AFFA1BE DE LA RUE TAVERNIER
Les constatations que nous avons faites, les résultats de rautopsie,lesconséquences des expériences ou examens auxquels nous avons procédé permettent de démontrer trois points essentiels :
il. ^ La mort a été brusque et est le résultat d'une strangulation par les mains.
B. — Cette strangulation a été faite dans la malle.
C. — Le cadavre a passé aussitôt après la mort de huit ii dix heures sur le dos, dans la malle fermée.
Nous allons successivement donner les preuves de chacune des propositions que nous venons d'émettre.
A, — La fnort a été brusque. Elle est le résultat d'une strangulation par les mains.
Rappelons que le sang était très liquide. Il n*y avait pas de caillot dans le cœur. On a même constaté plus de sang dans le cœur gauche que dans le cœur droit. Une sanie rougeâtre s'est écoulée abondamment par la bouche et par les narines.
Sur la peau, il y avait de nombreuses taches. Sur les conjonctives et la muqueuse des lèvres, un piqueté spécial. Dans le canal de Turèthre du liquide spermatique. De plus la rigidité, au moment de l'autopsie, avait presque disparu et la putréfaction était assez avancée.
Voilà un ensemble de signes qui permettent d'affirmer la rapidité de la mort.
Quelle a été la cause de celle-ci ? On peut répondre qu'elle est la conséquence de violences exercées sur le cou.
En effet nous avons trouvé sur la peau de cette région des ecchymoses diverses, peut-être une éraflure par coup d'ongle. Et ce qui est plus démonstratif, dans l'épaisseur des muscles sous-jacents,des hémorrhagies. On peut même ajouter une petite déchirure de la carotide interne gauche ou lésion d'Amussat. Signalons encore Tecchymose profonde du grand pectoral gauche près de son insertion claviculaire.
Cet ensemble est déjà suffisant pour affirmer la strangulation par les mains. Mais il est encore confirmé par lesconsta- ' talions faites dn c6té des organes pulmonaires et cardiaques.
Dans les poumons, un emphysème caractéristique avec congestion et hypostase. Le cœur renferme du sang liquide, sans oaillots, ainsi que Ton le constate dans les morts brusques, H
S4 A. LAGÀSSAGNE.
Texcès de sang dans le cœur gauche semblerait indiquer la rapidité de la mort, ainsi qu'elle survient dans une syncope.
Lorsque la mort survient par séjour forcé dans un espace confiné et privé d'air ^ il n'y a pas de lésions externes. Les poumons sont très congestionnés; il n'y a pas d'emphysème ; à leur surface on remarque des ecchymoses sous-pleurales ou taches de Tardieu en grand nombre, ainsi que nous en avons trouvé sur les chiens enfermés vivants dans la malle. Ces taches étaient si abondantes que le poumon avait Taspect du granit.
Du côté des organes circulatoires on voit des taches de Tardieu sur le péricarde et à Torigine des vaisseaux. Le sang est à demi coagulé parce que Tagonie a été longue et Taphyxie a été lente. Il est donc bien certain pour nous que la mort de Badoil est le résultat d'une strangulation par les mains.
Nous ne pouvons dire si la constriction exercée sur le cou a été très violente. Il y a eu des éraflures et ecchymoses de la peau, des hémorrhagies se sont produites dans les muscles. Mais l'os hyoïde, les cornes du cartilage thyroïde, le cartilage cricolde n'ont pas été fracturés, ainsi que cela se voit souvent dans ce genre de strangulation.
La mort peut même être consécutive à une faible pression faite au-devant du cou ; il y a alors un ictus, un réflexe inhibitoire et une syncope mortelle. Cette syncope pouvait d'ailleurs être favorisée chez Badoil par l'état défectueux du cœur, qui présente' les lésions d'une endo-péricardite.
B, La strangulation a été faite dans la malle, — Nous venons de le dire il y a eu strangulation. Mais où a-t-elle été opérée? Badoil a-t-il d'abord été étranglé, puis son corps placé dans la malle?
Badoil était dans la malle quand les violencesont été exercées sur lui. Que l'on se rappelle, en effet, ces ecchymoses, ces blessures absolument symétriques aux épaules, aux omoplates, aux coudes, aux genoux, aux malléoles externes. Ces blessures ne peuvent être que le fait de ce cadre rigide, résistant, géométrique, dans lequel le corps était appliqué de force. En même temps se produisait la blessure avec épanchement de sang du sommet de la tête, au vertex ; celle-ci nous semble être plutôt le résultat de ce traumatisme commun aux différentes parties du corps que d'un coup direct en cet endroit. De plus, et c'est là le point sur lequel j'insiste, toutes ces blessures ont ou bien un caractère vital très net avec infiltration de sang, ou bien