensuite que les Capucins italiens soient bien reçus au couvent de Lisbonne. En 1677, le P. Paolo-Francesco del Porto Mauritio fut traité sans égards ainsi que les neuf missionnaires qui l’accompagnaient. On leur refusa des cellules privées, on les obligea à s'installer en des places sans lumière, alors que des religieux français arrivés après eux s'installaient confortablement.
D’autres missionnaires capucins revenus d'Afrique (Basilio da
1. Il s’agit de la longue guerre que le Portugal soutint victorieusement contre l'Espagne après le soulèvement de 1640 qui lui rendit son indépendance.
2. La reine Marie-Françoise-Elisabeth de Nemours mariée à Alphonse VI, puis à Pierre II, après la déposition d’Alphonse.
Panormo, Joachim da Firenze, Giovanni da Belluno), malades et exténués de fatigue ont été laissés à l'abandon dans des cellules sans confort et se sont en fin de compte retirés dans un autre asile.
Le P. Paulin de Rennes, supérieur du couvent français, fit des démarches auprès du Nonce apostolique pour obtenir le renvoi dans leurs provinces des missionnaires italiens arrivés à Lisbonne. Il tenta même de leur faire interdire la faculté d'entendre les confessions.
À Bahia, le P. Hieronimo de Sugnaco. rentrant malade du Congo, se vit obligé de demander au préfet des missions de Loanda (Paolo-Francesco del Porto Mauritio), le paiement de toutes les dépenses en vivres, médicaments etc. au supérieur du couvent (P. Martin de Saint-Macrobe) afin de pouvoir être admis à l'hôpital.
En 1685, le P. Giovanni-Battista da Melita revenant de Loanda en compagnie du gouverneur d’Angola, Joâo da Sylva, avait décidé de s'installer à l’hôpital des pauvres, plutôt qu’au couvent français. Le gouverneur s’empressa de l’héberger en son palais où il recouvra la santé.
En 1686, le P. Giovanni da Belluno fut forcé de se reposer à Bahia dans une maison privée. Revenant plus tard à Pernambouc, avec le P. Basilio da Panormo, il dut y subir des vexations analogues.
Le P. Giuseppe-Maria da Busseto se vit contraint de mendier les ressources nécessaires pour son rétablissement à Bahia. A son arrivée à Lisbonne, il préféra s’embarquer immédiatement sur un navire en destination de l'Italie que de prendre quelque repos à l’hospice de Lisbonne. Le P. da Varazze raconte alors ses propres déboires et ceux de son compagnon Fra Paulo de Pontremoli au couvent de Lisbonne.
I] ajoute qu'il ne faut ajouter aucune foi aux lettres des missionnaires italiens qui auraient écrit en faveur des Français. Ces témoignages leur ont pour ainsi dire été arrachés de vive force par le P. Paulin de Rennes.
b) Les Français affirment qu’ils ont voulu construire à Lisbonne un petit couvent où ils pourraient recevoir tant leurs compatriotes que les étrangers se rendant en missions en Afrique et en Amérique, à leur départ et à leur retour. Les notables de la cité peuvent témoigner de la vie exemplaire de ces religieux.
Réponse : Le P. da Varazze conteste leur droit de fonder un couvent. Ils ont dépouillé les Italiens de ce droit. Il conteste les brevets de vie exemplaire qu'ils se délivrent gratuitement. En 1668, la ville de Pernambouc voulut même les expulser parce qu’on les soupçonnait d’inspecter les fortifications, de dresser des cartes, en un mot, d’espionner les Portugais. Il ne fallut rien moins que l'intervention personnelle de la reine de Portugal auprès du gouverneur de Pernambouc pour arrêter l'affaire.
En 1676, le P. Martin de Saint-Macrobe fut accusé d’avoir excité contre le Roi de Portugal une douzaine de milliers d’Indiens qui avaient en lui
une confiance aveugle et qui ne rentrèrent dans l’obéissance que sur ses instructions.
Le P. da Varazze reproche encore au P. Constantin de Nantes d’avoir fait une oraison funèbre déplacée aux obsèques de la Reine Isabelle de Savoie, qualifie d’ignorant et d’imprudent le P. Paulin de Rennes.
c) Les Français prétendent que l'érection d’un hospice distinct pour les Italiens serait absolument inutile, et que leur pétition est même contraire aux statuts de l’ordre, que la multiplication des couvents contribue à la division des nations et de la communauté.
