AFRICA E CONGO
(Vol. 250.) F0 4. — Noms des missionnaires accompagnant le P. Crisostomo da Genova :
Bonfiglio da Cingoli, prédicateur.
Bonifacio d’Ascoli, prêtre.
Pietro da Barchi, prédicateur.
Bonaventura da Cento, prédicateur.
Georgio da Perugia, prédicateur.
Ambrosio da Amelia, prédicateur.
Bartolomeo, laico da Perugia.
Michele de la Torre di Camerino, lai.
[(Cette liste diffère sensiblement de celle qui fut dressée, en 1707, par le P. Antonio da Fiorenza (Scritt. vif. nei Congressi, vol. I, fs 165 et suiv.). Celle-ci comprend douze missionnaires. La liste en question, qui compte huit noms, est donc provisoire. Date probable : 1665].
F0 7. — Diverses demandes du P. Crisostomo da Genova. [Reprises au f0 316].
F0 14. — Récapitulation sommaire des besoins temporels des missions congolaises (annotations à la Propagande) : farine, vin, aumônes. Abus dont elles souffrent.
[CF. ci-dessous.]
Fos 26 et suiv. — Notice sur l’esclavage dans le royaume du Congo et opinion des missionnaires à ce sujet.
En cette matière, certaines choses sont « tolérables et communément permises », mais les abus doivent être extirpés.
Voici, d’après certains théologiens espagnols, ce que l’on peut regarder comme tolérable : ce sont les chasses à l’esclave qui sont faites dans l’intérieur du pays par les trafiquants noirs habitant la région côtière. Ceux-ci sont en relation continuelle avec les Portugais auxquels ils achètent verroterie, vin, eau-de-vie, sel, etc. En échange, ils leur vendent les esclaves qu’ils ont enlevés dans leurs expéditions et qui sont ensuite envoyés dans les plantations du Brésil ou les mines d’or des Indes occidentales.
Avant d’être embarqués, ces esclaves reçoivent généralement le baptême, ce qui leur assure au moins le salut éternel, en cas de mort. Ils sont, en outre, arrachés à leur bestialité et aux vices où ils croupissent; ils sont initiés, plus ou moins, à la civilisation. Aussi, ces théologiens déclarent-ils que ce commerce « peut se faire sans faute grave et par conséquent se permettre ».
Mais les détestables abus qui s’y sont glissés exigent une répression
sévère, car ils crient vengeance au ciel. Les marchands d'esclaves s’approprient, sans vergogne, le bien de leurs confrères, que ces esclaves soient chrétiens ou non. Dans les guerres qu'ils se font entre eux, tous les pri- sonniers, sans distinction, sont vendus comme esclaves. Les patrons entraînent au péché leurs esclaves féminins et vendent leurs propres fils. Des trafiquants traitent leurs esclaves avec une cruauté sans pareille. Certains les embarquent en telle quantité sur les caravelles qu’il étouffent avant d'arriver à destination.
Fos 20 et suiv. — Résumé de la conversion de la reine Ginga. [Probablement fait à la Propagande. Cf. fos 267 et suiv.]
F0$ 24 et suiv. — Observations faites par le procureur général des Capucins sur un décret de la Propagande relatif aux missions du Congo.
Voici les plus importantes :
Le procureur approuve l'institution d’un séminaire à San-Salvador, pour la formation d’un clergé indigène !,
En ce qui concerne la question délicate de l'esclavage, il rappelle la notice analysée ci-dessus et estime qu'il vaut mieux laisser au futur évêque la faculté de prendre, sur place, les mesures qu’il jugera nécessaires pour refréner les abus.
Il insiste pour que les faits et gestes des missionnaires d’Afrique ne soient point soumis à l’'Inquisition portugaise, mais soient portés, le cas échéant, devant le tribunal du Saint-Office à Rome.
I1 demande la nomination de deux préfets distincts, l’un pour le royaume du Congo (le P. Giovanni Maria da Pavia), l’autre pour le royaume de la reine Singa (le P. Antonio Romano).
