CONGRÈS DK MÉDECINE LÉGALE DE BRUXELLES
Séance du vendredi soir, 6 août, Pbêsidencb db m. Yleminckx
M. le professeur Van Erraengem, de Gand, développe son rapport sur le rôle et les devoirs du médecin-légiste dans les expertises relatives aux accidents provoqués par Tingestion des viandes.
Les altérations des aliments d'origine carnée, qui donnent lieu aux accidents désignés jusqu'ici arbitrairement sous la dénomination d'intoxications alimentaires, sont très diverses et il importe, au point de vue des responsabilités pénales et civiles, de déterminer exactement leur nature dans chaque cas.
Le plus souvent il s'agit d'accidents multiples, révélant parfois les allures d'une épidémie assez meurtrière et occasionnés par l'ingestion d'une viande de boucherie, consommée à l'état frais ou sous la forme d'une viande travaillée, telle que pûté, hachis, saucisses, fromage de porc, etc. Ces viandes malsaines, dans l'immense majorité des cas, proviennent d'un animal mort de maladie ou abattu d'urgence parce qu'il maigrissait rapidement. Elles contiennent alors des microbes pathogènes et des toxines, qui ont provoqué la maladie dont l'animal était atteint. L'ingestion des viandes malades détermine des gastro-entérites septiques ou cholériformes plus ou moins graves. Les cas où des microbes, capables de produire des gastro-entérites graves chez les animaux inoculés avec des cultures, ont été trouvés dans une viande suspecte, dans les organes des victimes, deviennent de plus en plus nombreux. Tous les micro-organismes isolés jusqu'ici ont des caractères communs qui permettent, sinon de les considérer comme une espèce unique, du moins comme des variétés très voisines ; ils apparlienent, à une exception près, au groupe des Coli-bacilles,
Des chairs, fournies par des animaux parfaitement sains, peuvent acquérir des propriétés nuisibles lorsqu'elles ont été envahies accidentellement par des microbes variés, répandus dans les milieux ambiants. Généralement, les troubles morbides consécutifs à leur usage consistent en manifestations gastro-intestinales, accompagnées parfois de phénomènes adynamiques ou ataxiques, d'éruptions cutanées, etc. Plus rarement, les viandes avariées provoquent une affection très caractéristique, de nature nerveuse, connue depuis longtemps sous le nom de « botulisme » ou d'empoisonnement par les saucissons, et déterminée peupla toxine d'un microbe saprophyte anaérobie, le B. botulinus.
Les viandes gâtées ou corrompues, lorsqu'elles n'ont pas subi d'altérations autres que celles dues à la décomposition putride vulgaire, donnent rarement lieu à des accidents sérieux. Le rôle de la putréfaction dans la genèse des accidents d'origine alimentaire a été singulièrement exagéré ; elle n'est
probablement qu'un épiphénomène dans la plupart des cas. L'intervention des ptomaïnes, des alcaloïdes toxiques de la putréfaction est hypothétique jusqu'ici.