Réponse : Les Capucins français devraient commencer par mettre en pratique eux-mêmes leur principe de ne pas multiplier les couvents. En somme, ils ne sont à Lisbonne que des intrus; tandis que les Capucins italiens ont été appelés par le Roi lui-même.
Si les Italiens avaient observé de la même façon que les Français les décrets des chapitres généraux de l'Ordre, ils auraient actuellement un couvent particulier à Bahia et un autre à Funchal dans l’île Madère.
Les Français reprochent aux Italiens de vouloir installer un couvent sans ordre du chapitre général ! S'en sont-ils préoccupés lorsqu'ils ont occupé indûment le couvent de Lisbonne et créé ceux de Bahia et de Pernambouc?
Qu'ils ne parlent pas de fraternité franciscaine ceux qui hébergent si mal leurs confrères de nationalité différente et qui leur refusent même les vivres et les médicaments nécessaires. C’est encore le P. Paulin de Rennes qui a refusé au P. Paolo da Varazze la construction aux frais des religieux italiens, d’une câve à provisions pour les missionnaires d'Afrique. I1 s’obstina dans sa résolution malgré les vives instances du Nonce apostolique.
d) D’après les Capucins français, leurs confrères italiens devraient suivre l'exemple des PP. de la Compagnie de Jésus qui se rendent aux missions d'Amérique, d'Afrique et des Indes. Ils n’ont en effet, à Lisbonne, aucun couvent uniquement réservé à leurs missionnaires. Ils sont héber- . gés au Collège de la Compagnie. Il en est de même des Théatins.
Réponse : Les Capucins italiens s’empresseraient d'agir de même, s'ils recevaient au couvent français l'hospitalité désirable et si leurs collègues s’empressaient de procurer aux partants les provisions requises.
e) Les Français affirment qu’il n’y a aucune utilité pour les religieux italiens à demander un hospice à Bahia, où ils ne pourraient trouver un endroit suffisamment salubre.
Réponse : Les Italiens demandent simplement qu'on leur restitue le couvent de Bahia qui leur avait été concédé par feu Emmanuel-Dante Ferrera.
Les Français objectent encore que les Italiens n'ont aucun avantage
direct à traverser l'Océan pour venir à Bahia récupérer leur santé ébranlée en Afrique.
Le P. da Varazze leur demande pourquoi eux, Français, n’hésitent pas à traverser l'océan, infesté de corsaires, pour se rétablir à Lisbonne des maladies contractées en Amérique. Tel, le P. Anselme, qui revint en 1677, de Rio de Janeiro et le P. Chrisostôme de Nantes qui quitta, ( en 1685, l’hospice de Pernambouc.
Au surplus, disent-ils, l’hospice de Bahia est réservé à l'usage des missionnaires d'Amérique, de nationalité française et espagnole; par conséquent, 1l peut suffire aux besoins des missions italiennes. Le P. da Varazze conteste leur affirmation; le roi de Portugal ne permet pas aux missionnaires soumis au roi d'Espagne d’évangéliser ses propres territoires. Sept capucins espagnols, qui avaient tenté l’évangélisation de Sierra-Leone furent obligés de revenir parce que leur préfet le P. Anton1o de Truchilio, ne put obtenir l'autorisation de s’y rendre. A leur retour à Lisbonne, ils furent si mal reçus au couvent français que le préfet et le P. Joseph de Madrid demandèrent et obtinrent l'hospitalité à l’ambassade d’Espagne.
f) La construction d’un couvent-hôpital italien à Bahia n’empêcherait par la mort de faucher dans les rangs des missionnaires. Au surplus, nos missionnaires français des pays occupés par les Turcs pourraient tout aussi bien réclamer un hospice à Gênes, à Venise et dans d’autres cités d'Italie.
Réponse : Les Italiens n’ont jamais prétendu que la construction d'un hôpital mettrait fin aux ravages causés par les maladies tropicales dans les rangs des missionnaires.
Les missionnaires français en pays turc ont à leur disposition en Italie une foule de couvents où ils reçoivent l'hospitalité la plus large et la plus généreuse. La question ne se pose donc pas pour eux. Si les vues des Français étaient admises, il faudrait créer partout, sur le passage des missionnaires, à Paris, à Lyon, à Marseille, des hospices spéciaux à leur usage.
g) Lorsque le couvent était petit et incommode, Françaiset Italiens y habitaient côte à côte et ces derniers ne songeaient pas à réclamer un établissement spécial. Lorsque les Français ont bâti un édifice plus spacieux, les Italiens ont élevé des réclamations qui sont de nature à nuire à la bonne entente et à décourager les bienfaiteurs du couvent.