Le pouvoir du préfet devrait également être renforcé et il faudrait qu’il eût le droit d’infliger des peines à ses subalternes qui se trouveraient en défaut. Comme correctif et afin d'empêcher les abus, on pourrait, par exemple, exiger l'adhésion de trois ou quatre missionnaires aux peines proposées contre le délinquant.
11 demande enfin, outre la création de deux procureurs à Lisbonne et à Loanda, la nomination, dans la capitale du Portugal, de deux intermédiaires prudents et avisés entre la cour de Portugal et la Propagande, de façon à aplanir les difficultés qui pourraient surgir entre les deux pouvoirs.
Le procureur général présente, en outre, quelques observations au sujet des frais de voyage des missionnaires, des livres de piété à publier en langue congolaise, des vêtements, etc.
1. Semblable projet avait été étudié en 1626-27 à Lisbonne. Le séminaire devait être confié aux Jésuites, Cf. PAIVA-MANSoO, op. cit., p. 179-80, pièces n°% 105 et 106.
[Cette pièce date, probablement, de l’année 1664 (cf. analyse du f0 227b). ‘ Elle nous révèle les grandes lignes de la politique suivie dans l'institution des missions congolaises : centralisation assez prononcée du côté de la Propagande; difficultés, de ce chef, avec la couronne de Portugal, qui prétend faire des missionnaires Capucins les instruments de sa propre domination; ennuis et tracasseries des pauvres missionnaires, qui subissent le contrecoup de ces tiraillements. Aussi, les procureurs Capucins s’efforcent-ils de tailler à leurs subalternes une sorte d’autonomie, de situation intermédiaire qui leur permettrait de ménager à la fois les deux pouvoirs rivaux. Ainsi, le procureur général voudrait-il ici renforcer le pouvoir des préfets du Congo et de Singa. D'autre part, il se méfie de l’intrusion des inquisiteurs portugais dans les affaires de la mission et recherche l’appui, à Lisbonne, de deux agents sûrs, dévoués et bien en cour.]
F9$ 30-37. — Liste des missionnaires désignés pour les missions congolaises (prêtres, prédicateurs et frères lais).
[Cette liste fut probablement dressée par le procureur général des Capucins et remise à la Propagande en même temps que les observations ci-dessus énoncées. Nous la publions à titre documentaire.]
MISSIONARJ CAPPUCCINI DA MANDARE NEL CONGO.
Dalla provincia Romana :
Padre Fr. Arch’Angelo da Priantano, predicatore. Padre Fr. Giovan Battista da Salesano, predicatore. Padre Fr. Bonaventura da Cento, predicatore.
Padre Fr. Giuseppe d’Alatri, predicatore.
Fra Gabriele da Velletri, laico.
Fra Michele dalla torre di Camerino, laico.
Dalla provincia Toscana:
Padre Fr. Vittorio da Pistoia, predicatore.
Padre Fr. Arch’Angelo da Firenze, predicatore. Dal! Ombria :
Padre Fr. Tommaso da Terni, predicatore.
Padre Fr. Bonaventura da Spoleto, predicatore. Padre Fr. Michel’Angelo dal Borgo, predicatore... Dalla Marca :
Padre Fr. Michel’Angelo da monte Alboddo, predicatore. Padre Fr. Francesco Maria da Maiolati, predicatore. Padre Fr. Marco Felice dall’ Amandola, sacerdote.
Fra Bernardo da Carasai, laico.
Da Bologna :
Padre Fr. Sigismondo da Ferrara, predicatore.
Padre Francesco M. da Castelnuovo Garfagnara, predicatore. Padre Michele da Budrio, sacerdote.
Da Genova :
Padre Onofrio da Genova, predicatore.
Padre Zaccaria da Vetralla, sacerdote.
Da Corsica :
Padre Fr. Pietro da Luri, predicatore.
