LACTE D ACCUSATION
Dans la matinée du \1 février dernier, la fille Piot se rendit chez la femme Badoil, revendeuse rue de l'Oiselière, 17, et lui fit savoir que son mari, Etienne Badoil, était mort, enfermé dans une malle, dans un appartement sis au deuxième étage de la maison portant le numéro 43 de la rue Tavernier, à Lyon, et habité par un sieur Matillon, garçon épicier, avec lequel elle vivait en concubinage.
L'information a établi que, la veille, Badoil avait donné rendezvous à la fille Piot, avec laquelle il entretenait des relations, et qu'après avoir passé une partie de l'après-midi avec elle, dans un café du quai Saint-Vincent, ils s'étaient dirigés tous les deux vers le logement occupé en commun par Matillon et la fille Piot, où ils sont arrivés vers 6 heures du soir. Matillon ne tarda pas à venir rejoindre sa maîtresse. Celle-ci qui voulait dissimuler la présence de Badoil le fil cacher sous le lit.
Matillon ne resta que quelques instants chez lui ; en sortant il recommanda à l'accusée d'aller le prendre à son restaurant, s'il n'était pas de retour avant une demi-heure. Après son départ, Badoil persista à vouloir rester au domicile de la fille Piot; celle-ci plaça en conséquence une clef dans la serrure, pour n'être pas surprise par un brusque retour de son amant. Matillon revint en effet plus tôt qu'il ne l'avait annoncé.
£n entendant ses pas, la fille Piot invita Badoil à se cacher dans une malle qui était près du lit.
Elle a dû reconnaître qu'après avoir appuyé sur le couvercle de la malle, afin de la fermer complètement, elle avait placé le cadenas de
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telle sorte que Badoil ne pouvait ouvrir de l'intérieur. Quittant presque aussitôt après son logement, la fille Piot s'est rendue à la Scala où elle a passé la soirée avec Matillon.
De retour chez elle, vers minuit, elle s'est couchée sans se préoccuper de Badoil, et ce n'est que le matin, après le départ de Matillon, qu'elle a ouvert la malle et constaté que Badoil était mort. L'expertise médicale et l'autopsie auxquelles il a été procédé par M. le professeur Lacassagne, ont démontré que la fille Piot ne s'était pas bornée à fermer le couvercle de la malle sur Badoil, mais encore avait exercé des violences très nettes constituées par des éraflures, ecchymoses et taches parcheminées. Ces lésions ont été produites pendant la vie k une époque très rapprochée de la mort.
L'expert a, en outre, trouvé sur 1^ peau du cou des ecchymoses diverses, et dans l'épaisseur des muscles sous-jacents, des hémorrhngies ; il a constaté enfin l'existence d'une petite déchirure de la carotide interne gauche et une ecchymose profonde du grand pectoral gauche près de son insertion claviculaîre. Cet ensemble de faits corroborés par l'examen des organes pulmonaires et cardiaques l'ont amené à affirmer que la mort devait être attribuée à la strangulation; qu'elle était survenue entre 6 et 7 heures du soir, soit deux à trois heures, quatre heures au maximum après le dernier repas; qu'elle avait été rapide, et que la strangulation avait été faîte dans la malle où le corps de Badoil avait été introduit avec une certaine violence et où il avait été pressé fortement, ainsi que le prouvent deux ecchymoses situées dans les flancs droit et gauche.
L'affaire a été jugée le 26 novembre. Les assises étaient présidées par M. le conseiller Chanrion. M. Saint-Aubin, avocat général, occupait le siège du ministère public. M* Bouche, du barreau de Lyon, défendait la fille Piot.
Après les débats, deux questions ont été posées au jur^^ : la première porte sur les coups et blessures ayant involontairement occasionné la mort. Une deuxième question subsidiaire résultait des débats et visait le délit d'homicide par imprudence.
Le jury rend un verdict affirmatif sur la deuxième question avec admission des circonstances atténuantes. Elise Piot est condamnée à un an de prison et aux frais envers l'Etat.
70 p. DUBUiSSON
REVUE CRITIQUE