Réponse : L’entente n’était pas possible.
h) Les Italiens prétendent à tort que le refus d'autoriser la construction des deux couvents de Lisbonne et de Bahia entraînera l'abandon des missions d'Afrique. Ces missions ne seront jamais abandonnées. Les : supérieurs se soumettront à toute condition imposée puisque le P. Crisostomo da Genova avait accepté personnellement la proposition du roi de Portugal d'envoyer au Congo six capucins italiens et six capucins français. Il s'était même rendu à Rome pour obtenir cette autorisation.
Réponse : Le fait allégué est inexact. Le décret invoqué fut rapporté l'année suivante et le P. Crisostomo se rendit au Congo avec 12 missionnaires italiens (suivant Montecuculo, lib. III, cap. XXIII, fo 365 1). L'intention manifeste des religieux français était de se substituer aux italiens dans les missions dépendant du roi de Portugal.
1) Les Français soutiennent que l’intrusion des Italiens dans leur hospice nuira à la bonne règle, aux exercices de piété, au partage des aumônes, etc.
Réponse: Les moines françaisn’observent pas la règle avec cette rigueur. L'été, ils passent la plus grande partie de leur temps à cultiver leur jardin; l'hiver, à faire l'élevage de canaris et de perroquets ! Leur réfectoire est pour eux, un vrai « cabaret ». La richesse de leur chapelle est l’antithèse du vœu de pauvreté (statues, draperies en soie, etc.). Ils ne vivent pas d'’aumônes, mais achètent des vivres et garnissent bien leur cellier au temps des vendanges, etc.
j) Si on accorde aux Italiens le couvent-hôpital qu'ils sollicitent à Lisbonne, il n'y a aucune raison de ne pas l’accorder aussi aux Espagnols qui ont des missions plus considérables ou aux autres nations qui ont des intérêts religieux dans les diverses parties de l'empire portugais. Le tout, sous prétexte de ne pas recevoir dans un couvent existant l’hospitalité qu'ils estiment leur être due.
Réponse : Les Espagnols ne pourraient réclamer un couvent à Lisbonne puisqu'ils n’ont pas le droit de se rendre aux missions en pays portugais. Seuls, les Italiens ont ce droit. Ils ont donc intérêt majeur à posséder leur couvent.
k) Les Italiens soutiennent faussement que l'érection du couvent diminuerait les dépenses consenties par la Propagande en faveur des missions. Car, il est prouvé que le P. Paolo-Francesco dal Porto-Mauritio dépensa en frais inutiles une somme assez rondelette, sous prétexte de ne point vouloir être hébergé à Bahia, au couvent des religieux fran-
çais. | ;
Réponse : Le P. da Varazze conteste le fait et se porte garant de la loyauté et de la probité du P. Paolo-Francesco.
!) Les Français regarderaient comme une injure pour eux, l'institution d’un couvent réservé aux Capucins italiens, car ils ont conscience d’avoir reçu avec toute la charité possible leurs collègues envoyés aux missions en rentrant fin de terme.
Réponse : Il n’y a là rien d’injurieux. Les Italiens constatent simplement que leurs confrères manifestent à leur égard une sourde hostilité et qu'ils ne les reçoivent pas avec toute la cordialité désirable.
1. En réalitélib. VII, cap. 23, p. 867 de l'éd. allemande de 1694.
n) Les Français prétendent avoir reçu avant les Italiens la concession du couvent.
Si les mets préparés par les Français ne conviennent pas au goût de leurs confrères, que ceux-ci les préparent eux-mêmes. Les Français n'y voient aucun inconvénient.
La cuisine est ouverte.
Réponse : Les Italiens contestent : le couvent leur fut concédé par le duc d’Oveiro. Ils n’ont aucune répugnance à se nourrir de mets préparés « à la méthode bretonne » et le feraient même très volontiers, si la cuisine leur était ouverte.
o) En dernière analyse, les Français allèguent que cette affaire relève en définitive de la juridiction temporelle et que le roi de France a déja écrit à son ambassadeur à Rome, pour demander au Saint-Père d’opposer une fin de non-recevoir à la demande de leurs collègues italiens.