Avverta V.S. IlIma e Revma che si potria fare la mutatione al più ditreô quattro. MISSIONARJ CAPPUCCINI DA MANDAR IN CONGO ET AL REGNO DELLA SINGA.
Daila provincia Romana :
Padre Fr. Bernardino da Siena, predicatore.
Padre Fr. Giovan Battista da Salijano, predicatore. Padre Fr. Arcangelo da Biantano, predicatore. Padre Fr. Bovanentura da Cento, predicatore.
Padre Fr. Giuseppe d’Allatre, predicatore.
Fra Gabrielle da Velletri, laico.
Fra Michele dalla Torre di Camerino, laico.
Da Toscana :
Padre Fr. Vittorio da Pistoia, predicatore.
Padre Fr. Arc’Angelo da Firenze, predicatore. Dall” Umbria :
Padre Fr. Tomaso da Terni, predicatore.
Padre Fr. Bonaventura da Spoleto, predicatore. Padre Fr. Stefano d’Amelia, sacerdote.
Padre Fr. Michel’Angelo dal Borgo, predicatore.
Dalla Marca :
Padre Fr. Michel’Angelo da Monte Alboddo, predicatore. Padre Fr. Bonaventura da Pesaro, predicatore.
Padre Fr. Giuseppe Maria da Sarnano, predicatore. Padre Fr. Francesco Maria da Macolati, predicatore.
Da Bologna :
Padre Fr. Sigismondo da Ferrara, predicatore.
Padre Fr. Michele da Budrio, sacerdote.
Padre Fr
. Giuseppe da Fanano, predicatore.
Da Corsica :
Padre Fr. Pietro da Luri, predicatore.
Fra Alber
22 = sac MissIoNA Padre Fr Padre Fr.
Padre Fr.
Padre Fr.
Padre Fr.
Padre Fr.
Padre Fr.
Padre Fr.
Padre Fr.
Padre Fr.
Padre Fr.
Padre Fr.
Padre Fr.
Padre Fr.
to da Minerbio, laico.
erdoti : 19; laici : 3.
RJ CAPUCCINI, CHE DI PRESENTE SONO NEL CONGO. . Antonio Romano, predicatore.
Giovanni Maria da Pavia, predicatore.
Bernardo da Cotiliano, predicatore.
Lodovico da Pistoia, sacerdote.
Girolamo da Monte Sarchio, sacerdote.
Filippo da Siena, predicatore.
Antonio da Seravella, predicatore.
Grisostomo da Genova, predicatore.
Benedetto da Lusignano, sacerdote.
Giovanni Antonia da monte Cuculo, sacerdote.
Francesco da S. Salvatore, sacerdote Conghese. Bernardino Ungaro, sacerdote.
Francesco Maria da Volterra, sacerdote.
Stefano da Ravenna, predicatore.
Fra. Giovanni da Piperno, laïco.
Fra Giuseppe da Bassano, laico.
Fra Ignazio da Valsasna, laico.
Fra Giunipero da $S. Severino, laico.
Fra Leonardo da Benevento, laico.
Fra Francesco da Licodia, laico.
Fra Marcellino da Bagnacavallo, laico.
21 — sacerdoti : 14; laici : 7.
MISSIONARJ PER IL CONGo.
Dalla Provincia Romana :
Padre Fr. Bonaventura da Cento, predicatore.
Padre Fr. Gioseppe d’Alatri, predicatore.
Fra Michele dalla torre di Camerino, laico.
Dal! Ombria :
Padre Fr. Bonaventura da Spoleti, predicatore. Padre Fr. Stefano d’Amelia, sacerdote.
Padre Fr. Michel’Angelo dal Borgo, predicatore. Dalla Marca :
Padre Fr. Michel’Angelo da monte Alboddo, predicatore. Padre Fr. Bonaventura da Pesaro, predicatore. Padre Fr. Gioseppe Maria da Sarnano, predicatore. Padre Fr. Francesco Maria da Maiolati, predicatore. Da Bologna :
Padre Fr. Sigismondo da Ferrara, predicatore. Padre Fr. Michele da Budrio, sacerdote.
