I. — Psychiatrie
M. Ch. Popin (Le Neurone et les hypothèses hisiologiques de son mode de fonctionnement ; PariSf 26 mars 1896) expose d'abord les diverses théories émises sur le fonctionnement de la cellule nerveuse ou neurone et déclare qu'il n'y a de fonctionnement des centres nerveux que parle passage de l'excitation d'une cellule à une autre. Ce passage se fait par la contiguïté des différentes cellules nerveuses. Dans certains cas de suractivité, cette contiguïté se transforme en continuité. Dans d'autres cas, ces cellules possèdent des prolongements périphériques; elles sont pour ainsi dire articulées les unes avec les autres et elles semblent subir un mouvement amœbolque.
Quant au corps cellulaire qui renferme le noyau, il préside aussi bien aux actes trophiques qu'aux actes fonctionnels.
A l'état d'activité, le neurone, qui reçoit une excitation, va la recueillir en rapprochant ses prolongements périphériques. Au repos, ces tentacules restent immobiles. C'est le repos de ces tentacules qui constitue le sommeil, et il n'y a pas une seule sorte de sommeil, mais autant de variétés qu'il existe d'espèces de neurones. Le sommeil profond, complet, est produit sans doute par l'immobilité de ces zones d'articulations entre les neurones sensitifs centraux et les neurones sensitifs périphériques. Le sommeil est partiel, plus léger lorsqu'une partie seulement de ces neurones est immobilisée.
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M. Piipin croit pouvoirinterpréter ainsi certainsétats pathologiques de nature nerveuse. Des secousses morales peuvent produire chez les hystériques, par exemple, la brusque désarticulatron des neurones et produire des plaques d'anesthésie. Sous une autre influence, au contraire, les tentacules du neurone ont des mouvements exagérés, et l'anesthésie ou Thypéresthésie disparaissent brusquement. On voit parce court résumé quel vif intérêt présente cette thèse. Dans un aulreordre d'idées, M. A.Cazaentre ( Essai sur la céréhraliié de rhomme et de la femme ; Montpellier, 4896) admet que l'homme a une cérébralilé supérieure de par le fonctionnement de ses organes génitaux et de par le poids plus grand de son cerveau. La femme, au contraire, voit sa cérébralité diminuer de par ses fonctions génitales. Malheureusement, cela n'est qu'une vue de l'esprit basée sur aucun fait sérieux, sur aucune recherche spéciale. Certes, la méthode lombrosienne a ses incohérences et mène souvent à des conclusions hâtives et même fâcheuses : pourtant elle semble encore bien préférable à cette phraséologie stérile.
Les névroses ont suscité, comme toutes les années, un certain nombre de thèses. M. A. Pault (De Vépilepsie jacksonnienne ; Paris 42 mars 4896) présente un résumé clair et succinct de la question, mais sans documents nouveaux. M. J. Durand (Les auras dans Vépilepsie ; Paris, 48 juin 1896) admet que l'aura doit être considéré comme d'origine centrale et que sa localisation peut servir à préciser le siège de la lésion épileptogène. Il divise les auras en auras de la sensibilité affective (sensations douloureuses) et perceptive (sensations visuelles, auditives, olfactives, giistatives. kynesthésiques, thermiques, tactiles, cœnesthésiques) et en auras de la motricité et de la vaso-motricité.
M. E. Labbat de Lambert (Contribution à Vétude de la pathogénie et du traitement de Vépilepsie; Paris, 24 juillet 4896), tout en admettant l'influence de la prédisposition nerveuse héréditaire ou acquise, émet l'hypothèse que la cause déterminante directe de l'épilepsie pourrait bien être une intoxication par un poison convulsivant produit dans l'organisme (auto-intoxication) ou sécrété par des éléments microbiens (hétéro-intoxication), spécialement parles staphylocoques blancs, dont les toxines sont convulsivantes et dont la présence a pu être relevée dans le sang des épileptiques.
Cette nouvelle théorie est basée sur les modifications du sang, des urines et les troubles digestifs qu'on observe dans l'épilepsie.
M. L. Baudin (Considérations sur la tare nerveuse hystérique ; Paris, 23 janvier 4896) étudie la tare nerveuse sous-jacente à l'hystérie et les formes d'hystérie où cette tare nerveuse parvient seule, sans
le concours des agents provocateurs, k déterminer les symptômes cliniques de Thystérie. Je ne puis suivre ici Tauleur dans ses considérations et ses hypothèses, mais je puis assurer que son travail est des plus curieux, sinon des plus justes. Je Tai lu comme un véritable roman.