Réponse : Si le litige en question relève de la juridiction temporelle, pourquoi les Français l’ont-il fait porter devant le Chapitre général de l'Ordre? Au surplus, la question n’intéresse pas le roi de France, mais bien le roi de Portugal.
[Tel est le résumé du curieux conflit qui s’est élevé entre confrères de nationalité différente. Le lecteur averti fera de lui-même dans ce réquisitoire, la part du vrai et de l’exagéré. Le fond de l'affaire apparaît clairement. Il ne s’agit de rien moins que d’expulser les Capucins italiens de leurs missions d'Afrique et du Brésil et de les remplacer par des missionnaires français. L'opération devait commencer par la main-mise des Français sur les couvents de Lisbonne et de Bahia qui servaient de point d'attache aux missions italiennes. Nous ne devons pas oublier la date de ces événements. C’est la fin du xviie siècle où l'influence française et sa force d'expansion à l'extérieur atteignent leur apogée. Ce fait particulier rentre dans le cadre de la politique générale du roi Très-Chrétien. Les ambassadeurs français de Lisbonne et de Rome soutiennent, ici, de toutes leurs forces la tentative du P. FRS de Rennes.
Nous publierons in exienso cet intéressant dossier. À noter qu'il ne figure ici qu’en copie, envoyée par le P. da Varazze à la Propagande (cf. f° 290)].
F0 286. — Lettre de Fra Francesco dal Porto-Mauritio, faisant connaître les sommes qu'il a reçues pour l’embarquement de trois missionnaires à Gênes. Gênes, 13 janvier 1691.
F0 287. — Même sujet.
Gênes, 27 janvier 1691.
F0 288. — Lettre de Mgr Niccolini, archevêque de Rhodes, nonce apostolique (transféré à Paris), à la Propagande. Le P. Paolo da Varazze, sur la demande expresse du roi de Portugal, sollicite l'envoi de nouveaux
missionnaires dans le Maranhào au Brésil et aux postes d’Angola et San- Thomé. Craignant que sa lettre n'arrive pas à destination par la voie ordinaire, il la transmet par Paris en priant le Nonce de la faire parvenir à Rome. Paris, 22 février 1601.
[I] s’agit de la lettre qui suit].
F0 290. — Lettre de Fra Paolo da Varazze, procureur des missions d’Angola.
Il informe la Propagande de la demande faite au nom du Roi, de dix missionnaires capucins italiens pour la mission du Maranhao (Brésil) et de l'envoi de nouveaux collaborateurs pour l’ Angola et San-Thomé.
Il rappelle la requête présentée par le P. Stefano da Roma, retenu à Madère depuis dix mois pour motif de santé. Le P. Stefano da Roma sollicitait l'envoi à l'hôpital de Madère d’un religieux apte à soigner les malades. Le P. da Varazze a prié le P. Francesco del Porto-Mauritio d’en chercher un dans la province de Gênes sous réserve d'approbation du Procureur général.
Le P. Paulin de Rennes, vicaire de l’hospice de Lisbonne, a enfin délivré le certificat attestant que les missionnaires capucins italiens ont célébré, quatre fois par semaine, la messe aux intentions des bienfaiteurs du couvent, mais, à la fin, il a attaqué vivement le P. da Varazze et son compagnon Bernardo da Longueglia.
Pour se disculper, le P. da Varazze enverra à la Propagande copie du dossier remis au chapitre général de 1685, au sujet du conflit.
| Lisbonne, 15 février 16901.
[Il s’agit du vaste dossier, inséré au f0 245-285 et longuement analysé ci-dessus. Le certificat envisagé figure au f0 245-47 en original. Le reste du dossier est une copie faite de la main du P. da Varazze.]
F0 291. — Lettre de Fra Paolo-Francesco del Porto-Mauritio relative à l'embarquement de divers missionnaires pour Lisbonne. Gênes, 17 février 1691.
F0 292. — Lettre du même, transmettant à la Propagande des suppliques des habitants de l’île Madère, sollicitant l’érection d’un hospice à Funchal. Ces requêtes ont été envoyées par le P. da Varazze.
Gênes, 10 mars 1601.
F0 203. — Lettre de Fra Paolo da Varazze. Il a envoyé aux PP. Francesco de Monteleone et Francesco de Pavia les brefs de la Propagande.
Le secrétaire d'Etat a déjà écrit au gouverneur de Maranhaë, pour lui annoncer l’arrivée de missionnaires capucins.