Padre Fr. Gioseppe da Fanaro, predicatore.
Da Corsica :
Padre Fr. Pietro da Luri, predicatore.
Fra Alberto da Minerbio, laico.
Li MISSIONARJ CHE GIA SONO IN LISBONA SONO.
Dalla Provincia Romana :
Padre Fr. Bernardino da Siena, predicatore.
Padre Fr. Giov. Battista da Salisano, predicatore Padre Fr. Arcangelo da Brentano, predicatore. Frà, Gabriele da Velletri, laico.
Da Toscana :
Padre Fr. Vittorio da Pistoia, predicatore.
Padre Fr. Arcangelo da Firenze, predicatore.
F0 38. — Recommandations à faire au préfet de la mission du Congo.
[Brèves notes jetées sur le papier par l’un des scribes de la Propagande. Elles indiquent au préfet la ligne de conduite qu’il aura à suivre pour entrer dans les vues de la Propagande : nomination de vice-préfets, visite des missions, mutation des vice-préfets au bout de trois ans, obligation d’envoyer des relations précises, instructions pour l’administration des sacrements, etc.]
F9 40. — Points principaux à examiner dans la question des missions congolaises.
(Ce sont des problèmes à soumettre par le cardinal-secrétaire en séance de la Congrégation : avis favorable concernant l’élection de deux résidents à Lisbonne pour faciliter l'obtention des passeports aux missionnaires : nomination d’un seul préfet centralisant, en ses mains, tous les pouvoirs ecclésiastiques et assisté de plusieurs vice-préfets; proposition d’envoyer un bref pontifical au roi du Congo.)
F° 42 et suiv. — Élaboration de la lettre au roi du Congo :
1° Le roi actuel doit régler la question de sa succession, Puisque la monarchie est élective, il importe que l'élection ne soit point truquée et qu'elle soit conforme aux desseins de la Providence. Pour cela, le roi pourrait adjoindre, aux notables ‘ du royaume, électeurs de droit, trois ou quatre ecclésiastiques, prudents et sages, qui apaiseraient les conflits et assureraient la régularité de l'élection;
29 On conseille au roi de concentrer, en villages de 500 à 600 feux, ses sujets qui vivent disséminés çà et là dans la forêt et la brousse et hors de toute atteinte. Les villages ainsi constitués seraient pourvus d’une église, d'un prêtre et d’une école. De cette façon, les missionnaires auraient prise sur les âmes et pourraient, sans inconvénient, leur faire entendre la parole de Dieu;
3° Dans l’administration de la justice, le roi ne doit point agir uniquement d’après les lumières de la raison naturelle, mais il doit s’entourer de conseillers sages et avisés, qui lui apprendront «la façon d’instruire un procès et la portée des sanctions pénales »;
4° Il faut spécialement châtier et punir les agitateurs publics (sorciers), qui bouleversent le pays, font mourir des innocents et enseignent des faussetés. Il importe de recourir ici aux conseils des notables, des gens de la cour et des religieux; |
5° L'abus de la traite des esclaves est chose inhumaine et barbare. Il faut punir sévèrement les délinquants en cette matière;
6° Le roi aura à cœur de prévenir les chefs indigènes placés sous ses ordres que le baptême ne suffit pas à leur assurer le salut éternel, mais que les baptisés doivent vivre conformément aux préceptes de la morale
chrétienne.
(Les divers points touchés en cette missive nous dévoilent la méthode politique employée par la Propagande vis-à-vis des chefs indigènes. Les missionnaires s’efforceront de prendre, peu à peu, de l'influence sur le prince, en intervenant dans les questions d'élection, en le dirigeant suivant leurs vues et surtout en l’amenant à prescrire des mesures sévères contre le féticheur ou le sorcier, l'ennemi irréductible, l'obstacle contre lequel viennent se heurter le zèle et le dévouement des vaillants apôtres de la foi.)
