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DE FRANCE ET DES PATS DE LANGUE FRANÇAISE

Septième Session tenue à Nancy du 4*' au 6 août 4896

Trois qaeslions ont occupé ce congrès. L'une de ces questions: la aèméiologie des iremblemenis, qui était la part faite aux neurologistes, est vrainaent trop spéciale pour que nous en entretenions les lecteurs de ces Archives: nous préférons nous étendre sur les deux autres, qui auront certainement plus d'attrait pour eux : celle des hallucinations de l'ouïe et celle de Yiniernemeni des aliénés. Toutes deux ont suscité des rapports excellents et des discussions intéressantes.

La question des hallucinations de Toule avait pour rapporteur le D' Séglas, médecin de la Salpétrière. 11 a mis dans son rapport tout ce qu'on était en droit d'attendre de lui : un remarquable esprit d'analyse, beaucoup d'érudition, une inaltérable bienveillance, toutes qualités qui ne vont peut-être pas sans inconvénients.

Mais exposons d'abord comment il a compris et traité son sujet :

Après une définition de l'hallucination en général et de l'hallucination de l'oule en particulier, qu'il distingue de phénomènes morbides avec lesquels elle a été parfois confondue — tels que les paramnésies, les illusions, les interprétations délirantes, — il arrive aux notions fournies par l'observation clinique et fonde sur elles une division des hallucinations auditives d'après leur degré de complexité. Il admet des hallucinations auditives élémentaires en rapport avec la perception de sons bruts ; des hallucinations auditives communes, en rapport avec des bruits difierenciés, rapportés à des objets déterminés; des hallucinations auditives verbales, en rapport avec des mots représentant des idées.

Il traite ensuite de l'origine, du point de départ de ces hallucinations, et à cet égard les distingua en hallucinations périphériques et en hallucinations centrales.

CONGRÈS D8S AL1ÉN1STB8 KT NKUR0L0G1STBS 7i

Les premières, suivant que Texcitaiion vient du dehors ou du dedans, (Ju sens de Poule ou d^ln autre sens, forment quatre classes :

A). — Les hallucinations périphériques objectives directes; B). — Les hallucinations périphériques objectives réflexes; C). — Les hallucinations périphéiiques subjectives directes; D). — Les hallucinations périphériques subjectives réflexes.

Quant aux hallucinations auditives centrales, M. Séglas se pose d'abord cette question : existent-elles? Nous n'oserions dire qu'il la résout affirmativement. (1 serait assez disposé à les admettre quand il se trouve en présence de lésions organiques intéressant l'écorce, ou qu'il saisit l'influence d'éléments infectieux et de troubles nutritifs ; mais c'est à contre-cœur, on le sent bien, qu'il accepte, toute autre hypothèse faisant défaut, l'intervention de causes dites psychiques- Mais l'hallucination, dit M. Séglas, doit être encore envisagée à un autre point de vue : celui de la localisation fonctionnelle. De là, division de l'hallucination en bilatérale et unilatérale. Enfin l'hallucination n'est pas toujours simple, en sorte qu'il y a également à considérer des associations et des combinaisons d'hallucinations.

Cette classification achevée, M. Séglas aborde la physiologie pathologique de l'hallucination. Narrateur impartial, il expose toutes les théories ayant cours :

h* La théorie de V origine périphérique ou sensorielle; 2* La théorie de V origine intellectuelle; 3* La théorie mixte ou psycho^sensorielle ; 4* Les théories physiologiques.

Etant donné ce qualificatif àe physiologiques attribué aux théories de la dernière classe, on est en droit de se demander si les autres théories ne sont pas physiologiques. Nous ne croyons pas que telle soit l'intention de l'auteur, mais on pourrait s'y tromper. Toujours est-il que ces théories, sorties surtout des laboratoires de physiologie, sont celles qui consistent à voir dans l'hallucination une sorte d'excitation morbide des centres sensoriels de Técorce, jouant dans l'hallucination le rôle que l'excitation des centres moteurs de cette même écorce joue dans l'épilepsie.

M. Séglas termine par quelques considérations psychologiques.

Nous sommes les premiers à reconnaître tout ce qu'il y a de talent et de science réelle dans son très instructif rapport, mais nous ne lui ferons pas l'injure de ne lui adresser aucune critique. Son rapport a,

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suivant une expression vulgaire, les défauts mêmes de ses qualités.

On ne saurait, certes, lui refuser un remarquable esprit d'analyse, mais ne le pousse-t-il pas un peu loin quand il divise et subdivise à ce point Thallucination de l'ouïe? Ne risque-t-il pas d'être par moments difficile à suivre pour son lecteur, et lui-même ne se trouvet-il pas parfois embarrassé pour trouver l'expression qui rendra son idée et marquera la différence qui sépare telle classe de telle autre classe? Quand l'expression manque pour énoncer clairement cette différence, c'est en effet que l'idée reste obscure, parce que la différence elle-même n'est pas suffisamment saisissable. Demandez par exemple à quelqu'un — ce quelqu'un fût-il versé en clinique mentale — en quoi diffère une bjdlucination élémentaire d'une hallucination commune, il y a fort a parier qu'il ne saura que répondre.

Nous avons dit également toute l'érudition contenue dans le rapport de M. Séglas. Il est certain qu'il a lu, qu'il s'est assimilé tout ce qui a [été publié sur le sujet, mais un pareil travail n'est pas sans réagir sur son auteur. Nous nous trompons fort, ou avant de l'entreprendre il ne devait pas être sans une conception propre et personnelle de l'hallucination, il Ta quelque peu perdue ou oubliée dans cette œuvre de bénédictin. Toujours est-il. que nous, qui cherchons sa pensée, nous ne la trouvons pas, et que nous aurions aimé la rencontrer. Il expose — avec une clarté, avec une impartialité admirables, nous en convenons, — toutes les théories ayant cours sur la physiologie pathologique de l'hallucination, mais il semble se garder de prendre parti pour aucune d'elles; et cependant n'était-ce pas son droit de faire la critique de chacune, et de nous dire ses préférences? Nous voilà bien avancés quand, arrivés à la soixante-treizième page du mémoire, nous y trouvons en forme de conclusion ces lignes désespérantes :

« Si nous avons rectifié quelques erreurs, acquis quelques connaissances de détail, il n en est pas moins vrai qu'il est aujourd'hui encore impossible de formuler une théorie générale, exacte et durable de l'hallucination, surtout de l'hallucination de Toute. Outre que le phénomène est très variable en lui-même, que le mécanisme en peut différer suivant le cas, il faut bien avouer que nous ne connaissons guère l'audition normale. Aussi la question n'est-elle pas mûre pour une solution précise. S'il fallait à tout prix une conclusion à ce rapport, jusqu'à ce que de nouvelles recherches nous aient fait entrevoir la lumière, je me bornerai, pour ma part, à citer le mot connu : « Savoir, c'est connaître que l'on ignore. »

L'adage a du vrai, mais il ne faut pas le prendre trop à la lettre. Parce qu'en toute matière ce que nous ignorons dépasse de beaucoup

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