Le P. da Varazze attire l'attention de la Propagande et du P. di Porto
Mauritio sur le fait que les missionnaires désignés ne doivent pas être sujets de la couronne d’Espagne.
Il remet au P. Francesco da Bitti, partant pour Rome, le certificat du P. Paulin de Rennes et la copie du dossier relatif au conflit. Lisbonne, 12 mars 1691.
[Ces pièces étaient déjà annoncées dans la lettre du 15 février (f° 290).] F9 294. — Lettre de Fra Francesco del Porto-Mauritio. Gênes, 10 avril 1691.
Fo 205-906. — Lettre de l’évêque d’Angola, Joäo Franco d'Olivera, relative à une difficulté survenue entre le chapitre de Loanda et les missionnaires capucins, dans les collectes pour la messe. L'évêque promet d'intervenir de tout son pouvoir pour mettre un terme au conflit.
Angola, 22 avril 1691.
[Le f° 296 renferme la traduction italienne. Nous n’avons aucun renseignement concernant ce conflit.]
F9 297. — Lettre de Fra Francesco de Monteleone, préfet de la mission de San-Thomé au cardinal-secrétaire de la Propagande.
Huit missionnaires, venant de Pernambouc, sont arrivés à San-Thomé; quatre sont arrivés le 13 janvier; les quatre autres, le 17 du même mois. Le neuvième jour après leur arrivée, trois d’entre eux sont morts. Tous les autres sont devenus malades, mais sont maintenant guéris. Les trois missionnaires décédés sont le P. Gianocchio da Brescia (préd.), Niccolo da Genova (préd) et Rufino da Riva (lai).
Le P. da Monteleone lui-même est tombé malade; ce qui ne l'a pas empêché de jeûner et de faire en carême de nombreux sermons.
Il se plaint assez vivement.du P. Giuseppe-Maria da Busseto auquel il reproche ses idées avancées (il a soutenu que, sous les tropiques, personne n'est tenu au jeûne), son caractère belliqueux et intrigant.
Il paraît un peu découragé. Ayant terminé son terme, il demande, non a rentrer en [talie, mais à être envoyé au Maroc où il continuera son apostolat parmi les chrétiens captifs. Il propose comme candidats à sa succession éventuelle, le P. Bernardino da Tavora ou le P. Vincenzo da Toscana.
Il prévient la Propagande de ce que les PP. Giuseppe da Venesca et Bonaventura da Brescia ont l'intention, par simple caprice, de se rembarquer pour l’Europe, sur le premier bateau qui quittera San-Thomé.
Ce P. Giuseppe manifeste d’ailleurs peu de bonne volonté et n'a pas la vertu d’obéissance. Les missionnaires arrivants se sont plaints du P. Paolo da Varraze, procureur des missions à Lisbonne. Il aurait retenu des aumônes qui leur étaient destinées.
San-Thomé, 24 avril 1601.
Fo 299. — Lettre de Fra Giuseppe-Maria da Busseto qui se dispose à partir, sur l’ordre du préfet, pour la côte du Bénin.où il va fonder une nouvelle mission.
I] raconte la réception chaleureuse qui fut faite aux huit missionnaires arrivés à San-Thomé. Trois d’entre eux succombèrent en peu de temps. Le manque de collaborateurs se fait sentir puisqu'il n’y a que deux prêtres, y compris le P. préfet. Cependant, le P. da Busseto se prépare, suivant les décrets de la Propagande, à se rendre en mission dans les royaumes de Bénin, Arda et Ouveiro. Ce sont des royaumes absolument sauvages, dont les habitants n’ont jamais entendu parler de religion. Ils sont fort éloignés de San-Thomé.
Le P. da Busseto fera néanmoins tout son devoir.
San-Thomé, 24 avril 1691.
[Cette lettre trahit un certain découragement et une certaine appréhension. Le P. da Busseto, ancien vice-préfet des missions d’Angola, paraît
désapprouver intérieurement le zèle expansionniste du P. da Monteleone. Cf. d’ailleurs la lettre qui suit.]
F0 300. — Lettre éplorée de Fra Francesco da Monteleone, préfet de San-Thomé, au sujet du P. Giuseppe-Maria da Busseto.
Ce missionnaire a contrecarré en tout l’action du préfet, a énervé son autorité sur les religieux subalternes, a déclaré qu’il protesterait à Rome contre l’organisation de missions sur la côte du Bénin, que Rome n'’enverrait plus de missionnaires, etc. Le P. da Monteleone lui reproche son égoïsme et son manque de zèle dans le salut des âmes.