M. R. LuFOURNiBi (La mort dans Vhystérie ; Paris, 4 mars 1896) montre que Thystérie, loin d*étre une maladie dont le pronostic est toujours favorable, peut par divers mécanismes mettre quelquefois la vie en danger. 11 laisse de côté les accidents mortels provoqués par les contusions et les fractures que se font les malades en se débattant durant le paroxysme convulsif ; il décrit seulement Tattaque de spasmes dans laquelle la violence des phénomènes convulsifs a tué par spasmes de la glotte, ou aurait pu tuer si Ton n'était pas promptement intervenu. 11 note en passant les dangers de Thypnotisation faite sans précaution et pouvant amener des attaques de spasmes mortels. L'anorexie des hystériques peut aussi amener la mort par inanition. Nous sommes loin de la théorie qui faisait des hystériques des individus pouvant vivre sans manger. Ce travail très spécial est en somiae intéressant, mais il gagnerait encore en intérêt sll était ^!us clair.
M. G. TonniUBR (Les gangrènes cutanées d'origine hystérique; Paris, 3 juin 4896) considère la diathèse vaso-motrice (dermographisme, œdème hystérique, éruptions de divers ordres, ecchymoses et hémorrhagies internes et viscérales, gangrènes) comme un stigmate important de Thystérie et il en fait une description intéressante.
M. CiODZET (La fièvre hystérique; Paris, 7 novembre 1895) montre que si la réalité de la fièvre hystérique est indiscutable, elle varie trop dans sa physionomie clinique, dans sa durée, pour qu*il soit possible d'en décrire des formes cliniques définies. Cette hyperthermie hystérique représenterait l'équivalent thermique de mal hystérique et elle se juge par rabaissement du résidu fixe de Turée, c'est-à-dire par la formule chimique de l'attaque.
M. E.-L. Ràbuibi (Contribution à Vétude classique du mutisme et du bégaiement chez les hystériques; Paris, 25 juillet 1896) déclare que le mutisme hystérique est rare et s*observe sous forme d'aphasie motrice pure sans complication. Quant au bégaiement, il est souvent passager et ses caractères sont semblables à ceux du bégaiement vulgaire.
M. Ed. RuiDA (Contribution à P étude de l'hystét^ie avec différentes maladies; Paris, 92 juillet 1896) se borne à rapporter quelques observations où l'hystérie se trouve associée avec diflTérentes affections et montre combien il est difficile quelquefois de faire chez un malade la part de l'hystérie et celle de l'afiection concomitante.
On peut faire rentrer dans le même cadre la thèse de M. M. Bertrand {Contribution à l'étude de quelques fausses tumeurs abdominales ; Paris, 40 juillet 4896) qui montre que ces « tumeurs fantômes » ne peuvent se produire que chez les névropathes et surtout les hystériques. M"* Salomê Hbrn (Contribution à l'étude de la grossesse imaginaire; Paris, 12 mars 4896) présente quelques considérations sur la même question.
Si maintenant nou s entrons dans le domaine de la psychiatrie pure, nous trouvons la thèse de M. R. Sassibr {Des bruits subjectifs de fouie, Paris, 20 juillet 4896) qui montre que ces bruits sont toujours dus à une irritation du nerf auditif ou de ses terminaisons, que cette irritation soit réflexe ou directe.
M. H. Darin (Rapports de P alcoolisme et de la folie; Paris, 6mars 4896) se borne à signaler quelques indications prophylactiques. Sur le même terrain, M. Bradt de Lamotte (De Valcoolisme dans le délire chronique à évolution systématique ;Fsns, 49 décembre 4895) essaie de distinguer, au point de vue clinique, le délirant chronique persécuté du délirant alcoolique.
M. P. RicoRDBAU (Contribution à l'étude des délires septiques ; Paris, 24 juillet 4896) admet que le délire septique est bien un délire spécial qui ne doit pas être confondu avec le délirium tremens et qui admet deux forçnes classiques distinctes : délire bruyant avec excitation furieuse; délire calme et tranquille avec dépression. Comme raisons pathogéniques, Tauteur admet : la prédisposition héréditaire et acquise, Texcitation ou la dépression du système nerveux, l'intoxication par les produits de sécrétion des agents infectieux, etc.
M. F. Senlecque (Du délire post-éclamptique ; Faris, 43 mai 4896) montre que ce délire est également le résultat d'une auto-intoxication encore inconnue en ses agents, mais révélée par les faits.
M.CoRONADO (Du délire pneumonique: Paris, 49 décembre 4895^ admet un àétirÇ spêclat^migendré par la pneumonie, mais cela sans grandes preuves à Tappui.
A propos de la paralysie générale, M. E. CouLon (Considérations sur la paralysie générale ; Paris, 25 mars 4896) se demande quelle est la cause de cette altération de l'élément noble du système nerveux. Est-elle due a Taction de certaines toxines ou la résultante de l'action combinée d'un certain nombre de facteurs prédisposants, comme l'alcoolisme, la syphilis, le traumatisme, le surmenage physique et intellectuel, les causes morales? L'auteur ne conclut pas.
