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AFFAIRE DB LA RUE TAVERNIBR UO

reofermait quelques objets de ménage ; sur quelques points, un léger intervalle existe entre le couvercle et le bord de la caisse. Quand le couvercle tombe de son propre poids, le fermoir ne peut entrer dans le porte-cadenas.

Autopsie du jeune garçon, — Poids 18 kilos, rigidité prononcée; point de lésions extérieures ; teinte violacée de la face et de la partie postérieure du corps. Congestion des poumons; écume rosée, abondante, dans les voies respiratoires. Sang noir, liquide, sans caillots dans les deux moitiés du cœur ; traces d'aliments dans Testomac ; vessie distendue par Turine. Sang fluide dans les veines de la piemère ; congestion de divers points de la substance cérébrale.

Autopsie de la jeune fille. — Poids 12 kilos, ancienne cicatrice de variole, rigidité moindre que celle de Tautre enfant. Aucune lésion extérieure; teinte violacée de la partie postérieure du corps. Petites ecchymoses sous-pleurales superficielles ; deux plaques irrégulières à la surface du poumon gauche ; teinte noire très prononcée du parenchyme pulmonaire surtout en arrière ; infiltration apoplectique correspondant aux plaques sous-pleurales; emphysème sous-pleural partiel. Ecume rougeâtre, sanguinolente dans les bronches avec injection de la muqueuse; traces de cette écume dans la cavité du cœur. Traces d*alimenls dans le tube digestif. Sang noir dans les veines de la pie-mère et dans les sinus de la dure-mère ; injections partielles du parenchyme cérébral. Identité de l'état des deux cadavres ; preuves évidentes d'asphyxie.

Il était bien avéré que le couvercle ne pouvait se fermer en tombant de son propre poids ; plus tard, un aveu positif a fait connaître qu'un camarade, en jouant, avait enfermé les deux enfants dans le coffre, puis il était parti.

Le degré de la rigidité, l'état des aliments trouvés dans le tube digestif ont fait supposer que la mort avait eu lieu deux à trois heures après Tocclusion de la caisse. Les fissures du coffre permettaient un certain renouvellement de l'air. Les experts ont fait à cet égard un certain nombre d'expériences sur des animaux : sur des lapins et sur un mouton. Deux lapins, à plusieurs reprises, sont placés dans des coffres de dimension proportionnelle à celui des enfants : ils supportent longuement ce séjour et ne paraissent souffrir qu'après an temps assez long. — Un mouton pesant 17 kilos est placé dans le coffre ; au bout d'une dizaine d'heures on le sort, il est en assez bon état et couvert de sueur. — Sous une cloche hermétiquement close, le lapin succombe lorsque la proportion de l'acide carbonique s'élève 12* Année, N- 1. 7

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à 15 OU 16 0/0. Le gonflement des parois des caisses se produit par le séjour des animaux ; par suite les fissures du bois et Técartement du couvercle diminuent avec le temps, aussi la cause de l'asphyxie devient-elle ainsi plus active. La mort arrive après une longue période d'insensibilité et de résolution des forces. L'assoupissement précède l'asphyxie ; la position du corps se modifie peu à peu.

On a conclu que ces enfants avaient séjourné dans le coffre quatre à six heures avant de mourir. Le renouvellement incomplet de Tair par les fissures allait toujours en diminuant : l'asphyxie a été lente. Cette observation a son importance au point de vue de Tasphyxie qui se produirait dans le cercueil dans un cas d'inhumation précipitée.

Notre élève, M. Fadeuilhe, vient de consacrer à ce sujet sa thèse inaugurale (La Suffocation et en particulier la Suffocation dans un espace clos. Storck 1897). Nous croyons intéresser nos lecteurs en mettant sous leurs yeux les conclusions de cet intéressant travail :

L — La sufibcation dans un espace confiné est une asphyxie particulière, qui doit être considérée comme une véritable intoxication.