Il avait été question d'envoyer des missionnaires à l’île du Prince. Tous les religieux étaient d'accord, sauf le P. da Busseto qui s’y est opposé.
Il se rend en mission à Overe, parce qu’on y trouve des vivres frais en grand nombre, transportés là par les navires qui y font escale.
Le P. préfet voulait envoyer deux missionnaires à Bénin et deux à Oere (Overe, Ouveiro). Le P. da Busseto préfère que les quatre missionnaires — lui compris — se rendent à destination ensemble, à travers - le Bénin. | |
Ces missionnaires partiront, vers la fin du mois. Ils sont pourvus de tous les vivres nécessaires : vin, farine, viande salée (6 barils de biscuit, 9 de vin, 2 de farine, 1 d'huile d'olives, 2 bœufs, 3 vaches, 4 porcs), le tout en salaisons; poules, épices, manioc, sel, etc. Et cependant, ces missionnaires, stimulés par le P. da Busseto, murmurent encore. Le préfet est désespéré devant leurs prétentions. Il demande à être remplacé. Les missions d’Angola sont dans un état lamentable.
San-Thomé, le 10 juillet 1691.
Fos 301-302. — Relation de Fra Francesco de Monteleone. Les 13 et 17 janvier 1691, sont arrivés huit missionnaires à San-Thomé. Trois
d’entre eux ont succombé aux maladies tropicales. Il en reste donc six/ y compris le P. da Monteleone. De ce nombre, quatre se rendent en mission sur la côte du Bénin (Oere et Bénin); deux resteront à San-Thomé. Le P. Giuseppe-Maria da Busseto, préfet de cette nouvelle mission, n’a pas voulu envoyer deux missionnaires au Bénin, qui lui paraît trop sauvage.
Il préfère Oere,’suivant la demande de missionnaires adressée par le roi de ce pays au P. da Monteleone. Au surplus, les rois indigènes de Bénin et d’Oere ne s'entendent pas. Le P. da Monteleone lui-même, l’année dernière, eut toutes les difficultés du monde # passer d’Oere à Bénin. Toutefois, 1l juge les indigènes de Bénin plus humains, plus policés, plus fidèles, plus raisonnables que ceux d’Oere; il pense qu’ils embrasseraient tous la foi chrétienne sur un signe du prince. Mais le P. Giuseppe ne veut rien entendre.
Le P. da Monteleone est découragé quand il voit tant de travail et si peu de zèle à l’accomplir. Il demande derechef à retourner au Maroc, où il s’occupera du salut des prisonniers. Son terme est fini et il désire ne plus rester à San-Thomé. Cependant, si la Propagande voulait l'aider, il s’établirait sur la côte du Bénin. Récemment encore, il a reçu des nouvelles du pays d’Arda, où tant d’indigènes souhaiteraient le baptême. Mais il faudrait des prédicateurs pour faire concurrence aux protestants anglais, hollandais, danois, qui croisent le long de ces côtes.
Il se plaint assez vivement du P. Giuseppe-Maria da Busseto et de son influence sur les missionnaires arrivés à San-Thomé. Il les détourne des exercices spirituels quotidiens instaurés par le P. da Monteleone (litanies de la Sainte-Vierge le matin et le soir, récitation de diverses oraisons, ete.); il prétend qu'il doit se reposer à San-Thomé avant d'entreprendre la mission du Bénin, et les autres se rangent à son avis. Au surplus, le P.da Busseto, quand il dirigeait encore les missions d’Angola, ne fut jamais favorable à la mission de San-Thomé, lui refusa les collaborateurs nécessaires, critiqua son organisation. Aujourd’hui, il prétend que San-Thomé ne peut pas nourrir les missionnaires, alors qu’il mange à son goût du poisson, du veau, du bœuf, agneaux et chèvres, porcs, cochons de lait, poules. Il boit du vin et déguste des pâtisseries (dolci?) faites au Brésil et ici. Les autres boivent et mangent comme lui. Ils prétendent suivre le même régime à Oere, ce qui est évidemment impossible.
En outre, il vaudrait mieux qu'il retournât en Italie parce que le gouverneur et son entourage lui sont hostiles. On a trouvé des lettres écrites de sa main au Roi de Portugal, dans lesquelles il attaquait l’administration du gouverneur de l’Angola, Luis de Lobo i.
San-Thomé, 25 avril 1691.