‹ Archives d'Anthropologie criminelleChapitre 127 sur 134 · LES CRISTAUX DO SPBRMB · texte numérisé non relu

LES CRISTAUX DO SPBRMB

observations de Rich 1er. Toutes les fois que j'ai pu essayer Tâction de mon réactif sur le suc donné par une coupe de la glande extraite d'un cadavre d'amphithéâtre, j'ai obtenu des résultats négatifs, mais je n'ai pas assez répété ces expériences pour me prononcer définitivement et Rich ter en a obtenu de positifs dans un cas où il s'était entouré de toutes les précautions voulues.

Richter a essayé ma réaction sur les testicules et les prostates de 30 cadavres, parmi lesquels 12 enfants, dont l'âge variait de dix heures à treize ans et demi.

La réaction a été partout négative seulement avec trois enfants, âgés respectivement de dix heures, deux mois et trois mois et demi. L'enfant de treize ans et demi en a donné, bien que Richter n'ait pas trouvé de spermatozoïdes dans ses glandes.

Le D' Richter a ensnite constaté qu'aucune sécrétion banale de l'économie ne lui a donné la réaction, non plus que les sucs des glandes ou orçanes frais.

Ainsi le cerveau ne lui a rien donné ii l'état frais, ni le jaune d'œuf, malgré leur richesse en lécilhine, mais après putréfaction, il a obtenu une réaction positive.

C'est là un fait nouveau, très important, et dont l'explication est aisée à donner : sous l'influence de la putréfaction, la lécithine contenue dans ces organes se décompose, et donne comme on sait de la* choline parmi ses produits de dédoublemeni ; or la choline, ainsi que le professeur Labalud, de Grenoble, l'a le premier constaté (je l'ai dit à la fin de mon mémoire), et la lécithine altérée, comme je l'avais trouvé moi-même, donnent des cristaux qui, pour n'élre pas identiques à ceux du sperme, lui sont trop pareils pour qu'on ne doive pas jusqu'à nouvel ordre les confondre. Il importe de ne pas admettre en médecine légale de dangereuses subtilités.

C'est parce que j'avais toujours opéré sur des sécrétions relativement fraîches, en tout cas non putréfiées, que je n'ai pas fait la constatation du IK Richter. Cependant, dans une affaire d'empoisonnement par des champignons, que m'a confiée le tribunal d'Alger, j'ai utilisé mon réactif pour rechercher la choline et la muscarine qui existent dans beaucoup de champignons, et je n'ai rien obtenu, malgré la putréfaction si avancée du cîidavre : il est vrai que le tube digestif ne contenait que les produits de la digestion du lait, dont la victime s'était nourrie exclusivement pendant plusieurs jours avant sa mort, et oh peut s'expliquer ainsi l'absence de choline dans son intestin*

Lors de l'autopsie d'un jeune homme d'une grande vigueur, tué par un coup de poignard au cœur, je pus recueillir une grande qtiantilc de sang, plus d'un litre, que je traitai en vue d'y rechercher

694 F'LORENCB

Taciion de mon réactif. Je voulais savoir si le principe qui donne mes cristaux préexiste déjà dans le sang, et j'espérais même que peutêtre je n'en trouverais pas dans le sang de femme. Je chauffai toute la masse, j'épuisai le caillot à Teau distillée, je filtrai et je concentrai ; je repris le résidu avec de Teau distillée alcoolisée, et après filtration je concentrai à nouveau : je n'obtins pas le moindre cristal.

Le D' Richter, ainsi que le D' Lecco de Belgrade (4). se sont surtout inquiétés de la nature du principe qui donne les cristaux.