IL — La mort n'est pas seulement due au manque d'oxygène ou à l'accumulation de l'acide carbonique, mais encore à une foule d'autres composés toxiques provenant de la peau, des poumons, du tube digestif et des mille foyers de combustions organiques qui nous entourent.

III. — L'agonie s'accompagne d'un dépôt très abondant d'humidité, provenant de la vapeur d'eau contenue dans l'air expiré. La température de l'être soumis à la suffocation est notablement abaissée. Cet abaissement est en relation directe avec la prolongation de la vie, la température étant d'autant plus basse que la mort a mis plus de temps à se produire. Après la mort la chaleur se conserve pendant très longtemps. La température de l'air contenu dans l'espace clos augmente progressivement pendant toute la durée de la vie de l'être qui y est enfermé, elle redescend ensuite un moment avant la mort.

Il est difficile d^établir rigoureusement un rapport entre la durée de l'asphyxie et le volume de l'espace. Ce rapport varie avec chaque espèce, et dans une même espèce avec chaque être en particulier.

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Toutefois ranimai résiste d'autant moins que sa chaleur centrale est plus élevée. Chez les cobayes^ la durée de la suffocation égale le rapport du poids de l'animal et du volume de Tespace, multiplié par 10 (-^ X ^0)- ^® nombre dix peut donc être pris comme le coefficient de résistance du cobaye. Chez le chien on a -~X 35. Le coefficient de résistance du chien est 35. Ce dernier nombre semble pouvoir être pris comme coefficient de l'homme.

IV. — La résistance à la suffocation des fakirs et des hystériques est due nu ralentissement énorme des actes vitaux, inhérent à cet état et anéantissant à peu près complètement la production du GO^ et des autres principes toxiques. — Chez les nouveau-nés cette résistance doit être attribuée au faible degré d'excitation dont a encore besoin le système nerveux; état favorisé en partie par la persistance du trou de Botal et du canal artériel.

V. — Les diverses lésions trouvées dans cette sorte de suffocation sont :

\* Lésions externes. — Humidité de la victime et des objets qui l'entourent. — Putréfaction rapide. — Persistance de la chaleur. PÂleur des téguments.

2*> Lésions inieriies. — Taches de Tardieu assez abondantes. — Emphysème presque nul. — Hypérémie intense du poumon. — Sang moyennement fluide avec de nombreux caillots dans le cœur.

VL — Importance de la levée de corps, qui dans le cas particulier doit être faite avec le plus grand soin. Comme le dit M. le professeur Lacassagne : Une levée de corps bien faite, c'est les trois quarts de Tautopsie.

Cette affaire a été soumise à de nombreuses vicissitudes judiciaires qne nous devons rapidement exposer.

Un arrêt de non-lieu ayant été rendu en faveur de Matillon, la fille Piot fut envoyée par la Chambre des mises en accusation devant le tribunal correctionnel sous la prévention d'homicide par imprudence. Le ^ mai, les juges se déclarèrent incompétents. Ce jugement fut déféré par le parquet à la Chambre des appels correctionnels

Celle-ci confirma le jugement de première instance et comme cet arrêt se trouvait en désaccord avec celui de la Chambre des mises en accusation, l'affaire fut renvoyée devant la Cour de cassation pour la procédure spéciale, dite < de règlement déjuges ».

La Cour de cassation parut approuver les décisions du tribunal et de la Cour de Lyon en renvoyant l'affaire à Chambéry devant la Chambre des mises en accusation. Celle-ci désigna la Cour d'assises du Rhône pour connaître de cette affaire. Ce n'était pas de sa compétence et l'affaire sortait du ressort de cette Cour. Le procureur générai de Chambéry, suri'avis du garde des sceaux, soumit cet arrêt à la Cour de cassation qui intervint une seconde fois en saisissant de l'affaire la Cour de Grenoble. C'est ainsi que l'affaire a été jugée par la Cour d'assises de l'Isère.

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