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LES FACTEURS INTERNES DE LA PUTREFACTION DES CADAVRES

M. le professeur Malvoz développe son rapport sur la question, en voici le résumé :

L'expert judiciaire est appelé journellement à résoudre des questions nécessitant une connaissance approfondie des phénomènes de la décomposition cadavérique. Aussi, l'étude de la putréfaction des cadavres a-t-ello toujours été considérée comme faisant partie du domaine de la médecine légale ; on peut môme dire que c'est aux médecins légistes que l'on doit la plupart des connaissances que nous possédons sur cette question.

On connaît relativement bien l'influence des conditions variées du milieu extérieur (température, air, eau, sol, etc.) sur la marche de la putréfaction des corps. Mais l'étude des variations indi^iduelles amenées par le genre de mort, l'âge, l'état de la nutrition, etc., est hérissée de difficultés et à peine ébauchée, en raison de l'extrôme complexité des phénomènes.

L'introduction des méthodes bactériologiques permet de faire la lumière dans ces questions. La putréfaction est essentiellement un phénomène microbien et sans la connaissance exacte des microorganismes en jeu, des voies suivies par les bactéries pour gagner les diverses régions du cadavre, de l'état des organes au moment de la mort, il est impossible de comprendre les diverses modalités de la décomposition des corps. Que nous enseigne la bactériologie sur l'état du cadavre, au moment où il va être envahi par la putréfaction? S'il s'agit d'un sujet parfaitement sain, succombant brusquement par accident, par exemple, on sait que les microbes, agents des putréfactions, ne se trouvent qu'à la surface de la peau et des grandes cavités du corps en rapport avec l'extérieur, surtout du tube digestif. Ce sont même ces microbes du tube digestif qui commencent l'œuvre saprophytique en envahissant plus ou moins rapidement, suivant les conditions du miHeu extérieur, les diverses parties du corps. Mais les conditions sont toutes différentes s'il s'agit de sujets ayant succombé à l'une ou l'autre maladie. Les altérations chimiques des tissus, souvent très considérables, amenées par la maladie elle-même, provoquent déjà par elles-mêmes des différences très grandes d'un sujet à l'autre dans les caractères de la putréfaction ; de plus, il est possible qu'au moment de la mort les organes soient déjà envahis, en tout ou en partie, par des microorganismes. 11 s'agit tantôt des microbes mêmes qui sont la cause de la mort (maladies infectieuses), tantôt de bactéries venues de l'intestin, qui ont envahi secondairement les organes à la suite d'altérations des tuniques digestives.

U est actuellement démontré, ^ans contestation possible, que dans un

grand nombre d'affections très variées, très différentes les unes des autres, il se produit, à un moment donné, un exode des microbes normaux du tube digestif dans la circulation générale, jusque dans le foie, la rate, etc.

Il est certain que ce phénomène joue un très grand rôle dans la marche de la putréfaction, puisque ces microbes sont de véritables saprophytes. \jn cadavre contenant déjà, au moment de la mort, de nombreux bacilles doués de propriétés putréfactives, au sein de ses organes, se décompose plus rapidement, toutes choses égales d'ailleurs, que le corps d'un sujet tué en pleine santé. Parmi les moyens employés pour provoquer l'émigration des microbes de l'intestin dans les organes pendant la vie, on cite surtout {Wiirlz et Beco) l'intoxication par l'arsenic, 1 emétique, l'alcool, etc.

Ces phénomènes entrent en ligne de compte dans Tinterprétation des variations si grandes constatées d'un sujet à l'autre dans la marche de la putréfaction ; on doit se demander, quand il s'agit d'un cadavre dont il faut déterminer l'époque de la mort, si celle-ci n'a pas été la conséquence de Tune ou l'autre maladie dans laquelle on observe habituellement l'envahissement des organes par des saprophytes de l'intestin.

Un autre ordre de faits, dont la bactériologie a fourni l'interprétation, est la différence, constatée depuis longtemps, dans la marche de la putréfaction des nouveau-nés ayant respiré et des mort-nés. Au moment de la naissance, l'intestin est complètement stérile. Ce n'est qu'après plusieurs heures que l'organe est peu à peu occupé par des microorganismes. Aussi un mort-né se putréfie-t-il absolument comme un morceau de viande placé dans les mêmes conditions. Au contraire, les nouveau-nés ayant vécu un certain nombre d'heures sont envahis par des processus putréfactifs ayant leur point de départ dans l'intestin. Ces faits sont susceptibles d'applications médico-légales très importantes, ainsi que nous l'avons démontré nous-méme à l'Académie de médecine de Belgique (1893). Il est possible, au moyen de cultures bactériologiques bien conduites, de déterminer, dans certains cas, sïl s'agit d'un nouveau-né ayant vécu après la naissance ou d'un mort-né rien qu'en analysant la flore microbienne intestinale.

Cette recherche s'imposera souvent à côté de la docimasie pulmonaire ; de plus, dans les cas où l'on ne posséderait plus qu'un tronçon de corps comprenant l'intestin frais, elle est pour ainsi dire la seule que Ton puisse instituer.

M. le D' Descoust a trouvé dans les modifications qui surviennent dans les yeux du cadavre une véritable échelle progressive permettant de fixer approximativement la date de la mort. Il a constaté, en les notant, le nombre d'heures et de jours nécessaires pour que se produisent la perte de transparence de la cornée et des milieux de l*œil, la fermentation des milieux et la saillie du globe entre les paupières (surtout marquée chez les noyés), enfin la rupture et l'affaissement du globe oculaire. La rapidité de succession de ces

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