F° 52. — Points à examiner au sujet de la mission du Congo : 1° Si le préfet peut accorder les privilèges apostoliques aux mission-
naires d’un autre ordre ;
20 S'il peut consacrer les saintes Huiles;
3° Dans les cas de l'érection d’un séminaire, s’il peut nommer les proviseurs et le recteur et s’il doit fixer le règlement de l’établissement.
(Cette pièce paraît dater de la préfecture de Bonaventura d’Alessano dont le nom est rappelé.)
F0: 55 et suiv. — Relation sur la mission du Congo et des pays avoisinants.
Le Congo est situé dans l’Afrique méridionale à 7 ou 8° au sud de la ligne équinoxiale. La mission comprend, outre le royaume du Congo, le royaume d’Angola (ou Matamba) et le royaume de Casange, sis à l’intérieur du pays.
Les indigènes ne sont nullement dépourvus d'intelligence, mais il croupissent dans l'ignorance la plus complète. Ils ne connaissent du christianisme que le seul baptême (introduit par les prêtres portugais) et se livrent aux vices les plus honteux : polygamie, esclavage, anthropophagie sont d'usage courant au Congo et dans l’Angola.
Malgré ces obstacles et nonobstant l’hérésie protestante déjà introduite parles Hollandais, les missionnaires Capucins se sont mis à l’œuvre sans tarder. Outre l’usage des sacrements de pénitence, d’eucharistie, d’extrême-onction et de mariage, 1ls ont organisé des sermons aux grandes fêtes, des réunions pieuses deux fois par semaine. Des confréries du Rosaire se sont fondées dans l’Angola, l’une pour blancs, l’autre pour noirs, en même temps qu’une congrégation pour la réforme des jeunes gens portugais « devenus presque païens ». On a aussi créé des assemblées spéciales pour hommes et femmes.
Toutefois, les progrès seraient bien plus marquants si le zèle des missionnaires ne se heurtait à des difficultés considérables :
19 D'abord, ils ne sont pas soutenus par les Portugais comme ils devraient l'être. Dans les régions directement soumises au Portugal, on trouve des gouverneurs qui, baptisés, vivent en païens ou des chefs feudataires qui les imitent, sous l’œil bienveillant de leurs suzerains. A telle enseigne, que Fra Serafino da Cortona s’est vu refuser par l’un d’entre eux l'autorisation d'enseigner la doctrine chrétienne et d’administrer les sacrements ;
20 Les trafiquants portugais traitent les pauvres nègres avec une impitoyable cruauté, plutôt comme des brutes que comme des êtres humains;
30 Les Portugais ont coutume de reléguer au Congo les individus les plus mal famés de leur territoire et, s’il se trouve l’un ou l’autre prêtre suspendu de ses fonctions pour l’un ou l’autre excès, ils s'empressent également de l’y envoyer. Il en résulte que le niveau moral de la colonie européenne est singulièrement peu élevé et donne une assez pauvre idée aux convertis de l’austérité de la religion;
4° L'Inquisition portugaise entrave aussi l’action des missionnaires. Elle est surtout due à l’instigation des Jésuites;
5° Le roi (Don Garzia) !, bien qu’affectant une grande soumission vis-à-vis du Saint-Siège, est un homme rusé, politique astucieux et finaud. [1 manifeste vis-à-vis des PP. Capucins une hostilité sourde, due aux menées des Jésuites ou d’autres, qui lui ont fait accroire que les Capucins, arrivés tous par la voie d’Espagne, étaient les agents du Roi Catholique et les ennemis cachés du Portugal;
6° Les notables donnent aussi le mauvais exemple, vivent suivant leur fantaisie et leurs caprices et tiennent le peuple sous le joug;
7° Il n'y a pas un village indigène qui ne possède son féticheur, sorcier, nécromant, faiseur de ribauderies, qui « se vante de guérir non seulement par des herbes et des simples, dont il ne connaît pas les secrets, mais par des sortilèges ou des superstitions »;