Le D' Richter, faute de sperme, a suivi la marche indirecte que le professeur Labatud avait parcourue aussitôt après que je lui ai montré ma réaction, et avant Timpression de la fin de mon mémoire, où j'ai consigné le fait. J*ai dit qu'il s'était arrêté à la choline, bien que les cristaux lui aient paru appartenir à un autre système : c'est donc à lui que revient le mérite d'avoir découvert que la choline donne des cristaux avec mon réactif, et j'avais constaté qu'une lécithine brune, altérée par conséquent, en donnait également. Ce serait un jeu que de déterminer définitivement la nature de ce principe si des raisons de convenances ne nous rendaient malheureusement presque inaccessible la matière première. Il en faudrait bien peu cependant, car d'une tache un peu forte, j'ai obtenu une quantité de cristaux que j'ai séparés par décantation, lavés avec quelques gouttes d*eau glacée, et que j'ai ensuite simplement broyés avec du mercure en excès. Il s'est formé du protoiodure, qui par lavage m'a laissé, après évaporatîon, un dépôt cristallin solide, blanc, alcalin, très altérable.

Ainsi pendant les premiers moments il m'a donné par mon réactif des cristaux identiques à ceux du sperme, mais peu à peu je n'ai plus obtenu que des aiguilles fines, aciculaires, en même temps que ma substance s'humectait. C'est sans doute un corps voisin de la choline, un de ses isomères peut-être. J'ai essayé de l'obtenir avec des testicules : le rendement est très faible comparativement à celui des Caches, et d'après ce que nous a appris Richter, il n'est pas certain que l'on aurait Va exactement le corps cherché, car on pourrait fort bien obtenir surtout de la choline ordinaire, provenant de l'altération de la lécithine. Il est à remarquer que le sperme humain frais, vivant, donne la réaction et la présence d'une telle quantité de choline susciterait bien des problèmes d'ordres variés.

Lecco, de Belgrade, a traité du sperme à l'eau bouillante pendant un certain temps, puis il a concentré, filtré, évaporé, repris par de

(1) reber mikrorh. Erkennung der Spermaflecffen in criminalfœllen, ir/?», Klin,\Vochemch„ 189?, p. 37.

Les (îRisTArx on spr^iTe 698

l'alcool, filtré à nouveau, traité par de Téther, etc., il a obtenu un corps cristallisé, qui lui a paru être du chlorhydrate de choline. Il en avait trop peu pour en être certain, mais il a pu en obtenir le chloroplatinate, qui contenait 32 p. 400 de Pt. Je regrette qu'il se soit mis dans des conditions défavorables, car pendant ces manipulations, il a pu dédoubler la lécithine, et avoir pour le moins un mélange, ce qu'il faut éviter : je conseille mon procédé, à l'exclusion de tous ceux qui, par des manipulations trop brutales, altéreraient la substance ou provoqueraient le dédoublement de la lécithine. Je ferai remarquer que si on part, comme j'ai tenté de le faire, de testicules de cadavres, outre qu'on obtient, s'ils sont frais, un rendement très faible, il se produit à côté des cristaux une précipitation, toute diflerente, d'un corps amorphe, impossible à séparer par filtralion, sur la nature duquel je ne puis donner en ce moment que peu de renseignements, tant il est difficile à isoler. Les testicules me paraissent donc peu propres à la préparation du principe qui donne mes cristaux. Posner a obtenu ma réaction avec la spermine de Pœhl : la spermine que j'ai reçue de M. le professeur Teissier était renfermée dans de petites ampoules de verre à fond plat, et elle donnait la réaction caractéristique de la spermine indiquée par Pœhl, mais non la mienne. La spermine synthétique ne Ta pas donnée non plus à divers expérimentateurs, à M. Labatud entre autres, et jusqu'ici les cristaux de Gharcot,que l'on affirme être à base de spermine, n'ont rien donné par mon réactif. Au reste, ces discussions sont oiseuses : une analyse de sperme, analyse qui ne sera qu'un jeu, tranchera toute la question. Richter termine son mémoire en disant que, bien que la réaction ne soit pas spécifique, ce que je n'ai jamais dit, il me semble, il lui accorde une valeur importante (so mœchte ich doch den Werth seiner Reaction nicht gering anschlagen). C'est, dit-il, un moyen très commode de s'orienter aisément et rapidement sur la nature des taches suspectes. Il la déclare comparable à laréaction de Van Deen,et quand elle est négative, on peut, selon lui, se prononcer comme lorsque Ton n'obtient pas de phosphure d'argent dans la recherche du phosphore. Il termine en citant trois cas très intéressants où il a appliqué ma réaction, pour lesquels je renvoie au mémoire original, faute de place pour les rapporter en entier, comme je le voudrais.

