II. — Partie chimique
Conclusions de M. Berge
I. La recherche de Toxyde de carbone dans l'air exige les plus grandes précautions; elle doit se faire sur une quantité d'air suffisante pour se mettre en garde contre l'absorption de l'oxyde de carbone par les réactifs laveurs qui précèdent les récipients fixateurs de l'oxyde de carbone.
II. L'oxyde de carbone absorbé doit être identifié avant de conclure.
III. La recherche de l'oxyde de carbone doit être contrôlée par une seconde méthode.
IV. La méthode de Mermet d'une grande sensiblité est recommandable comme recherche sommaire.
V. La méthode spectroscopique n'est pas suffisante pour identifier Toxyde de carbone, mais elle peut être utilisée comme moyen de contrôle de l'analyse de l'air.
I. L'analyse du sang oxycarboné doit comprendre un premier essai par l'analyse spectrale.
II. Cette recherche doit être complétée par la séparation du gaz oxyde de carbone suivant la méthode Ogier et Gréhant.
III. Un grand nombre de réactions chimiques spéciales permettent d'identifier l'oxyde de carbone dans le sang.
IV. On doit se mettre en garde contre les erreurs qui peuvent naître de la présence de certains corps qui agissent sur l'hémoglobine de manière à déterminer des effets analogues ou voisins de ceux produits par l'oxyde de carbone.
M. DE NoBELK ajoute qu'il a pratiqué pour expliquer la pathogénie de l'intoxication oxycarbonée les expériences suivantes : Il a injecté sous la peau ou dans la veine d'un chien de l'oxyde de carbone en solution dans l'hémoglobine à 14 p. iOO, après saturation dans le vide.
Une injection de 100 centimètres cubes de cette solution amena des symptômes morbides, et la mort s'ensuivit le lendemain.
Le sang était de coloration rouge vif, pas d'autres particularités à l'autopsie.
L'injection simple d'hémoglobine donna les mômes résultats.
CONGRÈS DE MÉDECINE LÉGALE DE BRUXELLES 6o7
On pouvait en conclure que la solution d'oxyde de carbone primitivement faite était mauvaise et M de Nobele recommença ses expériences avec une nouvelle solution prise chez un autre fournisseur; 70 ce. de la carboxyhémoglobine nouvelle, dans la jugulaire d'un chien, ne provoquèrent aucun trouble chez celui-ci. Il faudrait donc conclure que CO agit par asphyxie et non pas par son action directe sur les éléments du sang.
M. le professeur Défaire, de Bruxelles, cite un cas d'empoisonnement chronique par oxyde de carbone dans lequel six semaines après l'entrée de la malade à l'hôpital, il put encore retrouver COdans le sang. D'autre part, il ne croit pas à la toxicité de l'acide carbonique, il entre par trop souvent comme un des éléments principaux de nos échanges vitaux. L'orateur défend ensuite la réaction spectrale qui dans les mains d'un homme expérimenté est la meilleure de toutes ; il ne connaît du reste aucun corps qui donne les mômes raies que la carboxyhémoglobine; de plus pour employer les méthodes chimiques d'extraction de l'oxyde de carbone, il faut avoir à sa disposition une quantité de sang que l'on ne possède pas toujours.
M LE D' Ogibr de Paris n'est pas un admirateur du spectroscope. Il n'est pas suffisamment sensible. Dans les expériences qu'il a tentées avec M. Vibert il a établi que la réaction n'était plus nette lorsqu'on avait moins de 0,1 de carboxyhémoglobine p. 100.
M. Berge dit que l'on peut obtenir la réaction spectrale de l'oxyde de carbone avec le ^bioxyde d'azote et Taldéhyde.
M. Vlehinckx signale certaines lacunes dans les conclusions du rapporteur et il serait utile de les combler.
Ce sont d'abord les cas de réintoxication.
Et parmi les symptômes de l'intoxication oxycarbonée, il n'a pas signalé la rachialgie violente dont tous les malades se plaignent et qui provient d'une forte congestion rachidienne. L'état de la température qui est toujours au-dessous de la normale (35'-36°). Enfin à Tautopsie lorsqu'on a ouvert le crâne et enlevé le cerveau, si l'on renverse la tète du sujet en arrière on peut recueillir une grande quantité de sang provenant de la moelle et des méninges congestionnées.
M. le professeur Brouardbl. On trouve parfois des colorations différentes du sang suivant l'endroit où on l'examine. Le sang est généralement rouge dans le cœur et les poumons qui présentent l'état décrit par Lacassagne sous le nom d'œdème carminé. Il est noir dans les veines axillaires et fémorales, M. Brouardel n'a pas encore pu trouver l'explication de ce phénomène.
L'ivresse constitue parfois l'unique symptômes de l'intoxication
6o8 ETIENNE MARTIN
oxycarbonée et cet étal peut se continuer chez les intoxiqués longtemps après qu'ils ont été soustraits à l'influence du toxique. D'après le rapport des magistrats, quarante-huit heures après Tinternementde la femme Druaux (affaire de Malaunay), elle présentait encore l'aspect d'une femme en état d'ivresse.
Enfin les lésions gastro-intestinales caractérisées par des épanchements sanguins sous-muqueux, sans être constante, sont cependant très fréquentes. Dans certains suicides à deux on les a constatées sur un cadavre et pas sur le second.
M. le D' Daniel, de Bruxelles, lit une communication dans laquelle il expose une méthode colorimétrique du D' Ualdane pour déceler et doser GO dans le sang. Il donne ensuite une modification du procédé permettant d'obtenir rapidement une approximation suffisante. On dilue dans cent parties d'eau d'une part une partie du sang à examiner et une proportion de sang normal. On prend une partie de la deuxième solution et on l'agite avec du gaz d'éclairage, on la sature ainsi de GO. On met les trois solutions ainsi obtenues dans des tubes à essais. Selon que la teinte du sang à examiner se rapproche davantage de l'une ou l'autre solution, on conclura approximativement.
Séance du mercredi soir.
Présidence de M. le D' Motet
M. Alfred Moreau, avocat près la Gour d'appel de Bruxelles, développe les conclusions du rapport élaboré avec la collaboration de M. SmetzMondey, avocat près la même Gour, et dont voici la partie principale :