89 Les pires inconvénients que rencontre la diffusion de la foi en ces parages proviennent des prêtres portugais, fort peu nombreux et ignorants ou sans grande dignité. Ils donnent aux populations un exemple regrettable; s’adonnent parfois à l’immoralité; pratiquent le concubinage au grand scandale des indigènes baptisés. Les quelques chanoines ou prêtres de Loanda et San-Salvator ne sont pas « de meilleure condition ». Ils se font payer des honoraires excessifs pour l’administration des sacrements et exigent la dîme avec une incroyable rigueur, agissant quelquefois auprès du roi ou des chefs pour obtenir par la violence les contributions espérées. [ls n’instruisent jamais leurs ouailles, soit par pure négligence, soit par ignorance. Bien qu’ils connaissent la langue du pays, ils se servent pour la confession d’interprètes, « parce qu’ils peuvent ainsi expédier trois ou quatre pénitents dans le temps qu’on en confesserait un seul ». Ils empêchent, enfin, les missionnaires d’administrer les sacrements et les desservent auprès du roi, parce qu’ils les accusent de partialité envers l’Espagne et de malveillance pour le Portugal ;
9° Les missionnaires, de leur côté, rencontrent un obstacle considérable dans le fait qu’ils ignorent la langue indigène et sont obligés de se servir, spécialement au tribunal de la pénitence, d’interprètes.
Tout cela bien considéré, on s’aperçoit, sans peine, que ces missions manquent de travailleurs et surtout d’un chef et d’un pasteur.
Le royaume du Congo fut converti par les Portugais, et Clément VIII, à la demande de Philippe II, roi d’Espagne et de Portugal, érigea en évêché la chrétienté de San-Salvador, avec Lisbonne comme métropole. Le Saint-Siège réserva au roi de Portugal la nomination de l’évêque
1. Garcia II o Kimbaku (nkanga a lu Keni), marquis de Kiwa, régna de 1641 à 16063.
et des chanoines. Une pension de 3,000 écus fut affectée à l'entretien de l’évêque. Il est vrai que la dîme rapportait au trésor portugais 13,000 éCus par an.
Il y a quelques années, l’évêque de San-Salvador fut transféré à Loanda et de là à Massangano, avec le titre d’évêque d’Angola et non plus du Congo ou de San-Salvador.
Après la mort du titulaire, le roi de Portugal a désigné un nouvel évêque pour l’Angola, sans plus faire mention ni du Congo, ni de San- Salvador !.
La Sacrée Congrégation, sachant les besoins des missions congolaises, avait, pour éviter des difficultés avec le Portugal, résolu de nommer un évêque in partibus : elle avait même déjà désigné titulaire : Francesco Staibano, Napolitain, en qualité d’évêque de Constantine ou de Cyrtha en Numidie. Mais, devant les objections soulevées par l’assistant du Portugal, un Jésuite, elle résolut de surseoir à l'exécution de son projet primitif. La question est derechef à l’examen.
Outre l’évêque impatiemment désiré, il faudrait des missionnaires. La situation actuelle est lamentable. Les prêtres nationaux sont peu nombreux et sans grande valeur.
Dans l’Angola, il y a dix prêtres portugais qui ne sont d'aucun secours aux indigènes.
Parmi les réguliers, les Jésuites furent introduits, il y a de longues années, sous le règne de Don Pietro ?, et ils furent chargés, plus tard, de fonder un collège à San-Salvador. Un riche marchand portugais leur avait légué, dans ce but, une somme de cent mille écus *. Au début, il yeut sept ou huit missionnaires qui donnèrent l’enseignement; mais, aujourd’hui, il n’en reste plus qu'un seul, qui sert d’ambassadeur de Portugal auprès du roi du Congo. On leur a d’ailleurs reproché le grand nombre d'esclaves qu'ils possédaient dans leurs terres (jusque 3,000) et dont ils faisaient parfois le trafic pour les mines du Brésil.