Ce mémoire, en somme, précise tout l'avantage qu'on peut retirer

de mou réactif et indique avec une grande sagesse lesécueils à éviter.

Le docteur Lecco (1), sans connaître mon travail, a trouvé aussi ma

réaction, qu'il décrit avec soin, et dont il loue Textréme sensibilité.

(1) Ueber mikrochemische Erkennung der Spermaflecken in CriminalfœUen, Wien. Klin. Woch.. 1897. N»37.

696 plorencis^

La spermiae, préparée par le D' Schuchard, ne lui a pas non plus donné de cristaux. Il a tepté d'isoler la substance cherchée, mais, ainsi que je Tai dit déjà, il n*a pu encore trancher la question : il pense que c'est de la choline.

J'ai reçu, trop tard pour en faire une analyse complète, un important travail du D' Mattei, très consciencieux (1). Il a obtenu avec les spermes d'animaux et avec les diverses glandes génitales des résultats variables, qu'il sera intéressant d'élucider; la prostale de l'homme ne lui a rien donné, non plus que les vas defereniia^ ni les glandes bulbo-ruéthrales. Les épididymes des divers animaux ont été négatifs sauf dans 3 cas, et inconstants dans \ cas (chien). Il a porté ses essais sur 23 animaux.

Avec les spermes d'animaux il a obtenu des résultats variables; ainsi avec le cheval, d'énormes cristaux à « cristallisation très originale », dit-il, dont il donne une belle figure. Ce n'est pas ma réaction typique, mais je ferai observer qu'en Tespèce, il faut Are simpliste, ne pas faire de distinction subtile, et noter le fait : je n*ai pas obtenu de réaction avec le sperme éjaculé de cheval, et n'ai pas observé ces cristaux, mais il ne faut pas oublier, maintenant que nous le savons^ que les spermes d'animaux peuvent donner des cristaux presque identiques.

J'analyserai ultérieurement cet important travail.

J'insiste en terminant sur le fait très important découvert par le D' Richter; à savoir que ma réaction qui ne s^obtlent pas avec les sécrétions banales fraîches, peut être obtenue avec les produits de putréfaction des cadavres, et j'insiste encore plus que je ne l'ai fait sur la nécessité d'observer le spermatozoïde de l'animal lui-même, et de comparer ce qu'on aura vu avec les descriptions et les photographies qui accompagnent mon mémoire. Je n'ai pu que parcourir le mémoire du D' Mattei, la langue italienne m'étant peu familière — mais je crois pouvoir en conclure, plus encore qu'auparavant, que chaque sperme est caractérisé par la présence d'un principe spécial, a preuve les figures données par cet auteur, et que nous réussirons tôt ou tard à trouver pour chacun d'eux une réaction spécifique.

En attendant je ne puis que répéter ce que j'ai dit dès que j'ai

donné mon procédé : « Dans mon esprit, cette réaction ne doit servir

qu'à trier les taches en spermatiques et non spermatiques : tout le

service que j'en demande en ce moment, c'est de me permettre en

quelques secondes de rejeter les dernières et de fixer ensuite tous mes

efforts pour retirer des spermatozoïdes des premières (page 82 du tirage

à part).

Florencb.

(1) Cristal le del Florence.

DE CRIMINOLOGIE

par A. Hamon professeur à TUoiversilé Nouvelle de Bruxelles

Page 1