M. KAMimsTSKT (Etude sur la paralysie générale ; Lille, 4896) se borne à rapporter des statistiques sur l'âge, la profession, le degré d'instruction, les habitudes des paralytiques généraux observés à l'asile d'Àrmentières.
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M"' Gavrisséwitch (Etude clinique sur la paralysie générale avant V aliénation mentale confirmée, Montpellier, 4 896) attire l'attention sur ce fait que la paralysie générale présente assez souvent une première période, de durée quelquefois prolongée, durant laquelle on observe surtout des troubles somatiques et seulement quelques troubles mentaux.
L'aliénation mentale confirmée peut succéder tardivement à cette phase prédélirante. D*autres fois les malades meurent sans avoir présenté d'aliénation.
En raison de la durée souvent très longue de la période prémeutale, le pronostic de la paralysie générale est moins sombre qu'on ne le dil d'habitude.
M. Ed. FouRifUR (De la valeur sêméxologique du tremblement de la langue dans la paralysie générale; Paris, 49 décembre 4895) montre que le tremblement de la langue est un signe précoce et très important dans la paralysie générale dans laquelle il peut se manifester sous trois modes différents qu'il décrit.
Toujours sur le même sujet M. U. Ecart (Quelques observations sur la paralysie générale à longue durée; Paris, 14 juillet 4896) a remarqué que les formes tabétiques ont une évolution lente, tandis que les formes spasmodiques ont, au contraire, une évolution brève. De même, dans le type cérébral *pur, sans signes médullaires, la longue durée ne se présente qu'à titre exceptionnel ; par contre, les formes paralytiques sans délire évoluent plus lentement que les formes à délire plus accusé. Enfin l'auteur ajoute que les rémissions sont fréquentes dans les cas de paralysie générale à longue durée et que c'est le plus souvent sous cette apparence que l'affection évolue lentement.
M. G. Sàint-Mauricb {De la paralysie générale juvénile ; Paris, 40 juillet 1896) montre que la paralysie générale peut frapper — rarement toutefois — les adolescents et les enfants. Il l'attribue à l'hérédité syphilitique, alcoolique ou nerveuse.
Bien que le travail de M. J.-L. Henry (Du délire des négations dans la paralysie générale ; Paris, 4 4 juin 4896) soit sérieux et basé sur des observations inédites, soigneusement prises, il est cependant de peu d'intérêt, car il ne nous apprend rien de nouveau.
Dans un autre ordre d'idées et dans un travail un peu flou quf^ sent trop l'anecdote, M. J. Mary (Contribution à Vétude des individualités appartenant à la grande famille des folies raisonnantes; Paris 48 décembre 4895) étudie les plaintes des aliénés dit quérulents et cherche a en tirer quelques conclusions au point de vue du diagnostic, du pronostic et de la médecine légale.
M. R. Lbrot {Les persécutés persécuteurs ; Paris, 45 avril 1896) montre ce que sont ces aliénés, comment évolue leur maladie et combien ils sont dangereux. C'est à peu près le môme sujet, du reste, que reprend M. P.-L. Carpbntier (De la défense dans le, délire de persécution chronique ; Paris, 28 mai 4896) dans une élude séméiologique qui cherche à dilTérencier le délire de persécution vrai ou délire chronique de Magnan des autres variétés de délire de persécution lié à la mélancolie.
Enfin pour être complets, citons la thèse de M. J.-M. Massbt (pon-tribution à Vétude de la valeur hypnotique et sédative du trional chez les aliénés /Toulouse, 4895) où il considère le trional comme un hypnotique puissant et énergique et un sédatif du système nerveux.
M. E. DusoLiBR présente une étude de psychologie rétrospective. (Psychologie des derniers Valois). Pour lui ce n'est pas la syphilis qu'il faut accuser de Pécniulement de la maison des Valois. Il lui semble inutile d'aller chercher si loin l'influence hypothétique d'une maladie non démontrée. Les Valois ont subi cette loi fatale et implacable de la dégénérescence qui fait l'homme victime de son évolution. Ils ont disparu, accablés sous le poids de leur hérédité, non pas de l'hérédité syphilitique, mais de l'hérédité nerveuse et psychopathique grandie et accumulée en eux par tous leurs ancêtres. Toutefois la dégénérescence a évolué d'une façon différente chez les trois frères. Chez François II, elle est compliquée d'une affection dont il meurt à dix-sept ans, et qui, à elle seule, pourrait expliquer sa décadence intellectuelle. Charles IX fut un insensé qui se laissait aller à des colères terribles ; il était cruel et halluciné. Henri III fut un type accusé de dégénéré. C'était un esprit brillant, mais superficiel ; il était brave et efféminé, chevaleresque et assassin tout à la fois ; de plus, il était atteint d'inversion sexuelle.
Dans la seconde partie de son travail qui est bourrée de faits curieux, M. Dusolier montre que toutes les dynasties dégénèrent et que la plupart des races privilégiées partagent ou vont partager même sort.