Les Dominicains et les Franciscains 4 ont, à leur tour, essayé de s’établir en ces régions, mais ils y ont renoncé, « après avoir expérimenté la population et le pays ».
1. En 1626, Don Simäâo Mascaranhas, transféra le siège épiscopal de San-Salvador à Loanda. Les évêques qui lui succédèrent continuèrent à résider à Loanda, bien que le diocèse comptait toujours l’Angola et le Congo. En 1677, l'évêché fut rattaché au diocèse de Bahia, Cf. Lopes DE LiMmA, Ensaios, p. 1509.
2. Ceci est une erreur. C'est en 1546 qu’un prêtre de San-Salvador, Diego Gomez, d'accord avec l’évêque de San-Thomé et le roi indigène Diogo Nkumbi a Mpudi (1546-1561), alla trouver le roi Jean IIL, afin d'obtenir du pape Paul III quelques missionnaires Jésuites pour le Congo. La mission des Jésuites débuta en 1548. Cf. BAESTEN, 0p. cit., p. 28.
3. Ce négociant de Loanda s'appelait Gaspar Alvrès. Cf. BAESTEN, op. cit., p. 136.
4. Les Franciscains furent probablement les premiers évangélisateurs du Congo (1490). Les Dominicains les suivirent peu après. Cf. RAVENSTEIN, 0p. cit., P. 108.
Il y a encore, à Loanda, cinq tertiaires de l’Ordre de Saint-François !, mais ils ne sont d'aucun secours, absorbés qu'ils sont par l’amour du lucre et l’administration de leurs troupes d’esclaves.
Il en résulte que, seuls, les douze Capucins doivent assumer la charge de l’apostolat, ce qui est tout à fait insuffisant.
Ajoutez à cela l'ignorance où croupissent ces populations. Elle empèche non seulement de les élever peu à peu aux bienfaits de la civilisation, mais elle met obstacle au recrutement de jeunes gens aptes au sacerdoce. Ces cerveaux incultes «se fatiguent à compterles jours de la semaine et les meilleurs d’entre eux ne parviennent qu’à grand’ peine à s’assimiler un peu de grammaire. »
Remèdes proposés :
19 Nomination d’un évêque ou d’un vicaire apostolique ou d’un dignitaire qui aurait l’autorité nécessaire pour commander aux ecclésiastiques tant séculiers que réguliers, pour mettre fin aux compétitions jalouses et pour apaiser les conflits d’attributions;
2° Défaut de prêtres. Pour y suppléer dans la mesure du possible, il faut ordonner des prêtres indigènes et, dans ce but, instaurer un séminaire qui vivrait de ses propres ressources, par l'institution de la dîme et la faculté pour ses membres de se livrer à des trafics licites et de s’adonner à l’agriculture ;
3° Mesures vigoureuses à prendre pour la réforme des prêtres séculiers qui se trouvent maintenant dans le pays;
4° Mesures à prendre contre les religieux qui font commerce d'esclaves ou autre, au grand scandale des indigènes ;
5° Vis-à-vis des Portugais qui envoient dans l’Angola des prêtres peu recommandables ou des individus mal famés ;
69 Contre l’abus de l'esclavage ;
7° Contre les abus de l’Inquisition, dont se plaint le roi du Congo ;
89 Contrele roi lui-même, quiexige la dîme avecune rapacité sans égale ;
9° Contre la chasse à l’homme, la coutume des parents de vendre leurs fils comme esclaves, contre l’anthropophagie;
109 Contre les sorciers et les féticheurs ;
119 Il faudrait des missionnaires en plus grand nombre ;
120 Agir sur le gouverneur d’Angola pour qu’il oblige son vassal, le chef de Dongo ?, à ne pas mettre obstacle à la diffusion de l'Évangile dans sa province ;