CONGRÈS DES ALIÉNISTES ET NEUR0L061STBS
ce que nous savons, cela n*est pas un motif pour nous persuader à nous-mêmes que nous ne savons rien, et, pour ma part, je crois très sincèrement qu'en ce qui concerne en particulier le phénomène morbide hallucination^ aussi bien que sa théorie, nous savons déjà quelque chose. Quant au -phénomène lui-même, M. Séglas Ta trop bien analysé pour nous faire accroire qu'il n'en connaît rien, et pour ce qui est de sa théorie, m'est avis que nous ne sommes pas aussi ignorants qu'il veut bien le dire. Il est au moins un point qui aux yeux de la plupart des aliénistes semble acquis — celui-là, il est vrai, est peut-être le plus douteux aux yeux de M. Séglas — c'est que le point de départ de l'hallucination, dans le plus grand nombre de cas, est central et non périphérique. Ici, l'observation clinique est si saisissante, la genèse du phénomène est si claire, qu'en vérité la théorie saute aux yeux et exige à peine un effort mental de la part de l'observateur. Quand on assiste au début de la maladie, qu'on voit succéder à une période plus ou moins longue de malaise moral, un trouble mental qui va se précisant de plus en plus et aboutit à un délire systématisé, quand on voit ce délire se compléter à son tour et successivement d'interprétations délirantes, d'illusions, d'hallucinations, peut-on douter un instant que l'hallucination soit ici autre chose qu'un accident secondaire, consécutif, subordonné, et non un accident primitif et dominateur? C'est ce qu'on n'a pas manqué d'ailleurs de faire observer à M. Séglas à ce même Congrès de Nancy, et nous avons lu avec plaisir sur ce point les excellentes observations présentées parle D' Vallon, leD' Ballet et d'autres.
Nous apprécions certes comme ils le méritent les travaux des physiologistes, mais nous ne pouvons oublier cependant que la clinique a aussi son intérêt et ses droits et que les expériences naturelles que la maladie nous met sous les yeux valent peut-être pour notre instruction autant que les expériences conçues et pratiquées au laboratoire.
La seconde question mise au programme était une question toute pratique : l'internement de-i aliénés, et avait pour rapporteur M. Garnier, le médecin de l'infirmerie spéciale de la Préfecture de police. L'auteur ne se trouvait pas ici assurément devant les «mêmes difficultés que M. Séglas; mais il ne faut pas croire cependant qu'il n'ait eu qu*à enregistrer des opinions toutes faites et à consacrer des usages établis. Il avait à prendre parti pour ou contre la loi de 4838, il avait à exprimer un avis personnel dans des questions délicates, telles que celles de Taliéné récidiviste et de l'alcooliclue endurci. Il l'a fait avec une rectitude d'esprit et une décision de caractère dignes de tout éloge. Son rapport est de tous points excellent
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et la plupart des aliénistes le contresigneraient, je crois, des deux mains.
Il a défendu énergiquement la loi de 4838 qui n'est peut-être pas sans lacune — quelle est donc la loi parfaite? — mais dont les lacunes ne sont pas celles que les réformateurs se sont généralement plu à signaler. On vit sur quelques légendes de séquestration arbitraire, sans se demander si les réformes proposées remédieraient sérieusement au prétendu mal et n'engendreraient pas des inconvénients bien autrement graves. On a réclamé par exemple l'intervention de la magistrature avant toute incarcération d'aliéné. En théorie, rien de mieux, mais çn pratique? Je laisse de côté la corvée qu'on infligerait ainsi aux «magistrats — corvée qui, dans certaines villes comme Paris, ne serait pas mince (cinq à six mille examens et enquêtes de plus à effectuer chaque année); je prends la réforme en elle-même : croit-on qu^au fond il y aurait quelque chose de changé à ce qui existe? La première chose que ferait le magistrat enquêteur serait de prendre l'avis du médecin spécial qu'il commettrait à cet effet, parce qu'il n'aurait pas assez de confiance en ses lumières propres, parce qu'il reculerait devant la responsabilité à prendre, parce qu^il redouterait autant de faire enfermer un homme sain d'esprit que de laisser en liberté un être dangereux. En sorte que ce serait encore le médecin — ce médecin tant accusé, tant honni, — qui resterait le maître de la situation, avec cette différence toutefois^ c'est que n'étant plus seul à porter le poids de la responsabilité, n'ayant même plus de responsabilité du tout, il apporterait peutêtre moins de circonspection, moins de scrupule dans ses avis. Et d'autre part qui ne comprend — à moins d'ignorer les choses — que dans une foule de cas, il s'agit surtout d'agir vite, parce que si la liberté de l'aliéné est chose respectable, la vie et le repos de ceux qu'il menace ne le sont pas moins.
La loi de 4838 a fait ses preuves, elle a rendu d'incomparables services : il faut donc l'améliorer et non la détruire. Et comme le montre très bien le D' Garnier, l'amélioration consistera surtout à mettre des pouvoirs encore plus étendus que ceux d'aujourd'hui aux mains de l'administration et de la justice.
S'il y a des récidivistes parmi les criminels, il y en a également parmi les aliénés, et le danger que ceux-ci font courir à la société n'est pas moindre que celui auquel l'exposent les criminels. D'un côté aussi bien que de l'autre il faut donc aviser, et c'est à quoi devra pourvoir la nouvelle loi.
Mais nous ne saurions nous étendre davantage sur un sujet qui demanderait de trop longs développements et nous nous en tiendrons